Contributions
Publié le 20/06/2008 à 12:00 par sergegrah
Les aides alimentaires ont un effet négatif sur les marchés locaux. Elles les fragilisent et permettent aux régimes autocrates d’éviter d’appliquer les réformes qui soulageraient leurs administrés. Il est urgent que l’Afrique dessine une stratégie pour répondre aux besoins croissants de ses populations.
De nombreux pays ont été secoués par la crise alimentaire depuis le début de cette année. Une hausse des prix des denrées alimentaires à des niveaux parfois astronomiques a accru le risque de famine, exposé plus de populations à la malnutrition et a conduit à des manifestations autour de la planète. Les dirigeants du monde, cherchant à éviter des tensions susceptibles de renverser des Etats, ont tenté de s’accorder sur la meilleure manière de nourrir les populations mondiales.
Le Président américain George W. Bush en particulier a annoncé le déblocage en urgence de 200 millions de dollars d’aide alimentaire. Et cela s’ajoute aux 770 millions de dollars pour de l’aide alimentaire qu’il avait demandé au Congrès. Au total l’aide alimentaire d’urgence des seuls Etats-Unis se monte à près de un milliard de dollars.
Historiquement, les Etats-Unis ont été le plus grand pourvoyeur en aide alimentaire. En 2007 ils ont fourni 2,5 millions de tonnes de denrées à plus de 70 pays, d’une valeur de 2,1 milliards. Et la même année ils ont fourni 1,5 millions de tonnes de denrée au titre l’aide alimentaire d’urgence à 30 pays d’une valeur de 1,2 milliard.
En dépit de son importance en cas de catastrophes naturelles (au titre du secours humanitaire), comme pour le dernier cyclone en Birmanie, l’aide alimentaire ne soulage jamais la pénurie ou les hausses des prix dans le long terme. Cette aide a aussi un effet négatif sur les marchés locaux, souvent de petite taille et faiblement compétitifs. Ces marchés sont ainsi fragilisés par des flux d’aide alimentaire gratuite ou à bas prix. Dans le long terme, des livraisons régulières d’aide alimentaire dans des zones ne connaissant pas de sécurité alimentaire permettent en réalité à des Etats menés par des autocrates de repousser encore et encore les réformes nécessaires.
« L’Afrique peut nourrir ses propres populations »
L’intérêt du président Bush pour nourrir ceux qui ont faim est bienvenu. Mais une telle compassion parait cependant avoir raté sa cible. En effet, si l’aide alimentaire américaine peut nourrir des millions d’Africains, elle a l’inconvénient de ne pas durer. L’Afrique peut nourrir ses propres populations. Le problème est qu’on ne lui a jamais permis d’essayer.
85% des africains vivent dans des communautés rurales. Ils se reposent sur l’agriculture pour nourrir leurs familles. La Politique Agricole Commune de l’Union Européenne ainsi que la politique agricole américaine consistant à subventionner les agriculteurs, ont écarté les produits agricoles africains, limitant ainsi le revenu qui aurait pu être réinvestis pour améliorer la production africaine. Ces politiques protectionnistes ont retardé la croissance de notre continent et y ont sapé la production alimentaire. Mais si la production alimentaire africaine a souffert d’un régime commercial entravé et injuste imposé par le monde développé, elle a été aussi empêchée par des politiques locales pour le moins assez peu intelligentes.
Selon la Banque Mondiale, si les Etats-Unis et l’Union Européenne supprimait ou réduisaient substantiellement les subventions qu’ils versent à leurs agriculteurs, l’impact généré se traduirait par la sortie de millions d’Africains de la pauvreté. En dépit d’appels pour remédier à ces politiques qui distordent le commerce, les Etats-Unis et l’U.E. ne changent pas vraiment de position et de politique – contrairement à l’esprit du cycle de négociations de Doha. Malheureusement, les négociations commerciales pour obtenir enfin la ratification de ces accords se sont soldées par un fiasco.
En 2001, le service de recherche du Département d’Etat américain de l’Agriculture avait mené une étude relevant que les droits de douane constituaient la distorsion la plus importante de prix (52%), suivis par les politiques de soutien aux agriculteurs (31%), et les subventions à l’exportation (13%). Le commerce avec le monde développé ne s’est donc pas effectué sur un pied d’égalité à travers un marché libre. Les pays africains font donc face à des droits de douanes élevés pour leurs exportations.
Il faut que l’Afrique dessine une stratégie pour répondre aux besoins ses populations
En même temps, les pays africains n’ont pas été capables depuis longtemps d’échanger entre eux. Un accroissement du commerce entre pays africains de moins de 5% par exemple générerait plus de 70 milliards de dollars en revenus annuels supplémentaires. Ce serait plus que ce que le continent reçoit chaque année en aide extérieure. Selon les statistiques du Fonds Monétaire International en 2005, le commerce entre pays africains représente seulement 9% de la richesse de ces pays. Par comparaison, ce chiffre est de 43 % entre les pays d’Asie. La part de l’Afrique dans le commerce mondial est passée de 6% à 2% lors des deux dernières décennies. Et encore : si l’Afrique du Sud est exclue des calculs, ce chiffre tombe à 0,6%.
La crise alimentaire actuelle a cependant mis en exergue le besoin urgent que l’Afrique dessine une stratégie pour répondre aux besoins croissants de ses populations. Relever le défi alimentaire en Afrique implique d’aller bien au-delà de l’aide du Président Bush. Ce dont l’Afrique a besoin est un engagement plus sérieux de la part des américains : un engagement à redonner de la vie aux négociations actuellement moribondes, et ce, en mettant en œuvre de manière unilatérale des réformes graduelles mais substantielles dans leur politique agricole.
Une telle démarche constituerait une pression pour que l’U.E. réduise aussi ses subventions. Cette politique permettrait une augmentation de la croissance qui serait bénéfique aux agriculteurs africains qui continuent de voir leurs produits écartés du marché mondial du fait d’une concurrence déloyale imposée par des politiques protectionnistes.
Source Afrik.com
Une tribune de Thompson Ayodele, Directeur Exécutif de l’Initiative for Public Policy Analysis
Publié le 23/01/2008 à 12:00 par sergegrah
« L’Afrique n’a nul besoin de gangsters qui usurpent le pouvoir par les élections frauduleuses ou l’achètent par la corruption »
La République démocratique du Congo plonge à nouveau dans une guerre que ses habitants pensaient oubliée à jamais. Le silence de la paix s'est évanoui aux frontières de l'Érythrée et de l'Ethiopie parce que, pour quelques arpents de terre, les armes ont pris la place de la raison. Ceux qui ont risqué la mort, en Guinée-Bissau en combattant ensemble les colonisateurs portugais, se retrouvent aujourd'hui face à face, ne parlant que le langage mortel des bazookas et des obus de mortier, au rythme effroyable de la mitraillette. Une guerre apparemment sans merci ravage l'Algérie, rendue plus effroyable encore par une sauvagerie qui donne l'apparence de la foi religieuse.
Les anges de la mort et les victimes de leur courroux sont tous africains, comme vous et moi. C'est pour cette raison, parce que nous sommes les mères africaines éventrées et les enfants décapités du Rwanda, que nous devons dire : ça suffit ! C'est pour ces âmes misérables, les victimes des forces destructrices, que l'Afrique a besoin d'une renaissance. L'Afrique n'a nul besoin de criminels qui accèdent au pouvoir en massacrant des innocents, comme le font les bouchers de Richmond, au Kwazulu-Natal. Elle n'a pas besoin de ceux qui, parce qu'ils n'ont pas accepté que le pouvoir soit légitime et serve les intérêts du peuple, ont mené la Somalie au gâchis et privé ses habitants d'un pays qui leur donnait le sentiment d'exister et de se construire.
L'Afrique n'a pas besoin non plus de gangsters qui gouvernent en usurpant le pouvoir par des élections frauduleuses, ou en l'achetant par des pots-de-vin et la corruption. Les voleurs et leurs complices, les corrupteurs et les corrompus sont africains comme vous et moi. Nous sommes le corrupteur et le courtisan qui agissent de concert pour avilir notre continent et nous avilir nous-mêmes. Le temps est venu de dire: ça suffit ! D'agir pour bannir la honte et être les hérauts de la renaissance africaine.
Je suis allé à la rencontre de l'Afrique malade. J'ai vu la pauvreté d'Orlando East et la richesse de Morningside, à Johannesburg. J'ai vu les pauvres du township de Kanyama et les résidents prospères de Kabulonga, à Lusaka. J'ai vu les bidonvilles de Surulere, à Lagos, et l'opulence de Victoria Island. J'ai vu les visages des pauvres de Mbari, à Harare, et la richesse paisible de Borrowdale. J'ai écouté bien des histoires. On m'a raconté comment ceux qui ont accès au pouvoir (ou à ses proches) volent et pillent. Comment, pour s'enrichir, ils violent sans scrupules les lois et les règles éthiques, toutes reliées à un fil invisible qui espèrent-ils, les conduira à Victoria Island, Morningside, Borrowdale, ou Kabulonga...
Chaque jour, vous et moi, dans nos pays respectifs, en voyons apparaître de nouveaux. Leur but dans la vie est de s'enrichir par tous les moyens légaux ou illégaux. Ils mesurent leur succès à l'aune de la fortune qu'ils ont amassée et à l'ostentation dont ils font preuve pour convaincre tout le monde qu'ils ont réussi : n'ont-ils pas, visiblement les moyens ? En conséquence, ils cherchent à accéder au pouvoir (ou a ceux qui en sont proches) afin de corrompre la sphère politique pour leur profit personnel, quel qu'en soit le prix. Dans cette équation, la pauvreté des masses devient nécessaire pour l'enrichissement de quelques-uns, et la corruption du pouvoir politique, l'unique moyen d'y parvenir. C'est de ce mélange nauséabond de cupidité, de pauvreté déshumanisante, de richesse obscène et de corruption endémique, publique et privée, que sont issus la plupart des coups d'État, des guerres civiles et des situations instables en Afrique.
Le temps est venu pour nous de rompre avec cette déification de la richesse matérielle et avec les abus qui appauvrissent la population et empêchent notre continent d'accéder à un développement économique durable. L'Afrique ne pourra pas se renouveler tant que ses élites ne seront qu'un parasite du reste de la société, usant et abusant d'un pouvoir autoproclamé.
Tant qu'il en sera ainsi, notre continent restera en marge de l'économie mondiale, pauvre, sous-développé et incapable de décoller. La renaissance africaine exige que nous nous purgions des parasites et que nous demeurions, en permanence, vigilants face au danger de l'enracinement dans la société africaine de ces rapaces qui voudraient nous faire croire que tout, dans la société, doit être organisé pour le plus grand profit d'une minorité.
Au moment où nous nous souvenons avec fierté de Sadi, le savant et écrivain du Moyen Age, qui maîtrisait le droit, la logique, la dialectique, la grammaire et la rhétorique, ainsi que d'autres intellectuels africains qui ont enseigné à l'Université de Tombouctou, il nous faut poser la question : où sont les intellectuels africains aujourd'hui ?
Je rêve du jour où les mathématiciens et les informaticiens africains quitteront Washington et New York, où les physiciens ingénieurs, docteurs, managers et économistes abandonneront Londres, Manchester, Paris et Bruxelles pour se joindre aux cerveaux du continent et entreprendre de trouver des solutions aux problèmes et aux défis de l'Afrique, d'ouvrir la porte de l'Afrique au monde du savoir, d'intégrer l'Afrique dans l'univers de la recherche sur les nouvelles technologies, l'éducation et l'information. Le renouveau de l'Afrique exige que son intelligentsia s'engage totalement dans la lutte titanesque et sans merci pour éradiquer la pauvreté, l'ignorance, la maladie et l'arriération, en s'inspirant des africains d'Egypte qui étaient, dans certains domaines, deux milles ans en avance sur les Européens de Grèce, eux qui maîtrisaient la géométrie, la trigonométrie, l'algèbre et la chimie.
Pour perpétuer leur domination impériale sur les peuples d'Afrique, les colonisateurs ont cherché à réduire l'esprit africain en esclavage et à détruire l'âme africaine. Ils nous ont obligés à accepter le fait qu'en tant qu'Africains, nous n'avons rien apporté à la civilisation humaine, sauf en tant que bêtes de somme. En fin de compte, ils voulaient nous amener à nous mépriser nous-mêmes.
Même s'ils voulaient bien admettre que nous n'étions pas des sous-hommes, ils n'envisageaient pas que nous puissions nous comparer au maître colonial.
Nous étions à leurs yeux, dépourvus de la pensée originale et de la créativité qui ont donné au monde cet inestimable trésor de chefs-d’œuvre architecturaux et artistiques. La renaissance de notre continent commence par la redécouverte de notre âme, inscrite à jamais dans de grandes créations, tels les pyramides et les sphinx d'Egypte, le bâtiment en pierre d'Axum, les ruines de Carthage et du Zimbabwe, les peintures sur le roc de San, les bronzes du Bénin et les masques africains, les sculptures makonde et shona.
Dans cette redécouverte de nous-mêmes, cette restauration de notre propre dignité, sans lesquelles nous ne deviendrons jamais les combattants de la renaissance africaine, nous devons écouter à nouveau la musique des Congolais Zao et de Franco, la poésie du Sud-Africain Mazisi Kunene, et tourner notre regard vers les peintures du Mozambicain Malangatane et les sculptures du Sud-Africain Dumile Feni.
L'appel au renouveau de l'Afrique, pour la renaissance africaine, est un appel à la rébellion. Nous devons nous rebeller contre les tyrans et les dictateurs, ceux qui cherchent à corrompre nos sociétés et à voler des richesses qui n'appartiennent qu'au peuple. Nous devons nous rebeller contre ces criminels qui, tous les jours, tuent, violent et volent en toute impunité, et mener une guerre contre la pauvreté, l'ignorance et l'arriération des enfants d'Afrique. Il faut que, du Cap au Caire et de Madagascar au Cap-Vert, des hommes politiques et des hommes d'affaires, des jeunes et des femmes, des activistes, des syndicalistes, des chefs religieux, des artistes et des professionnels, révoltés par la condition de l'Afrique dans le monde, rejoignent les rangs de la grande croisade pour le renouveau de l'Afrique. Nous n'hésitons pas à leur dire : pour être un vrai Africain, il faut être un rebelle, il faut se battre pour la cause de la renaissance africaine.
Thabo Mvuyelwa MBEKI
In EBURNEA, janvier 2008
Publié le 13/12/2007 à 12:00 par sergegrah
La Côte d’Ivoire est un pays étrange ! Vraiment ! Un pays que tout le monde s’accorde à trouver mal-en-point, un pays qui s’enlaidit… et que toute la Nation devrait s’employer à sortir du gouffre, mais qui ne bruit que de comportements qui encensent les sous-valeurs.
Loin de nous réclamer d’un certain puritanisme, autorisons-nous néanmoins à dénoncer avec force le vice et l’insouciance caractérisés qui sévissent dans notre pays et tendent à se perpétuer péremptoirement en cette période post-crise. Et ce, dans le seul objectif de tirer la sonnette d’alarme et de susciter une prise de conscience collective. Car, il faut se rendre à l’évidence, le mal est bien profond et se cache derrière de nombreuses facettes. Les Ivoiriens ont perdu tout repère. Même les dogmes sociaux élémentaires, les rudiments primordiaux au développement d’une Nation tels que la moralité, l’éducation et le respect des mœurs semblent nous échapper.
Que s’est-il passé pour qu'on en arrive-là ? Les Ivoiriens loin d'être parfaits tenaient quand même sur quelques principes. Comment sommes-nous donc arrivés à un tel deuil de l’espérance ? Pourquoi éprouvons-nous cette lassitude à la réflexion ?
Un examen sommaire de notre société amène à se rendre compte de l’appétence paroxystique des Ivoiriens pour les plaisirs. Des déviances que nous inspirent le culte de l’argent, de la perversité et du superficiel : beuverie, ripailles, luxure, orgies sexuelles, impunité, corruption, favoritisme. Des comportements vénaux qui ont pris un caractère normal et qui sont en train de passer insidieusement dans les habitudes. L’immoral a pris la place de la morale, l’anormal s’est substitué au normal. Il y a une commutation des valeurs, au fil d’une déliquescence quotidienne incontrôlée de l’éthique. Le vice a fini par se suppléer à la vertu dans une indifférence totale et dans la plus nauséeuse des désinvoltures. Visiblement, il n’y a plus dans ce pays de garde-fous, de barrières. Plus d’interdits !
Dans notre pays, tout se passe comme si nous étions dans une sorte d’impasse culturelle faite d’une affligeante stérilité. Jamais on ne célèbre l’intelligence, celui qui a mieux réfléchi... Nos cerveaux sont si paralysés que nous n’avons rien d’autre à proposer à la jeunesse que les jeux débiles servis en quantité par « Notre Télévision poubelle »… Pour sanctionner les talents et récompenser des bassesses. Quel gâchis épouvantable !
On a même trouvé des formules pour entretenir à coup de millions des viviers… de jeunes filles : les concours de beauté. Ce phénomène occupe désormais une place légitime. « Miss Côte d’Ivoire, Miss Cedeao, Miss Campus, Miss District » par-ci, « Miss Cocody, Miss Adjépessi », par-là. Les « reines » et les « miss » se démultiplient. Il y a une telle folie obsessionnelle à organiser ce genre de compétitions qu’on a fini par y mêler des gamines. Oui ! On n’a pas hésité à faire germer l’idée, ôh combien géniale, que dis-je répugnante, d’exhiber des bébés de 7 ans ! « Miss Noël » nous dit-on ! pour voler leur innocence à ces enfants.
Nos enfants naissent et grandissent désormais dans ce climat de médiocrité et de recherche de gain facile, qui fausse leur conscience. Convaincus que la réussite est moins dans l'effort et la recherche de l'excellence que dans la capacité à tirer profit de son corps.
Mais diantre ! Quelle répugnance pénalisante pour la Nation lorsque les futilités, la vénalité, l’ignorance tentent d’embastiller la Culture ? Franchement qu’on nous dise le type de valeurs que promeut ce genre de compétitions. La beauté ? Mais quel mérite a-t-on à être beau ? A quel emploi exige-t-on d’être beau ? Comment pouvons être aussi pauvres culturellement au point de jeter le voile pesant de notre inculture sur nos propres enfants. Que peut-on espérer de l’avenir d’une Nation dont toute une génération est sacrifiée sur l’autel de vices suicidaires ? Dans quel psychodrame sommes-nous en train de jouer ? Comment s’étonner alors que les jeunes Ivoiriens trichent avec leur vie ? Et que le civisme, la conscience professionnelle et l'assiduité au travail sont observés avec mépris.
Baignant dans les paillettes, de tels concours mettent en jeu toute l’image qu’on se fait de la femme dans notre pays. Et ce qui se profile, c’est la sexualisation prématurée des enfants au lieu de la socialisation. C’est aussi la distribution des rôles futurs : « sois belle… et tout le reste te sera acquis ». Plus profondément, c’est la référence au superficiel, aux fausses valeurs, au nu avec ses profils effilés devenus le critère dominant. Le dessous comme vérité du dessus. La coquetterie et la beauté, les seules armes qu’on laisse aux enfants de ce pays… Merveilleux programme ! N’est-ce pas ?
Et qu’une Institution de la République, tel le Ministère de l’Éducation Nationale accompagne de telles actions, prend le visage de l’effroyable. Et de la révolte ! Le gouvernement ivoirien veut-il entretenir le modèle d’une jeunesse zombifiée ? Veut-on créer le stéréotype de la femme infantile ? Veut-on pour demain des femmes qui n’auront pour seule boussole que d’être « belle » ?
Aujourd’hui, la situation de notre pays est telle que les maux à combattre ne manquent pas. Au lieu de promouvoir des préjugés sexistes du genre « soit belle et tais-toi » à un moment où l’école est quasiment inexistante, un moment où le SIDA décime toute une jeunesse, le Ministère de l’Éducation Nationale devrait multiplier des actions qui exhortent plutôt les jeunes au travail, au civisme, aux valeurs éthiques et morales, etc.
Une enfant à qui on apprend à se réaliser à partir des atouts artificiels, trouvera-t-elle le moyen de croire en ses études ou au travail ? Quelle élite sommes-nous en train de former ? Ne faut-il pas construire pour cette jeunesse une société qui donne avantage au mérite par le travail et l’intelligence ? Et qu’ils comprennent ainsi qu’il n’est pas inutile d’aller à l’école et d’être surtout « beau » par l’intelligence.
Sinon, un jour, lorsqu’ils auront 20 ans, 30 ans. Et pleins d’espoir, affamés d’avenir, ils se rendront compte que nous leur avons laissé un pays usé et vidé de toute sa substance nourricière. Et ce jour-là, ils nous haïront de toute leur force. Et ils auront raison. Car c’est le pire qu’on puisse faire à ses propres enfants…
Dr Kobé Ziri Cécile
Publié le 31/08/2007 à 12:00 par sergegrah
Merci au Président Laurent Gbagbo et à son Premier Ministre, Soro Guillaume, ainsi qu’à tous ceux, qui d’une façon ou d’une autre, ont facilité et encouragé le dialogue entre Ivoiriens à Ouagadougou ! Tous ceux qui accordaient peut de crédit à ce dialogue en ont eu pour leur scepticisme. Car le résultat est bien là qui illumine aujourd’hui la Côte d’Ivoire toute entière.
En effet, l’accueil que le peuple ivoirien a réservé à l’Accord de Ouaga, a fait naître un Nouvel Espoir : celui d'une Côte d’Ivoire qui veut résolument aller à la Réconciliation et vivre dans la Paix. L’Accord de Ouagadougou a été également un appel, une lucarne qui a aéré nos cœurs asphyxiés par ces années de guerre. Il est venu mettre fin à une situation qui risquait irrémédiablement de se transformer, à n'importe quel moment, en un sort funeste pour notre pays. Et devant le danger évident que représente la guerre pour l'avenir de notre Nation et pour celle de la postérité, chaque ivoirien s’est senti interpellé, au plus profond de sa conscience patriotique, pour résister au processus de déliquescence de son pays.
« Bouaké, la ville de la Paix » a donc célébré ce 30 juillet, le courage d’une Nation déterminée à passer de la confrontation destructrice à l’édification de la Paix. « Bouaké » nous a révélé que nous ne devrions compter que sur nous-mêmes pour sortir de la crise. Toutefois, la partition du pays, pour centrale qu’elle paraissait, n’a été que le visage hideux de la faillite de notre société. La société ivoirienne est en faillite dans ses secteurs les plus vitaux. C'est à une rupture totale avec les valeurs culturelles, éthiques et morales que nous avons assisté. Faillite politique, faillite sociale, faillite scolaire et universitaire. Bref, une crise globale qui exige aujourd’hui une réponse globale. Personne n’a donc le droit de rester indifférent. Conscient que ce qui se joue à présent a des liens intimes avec l’avenir de cette Nation.
Il ne s’agit plus ici d’épiloguer sur les raisons profondes qui ont amené à la guerre. Il s’agit plutôt d’en appeler à la lucidité des Ivoiriens, en ce moment décisif que traverse notre pays, afin de saisir l’opportunité de « la Flamme de la Paix », et d’œuvrer pour que ne reprenne plus jamais cette tragédie fratricide. Notre pays ne mérite guère de continuer à porter le lourd fardeau d'incertitude du lendemain.
Il est vrai, certes, que certains acteurs politiques, montrent encore quelques hésitations à aller à la Paix. Tant pis pour eux ! Car « Bouaké » a dépassé largement le cadre du simple symbole. Si le désespoir les amène vers des extrémités tragiques, qu’ils sachent cependant que la Côte d’Ivoire a tourné la page. Elle s’est résolument inscrite et de façon irréversible sur la voie de la Réconciliation et de la Reconstruction Nationale. Et le rassemblement de « Bouaké » nous a donné une occasion privilégiée de témoigner que la Paix vaut infiniment bien plus que les ambitions politiques et guerrières. En prenant ainsi notre destin en main, nous sommes devenus une Nation d’avenir, une Nation qui gagne. Une Côte d’Ivoire qui profite à tout le monde. Parce que l'idée que chaque camp peut écraser l'autre, s'est révélé un mirage séduisant et dangereux, laissant derrière lui une piste de sang et de haine.
Il n’y a donc ni vainqueur ni vaincu. Mais un gagnant : la Côte d’Ivoire. Et, un grand besoin que chaque Ivoirien s'imprègne d'un esprit nouveau, avec un sens élevé de l'Amour de son pays, soucieux du bien commun, ayant une probité morale ; bref, un ivoirien capable d'affronter les grands défis socio-économiques et culturels fondamentaux.
Le Bouddhiste Daisaku Ikeda prévenait que « la moitié des pays émergeant d’un conflit se trouve à nouveau pris au piège dans celui-ci. » C’est à cette situation infernale que nous devons dire non ! Et prendre sans tarder la vraie mesure du danger imminent qui a guetté notre pays. Car personne ne saura jouir demain de quelque avantage que ce soit, si cette terre d’Éburnie venait à sombrer dans un tourbillon du chaos.
C’est dans notre intérêt de garder « la Flamme de la Paix », ce flambeau de l’Amour et de l’Unité, allumée, afin que soit extirpée de nos cœurs, l’affliction de la guerre, pour y incruster l’Espérance. « Bouaké » doit être un baume pour nos blessures, un écho de notre désir sincère de nous réconcilier. Parce que, personne dans ce pays n’a de patrie de rechange, et quel que soit le confort de l'asile, le seul Paradis Terrestre pour les Ivoiriens, c'est la Côte d’Ivoire. Dans cette perspective, aucune opportunité ne doit être négligée. Toute action de nature à maintenir la dynamique de Paix doit être encouragée, entreprise et menée à son terme. Car la Paix est une interminable conquête, une œuvre jamais achevée, un temple pour les architectes de la patience.
Il serait aussi indiqué que le gouvernement inscrive dans le programme des enseignements, un mécanisme qui puisse préparer les Ivoiriens à intégrer la culture de la Paix. Une éducation basée sur la Justice, le Civisme, la Tolérance, le Patriotisme, le Travail et les principes des Droits de la personne, pourrait être un puissant vecteur pour transformer la société ivoirienne... Oui mettre un point focal sur la promotion du citoyen, le transformer qualitativement. Car, le respect des seules règles d'expressions démocratiques institutionnelles ne suffira plus à donner l'élan nécessaire à une œuvre aussi gigantesque que la reconstruction de notre Nation.
Les Ivoiriens doivent réussir à transformer, tel le peuple japonais après l’horreur de la bombe atomique, ces 5 années de guerre en une beauté artistique et vitale : Amour, Unité et Paix.
Publié le 31/08/2007 à 12:00 par sergegrah
Lettre ouverte au Président Henri Konan Bédié
Monsieur Président,
C'est un Ivoirien désabusé et révolté qui vous écrit, et croyez-moi, ce n'est pas de gaieté de cœur. J'en suis aujourd'hui à me demander comment en partant d'un homme dont on présageait d'un bel avenir politique, on en arrive à un homme sans foi, sans assise et sans objet ? Un homme qui se renie absolument et constamment devant sa propre histoire... Et pourtant, le mérite des grands hommes d'Etat n’est-il pas d'être capable de résister aux dérives vers lesquelles la gestion du pouvoir d'Etat peut conduire ?
C'est vrai que je ne suis pas certain de saisir les subtilités de vos récentes élucubrations. J'ai beau me triturer les méninges, je n'arrive pas à comprendre le fondement de votre mépris vis-à-vis du peuple de Côte d'Ivoire et des symboles qui fondent cette Nation. Parce que je ne crois pas que la conquête du pouvoir d'Etat puisse pousser à de tels manquements, à de telles hérésies et à une telle amnésie.
Que vaut un homme sans souvenirs ? Que vaut un homme qui ferme les yeux sur sa propre histoire ? Que vaut un homme qui ne veut marcher que sur le peuple pour assouvir ses ambitions devenues trop personnelles ? Pendant combien de temps encore, Monsieur le Président, allez-vous vous fuir et vous prostituer pour garder les illusions que procure l'idée d'un retour au pouvoir ? La France qui aujourd'hui vous encourage dans cette agitation désordonnée qui vous sera inéluctablement fatale demain, est la même qui hier, au motif que vous menaciez ses intérêts, a assisté, sinon suscité et encouragé votre départ forcé du pou¬voir. Cette France-là et cette ONU-là ne peuvent rien pour vous. Et ce n'est pas le club françafricain des chefs d'Etat de l'Union africaine, encore moins ceux de la CEDEAO qui vous offriront ce fameux fauteuil présidentiel. Parce qu'ils sont conscients que vous ne représentez plus grand-chose dans ce pays. Ni politiquement, ni idéologiquement. Ils vous utilisent juste comme paillasson pour entrer faire ce qu'ils veulent dans notre pays. Seul le peuple de Côte d'Ivoire peut vous redonner le pouvoir que vous quêtez si maladroitement. Mais là encore vous vous êtes aliéné sa confiance...
Est-ce parce que les Ivoiriens ont refusé de répondre à votre appel du 25 décembre 1999 que vous ne les programmez que dans le chaos ? Mais pourquoi diantre pensiez-vous que ce peuple que vous méprisiez tant allait se jeter en pâture aux militaires quand vous-même vous aviez déjà pris la clef des champs ? Le Président Gbagbo n'est assurément en rien responsable de votre sujétion alarmante, de votre complicité impudente, de votre irresponsabilité sordide, de votre haine hallucinante et enfin, de votre incohérence stupéfiante... Est-ce sa faute s'il réussit là où vous avez lamentablement échoué ? « Suspendre la Constitution, chasser Gbagbo du pouvoir, faire disparaître la Côte d’Ivoire... ? » Cauchemardesque votre projet de société ! Cet acharnement sur la Constitution qui vous a entièrement fait est étonnant...
Monsieur le Président vous oubliez, trop vite, excessivement vite. Vos propositions, cache-sexe d'une volonté manifeste de détruire ce pays, sont maladroites, politiquement et moralement inacceptables. Que vous vouliez revenir aux affaires est votre droit le plus absolu, mais que vous transformiez ce droit en quelque chose d'ignoble et d'improductif est impensable. Mais que vous le vouliez ou non, les Ivoiriens ont acquis par la force de la foi en leur lutte, le statut de gardiens du temple de la souveraineté de leur Nation. De toute façon, il est très peu probable que vous reveniez au pouvoir, même avec toutes les combines les plus macabres possibles. Cependant, il est important de souligner que votre comportement est particulièrement scandaleux et honteux. Surtout de la part d'un ancien Président de la République.
Comment peut-on prôner la Paix, la légalité, l'unité et !a fraternité et, se faire le chantre d'une société sans foi ni loi, une société où ne sont promus que les cancres ? Vos insultes au peuple ivoirien n'ont-elles pas pour seul but de replonger la Côte d'Ivoire dans la nostalgie douteuse d'époques troubles qui promouvaient des valeurs tronquées et des idéologies assassines ? Pour qui connaît votre histoire, comment il a fallu vous tenir par la main à toutes les étapes de votre ascension politique contestée et contestable, changer de mentalité peut vous être difficile. Car cela nécessite une conscience et une capacité d'effort sur soi-même, un amour pur et désintéressé pour sa Patrie.
Oui Monsieur le Président, ce changement commande de rompre l'alliance infernale avec la coalition chiraco-rebelle, de travailler résolument au désarmement des bandes rebelles afin de mettre un terme à la tragédie du peuple ivoirien, mais aussi de respecter scrupuleusement les lois que nous nous donnons.
Qu'y a-t-il donc de si attrayant à mourir chef d'État ? Sans nul doute pour pouvoir assouvir tous les désirs de trafics sordides, d'épreuves de force sans objet, de rancune tenace et morbide. C'est sans doute dans tout ceci qu'il faut chercher les raisons de la pathologie criarde dont vous êtes victime... Ce pouvoir, vous l'aviez bien pourtant ! Et vous aviez tout pour être un Grand Homme d'Etat. Qu'en aviez-vous fait ? Rien. La preuve, sa durée a été le temps nécessaire à une rondelle de beurre pour fondre.
Vos années de pouvoir ont révélé vos faiblesses, votre incapacité à conduire la destinée de ce pays. Alors, aux intérêts de la Nation se sont substitués vos intérêts personnels. A la rigueur et à la lucidité qu'exige la responsabilité d'homme d'Etat, vous êtes devenu un spécialiste des violations les plus flagrantes des droits et libertés de l'homme, des intrigues en tout genre, un stratège dans le sens le plus méprisable… A la tâche de protéger le peuple, vous êtes devenu au contraire son bourreau. Malgré tout, nous vous avons pardonné toutes ces atteintes innommables et innombrables à nos droits les plus élémentaires.
Pourquoi donc, Monsieur le Président, croyez-vous ne pas pouvoir réussir en politique en préservant votre honneur, votre sens du devoir et surtout votre amour pour ce pays ? Il va sans dire que votre comportement est une volonté manifeste de participer activement à la désorganisation de la Côte d'Ivoire, de sorte que de l'instabilité politique, ce pays demeure « ingouvernable ». « Si je ne puis être président, personne ne le sera », semblez-vous dire. C'est pathétique, mais c'est tout Bédié ça !
Ce petit jeu politique minable dépasse tout simplement, l'entendement. C'est même devenu un pléonasme que de dire que vous avez déçu l'immense espoir que les Ivoiriens auraient pu placer en vous... Et votre tâche, Monsieur le Président, ne sera pas du tout facile. Car il existe sur cette terre d'Eburnie des Hommes libres qui pensent par eux-mêmes et qui sont prêts à payer de leur sang pour vous rappeler l'obscurantisme dans lequel vous gisez.
Le temps où vous pouviez encore snober le peuple est définitivement révolu. Le temps où il n'y avait que vous et votre pouvoir est également dépassé. Alors plutôt que de ruminer cette grosse haine, il vous faut avoir l'humilité d'écouter l'aspiration profonde du peuple ivoirien. Parce que, si vous aviez un soupçon de fibre patriotique, une once de conscience des souffrances de ce peuple, vous comprendriez que ni le pouvoir, ni les honneurs en tout genre qu'octroi les privilèges dus au rang que vous voulez vous accorder à vie, ne peuvent aucunement remplacer l'insoupçonnable caractère précieux d'une vie humaine.
Je suis intimement persuadé que la bataille que vous avez engagée contre le peuple ivoirien est la corde déjà nouée de votre suicide. Et ce ne serait là que le cours normal des choses. Car la Côte d'Ivoire connaît l'histoire du sphinx. Les Ivoiriens connaissent la réponse à votre énigme mortelle.
Je voudrais pour terminer, Monsieur le Président, vous prier de ne pas abandonner votre âme en peine se nourrir des pulsions diaboliques de l'insoutenable trahison contre sa Patrie. « Ceux qui voltigent au gré du vent ont un destin de feuille morte », nous enseigne la Sagesse... Redevenez Ivoirien, Monsieur Bédié ! Patriotiquement vôtre !
In Le Temps n° 1059 du 31 octobre 2006
Publié le 31/08/2007 à 12:00 par sergegrah
Que devra retenir notre Histoire récente de ces hommes politiques qui hantent notre période indécise et tumultueuse ? Le point commun de ces personnages qui voudraient que leur soit reconnue une dimension grandissime ? Ils se sentent bienheureux ! Bienheureux de vouloir nous persuader à quel point notre avenir sera radieux dans une Côte d'Ivoire sans foi ni loi, un Etat sans Etat. Un pays où n'importe quel gougnafier peut se permettre à loisir, n'importe quoi pourvu qu'il brandisse le magistère "1721"... Mais, une petite chose tout de même ternit leur unanime béatitude : les Ivoiriens se refusent à baigner dans la stupide euphorie "1721" qui remplît leur vie ardente de politiciens sans coffre.
Ces messieurs invitent la Côte d'Ivoire, le pays des "fiers Ivoiriens", à s'offrir au "Nouvel Ordre" qu'ils prônent. Pour eux, la marche vers " la paix " est conditionnée par la négation des Institutions de la République, érigée au rang de vertu démocratique. Que cette négation rime avec mépris de la Nation n'incommode en rien ces hommes installés sur leur pro¬montoire d'où ils regardent avec une indifférence diabolique les souffrances des Ivoiriens.
Ils pensent que le peuple ivoirien a tort d'ignorer leurs régulières diatribes contre les Institutions qui fondent leur existence même de leaders d'organisations politiques. Et que leur attitude inutilement irrévérencieuse fasse le lit de lendemains incertains et obscurcisse l'horizon de la Paix, ne choque en aucune manière notre aréopage distingué. Cependant, la pente vertigineuse sur laquelle ils sont désormais accrochés est mortifère. Ils en meurent petit à petit. Car face au Président de la République, légitimé par un peuple ave-; lequel il se confond, un chef d'Etat que ni le " Grand" Houphouët, encore moins le scandaleux Chirac, n'ont réussi à impressionner, les promoteurs du désordre ivoirien ont décidé de procéder par provocation. Immonde insouciance ! On retrouve dans cette bouillabaisse, toute la clique des mêmes jouisseurs politiques.
Mais, et c'est là que le bât blesse, ces individus qui crient à la démocratie sont ceux-là mêmes qui font chorus avec le vieux corrézien pour empêcher l'organisation des élections en Côte d'ivoire. Voilà donc des hommes politiques qui, profitant de la complicité moralement et politiquement condamnable de la France, veulent condamner la Côte d'Ivoire à leur triste et petite personne. Drapés qu'ils sont de leur inculture, les Ivoiriens les ont pris, cette fois-ci, la main dans le sac, sous leur vrai visage. Laissant découvrir toute la laideur de leurs ambitions mal contenues.
Parmi ceux coutumiers du fait, le désormais inénarrable Banny. Posons-nous ces quelques questions, somme toute, légitimes au regard des faits troublants qui démontrent toute l'absurdité dans l'application de la "1721" dans laquelle s'enferme inexorablement le prince de Morofè... elles ont certainement été posées auparavant sans peut-être qu'on en ait mesuré l'importance. Alors reposons-les plus tranquillement : que pensait pouvoir gagner Banny dans la défiance au chef de l'Etat ? De quelle onction se réclame-t-il pour se permettre de tels agissements ? Pourquoi pense-t-il que le Président de la République doit requérir son avis avant d'agir selon l'autorité que lui confère la Constitution ? Et puis, en quoi nom¬mer ou révoquer des Directeurs généraux gène-t-il sa feuille de roule au point de l'empêcher de l'exécuter ? Les provocations, même les plus puériles, ont quand même des limites ! La preuve, elles se sont transformées en un jeu malsain pour terminer en agression gratuite inacceptable. Mais pour Banny, l'essentiel était de tâter l'adversaire, voir sa capacité de réaction. Et vlan !
La claque a été à la hauteur de l'outrecuidance. Et ses appels au secours à la France chiraquienne lui sont revenus en écho assourdissant. Banny se rend donc à l'évidence que les intrigues politiques et les desseins inavoués de ses amis et lui ne pourront jamais prospérer devant l'aspiration légitime à la Liberté, à la Paix et au Développement du peuple ivoirien. Car conscient qu'aucun pays au monde, sous le juron de la France, n'a pu décoller ni économiquement ni politiquement. Si les pays dits " dragons d'Asie " avaient été des ex-colonies françaises, ils seraient aussi miséreux que le Burkina Faso, le Mali ou le Niger. La coopération française, sauf pour ceux qui souffrent d'une cécité chronique ou d'une mauvaise foi clinique, n'entretient que la pauvreté, la misère, les coups d'Etats et les guerres civiles.
Aujourd'hui, à la grande joie du peuple, Gbaguo a marqué son territoire, contrant une fois encore, cette énième tentative de déstabilisation de son pays. Cette réaction, fort à propos du Président, a permis de voir - pour ceux qui en doutaient encore - jusqu'où peuvent aller les fourberies de Banny... En effet, pour avoir goûté aux délices du pouvoir, il se donne des aires de Président. Et ce, obnubilé par les fantasmes de ses pseudos pouvoirs onusiens, qu'il croit pouvoir utiliser comme sésame pour se retrouver à la Présidence... Le voilà qui rêve de tirer des dividendes politiques de l'enlisement de la crise... C'est donc pourquoi, depuis qu'il a été imposé comme Premier Ministre en Côte d'Ivoire, tel iznogood le grand vizir, il n'a eu pour unique ambition et pour seul projet que de devenir président à la place du Président. Son échec lamentable était donc programmé.
Tout tourne finalement autour de la prise du pouvoir par Banny et ses alliés de circonstance, convertis en opposants d'apparat, sans passer par les élections. Ils se complaisent dans des insubordinations et autres médisances faute de projets crédibles à soumettre au peuple. Ils se perdent dans des verbiages nés des discours creux sur les résolutions onusiennes, sur l'identification et sur l'ivoirité, un néologisme incompris de ses auteurs eux-mêmes. Avec Banny, nous faisons le triste constat que la quête du pouvoir rend aveugle. De cette cécité, il développe un misérabilisme politique qui n'est rien d'autre que les mamelles de la médiocrité. Comment sont-ils "tous administrativement coupables " sans le chef du gouvernement ? Bien sur, lui, c'est le "sage des sages ". Il ne peut donc avoir fauté. Il faut donc servir au peuple une Commission d'enquête, véritable moulin à vent, qui doit justifier la "bannïsation" de l'Administra¬tion ivoirienne. Pour les besoins de la cause...
Son rôle, on le voit, est aussi incohérent que son incapacité à analyser les événements avec un sens de responsabilité et d'équité. S'il est vrai que nous sommes tous pour une justice impartiale, nous refusons cependant ce flou artistique dont le seul et unique objectif est de brouiller les pistes afin de protéger les vrais coupables tapis dans l'ombre... Où est donc sa vision de la morale et de la justice, quand il n'ose souligner cette grave tragédie des déchets toxiques que par cynisme ?
Ceux qui l’ont côtoyé de près sans perdre leur lucidité, savent que le Primus cher à Chirac présente une grosse tare : un égotisme stupide ! C'est un homme d'apparence enjoué qui est profondément sinistre. Nous assistons avec lui au retour de l'ego pur et dur. A l'émergence d'un tribalisme corrosif et pernicieux. Aucun Ivoirien n'est donc surpris que Banny se soit ainsi installé dans l'opportunisme et le sectarisme... Son attitude face au Président Gbagbo n'est finalement pas différente de la condition de Sisyphe qui arpente imperturbablement sa falaise escarpée, poussant sa pierre qui retombera systématiquement de toute façon !
Il est encore temps d'éviter de sombrer dans un autre chaos. Pour cela, il faut s'efforcer de tenir à distance la diabolisation des uns et des autres, en refusant aussi bien les fondamentalismes et leur prosélytisme que les amalgames et les stigmatisations inutiles. Et surtout montrer qu'on peut sortir de la lecture de défiance pour analyser sans parti pris, la crise politique que traverse notre pays. La marche du peuple vers la Paix a résolument commencé. N'en déplaise à la France, au GTI et consorts. C'est le sens de l'histoire. C'est le sens de notre Histoire. Et le compte à rebours est irréversible.
In le Temps N° 1088
du 6 décembre 2006.
Publié le 31/08/2007 à 12:00 par sergegrah
Alpha Blondy (Artiste-musicien)
Après la sortie la de sort son album «Yitzhak Rabbin », Alpha Blondy a rempli seul la scène de l'actualité musicale. Ce n'est pas une surprise ! Tout le monde est d'accord pour reconnaître à Alpha Blondy son talent, son génie créateur qui ne laisse personne indifférent. C'est vrai. C'est d'autant plus vrai que tous les spécialistes du genre et les férus du reggae ont d'une même voix reconnu la qualité thématique et musicale de cet album : « Yitzhak Rabbin ». Alpha Blondy est donc sans conteste un leader d'opinion. Et pour nous un leader d'opinion doit avoir une idéologie claire, une conscience claire des problèmes qu’il pose et de l'Histoire du peuple auquel il appartient. Un leader d'opinion doit être également un phare, un éveilleur de conscience.
Et c'est là que se trouve notre inquiétude… Alpha Blondy semble être obsédé par Yitzhak Rabbin, Jérusalem, et les douze tribus d'Israël, c'est-à-dire l'Histoire, la mémoire du peuple juif. Cette obsession de la mémoire juive, hélas, laisse dans l'oubli la mémoire africaine, l'épopée de la grande douleur, la souffrance non seulement des Noirs d'Afrique mais de ceux de la diaspora. Ce qui laisse à penser que l'Afrique manque cruellement de modèles à enseigner à. sa jeunesse, à ses fils. Sinon pourquoi se donne-t-il tant de mal à ressusciter Yitzhak Rabbin ? En quoi Yitzhak-Rabbin et Israël sont-ils des réponses à nos multiples questions à l'orée du troisième millénaire ?
Cette fascination d'Alpha pour le peuple juif et partant pour la race blanche va jusqu'à la confusion grave des symboles : c'est un bébé blanc à genoux qui regarde et surveille le monde, l'univers. Explication : Alpha Blondy veut briser les barrières raciales.
Le monde étant dominé par les Blancs, ne serait-il pas mieux de briser cette barrière, plutôt cette domination par un bébé noir ? Briser les barrières raciales, lutter contre le racisme, c'est un noble combat. Mais Alpha ne pense-t-il pas qu'inconsciemment, en prenant un bébé blanc sur sa jaquette il se fait l'instrument de la domination occidentale en renforçant le complexe d'infériorité si ravageur dans la conscience des peuplés africains, un peuple qui n'est pas encore guéri des traumatismes de l’esclavage, de la colonisation et de la confiscation du contenu national et historique de nos indépendances ?
Les questions des « guerres civiles, tribales, ethniques », les questions de nos « imbéciles qui ne changent pas », de nos « indépendances confisquées par une armée étrangère sur notre territoire souverain », est-ce en Israël que nous devons chercher les réponses ?
Nous pensons qu'il eût été bénéfique pour l'éducation politique et idéologique des jeunes Africains que le Grand Jah Alpha Blondy mette son génie créateur au service de la grande Mémoire Glorieuse de l'Histoire de l'Afrique. Car combien sont-ils ces jeunes Ivoiriens, ces jeunes d'Afrique qui savent qui sont Soundjata Kéita, Sanory Touré, Chaka Zulu, Behanzin, Ablah Pokou, Sarraouina, Marcus Mosiah Garvey, Kwamé N'Kruma, Frantz Fanon, Cheick Anta Diop ?
L'image du bébé blanc qui regarde le monde n'a-t-il pas plus d’impact négatif sur la conscience que la présence de l'armée française sur notre territoire ? Dans la logique de notre vraie indépendance et de nôtre identité, il aurait fallu qu'Alpha apprenne aux bébés noirs à regarder le monde, à rechercher leur identité, à avoir foi en leur génie créateur, à aimer leur histoire.
Pourquoi c'est seulement un bébé blanc qui peut briser les barrières raciales et non un bébé noir ? Il faudrait alors qu’Alpha invente un bébé incolore pour rendre son explication crédible. Parce que lutter contre le racisme ce n'est pas nier l'existence des races. Sinon pourquoi voit-il les militaires français comme des Blancs et non comme des Noirs, comme dos Ivoiriens ? Ces symboles là doivent donc avoir une signification claire, et non des justifications floues et incohérentes.
Aussi sa somptueuse villa décorée de statues en or, la chaîne de taxi-Mercedes, peuvent-elles passer pour une quêté personnelle de fortune, ce qui est son droit. Mais là où le bât blesse, ce sont les fils d'or avec lesquels il tresse ses cheveux. Cela dépasse les limites de cette quête de fortune et prend le chemin de l'extravagance, de l'exhibitionnisme. Si Alpha a de l'or à ne pas savoir qu'en faire, pourquoi ne créerait-il pas une Fondation « Alpha Blondy » pour rester dans le symbole : venir au secours des enfants de la rue, des orphelins et de tous les jeunes d'Afrique démunis, déshérités qui l'admirent tant.
Pour faire avancer l'Afrique, il est besoin qu'Alpha ait une idéologie claire, une conscience claire des problèmes africains et du combat à mener pour une Nouvelle Afrique. Et tout comme lui, tous les autres : musiciens, écrivains, peintres, journalistes, enseignants, hommes politiques, tous ceux qui prétendent parler au nom du peuple doivent éviter de produire de fausses idéologies afin de ne pas égarer le peuple et l'induire en erreur. Ils doivent avoir une conscience claire pour élucider la conscience du peuple.
Car enfin, il ne s'agit pas de donner des leçons, de critiquer, mais de clarifier les valeurs essentielles qui doivent répondre aux nouvelles questions de l'Homme Africain, de la Jeunesse Africaine.
Serge Grah
In Ivoir’soir n° 1751
du 29 mai 1998
Publié le 31/08/2007 à 12:00 par sergegrah
Du 7 au 10 juin 2006 à Abengourou, s'est tenu un colloque sur « La Paix pour un Développement Durable ». Si l'initiative est louable, il a manqué aux panélistes le courage intellectuel pour éclairer les Ivoiriens sur ce qui entrave réellement le développement de leur pays et empêche la paix. On peut être d'accord sur le respect de l'environnement, la culture de paix, la démocratie, le respect des Droits de l'Homme, etc. Mais mettre ces propositions - en ce qui concerne notre pays - comme condition sine qua non du Développement et de la Paix semble particulièrement pervers.
C'est Vrai que formellement, le principe de « la Paix pour un Développement Durable » est séduisant. C'est d'ailleurs cette qualité que les initiateurs du colloque ont utilisée à outrance. Pour nous faire admettre qu'on peut concilier la croissance économique, la démocratie et la Paix avec la dépendance. Une telle conception est une véritable escroquerie morale et politique, doublée d'une aberration économique.
On ne peut parler de « Développement Durable » que dans un environnement politique indépendant, dans un système économique et monétaire souverains. Le faire autrement, c'est élaborer un modèle idyllique dont l'unique objectif est de saper l'ardeur combattante des patriotes ivoiriens. Qu'un discours sur le développement fasse fi de notre situation de « département français » et fonde son raisonnement sur des a priori, est une vision mécaniste de notre réalité socio-économico-politique.
Pour qu'on demande aux Ivoiriens ou qu'ils soient de monter à bord du « train de la paix », il serait honnête qu'on réalise d'abord le réseau ferroviaire. A moins qu'il ne s'agisse purement et simplement d'une mystification franco-rebelle voulue et à entretenir. A quoi sert-il de gémir « Paix et Développement » si les moyens pour y parvenir sont superfétatoires ? Ce qu'il faut pour mettre fin aux souffrances des Ivoiriens, ce ne sont pas des théories dominicales, mais des actions. Or la seule capable de mettre fin à ce qui fait couler notre sang et verser nos larmes c'est bien notre indépendance politique et économique. Mais quel intellectuel sérieux rappellera-t-il que nos « amis » chiraquien ruinent notre pays par leur mafia néo-coloniale ? Qui dira que notre état de sous-développé n'est pas une fatalité, mais un objectif politique et économique de la France ? Qui exposera donc les vraies raisons de cette guerre qui déchire notre pays ? Derrière ces affrontements et ces manipulations ethnico-politico-régionales, ne se trouve-t-il pas encore et toujours la logique françafricaine ? Le souci d'aller à ce « Développement Durable » justifie-t-il qu'on laisse la France se comporter comme elle le fait chez nous ?...
Aucun pays au monde n'est encore devenu développé en restant dépendant et guidé par un autre pays qui n’a pas du tout intérêt à ce qu’il soit dans un environnement de paix et qu'il se développe. Nos éminences grises ont passé 4 jours à inventorier les facteurs qui seraient caractéristiques du sous-développement, sous-entendant qu'il suffirait de surmonter les problèmes de la démocratie, de la pauvreté, des Droits de l'Homme, des dettes, d'avoir une croissance à plusieurs chiffres, etc. pour que les portes du développement s'ouvrent comme par miracle.
Un pays peut être aussi riche que possible, avoir toutes sortes d'infrastructures modernes, mais si sa structure économique et politique reste asservie à un système dont lui-même ne contrôle pas les données, on ne parlera jamais d'un pays développé, ni indépendant. La Côte d'Ivoire souffre énormément de sa dépendance vis-à-vis de la France. Chaque année, les Français retirent royalement au moins 5 fois ce qu'ils investissent... « Tous les secteurs clés de ce pays sont entre les mains des filiales de sociétés françaises : pétrole (Total), électricité-eau, (Bouygues), travaux publics (Bouygues, Vinci, Setao, Colas), transports maritimes (Bolloré), ressources naturelles (Bolloré, Castel), télécommunications (France telecom), finance (La Générale, Crédit lyonnais, BPN-Paribas). Ces groupes français détiennent 27% du capital social des entreprises ivoiriennes. »
Des superprofits qui se démultiplient au détriment des conditions de vie du peuple ivoirien. Dans cette logique, il vaut mieux reconnaître que notre sous-développement dépendant conduira toujours à un développement du sous-développement au profit des Gaulois. Ils n'ont cure des Droits de l'Homme, de la démocratie encore moins des massacres des populations, pas plus aujourd'hui en Côte d'Ivoire qu'hier au Rwanda et ailleurs en Afrique.
Il faudrait peut-être le rappeler aux spécialistes du « Développement Durable »... 4 ans que la Côte d'Ivoire souffre d'une guerre stupide qui la ramène 20 ans en arrière, simplement parce qu'elle a voulu organiser son développement. En mettant en concurrence des offres françaises et les autres investisseurs étrangers. C'est ça son crime ! Nul n'a donc besoin d'être un économiste ou politologue sorti de Harvard pour comprendre que la « Paix pour un Développement Durable » dans un système de dépendance politique, économique et culturel n’est rien d’autre qu’un leurre, une grosse farce dont le seul et unique objectif est d'occulter les vrais problèmes pour justement éviter de les poser...
Notre sous-développement n'est pas une chose qu'on a trouvée, comme on aurait découvert le pétrole, mais une conséquence de l'exploitation mafieuse de notre pays par la France. Si nous sommes encore en proie à ces désordres qui handicapent notre développement, c'est bien parce qu'il y a des choix contestables qui ont été faits en amont. Notamment les accords léonins de coopération qu'Houphouët a signés avec la France et qui nous valent aujourd'hui d'être un pays « néo-colonisé », voire un « territoire français ». Ce sont donc ces choix qu'il faut dénoncer. Briser d'une même volonté déterminée le dogme de pré carré de la France. Toute autre démarche est pure spéculation.
Si le colloque d'Abengourou a évité de poser les questions qui fâchent, et qui vont à rencontre des intérêts de la France, c'est bien parce que son but était ailleurs : nous éloigner du vrai combat pour notre libération totale.
Passer sous silence les implications néocoloniales de notre situation actuelle et tenter de faire croire qu'on peut passer du sous-développement au « Développement Durable », à l'indépendance et à une dignité nationale sans pour autant éliminer les raisons et les mécanismes qui déterminent cet état de fait. En effet, les organisateurs et leur soutien gouvernemental s'obstinent à diffuser et à promouvoir ce genre de mythes juste parce que ça leur rapporte gros. Rien de plus.
Nous croyons qu'une autre Côte d'Ivoire est possible et même nécessaire ! Et il faut la construire dès maintenant. Mais par pitié, ne commettons pas l'erreur de le faire avec les matériaux d'un passé que nous ne voulons plus, et qui de toute façon n'est pas viable. Un tel édifice ne peut que s'écrouler avant même son achèvement, entraînant un nouveau naufrage, un second drame, une autre tragédie. Tous les Ivoiriens veulent la Paix. Ils veulent relancer leur économie... Mais ils se refusent de trahir ces nobles idéaux en les rassemblant sur un slogan cosmétique aussi vide de sens que piégé, tel celui d'Abengourou.
En définitive, les inconditionnels de Banny ont juste trouvé à travers ce colloque, une tribune d'auto-promotion du Premier ministre qui voulait s'entendre parler et pouvoir compter sur ces relais de notre sous-développement... Il faudrait alors plaindre ces intellectuels dont on ne saurait douter du sérieux, qui se sont jetés à corps perdu dans ce folklore. Ils en sont venus à s'inventer de bonnes raisons pour persévérer dans cette misère. Comme dit le proverbe : « Quand deux esclaves se rencontrent, ils disent du mal de la Liberté. Ils racontent que la Liberté est dangereuse et la servitude enviable. » Pauvre de nous ! Que Dieu nous garde !
In Le Temps N° 953 du 24 juin 2006.
Publié le 09/07/2007 à 12:00 par sergegrah
L'Afrique en ce 2ième siècle s'enfonce de plus en plus dans le sous-développement. Du moins, dans le mal développement. Et ce continent, malgré ses riches potentialités minières, minéralières et forestières continue d'attendre qu'on l'aide. Face à cette situation on a trouvé des explications : la colonisation, le prix des matières premières, etc. Si cette explication est vraie, il faut avouer qu'elle est de moins en mois convaincante. Parce que les pays d'Amérique Latine et d'Asie ont également été colonisés. Ils ont été comme nous colonisés. Ils sont comme nous exploités. Malgré cela, ces pays sont mieux lotis que la plupart des pays au sud du Sahara en matière de développement. Le Brésil aujourd'hui a une industrie lourde. Les pays asiatiques appelés dragons d'Asie sont aujourd'hui ceux qui nous prêtent de l'argent. Pourquoi donc, l'Afrique ne peut-elle pas décoller ?
Il faut malheureusement reconnaître aujourd'hui que le sous-développement de l'Afrique ne tient pas seulement à l'exploitation dont nous sommes victimes. Si nous ne parvenons pas à avancer, si nous reculons continuellement, c'est bien parce que nous avons une culture et même une philosophie qui va à rencontre de tous ceux qui veulent progresser. La lutte contre les meilleurs est donc l'une des causes fondamentales de la situation actuelle de l'Afrique?
Toutes les communautés humaines aspirent au progrès. Chacun voudrait vivre mieux qu'il n'a été hier. Mais le constat révèle que le progrès est l'œuvre de quelques individus parfois même d'un seul individu et il finit par se propager dans le reste de la communauté.
Face à cette aspiration au progrès, face au fait que le progrès part de quelque part pour gagner les autres, quelles sont les attitudes que les sociétés africaines ont vis-à-vis des sources de progrès ? Les africains, devant les sources génératrices de progrès, adoptent une attitude de démoralisation. Une attitude de combat contre les générateurs du progrès. Or, dans les pays occidentaux, dès qu'on trouve qu'un individu pose un acte de nature à faire progresser la société, on l'entoure de soins. On le protège. Ces sociétés occidentales sont organisées sous le modèle compétitif. On récompense les meilleurs : scientifiques, musiciens, politiciens etc. C'est l'homme de talent, c'est le génie qui est favorisé, stimulé. Le médiocre n'a donc pas sa place dans ces sociétés-là.
Les sociétés africaines semblent, elles, être profondément engagées dans le combat de la lutte contre les meilleurs. Dans nos sociétés, il suffit d'essayer de briller pour avoir toutes sortes d'ennuis. Même dans nos milieux universitaires, milieu d'intellectuels, c'est une insulte que de faire honneur à quelqu'un qui a mieux réfléchi que nous. Mieux, au village, les sorciers ne « tuent » jamais les cancres. Leurs victimes sont toujours les meilleurs éléments. Or, ce sont ceux-là qui sont propulseurs du progrès. Combien sont-ils les cadres qui sont morts pour avoir eu juste l'idée de développer leur village ? Combien sont-ils les hommes politiques qu'on a combattus avec une haine vénéneuse, parce qu'ils avaient de meilleurs projets pour leur peuple ? Patrice Lumumba et, plus tard Thomas Sankara sont là un exemple probant.
Comment donc l'Afrique peut-elle aller au développement si elle s'attaque de manière systématique à ceux qui pourraient l'embarquer sur la voie du progrès ? N'a-t-elle pas eu raison finalement Axelle Kabou, de dire que « l'Afrique refusait le développement » ? Simple question.
Publié le 09/07/2007 à 12:00 par sergegrah
« Il y a en… [Côte d’Ivoire] quelque chose qui commence lentement, mais se développe de plus en plus. Rien n’arrive avant son temps. Mais pour que quelque chose arrive en son temps, il faut que quelques-uns essaient de le faire arriver avant son temps. »
Mgr Pantin, Evêque de Trinidad.
Dans une inhabituelle unanimité, les hommes politiques et le peuple de Côte d’Ivoire ont sans réserve ni nuance accueilli avec joie et espoir la nomination de Banny au poste de Premier Ministre… « Banny a une intelligence particulièrement vive, c’est un homme de haute trempe ; tout ce dont la Côte d’Ivoire a soif… » En réalité, ces flagorneries et autres professions de foi dominicales qui paraissent aujourd’hui dérisoires, tendent simplement à cacher le fait que le nouveau messie que le Premier Ministre semble être ne pourra réaliser le miracle escompté que s’il est capable de rupture, c’est-à-dire d’aller résolument à la Paix par des voies qui ne soient pas sujettes à caution pour promouvoir la bêtise-rébellion d’une part, et d’autre part d’éviter le gouffre carcéral de l’absurde perpétuel recommencement.
Pour les Ivoiriens cette nomination doit être porteuse d’un double défi : Rassembler les Ivoiriens autour des valeurs morales, du Désarmement, de la Réunification, des Elections et être capable de rompre avec tout ce qui nous perd.
Il s’agit tout d’abord de prendre conscience de la gestuelle néocoloniale de la France chiraquienne et de la dénoncer avec force. Ensuite de mettre fin au règne des profiteurs du désordre établi que l’appétit de pouvoir intellectuel, politique, financier et de reconnaissance sociale a conduit à s’organiser en Cosa Nostra… C’est en rompant résolument avec cette politique qui consiste à sanctifier les symboles des sous valeurs et non pas en recherchant avec eux on ne sait quel compromis qu’il pourra accomplir ce miracle que les Ivoiriens attendent de lui et qui va sortir la Côte d’Ivoire de cette saleté nauséeuse qui empuantie tous les esprits. Même les plus insoupçonnés.
C’est vrai que Banny a le profil et les atouts de ce démiurge annoncé qui peut écrire un nouveau Contrat Social, procéder à une rupture radicale et donner un signal très fort pour la Paix afin que ce flou, artistique ou non, soit à jamais proscrit dans les annales de notre République.
Les Ivoiriens ont donc applaudi l’arrivée de Charles Konan Banny à se briser les phalanges. Impatients qu’ils étaient de voir cette équipe gouvernementale, son chronogramme… en tout cas, d’entendre les premiers mots du Premier Ministre qui les rassurent dans l’espoir qu’ils fondent en lui… Mais hélas, la montagne accoucha d’un souriceau. Cependant, il faudra tout de même saluer le style et la limpidité du propos – dans l’adresse aux Ivoiriens - qui confèrent à cet exercice pourtant bien ordinaire à son niveau de responsabilité la qualité de nouveau morceau de bravoure qui mérite, bien plus que d'autres sans doute, d'être précieusement conservé dans les archives de notre malheureuse République anormale. Une République qui va à vau-l’eau.
A l’analyse froide de ce discours, on remarque tout de suite qu’il apparaît destructif. Sa force tient seulement à son dogmatisme… Une pâte colorée, aromatisée, mais désespérément molle et insipide. Nul n’est besoin d’être cynique pour se demander ce qu’il y a de véritablement original et nouveau dans un tel discours. Comme quoi dans cette crise, les premiers ministres passent et leurs discours se ressemblent étrangement. Mais les maux qu’ils dénoncent ( ?) perdurent… tragiquement.
Un aveu de taille : « Bohoun Bouabré à bien travailler, mais il faut qu’on essaie autre chose… » En le disant, Banny dit ses bas-fonds comme l’iceberg dit titaniquement sa partie immergée, son invisible sans lequel il ne serait pas visible.
Le peuple de Côte d’Ivoire qui croyait naïvement, que le Premier Ministre Banny allait, avec l’onction d’être « accepté par tous » et de « tous les pouvoirs » dont il dispose, pouvoir trancher avec le mensonge qui couvre cette crise depuis 4 ans qu’elle dure. A vrai dire, il n’était pas besoin d’être grand clerc de la sociologie politique pour se rendre compte que le DDR et la réunification du pays ne sont pour lui qu’une mission subsidiaire. Les faits récents, que nul n’ignore, donnent hélas raison aux prévisions les plus pessimistes... Notre nouveau locataire de la primature n’a-t-il pas vite fait d’emboucher la trompette Élyséenne pour nous ressortir ce vieux fonds de commerce plus que galvaudé de mutinerie ?… Quel désastre !
Monsieur Banny dit-on, est très jaloux de son indépendance et de son honnêteté intellectuelle. Et pourtant, s’il est Premier Ministre aujourd’hui c’est bien par la volonté et par la force de Chirac. Rien d’autre… Comment pourra-t-il alors travailler pour la côte d’Ivoire (sic) ainsi chapeauté par les canaux Élyséens ? Quel discours Monsieur Banny, Ministre de l’Economie et des Finances, envisage-t-il de tenir à Soro, son frère en Chirac, pour que l’argent des contribuables Ivoiriens (pour le moment de la zone gouvernementale) n’entretienne pas indéfiniment un oisif petit rebelle ?
Les acteurs politiques nationaux et hexagonaux ont, certes, salué la formation du nouveau gouvernement, ce cocktail inédit : une bonne dose de chiraquie, une rasade de GIT et une pincée de gbagbocité. Cependant, ils n’en font pas moins la part entre ce curieux mélange et la réalité politique : le désarmement, la réunification du pays et les élections.
Ne nous y trompons pas. Tant que le Premier Ministre ne sera que l’écho de la vision politique de l’Elysée et aura dans son gouvernement des rebelles, il recevra certes des satisfecit de Chirac qui le citera abondamment en référence, mais les bandes armées du MPCI ne déposeront jamais les armes. Les coups de stylet et les palinodies des rebelles et de la France l’attestent bien. Que les Ivoiriens se le tiennent pour dit. Et cela restera vrai aussi longtemps que la fameuse communauté internationale et surtout les Etats Africains ne reconnaîtront pas la Vérité au-delà du seul point de vue de la France. Car ils devront un jour convenir que l’époque de la prise du pouvoir par des bandes armées et autres rébellions en savate est bel et bien révolue. De même, il leur faudra admettre qu’on ne saurait régler la crise ivoirienne (et toutes les autres d’ailleurs) dans le mensonge et la promotion des fausses valeurs…
Avec l’allure que prennent les choses , ce gouvernement présenté avec beaucoup de délectation, n’est-il pas en définitive qu’un remplissage de pure forme, un équilibrisme pour la « Paix et la réconciliation » (l’expression est désormais consacrée) ? Ce serait alors une alarmante vocation et une bien triste image pour Monsieur Banny et pour notre pays. Parce qu’en l’espèce, aucune paix, aucune réconciliation ne pourra se faire en dehors de la Vérité indépendante et libre. Quel qu’en soit l’objectif, il ne peut y avoir d’alliage possible entre le faux et le vrai.
L’espoir que le Premier Ministre a suscité pour le peuple Ivoirien de déconnecter la politique du mensonge, d’encourager le mérite et de cultiver l’éthique se révèle à la fois périlleux et chimérique... C’est une incontournable continuité dans l’opacité des méandres de la recolonisation de la Côte d’Ivoire … Nous sommes encore pour bien longtemps sur ce chemin des horizons brumeux et tempétueux. Hélas ! C’est vrai qu’il est mieux de vivre dans un environnement sain. Mais pour nous c’est à l’ensemble des problèmes qu’il convient d’apporter une solution globale et non sectorielle. C’est une réponse globale qu’il faut tâcher d’apporter à notre patrie malade d’elle-même, malade de la démission de ses dirigeants, malade du culte des fausses valeurs, malade du vide moral…
En tous cas, nous avions espéré qu’avec Banny, nous allions commencer par avoir un début de réponse sur les motifs réels du drame dont nous sommes victimes... Pourquoi ? Au nom de quoi ? Qui sont les commanditaires ? Qui financent ?... Ces images sont là, encore fraîches dans notre mémoire, et parlent d’elles-mêmes… Et pourtant, ces tueurs, chaque fois, sont primés, honorés, sanctifiés... par une communauté internationale hypocrite avec la complicité insultante de l’Etat de Côte d’Ivoire. Quelles sont les raisons profondes, affreuses, effroyables de ce deal avec les rebelles et la France qui nous ronge l’âme et que personne au sommet de l’Etat ne veut dénoncer ni regarder de face ? Y a-t-il en ce qui les concerne une limite de ce qu’il faut faire et de ce qu’il ne faut pas faire et de ce qu’il faut dire et de ce qu’il ne faut pas dire ? … Est-il devenu politiquement incorrect de ne pas accorder aux rebelles leur droit de Mazeaud et de dire la vérité, toute la Vérité sur ce qu’ils sont en réalité : des voyous armés dont un Etat civilisé ne devrait même pas s’accommoder ? C’est pourquoi le Premier Ministre n’a pas à fricoter avec eux au risque de se salir d’une tache indélébile. Car ces rebelles, pour être « ex » n’en sont pas moins des buveurs de sang de sinistre mémoire. Des individus qui ont érigé la haine, le fanatisme, le meurtre, les théories tribales en programme de gouvernement au service de leur appétit de pouvoir.
L’ONU, pour paradoxal que cela puisse paraître, veut-elle vraiment du règlement de la crise ivoirienne ? Sinon comment comprendre cette nouvelle transe du GIT ? Ce démembrement de la coalition anti-Côte d’Ivoire se préparerait à réserver à notre Assemblée Nationale un sort anti-national ? Au nom de quoi ? Au nom de quelle morale, de quelle éthique, de quel principe ?... Au nom de quelle Paix et de quelle Réconciliation promeut-on des symboles d’une société de type barbare ? Pourquoi tant de blocages meurtriers dans la marche vers la PAIX de notre pays ?
Dans quel Etat Républicain sommes-nous avec ces deux constitutions ? La Constitution de juillet 2000, votée par les Ivoiriens et la constitution-résolution 1633, inspirée par la France chiraquienne ? Deux hymnes nationaux : l’Abidjanaise et le croassement folklorique du GIT… Quand une société atteint une telle pathologie… il faut garder la main appuyer sur la sonnette d’alarme. Car nos amis de la France, de l’ONU, du Burkina Faso, du Mali, etc., aiment tendrement la Côte d’Ivoire à la seule condition que les Ivoiriens disparaissent… L’insulte et le mépris doivent quand même avoir des limites !
Un autre sujet qui n'est d'ailleurs pas sans relation avec la question précédente. En effet, nous ne parvenons absolument pas à comprendre comment dans l’esprit du Premier Ministre se justifie la place qu’occupe Soro dans le gouvernement. Il nous paraît de première importance qu’il éclaircisse aux Ivoiriens sur quoi repose une telle promotion qui relève à nos yeux non seulement comme une provocation, mais aussi comme un dangereux message pour l’avenir de notre pays en particulier et de toute la sous région en général.
Sinon, comment Monsieur Banny explique-t-il la légitimation qui est faites aux bandes armées dozos ? Est-ce parce que Soro est doué en la matière qu’il est vice premier ministre ? Est-ce seulement parce que Dacoury excelle dans le domaine de la Solidarité Nationale qu’il a été promu ? Si non, il aura avant même de n’avoir commencé, failli à sa Mission. Si telle est que cette mission consiste vraiment à réconcilier les Ivoiriens. Une mission inachevée comme une symphonie funèbre. Dommage !
Nous faisons sans doute partie du très petit groupe (?) de personnes qui pensent que le cordon ombilical qui lie le Premier Ministre à la France et ses ambitions politiques présidentielles, supposées ou réelles, en couveuse et goupillées par des cercles informels de réflexions d’où il ira variablement tirer les axes d’orientation de son programme, risquent de le perdent… Et nous faisons partie du groupe encore plus restreint qui croit que c’est son admirateur Chirac et son Vice-premier Ministre, Soro Guillaume, chef ( ?) de la rébellion qui vont l’anéantir… politiquement.
Si beaucoup d’actes intolérables sont tolérés, beaucoup de faits inacceptables sont acceptés, un certain mépris à la vie des Ivoiriens inadmissible est admis, c’est bien à cause de la volonté du peuple de Côte d’Ivoire à aller à la paix. Mais pas une paix immonde et immorale. Quelle morale devrons-nous inculquer à nos enfants sous l’avalanche des questions desquels nous ployons quotidiennement ? De grâce ! Epargnons aux enfants d’aujourd’hui, adultes de demain, nos vices suicidaires, notre misère morale. Il y va de la survie de notre pays…
Les valeurs que la France dit défendre en Côte d’Ivoire ne sont point celles des droits de l’homme, mais celles de balles traçantes tirées à coeur joie sur des jeunes aux mains nues ! Leurs crimes, défendre leur pays contre l’imposture ! Les Ivoiriens défendent leur souveraineté contre un ennemi aveuglé par sa seule puissance militaire, piétinant sous ses bottes les lois et les traités internationaux, croyant être capable de tout et d'imposer sa vision simpliste du monde… Il faut vraiment refuser de voir pour ne pas voir. Car de tout ce qui se dit et se fait dans la crise ivoirienne, d'où que l'on se place pour en juger, on est bien obligé de reconnaître à Chirac sa guerre en Côte d’Ivoire. Les Ivoiriens ne sont plus dupe des tartufferies de la prétendue amitié franco-ivoirienne… Chirac n’a pas envoyé une armée de 4000 soudards en Côte d’Ivoire qui lui coûte des millions de francs par jour pour les beaux yeux des Ivoiriens. Si les morts de novembre 2004 ne lui ont pas suffit, qu’il vienne en tuer davantage. Ce n’est pas ça qui transformera la Côte d’Ivoire en la Corrèze.
Comme on le voit, le Premier Ministre se donne facilement bonne conscience en proclamant avec force son adhésion au désarmement qu’il ne se donnera jamais les moyens d’atteindre. Mais qu’il est commode d’exprimer devant les micros et les caméras du monde entier. Les Ivoiriens seraient donc bien inspirés de s’en rendre à l’évidence et de cesser de croire que le Salut de leur Nation viendra de Banny. A bon entendeur salut !