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merci le commentaire ma beaucoup servi pour mes recherches....
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ben si vous faite anarqué c'est pasque vous etre aussi des hommes pas intelligents comment quel qu'un que vous...
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Le 30 novembre ( ?), vote pour TOI-MÊME !

Publié le 24/09/2008 à 12:00 par sergegrah
Le 30 novembre ( ?), vote pour TOI-MÊME !
Tous ceux qui aspirent à gouverner la Côte d’Ivoire, partis politiques et autres sont en pleine campagne de séduction des électeurs. Les médias et même les blogs sur Internet préparent les Ivoiriens à la prochaine élection présidentielle. Les chefs des principaux partis politiques y vont de leurs beaux discours et de leurs promesses électorales pour tenter de convaincre tous et chacun qu’ils ont « LA » solution aux problèmes de la Côte d’Ivoire et à tous nos problèmes en tant que citoyens de ce pays…

Malheureusement, tous ces gens prétendent pouvoir changer notre pays et nos vies alors qu’ils sont incapables de changer leur propre vie. Ils prétendre vouloir diminuer le prix à la pompe de l’essence en attaquant les « méchantes » sociétés pétrolières et leurs spéculateurs boursiers, mais ils ne sont même pas capables de diminuer leur train de vie. Ils continuent d’étaler avec insolence la richesse qu’ils ont obtenue par notre sueur et par notre sang… Ils veulent mettre fin à la guerre en continuant de bénéficier de la guerre. Ils prétendre s’intéresser à l’éducation pour tous les enfants de ce pays, mais n’investissent que dans l’inculture et dans le vice. Alors que leurs enfants à eux sont en train d’être éduqués à l’étranger. Pour éviter qu’ils (leurs enfants) ne soient détraqués par les émissions de vacances qui battent leur plein deux semaines après la rentrée scolaire.

Le 30 novembre ( ?) prochain, plutôt que de remettre ta destinée entre les mains de ces gens, fais-toi donc plaisir et vote pour TOI-MÊME.

Voter pour TOI signifie arrêter de te plaindre et mener les actions nécessaires pour améliorer qualitativement ta vie. Voter pour TOI veut dire prendre l’entière responsabilité des actes que tu poses et des résultats que tu obtiens dans la vie. Voter pour TOI veut dire décider de devenir une meilleure personne dans tous les aspects de ta vie. Lorsque tu commences à avoir du succès, TU deviens un modèle pour les gens autour de toi. Le succès étant contagieux, à ton contact, encore plus de personnes voudront jouir du succès qu’elles méritent. Petit à petit, ta famille, tes amis, tes collègues, ton village, ton pays se porteront mieux.

Parce qu’avant de vouloir changer la Côte d’Ivoire, commence donc par changer TOI-MÊME. Ne laisse pas ton destin entre les mains de personne d’autre que TOI. Prends-toi en main. N’attends pas qu’une personne ou qu’un chef de parti politique vienne te sauver. Tu es en charge de ta vie. Tu es responsable. Tu as le pouvoir de choisir de faire ou de ne pas faire. Tu es ton Chef. Le directeur de ta Conscience.

Le 30 novembre ( ?) prochain, ne te laisse pas « blaguer » par les vendeurs d’illusions. Prends la seule décision qui convienne et vote pour TOI. De cette façon, tu es certain de remporter Ton Election.

Serge Grah

« Mon combat contre la prostitution »

Publié le 22/09/2008 à 12:00 par sergegrah
« Mon combat contre la prostitution »
Amely-James Koh Bela, la combattante acharnée des droits de l’homme

Amely-James Koh Bela milite depuis plus de 10 ans contre la prostitution africaine en France et en Europe. Dans son nouvel ouvrage, Mon combat contre la prostitution, publié aux éditions Jean-Claude Gawsewitch, elle dresse un constat terrifiant. Prostitution enfantine, prostitutions féminine et masculine... A travers de nombreux exemples observés sur le terrain, bien souvent au péril de sa vie, elle révèle des pratiques révoltantes et des vérités dérangeantes.

Certaines familles africaines vivant en Europe et en France en particulier prostituent des enfants, avec l’accord implicite des parents restés au pays que cet argent fait vivre. Tel est le constat qu’a fait Amely-James Koh Bela, originaire du Cameroun au hasard d’une enquête menée dans le milieu africain de France à la fin des années 1980. Dès lors, cette femme dont le courage n’est plus à démontrer, n’a cessé de se battre à travers son association Label’Vie devenue aujourd’hui Mayina, pour dénoncer cette odieuse exploitation sexuelle de ces enfants scolarisés dans ce pays, patrie des Droits de l’Homme et qui font des « passes » après le goûter et les devoirs. Des enfants mais également des jeunes femmes qui se retrouvent sacrifiés au prétexte d’aider leur famille à sortir de la misère. Grâce à dix ans d’investigations qui l’ont menée de ville en ville, de restaurants en bordels clandestins, très souvent au péril de sa vie, Amely-James Koh Bela a recueilli de nombreux témoignages de proxénètes, clients ou jeunes prostitués, des témoignages à la fois émouvants, bouleversants et troublants qu’elle a consigné dans ce livre qui lui sert de pont pour d’autres projets. Malgré ce sentiment de travail accompli, le combat continue pour cette infatigable battante.

Pouvez-vous revenir sur la genèse de ce roman ?

Juste après mon arrivé en Europe à la fin des années 1980, j’ai décidé d’écrire un livre, L’enfer au paradis, un message aux jeunes Africains où je leur demandais d’envisager d’autres alternatives que le départ. J’essayais de leur faire comprendre que dans les années 2000 l’Europe se fermerait au Sud et s’ouvrirait à l’Est et qu’il y aurait dès lors toutes sortes de politiques pour qu’ils n’entrent pas. Je voulais qu’ils prennent conscience de cela mais surtout qu’ils comprennent qu’ils ont tout ce qu’il faut sur place pour se développer. Afin de mener ce projet à bien, j’ai décidé de faire une enquête dans le milieu africain de France. C’est ainsi que j’ai rencontré trente associations de trente pays différents. Et c’est en inquêtant dans ce milieu que j’ai découvert le trafic de petits garçons prostitués à domicile. Mon livre n’a pas été publié mais cela m’a permis de découvrir ce problème de la prostitution et d’en faire ma bataille.

La prostitution des mineurs « dans l’intimité des appartements » est justement un des grands thèmes de ce livre…

C’est l’une des premières choses qui m’a choquée : cette prostitution à domicile des petits garçons de 5 à 10 ans, qui font des passes entre le goûter et leurs devoirs. J’ai assisté à ce type de scène, c’est véritablement cela qui m’a fait réagir. C’est ahurissant que cela puisse arriver aujourd’hui en France, surtout quand on connaît le système social français.

Justement, de ce fait, on a du mal à imaginer que les adultes autour de l’enfant, ne serait-ce que les maîtresses à l’école, ne parviennent pas à déceler quelque chose…

Les maîtresses ne peuvent pas déceler quoi que ce soit parce que l’enfant est conditionné dès le départ. On lui a fait comprendre que c’était normal, tous les enfants font ça mais qu’il ne faut pas en parler. Quand je rentre dans une maison et qu’un enfant de 8 ans me dit pendant que je parle à sa mère : « ne fait pas du mal à ma maman, si je fais ça c’est pour que mes sœurs viennent, ce n’est pas grave ». A cet âge là, on ne sait pas ce que l’on raconte. Pour tomber sur ces enfants, il faut qu’il y ait un flagrant délit ou que l’enfant parle. A ce propos, je pense que chacun a sa responsabilité, notamment les pouvoirs publics et la Préfecture en particulier. Quand on régularise une femme qui soit disant vit dans un petit HLM et survit en faisant des ménages et que la même femme fait entrer quinze enfants dans le pays qu’elle reconnaît comme étant les siens et qu’on la régularise dans les deux ans, moi je demande des comptes à la Préfecture. Personne ne se pose la question de savoir où sont ces enfants, qu’est ce qu’ils font. Ce qui est vraiment dommage, c’est qu’aujourd’hui des personnes innocentes qui désirent faire venir leurs enfants payent pour ces comportements car elles ont bizarrement droit aux enquêtes sans fin. Puis, il faut dire qu’il y a des personnes qui n’hésitent pas marabouter ces enfants. J’ai eu des témoignages de certaines associations de Paris qui ont eu des enfants maraboutés, complètement traumatisés et effrayés car ils pensaient que s’ils disaient quelque chose, ils allaient devenir fou ou mourir.

S’agit-il là des choses qui ont été vérifiées car en France et en Occident en générale, beaucoup doutent des pouvoirs des marabouts ?

Je peux citer par exemple le cas de ce garçon qui avait été accueilli par une association de la région parisienne qui a d’ailleurs refusé que je la cite dans mon livre, chose que je regrette vraiment car elle a un vivier d’informations. Elle m’a cité des cas concrets d’enfants qui font des crises énormes de transe la nuit au point qu’il faut au moins quatre adultes pour les maintenir. Elle n’a pas voulu que j’en parle parce que ces enfants ne seraient pas officiellement répertoriés comme des enfants prostitués, et comme ils sont mineurs, il faut les protéger.

Pourquoi ce livre arrive maintenant ?

Ce second livre est différent du premier qui était le cri de douleur d’une femme, une révolte, un choc, et où je voulais interpeller les consciences et pour se faire j’ai choisi la manière violente, en rapportant les événements comme je les avais vécus durant mes enquêtes. Pour ce dernier livre, il y a donc beaucoup de témoignages sur les différents aspects de ce trafic. J’ai décidé de me mettre à côté et de donner la parole aux « victimes » parce que même les femmes qu’on traite de proxénètes, ont elles-mêmes subi des violences dans leur enfance. Elles sont aussi victimes en quelque sorte de ce système, même les clients sont victimes car ils sont convaincus que l’argent qu’ils donnent nourrit les parents des filles prostituées et non les milieux mafieux du monde. J’ai donc donné ici la parole à tous les acteurs de ce milieu, les proxénètes, les prostituées, les clients, les trafiquants, etc.

Quelle a été votre démarche pour recueillir les différents témoignages ? Ce n’était pas trop dangereux ?

C’était effectivement très dangereux, j’en parle d’ailleurs dans le livre. Il s’agit en réalité de témoignages que j’ai recueillis lors des enquêtes que j’ai faites à la fin des années 1980 et 1990, j’en ai près de 1000. J’en ai mis une partie dans le premier livre, une autre ici et les autres serviront pour d’autres causes. Beaucoup de ces témoins ne sont plus de ce monde aujourd’hui car j’avais pris des cas vraiment extrêmes, des gens qui portaient en eux les séquelles de ce trafic, par exemple des filles malades du sida en fin de vie, d’autres complètement droguées et d’autres avec des infections très graves, toujours dans cette optique de choquer afin de réveiller les consciences. Aujourd’hui j’ai encore des contacts avec d’autres filles qui restent dans ce milieu. C’est mon plus grand drame à l’heure actuelle, ne pas avoir réussi à les sortir de là parce que finalement, elles n’en sortent jamais. Soit elles deviennent proxénètes elles-mêmes en faisant venir des sœurs qu’elles font travailler à leur compte, soit elles deviennent serveuses dans un bar où elles se font tripoter les fesses, ou alors elles épousent des clients.

Vous consacrez une grande partie du livre à ce que vous appelez les « mammas ». Qui sont-elles ?

Les « mammas » sont les piliers de ces réseaux. Il faut savoir que les personnes qui organisent ces réseaux de prostitution sont des femmes africaines, il n’y a pas d’hommes. C’est la particularité des réseaux de prostitution africaine. En Afrique, ce sont les femmes qui dirigent tout. Elles gèrent la maison, éduquent les enfants et se débrouillent parallèlement pour tenter de gagner leur vie en faisant notamment des petits commerces. C’est donc naturellement qu’on les retrouve en train de trafiquer. Aujourd’hui lorsqu’on regarde ces femmes proxénètes on peut être choqué par leur comportement mais je voudrais qu’on les regarde autrement. Il faut tenter de les comprendre, comprendre comment on en arrive à vendre son enfant. Souvent elles ont elles-mêmes subies des choses terribles durant leur enfance et elles ne font que les reproduire. La société africaine tolère aujourd’hui ces pratiques parce que les gens sont dans une misère psychologique et économique mais aussi parce que cela vient de l’Homme blanc. Tout ce qui vient du Blanc est toujours beau même la pire des choses. Pour moi, si ces femmes peuvent construire ces réseaux, elles sont également les seules à pouvoir les détruire. C’est pourquoi la sensibilisation au problème de la prostitution passe par ces femmes, elles sont donc pour moi aujourd’hui des véritables partenaires et non des ennemies.

C’est paradoxale ce que vous dites, surtout lorsqu’on lit cet extrait de votre roman : « les plus grandes violences faites aux femmes en Afrique sont faites par les femmes »…

Tout est dans l’attitude parce que lors que vous rencontrez l’une de ces femmes et que vous lui dites qu’elle vend une enfant, elle ne comprend même pas ce que vous dites parce que dans sa tête elle est persuadée du contraire. C’est ça le pire. Il s’agit pour elle d’un processus normal de la tradition que la société africaine a toléré. Elle se dit : « j’ai une copine qui est en Europe, je lui envoie ma fille pour qu’elle ait des amants blancs dans l’espoir qu’elle puisse ainsi trouver un mari. Et la copine aide ma fille à s’en sortir, on n’est pas dans la prostitution ». Je suis déjà tombé sur des « mammas » qui me disaient : « proxénétisme, ça veut dire quoi ? Traduit-le moi en langue locale ». Et comme on n’a aucune explication à lui fournir, elle en conclut donc que si ce mot inventé par les Blancs n’existe pas dans nos langues locales, c’est que le proxénétisme n’existe pas. Ces femmes lorsqu’elles donnent leur enfant à un proxénète, considèrent que faire ce geste c’est exécuter la volonté de Dieu parce que l’enfant est venu sur terre pour sauver la famille, autrement il ne serait pas là. Elles sont vraiment dans cette logique. Elles ne ressentent aucune culpabilité parce qu’elles ne pensent pas faire quelque chose de mal, au contraire il s’agit pour elles d’un geste maternel, d’amour : elles aident leurs enfants à rencontrer un Blanc qui pourrait les épouser et aider ainsi leurs frères et sœurs à venir en France ou en Europe.

Vous parlez également du manque de soutien des certaines associations et ONG à votre égard. Comment l’expliquez-vous ?

J’ai effectivement souffert du manque de soutien de certaines associations de femmes qui ont mis en doute mes affirmations, juste par ignorance de ce problème ou parce qu’ils ne l’ont jamais vu. Heureusement beaucoup d’autres m’ont soutenu pendant toutes ces années. Au cours de certaines conférences, des femmes africaines sont venues à mon secours en disant à ces associations : « on vous interdit de dire qu’elle ment parce que c’est elle qui est dans la vérité que vous ne connaissez pas. Nos filles, lorsqu’elles viennent vous voir, il y a des choses qu’elles ne vous diront pas et qu’elles lui diront à elle, car vous n’avez pas la bonne couleur et aussi parce qu’elles la connaissent. Ce qu’elle dit, c’est vrai. Ce que nous ne voulons pas c’est qu’elle le dise en public. »

Vous évoquez aussi le phénomène plus marginal semble-t-il des jeunes prostitués africains…

Il n’est pas si marginal que cela parce qu’il est actuellement en plein boom. C’est juste que les gens n’y font pas attention. Ce phénomène constitue le moyen le plus facile pour les hommes mariés et parfois pères de famille, des étudiants, hétérosexuels ou non de se faire beaucoup d’argent aussi bien de manière occasionnelle que régulière. C’est un phénomène devenu très banal. Certains sont conscient et assument parfaitement ce qu’ils font, alors que d’autres refusent de le faire et considèrent qu’il s’agit juste d’un accident de parcours et se cachent.

Dans ce roman, vous mettez surtout en garde les jeunes femmes africaines contre le danger des sites de rencontre sur Internet que vous qualifiez « d’armes de destruction massive »…

Pour moi Internet tel qu’il est utilisé aujourd’hui est une arme de destruction massive. Beaucoup de jeunes femmes africaines se connectent sur ces sites où en à peine deux minutes, elles vont dévoiler leurs organes génitaux à des inconnus, juste parce qu’il s’agit d’hommes blancs qui leur promettent monts et merveilles. J’ai rencontré trop de filles qui ont été piégées ainsi, elles ont envoyé des photos d’elles nues à des inconnus qui sont partis les vendre. Aujourd’hui les proxénètes se mettent aussi au multimédia, ils utilisent la High-Tech pour leur bizness. Je demande aussi aux filles de respecter certaines valeurs, si elles commencent à se brader ainsi en livrant leur intimité après une minute de connexion sur Internet, aucun homme ne pourra les respecter. Si aujourd’hui ces hommes leur crachent, leur pissent dessus, bref n’ont aucune considération pour elles, c’est parce qu’elles ne leur ont donné aucune raison de les respecter. Mon but est avant tout de leur expliquer qu’Internet est un véritable nid de personnes très dangereuses. Nous avons à ce propos un grand projet qui s’appelle « Internet autrement » ; nous allons discuter avec tous les jeunes dans tous les pays subsahariens pour leur montrer qu’on peut utiliser Internet autrement.

Maintenant que ce livre est sorti, quels sont vos projets à venir ? On suppose que le combat continue, que vous n’allez pas vous arrêtez là...

Effectivement, le combat continue jusqu’au bout, je ne lâcherai pas. Ce livre était pour moi un pont. Ce livre dépasse aujourd’hui le domaine de la prostitution dans la mesure où on est vraiment dans un combat identitaire. Je passe de la prostitution aux conditions d’immigration des Africains parce qu’aujourd’hui la prostitution est seulement une conséquence de la situation africaine. Beaucoup de personnes partent du continent en espérant gagner dignement leur vie en Europe, mais une fois ici elles se retrouvent dans ce milieu sans vraiment le vouloir. Avec mon association Mayina, on va donc faire un bon pour tout simplement montrer qu’il ne suffit pas de traiter les conséquences mais il faut aussi voir les causes en utilisant par exemple nos traditions, nos cultures. Voir dans nos cultures ce qui nous prédispose dès le plus jeune âge à ces comportements. Dès lors qu’on aura réglé ces problèmes, l’africain pourra alors peut-être changer l’image qu’il a de lui-même, avoir confiance en lui. Le but de ce livre est d’amener les africains à avoir une autre image d’eux-mêmes qui ne soit pas dévalorisante et surtout d’amener les Européens à voir l’Afrique autrement qu’un continent de malheureux, d’incapables, de personnes qu’il faut aider tout le temps. Il sert aussi à dire aux jeunes Africains que l’Afrique a de l’argent, qu’elle est riche, s’ils veulent partir qu’ils préparent bien leur voyage afin de ne pas tomber dans ces réseaux de prostitution ou alors qu’ils restent et tenter de faire avancer les choses sur place. Voilà donc mes combats à venir, repositionner l’image de l’Africain et de l’Afrique dans le monde, changer l’image que les Européens ont de l’Afrique, amener ainsi des prises de conscience chez des Africains qui vont leur permettre de penser d’une nouvelle façon. Il faut miser sur les femmes en premier parce que je l’ai dis au début, ce sont elles qui tiennent ce continent. Le but ultime est de créer de véritables réussites africaines qui seront fêtées, médiatisées, pour montrer à tous sur le continent que nous pouvons réussir. Il y a également un autre grand projet avec les enfants à travers le continent et, pleins d’autres choses après.

Vous allez mener ces combats à travers votre association Mayina ? Pouvez-vous nous dire quelques mots à propos de cette association dont vous venez de changer de nom ?

L’association qui s’appelait auparavant Label’Vie porte désormais le nom de Mayina qui veut dire en langue Boulou, une langue Bantou du Sud et Centre du Cameroun mais qu’on trouve aussi dans la forêt équatoriale en Afrique centrale, « Je veux que ». C’est au sein de cette association où il y a une grande équipe que nous avons décidé de dérouler ces projets dont je viens de vous parlez.

Mon combat contre la prostitution, Amely-James Koh Bela, Jean-Claude Gawsewitch éditeur, 224p, 2007

Afrik.com

Démission de Tabo Mbeki : Les leçons d’un push démocratique

Publié le 22/09/2008 à 12:00 par sergegrah
Démission de Tabo Mbeki : Les leçons d’un push démocratique
Thabo Mbeki a prononcé ce dimanche son dernier discours à la Nation en tant que président sud-africain, après un Conseil des ministres extraordinaire qui a examiné les conditions de son départ anticipé. Le Congrès national africain, en raison des interférences de Thabo Mbéki dans les déboires judiciaires de son rival Jacob Zuma auquel il entendait barrer la route de la présidence, lui a demandé de se retirer purement et simplement du pouvoir. Il faut dire qu’en Afrique du Sud, le chef de l’Etat tient sa légitimité du parti majoritaire au Parlement, en l’absence d’élection présidentielle directe. Or l’ANC est majoritaire au parlement. Donc, il était logique que Thabo MBEKI se retire.

Depuis 1999 qu’il a pris la succession de Nelson Mandela, Thabo Mbeki, le père de la renaissance africaine, un intellectuel féru a relancé l’économie sud africaine et conduit plusieurs négociations dans le cadre du maintien de la paix en Afrique. La dernière en date est celle du Zimbabwe qu’il a d’ailleurs mené avec grand succès. Malgré tout cela et pour des raisons éthiques l’ANC a pris la décision difficile de lui retirer la présidence avant la fin de son mandat. Ce n’est ni plus ni moins qu’un push démocratique. Push parce que le Président s’en va de façon prématurée et par contrainte externe. Démocratique parce que ce départ n’implique pas une violation des textes de la République. Ce push démocratique est le premier dans une Afrique qui brille par les coups d’Etat militaires et armés.

Deux réflexions pointent à l’horizon au regard de cette première dans la démocratie sud africaine. D’abord, on pourrait dire bravo, vive la démocratie. Un parti politique démet le Président de la République pour conforter sa notoriété et pour préserver l’éthique et la morale. Comme c’est noble et la leçon vient de l’Afrique, cette Afrique là qui a combattu l’Apartheid, le racisme et la xénophobie avec un leader charismatique, un monument humain, une marque déposée : Nelson Mandela. Aussi, sans grande résistance le Président en exercice assume la décision et dit très facilement adieu aux beaux jours de la Présidence. Que pouvait-il faire d’autre pourrait-on penser surtout qu’il a l’ANC à ses trousses. Mais en réalité, c’est un Chef d’Etat africain et le pouvoir en Afrique est bien souvent perçu comme un règne ad vitam aeternam.

Seulement Thabo MBEKI n’a pas pensé un seul instant aux armes. Dès qu’il a appris que l’ANC décidait de son avenir, il a déclaré qu’il obéirait à sa décision quelle qu’elle fût. C’est une leçon de démocratie qu’il faudra enseigner aux étudiants en sciences politiques et relations internationales. La deuxième chose à laquelle on pense face à cette démission, c’est la gestion de la transition avant Avril 2009. Si en cascade, les ministres actuels décident de suivre en loyaux serviteurs, leur maître MBEKI, qu’adviendra-t-il de la démocratie sud africaine. Ne marche-t-on pas vers une zone de turbulence politique qui risque de coûter à toute l’Afrique ? Rien n’est moins sûr surtout lorsqu’on sait que l’ANC n’est pas prête pour des élections anticipées.

Le Rôle de Jacob Zuma devient alors prépondérant dans la suite. Visé comme favori à la présidence, il doit convaincre l’ANC de sa capacité managériale pour contenir et maintenir les ministres en place afin de ne pas perturber le fonctionnement normal de l’Etat. Départ prématuré de Thabo Mbeki, push démocratique, il faut être sud africain pour le faire.

lepaysemergent.com

« Il faut remplacer le Conseil Economique et Social par la Chambre des Rois et Chefs »

Publié le 18/09/2008 à 12:00 par sergegrah
« Il faut remplacer le Conseil Economique et Social par la Chambre des Rois et Chefs »
Pr Amoa Urbain

La 6e édition du Festival de la Route des reines et des rois organisée par l’Université Charles Louis de Montesquieu a eu lieu du 3 au 9 août 2008. Le Professeur Amoa Urbain, directeur du Festival, nous livre ici ses impressions à l’issue de cette édition et lève un coin de voile sur ce que sera l’édition 2009. Il projette, par la même occasion, sa vision de l’Afrique de demain.


Professeur, quels sentiments vous animent à la fin de la 6e édition du Festival de la Route des Reines et des Rois qui s’est achevée le 10 août dernier à Abengourou ?

Au terme de cette 6e édition nous retenons que le Festival a pris un nouvel envol, un envol qui a pris toutes les dimensions de l’intégration africaine. Sur la question de la solidarité qui était au centre de cette édition, nous avons vu depuis Adzopé, d’où le Festival a démarré, jusqu’à Bouna la solidarité des hommes de culture et des hommes de sciences avec le peuple dont celui de Bouna. Au terme donc de cette édition, beaucoup de choses pourraient être retenue, mais nous n’en retiendrons que trois. La première, c’est que la présence de certains rois d’Afrique aux côtés de rois et chefs de chez nous a permis de déclenché le processus de création d’une chambre des rois et chefs d’Afrique. D’avoir pu réunir des chefs d’Afrique et de chez nous, d’avoir pu le faire au cœur d’un peuple de royauté ou à royauté établi, d’avoir pu voir comment est organisé une cour royale, est un élément important d’appréciation de ce que nous voulons faire, c’est-à-dire la célébration des rois et chefs d’Afrique. La deuxième chose, c’est toute la richesse des peuples, les danses, la relation de la royauté avec les prêtresses, le rituel traditionnel par le jeu des « nouvelles » et les pièces antiques qui ont présentées. C’est également cette forte adhésion des populations. Et la troisième chose dont on n’a pas beaucoup parlé, c’est la place du livre dans toute cette dynamique par le fait du colloque qui a été organisé sur la question. Le sentiment qui m’anime donc est un sentiment de satisfaction, parce qu’un projet est né petitement et a pu atteindre toute une zone qu’on peut appeler « la route de l’est ».

Quel est l’enjeu pour un tel Festival ?

L’enjeu est très simple. Point d’Afrique nouvelle, point de renaissance sans un recours aux sources africaines, point d’affirmation de soi sans une parfaite connaissance de soi, point d’existence en soi sans la prise en compte de la personnalité, de l’ontologie négro-africaine. L’être négro-africain n’est pas un être néant, c’est un être existant, c’est un être disposant d’outil, de matériel, de moyen de culture… Nous avons pu obtenir que chaque peuple expose ses pièces antiques, son art, que les comians célèbrent la foi africaine dans toute sa dimension. Tout cela, autour d’environ 300 rois et chefs, ne serait-ce qu’à Bondoukou. Il faut dire que l’idée qui préside à tout cela est la volonté de la l’Afrique d’asseoir sa propre dynamique de propulsion sur les questions ouvertes et vers les questions politiques et économiques. C’est cela l’enjeu du Festival. Interroger l’Afrique sur toutes ces valeurs de façon à créer de nouveaux mécanismes de gestions et de gouvernance.

Professeur, la situation des rois et chefs traditionnels n’est pas nouvelle en Afrique. Elle existe depuis la nuit des temps. Alors quel est donc l’intérêt de présenter les rois et chefs comme réponse à la bonne gestion et à la gouvernance ?

Oui, je suis entièrement d’accord avec vous. L’existence des rois et chefs est liée à l’existence même des peuples. Mais, là où il y a de grandes interrogations, c’est le regard que le monde universitaire a posé sur les peuples et leurs organisations. Partant de ce regard, c’est de voir quelle exploitation l’on peut faire de nos valeurs. Nous pensons que nous devons prendre appui sur ces valeurs là au moment où l’Afrique tourne en rond au sujet des modes de gouvernances, de l’alternance, de la gestion de l’État, de l’organisation de l’appareil de l’Etat, etc. Ce n’est pas nouveau tout ça, mais la vision est nouvelle, elles nouvelle parce que l’université va à la rencontre des pratiques empiriques afin d’interroger par la puissance scientifique ces modes d’organisation, nous en inspirer et montrer à la Nation et au monde, comment nous pouvons prendre appui sur ces valeurs pour aller vers une Afrique plus stable, plus compétitive et plus constructive. Il ne s’agit donc pas pour nous de parler de la renaissance africaine dans l’absolu, mais d’interroger tous les mécanismes et tous les instruments qui peuvent être mis au service des politologues, des sociologues, des ethnologues, des géographes, etc.

Qu’est-ce qui a motivé le choix de « l’Intégration africaine » comme thème de la 6e édition du Festival de la Route des Rois et des chefs traditionnels ?

D’abord parce que nous estimons qu’en réalité aucun conflit dans un pays d’Afrique ne se développe pas qu’à l’intérieur dudit pays. Que nous sommes dans un pays où quand un conflit nait, on installe ses bases-arrières dans un autre pays… En choisissant d’aller vers l’intégration africaine, notre ambition était de mettre des étudiants, donc l’avenir, des universitaires, donc la conceptualisation, les chefs coutumiers, donc les gestionnaires au quotidien des cités africaines, les administrateurs, donc les préfets et sous-préfets… Mettre toute cette intelligentsia en synergie de sorte qu’au moins les pays voisins partagent cette vision. Et que l’Afrique cesse le centre de guerres fratricides. C’est cela la dynamique, une intégration africaine pour une plus grande connaissance des pratiques et mécanismes de gestion de l’Afrique.

On comprend, professeur, la pertinence de votre démarche, mais dans un contexte où les démocraties se modernisent et se consolident, quel rôle faut-il confier aux rois et chefs traditionnels ?

De quelle démocratie s’agit-il ? Est-ce que nous partons du 19e siècle avec le regard de Montesquieu, les différents modes de gestion, le despotisme, la monarchie, la démocratie ? Qu’est-ce donc la démocratie ? Avons-nous réellement connaissance des modes de gouvernance dans certaines civilisations africaines comme chez les atchans, par exemple ? Chez ce peuple-là, le système d’alternance est établi d’une génération à une autre. Chez d’autres peuples akans, on retrouve le système de royauté. Il n’y a pas de roi sans une organisation sociale, familiale qui laisse apparaître des ministres issues des grandes familles qui viennent assurer la pondération de la gestion de l’autorité du chef. A l’intérieur du conseil des sages, se trouve également le comian, le prêtre régulateur. Aucune décision ne se prendra à la cour du roi qui n’ait fait deux mouvements majeurs. Le premier, c’est l’hypothèse de la prise de décision. Lorsque cette hypothèse est émise, elle est transmise aux différents ministres qui sont les représentants des chefs et qui vont relayer l’information jusqu’à la plus petite base. N’est-ce pas une forme de referendum ? Ensuite la réflexion, sous forme de recherche, va remonter de la plus petite famille jusqu’à la cour royale et qu’à ce niveau, la décision soit prise de façon consensuelle. La concertation est donc un instrument, de même que la dynamique de recherche du consensus. La prise de parole, c’est-à-dire le système de communication mis en place, va aller dans le même sens et suivre toutes ces étapes. De ce point de vue, la connaissance des mécanismes de gestions africains nous semble aujourd’hui un élément très important. D’où la nécessité de la création d’une chambre des rois et des chefs au niveau communal, départemental, régional, puis au niveau national et enfin au niveau continental. Cette chambre, à la différence du conseil économique et social qui apparaît comme un réservoir de mécontents politiques, sera un organe représentatif de toutes les sensibilités de toutes les régions. Ainsi, nous serons dans dynamique de gestion à partir de nos propres appareils.

Quel a donc été l’apport des rois et chefs dans la résolution de la crise que nous avons connue ?

Je ne crois pas que nos nouveaux systèmes aient accordé suffisamment aux rois et chefs la place qu’ils méritent. Je ne crois pas aussi que certains rois et chefs eux-mêmes apprécient la portée de leur action. Au point que je ne crois pas qu’ils aient accédé à l’autorité de chef par un système progressif d’apprentissage. Parce qu’être chef, ça s’apprend aussi. Rarement vous verrez le Moro Naba en situation publique prendre la parole. Il en va de même pour le roi de l’Ashanti, de celui de l’Indenié, etc. Tout simplement parce qu’on admet l’infaillibilité du roi. La parole étant polysémique, les rois vont en conciliabule, en concertation. De ces concertations va naître une vérité collective. De ce point de vue, les rois ont été consultés de nuit. On ne peut pas systématiser leur action, parce qu’elle est très discrète. C’est cela la royauté, c’est beaucoup de discrétion, de finesse, beaucoup d’élégance. Mais c’est aussi beaucoup de recherche par étape successive. Aucune vérité n’est vérité dans l’absolu en tout lieu et en tout temps. Par rapport à cela, les rois et chefs prennent le temps de s’imprégner de toutes les données avant d’en arriver à une décision. C’est long, mais c’est la recherche de l’approche consensuelle.

Justement, professeur, vous venez d’évoquer la mise en place d’une Chambre des Rois et des Chefs d’Afrique. Quelles seront les attributions de cette Chambre et comment va-t-elle fonctionner ?

Depuis la première édition du Festival, nous avons posé l’idée d’un organe qui permettrait aux rois et chefs d’apporter leur contribution à l’évolution de la cité. Notre vision est qu’il ait dans chaque commune une chambre communale de sorte que la notion d’association de rois et chefs disparaisse. Cette chambre serait financée sur le budget communal. Il y aurait alors la chambre départementale, régionale et nationale en suivant le même mécanisme. Cette chambre serait une sorte de conseil consultatif qui aurait pour rôle non seulement de prévenir et régler les conflits, mais aussi pour contribuer à la mise en place de système de développement économique. Un appareil qui serait un peu plus dynamique que le conseil économique et social qu’il faut dissoudre pour permettre aux rois de s’organiser et d’apporter leur contribution à l’Afrique nouvelle.

Professeur, avez-vous le sentiment d’être suivi par le politique dans votre projet de revaloriser le statut des Rois et chefs traditionnels ?

Un chercheur n’attend pas d’être suivi. Je suis fondamentalement universitaire… Si j’étais d’une tendance politique, je n’aurais pas eu cette adhésion des rois et chefs. Mon souci à moi c’est de trouver des mécanismes de résolution durable des conflits en Afrique, des mécanismes de fonctionnements pour notre continent. Nos recherches vont dans le sens d’une vision nouvelle de l’Afrique. A partir de ce moment, qu’on ne soit pas suivi est tout à fait normal. Si nous ne traversons pas notre 18e siècle, si nous n’avons pas nos philosophes pour penser l’Afrique, dans 2000 ans, l’Afrique disparaîtra. Je voudrais donc laisser aux générations futures des instruments de prise en charge de soi pour soi et des éléments d’affirmation de soi.

Quelles seront ses grandes innovations de la 7e édition du Festival de la Route des rois et des Chefs traditionnels ?

Nous pensons tout simplement que l’expérience de la 6e édition a été bonne. C’est pourquoi nous allons nous en inspirer pour la 7e édition. Nous allons faire la route de l’ouest et boucler par la route du nord en 2010. Interrogeons encore les rituels de chaque peuple sur notre parcours. Faisons venir des universitaires, et ce sera peut-être la grande innovation, du Liberia, de la Guinée, du Ghana, etc. Et faisons aussi venir des universitaires de France et des Etats-Unis afin qu’il y ait ce « brainstorming » qui va nous permettre de prouver l’hypothèse que nous sommes en train d’émettre. L’édition 2009 du Festival sera certainement une école itinérante où tout le monde pourra venir apprendre et découvrir.

Il y a quelques années, vous expérimentiez l’enseignement de nos langues nationales. Où en êtes-vous avec ce projet ?

Ce projet linguistique nous tient à cœur. Nous partons du principe que si nous ne faisons pas sauter les barrières linguistiques, nous ne nous en sortirons pas. Faire sauter ces barrières en proposant à l’Etat de faire enseigner dès l’école maternelle l’anglais et le français aussi bien en Côte d’Ivoire qu’au Nigeria et au Ghana. Au moins ces deux langues parce que ce sont ces langues qui ont divisé nos pays. De sorte que dans les 50 ans à venir, les générations futures soient parfaitement bilingues. Et qu’on ne dise plus que le pays appartient à telle ou telle colonie. Ça nous paraît fondamental. Ici à l’Université Charles Louis de Montesquieu, nous avons mis en place une école doctorale interuniversitaire avec le Ghana et le Nigeria. Cette école interuniversitaire débouche sur un PHD multilingue. A cela s’ajoute les colonies de vacances qui ont pour objet de permettre à des enfants d’origines diverses de faire des séjours linguistiques en pays bété, malinké, baoulé, etc. Ce qui permettra à ces enfants d’acquérir d’autres compétences.

Dans quel domaine entendez-vous poursuivre l’œuvre de Jean-Marie Adiaffi ?

Célébrer nos génies c’est reconnaître ce qu’il y a de beau dans leurs recherches, mais c’est également interroger les contradictions qu’il y a de façon à pouvoir assurer le prolongement... Nous allons prendre à notre compte les travaux de Jean-Marie Adiaffi sur les religions traditionnelles africaines. Nous allons pousser l’analyse sur ce qu’il a appelé le Bossonisme. Aucune cour royale, aucune cour de chefferie n’existe qui n’ait un devin, un prêtre ou une prêtresse. Nous allons partir des pré-requis de Jean-Marie Adiaffi pour des recherches nouvelles. Le bossonisme, est-ce une science, est-ce une religion ? Quels sont les contours de cette religion ? Ma vision qui rejoint celle de Jean-Marie Adiaffi, consiste à l’idée qu’il faut interroger tout ce que nous avons pour voir ce qui est à rejeter et ce qui est à conserver. C’est cela ma vision.

Réalisée par Serge Grah

Le partage du pouvoir et la crédibilité de la démocratie en Afrique

Publié le 15/09/2008 à 12:00 par sergegrah
Le partage du pouvoir et la crédibilité de la démocratie en Afrique
Le partage du pouvoir et la crédibilité de la démocratie en Afrique
Les exemples du Zimbabwe et du Kenya


L’accord de partage du pouvoir au Zimbabwe met une fois de plus en jeu la crédibilité du processus démocratique en Afrique, près de neuf mois après la signature d’un accord politique similaire au Kenya pour mettre un terme à une crise post- électorale.


Le chef de file de l’opposition zimbabwéenne, Morgan Tsvangirai, qui a visité le Kenya le 21 août pour apprendre par lui-même comment fonctionne "le nouveau système de cohabitation politique", selon ses propres termes, s’apprête à devenir le Premier ministre de son rival, Robert Mugabe ce, au terme de longs pourparlers.

Les adversaires politiques zimbabwéens ont signé, lundi, un accord de partage du pouvoir, en présence de plusieurs chefs d’Etat de la région, mettant ainsi fin à plusieurs mois de crise post-électorale. Dans le cadre de cet accord, le président Robert Mugabe va partager le pouvoir avec deux partis de l’opposition dans un gouvernement de coalition. Mugabe conserve la présidence, tandis que le chef de file de l’opposition, Morgan Tsvangirai, est nommé Premier ministre et Arthur Mutambara -leader d’un petit parti d’opposition- sera vice-Premier ministre.

Lors de son voyage au Kenya, M. Tsvangirai, qui s’est entretenu avec Railo Odinga, le Premier ministre kenyan, sur les modalités de fonctionnement du partage du pouvoir exécutif, affirme que la différence fondamentale avec ses adversaires de la ZANU-PF est comment partager le pouvoir, "afin que personne ne soit confiné dans un rôle honorifique".

La formule du partage du pouvoir a acquis une nouvelle signification, se présentant comme un antidote à "une démocratie en régression" en Afrique. Pour Alioune Tine, Secrétaire général de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’Homme (RADDHO), l’accord de partage du pouvoir est un très mauvais exemple pour la démocratie en Afrique.

"Pourquoi investir de l’argent dans une nouvelle élection si on sait que si l’opposition gagne, on peut créer un climat de violence et une situation d’ingouvernabilité ?", s’est-il demandé. Il estime que ce qui se passe au Zimbabwe, comme au Kenya, est un mauvais précédent. "Si on continue sur cette voie, il ne sera plus possible de continuer à organiser des élections en Afrique", a-t-il dit, ajoutant que "e partage du pouvoir n’est pas un système démocratique".

Pour Jean Ping, "Les élections ne doivent pas troubler la paix en Afrique"

Le président de la Commission de l’Union africaine, Jean Ping, pour sa part, s’est montré ferme quant au fait que de mauvaises pratiques électorales et des résultats électoraux repoussés ne doivent pas être un prétexte pour gonfler la liste des conflits en Afrique. "Les élections ne doivent pas troubler la paix en Afrique. Nous avons fait des progrès significatifs en matière de démocratie, mais nous devons garder à l’esprit qu’organiser des élections ne suffit pas. Les élections ne doivent pas provoquer des conflits violents", a jugé M. Ping.

S’exprimant sur les négociations en vue d’un partage du pouvoir, ce dernier, qui a pris les rênes de l’organisation panafricaine, il y a près de cinq mois, a dit que l’Afrique n’a pas substitué la démocratie au regard du nouveau système de partage du pouvoir en vigueur dans ses Etats membres. "Est-ce que l’accord de partage du pouvoir au Kenya est un mauvais exemple ? Cet avis est minoritaire, me direz-vous, compte tenu du fait qu’il a été soutenu par tout le monde, notamment les Nations unies, le Royaume-Uni, l’Union européenne et les Etats-Unis", a dit M. Ping.

"Si c’est vrai, cela voudra dire que nous avons fauté et si nous avons fauté, la faute nous incombe à tous. A chaque fois qu’on doit éteindre un feu, nous ne nous demandons pas si c’est imprudent", déclare-t-il, ajoutant que "personne n’a dit que l’agenda au Kenya et au Zimbabwe est définitif", a tenu à souligner le patron de la Commission de l’UA.

M. Ping a estimé que la formule du partage du pouvoir est un moyen modeste visant à tuer dans l’oeuf un conflit potentiel, tout en fixant un angenda pour la mise en place de réformes institutionnelles.

"Nous n’avons jamais dit que c’est un modèle parfait. A l’instar du Kenya, nous présentons un modèle pour une Constitution démocratique ; c’est un modèle provisoire. Dans la charte de l’UA, nous plaidons pour une démocratie participative et nous essayons toujours de trouver un modèle parfait, mais personne, même en Europe, n’a atteint une démocratie parfaite", a-t-il souligné.

Selon Wangari Maathai, les dirigeants africains divisent pour mieux régner

La Prix Nobel de la paix, Wangari Maathai, qui est aussi présidente du Conseil économique, social, et culturel (ECOSOC), une organisation de la Société civile affiliée à l’UA, a dit que la plupart des dictateurs africains applique le principe de diviser pour régner afin de rester au pouvoir. "Les Africains doivent apprendre à gérer leurs affaires avec justice, équité et patience. Puisque nous sommes une démocratie, cela ne veut pas dire que je gagne à chaque fois qu’une élection est organisée pour les gens déjà au pouvoir", a déclaré Mme Maathai à la PANA.

Selon elle, beaucoup de dirigeants africains profitent de l’ignorance de leur électorat et de l’inexpérience de leurs citoyens et attisent le sentiment ethnique afin de conserver le pouvoir. "Le Zimbabwe est divisé d’une manière telle qu’aucun leader ne peut y maintenir la paix et la stabilité, c’est pourquoi, il est important pour les dirigeants de s’efforcer d’établir le dialogue et former un gouvernement qui prend en compte l’autre partie", a-t-elle analysé.

Imputant la crise actuelle du processus électoral en Afrique à l’appartenance ethnique, qui semble être le moyen de pression dont usent les responsables, elle note que les gens se voient obligés de voter dans un sens donné par crainte d’être persécutés.
"Nous avons accompli des progrès considérables à l’UA, en prônant la bonne gouvernance, en rejetant la mauvaise utilisation du pouvoir et en générant le respect de soi à l’Afrique, par opposition à l’époque révolue où les gens s’emparaient du pouvoir et venaient à l’UA pour le célébrer", a observé Mme Maathai.

Les analystes politiques craignent toujours que le Zimbabwe ne jouisse de la stabilité politique qui doit accompagner l’accord de partage du pouvoir.

Le Zimbabwe est-il prêt pour le partage du pouvoir ?

Le vice-président du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), Thokozani Khupe, demande aux dirigeants africains de s’assurer qu’il s’agit du dernier accord de partage du pouvoir conclu dans un Etat en proie à des troubles. "Ils doivent veiller à ce que ça soit la dernière fois que cela se passe en Afrique, autrement les élections seraient interminables et dénuées de sens. On ne peut pas avoir de demi-mesure concernant les élections en Afrique. M. Mugabe doit être le dernier dictateur en Afrique", a déclaré M. Khupe à la PANA.

Le MDC, qui va disposer d’un pouvoir substantiel dans le nouveau gouvernement, a fait avoir que cet accord doit être une exception et pas la norme. "Ce genre de système - le trucage des élections et le partage du pouvoir - est devenu inacceptable en Afrique", a indiqué George Sibotshiwe, porte-parole du président du MDC. "Normalement, le MDC a le mandat de gouverner d’après les résultats des élections du 29 mars. Nous voulons démocratiser notre pays et restaurer les libertés fondamentales ; comment alors sommes-nous supposés le faire quant on a un processus où le perdant est récompensé ?", se demande M. Sibotshiwe.

Le secrétaire d’Etat américain chargé des Affaires africaines, Jendayi Fraser, a estimé, pour sa part, que même si la formule de partage du pouvoir en Afrique est non démocratique, elle offre une mesure à court terme pour résoudre les problèmes politiques. "Il n’y a pas de démocratie du tout si la voix du peuple ne peut être entendue, le partage du pouvoir n’est qu’une solution temporaire, il faut un processus qui assoie la base de la gouvernance", a dit M. Fraser, qui ajoute qu’"une solution négociée est très faisable en ce moment car M. Mugabe n’est pas en mesure de gouverner sur la base des élections honteuses du 27 juin".

Source : afrik.com

Une saison au purgatoire

Publié le 12/09/2008 à 12:00 par sergegrah
Une saison au purgatoire

Mère
Pourquoi m’as-tu mis au monde
Dans la douleur
Douleur, souffrance, misère
J’ai fait le baptême
De toutes les formes de souffrances
Je suis Homme-douleur

D’où me vient alors ce courage de continuer
A vivre par pareil temps
Notre temps
Drôle de temps
Comment pouvoir vivre par pareil temps
Temps d’hypocrisie
Temps de sottises nues
Temps de prostitutions luxuriantes
Temps de trahisons
Temps de mensonges
Temps de lâchetés
Temps de haines
Temps d’injustices
Temps dégénéré
Qui dégénère la vie jusque dans ses racines

Sale temps pour l’Homme
Sale temps pour les Valeurs

Comment vivre !
Comment vivre sans respirer
Et toutes ces odeurs qui sortent
Des tombeaux mal fermés

Courage !
Où ai-je puisé tant de force
Pour survivre à moi-même ?
Pour survivre à ce temps ?

Les assouvis de la pestilence
Les satisfaits qui grognent dans la gadoue
Je reviens du pays des morts
Je n’ai plus peur de mourir

Je colère
D’où me vient cette sainte colère
Cette salutaire révolte
La Vie est encore possible
Oui, la Vie
Dépouillée de ses scories
Cette vie incolore, insipide,
Sans saveur
Sans but
Mais oui, il faut vivre,
Pour voir la Vie revivre !



Le sang me monte aux lèvres


J’ai pleuré tous les nuages du ciel
Mon espoir tombe
Pareilles aux feuilles jaunies par le temps de misère
Et toutes ces chutes me montent aux lèvres amères
L’enfer se promène nu sur la terre
A force d’allumer le feu partout
Le ciel a pris l’habitude des incendies
Et la terre l’habitude du sang qu’on verse
Ma main est un feu de brousse
Que je jette aux visages livides
De ceux qui nous enfument comme des rats

Mon cœur est lacéré
Par les cris de mon sang violé
Personne ne les entend
Je vais éclabousser la terre de mes cris
Je veux crier tous les cris empaillés dans les gorges enrubannées
Je veux crier tous les cris qu’on chuchote sous les nausées réprimées
Je veux crier tout le murmure des rivières taries
Je veux crier la justice en haillons
Je veux crier la liberté méconnaissable
Et l’écho écrira pour l’éternité la douleur de mes cris mal écoutés

La tempête me dépiste dans la forêt
Je ne suis pourtant pas un rat
La chasse à courre des affameurs me traque
Jusque dans ma forêt que je voulais pourtant vierge
Je ne me laisse ma violer par la vaine promesse
D’un bonheur sur mesure
Mais tous ces sons, de quelle fête est-ce ?
Tous ces tam-tams sans harmonie
Ne sont pas seulement le bruit que je fais
Pour avertir les oiseaux
Des crimes des balles meurtrières

Le sang me monte aux lèvres
La liberté me monte aux mains
La colère me traque dans ma paix
Pendant combien de temps encore pourrais-je reculer
L’issue fatale du combat à livrer ?
Le combat à livrer aux mouches
Pour délivrer la terre de ses cadavres

Nausée
Nausée
Nausée
Je suis une nausée
L’homme est une nausée à vomir
Tous les matins après les insomnies nauséabondes

Le sang me monte aux lèvres
Et l’herbe pousse drue dans mes larmes
Ma Patrie crie au bout de son gibet de potence
L’Afrique crie au bout de son hémorragie ouverte
Le sang partout coule sur l’injustice des morts à venger dans le sang

Ils n’auront pas mon souffle
Vous n’aurez pas mon souffle
Ma gorge respire à d’autres vents
Que la brise fétide de leur haleine irrespirable
Je me suis habitué aux orties
Que me servent les prestidigitateurs

Le sang me monte aux lèvres, la colère au cœur
Il est des mains qui n’ont appris à caresser que par strangulation

Le sang me monte aux lèvres
Avec un goût nouveau de mes cauchemars que je croyais exorcisés à jamais
Et je brûle de reprendre
Le sang que les vampires m’ont bu
Le sang du peuple
Le sang qu’on pille ainsi que les richesses

Le sang me monte aux lèvres
Le sang qu’on verse par plaisir de sang
Le sang qui coule
De la férocité de la meute de chiens impitoyables

Ancêtres vivants ! Ancêtres morts !
Ceignez le bras du peuple de votre foi invulnérable
Pour le combat à livrer
Le secret est désormais de vaincre la nuit
Les feux de nos yeux ont tout pouvoir
Le pouvoir d’incendier les arbres morts qui encombrent le chemin
Hautes seront les flammes
Plus hautes que les géants de nos forêts

Le sang me monte aux lèvres
Et mon rêve de paix bat très fort
Cette nuit j’ai veillé
Les savanes et les montagnes étaient envahies de vautours
Le sang suintait de leur bec féroce
Et peu après

Toute la généalogie des vautours, des charognards, décimée
Le soleil explose sur le pourpre du sang de notre lutte
Une pluie torrentielle lave la terre de la puanteur soulevée
Et notre Terre respire
Respire
Respire, enfin !

(Extrait de "Une saison au purgatoire" Serge Grah)

In memoriam : Il y a 31 ans Steve Biko : La conscience noire

Publié le 12/09/2008 à 12:00 par sergegrah
In memoriam : Il y a 31 ans Steve Biko : La conscience noire
Steve Biko

Le 12 septembre 1977, à 31 ans, Steve Biko mourait, seul, dans une cellule de la prison centrale de Pretoria (Afrique du Sud), d’une lésion cérébrale. La photo de son cadavre gisant à même le sol, nu, couvert de plaies et d’ecchymoses fit le tour du monde grâce au journaliste britannique qui fut aussi son ami, Donald Woods, auteur de sa biographie la plus complète (1979). Arrêté le 21 août à Port Elisabeth, près de sa ville natale où il était assigné à résidence après des mesures de bannissement, Biko fut amené dans les locaux de la police de sécurité de la ville et interrogé à son quartier général. Roué de coups à plusieurs reprises, enchaîné et totalement dévêtu, il était dans un état déjà très grave le 7 septembre, reconnaîtront plus tard les autorités dans un rapport qui accuse les médecins de n’avoir pas décelé les « lésions neurologiques » causées par « une chute accidentelle »... Il fallut attendre le 11 septembre pour que l’on recommande son transfert immédiat à l’hôpital. La police choisit celui de Pretoria, 1 200 km plus loin. Dans un état comateux, Steve Biko fut transporté jusqu’à la capitale dans l’arrière d’une jeep, toujours nu, à même le plancher. Son décès, pour lequel les autorités donnèrent jusqu’à huit versions différentes, fut constaté le lendemain.

Le leader charismatique du mouvement de la Conscience noire devint alors le symbole de la résistance contre l’apartheid, un des grands martyrs d’Afrique du Sud. Sa renommée atteint l’Occident — où chansons et film à succès lui furent consacrés — dépassant largement celle de Nelson Mandela à l’époque. Les liens de ce dernier avec le Congrès national africain (ANC), organisation taxée de « marxiste », voire de « pro-soviétique », avaient considérablement réduit, guerre froide oblige, les cercles qui relayaient en Europe et plus encore aux Etats-Unis la campagne de l’ANC pour la libération de celui qui allait devenir une icône mondiale à la fin des années 1980.

Né en 1946 à Ginsberg, une townshipnoire près de King William’s Town (Eastern Cape), Stephen Bantu Biko grandit dans une atmosphère de révolte : son père Mzimkhayi fut tué par un policier blanc lors d’un rassemblement militant le 12 septembre 1951. Après une scolarité marquée par des actes de défiance et d’insoumission qui lui valurent d’être expulsé du secondaire, Biko fit ses premières armes politiques à l’université de Durban, où il put s’inscrire dans la section « non européenne » de la faculté de médecine. Actif dans un premier temps au sein du syndicat des étudiants créé par les Blancs libéraux, l’Union nationale des étudiants sud-africains (National Union of South African Students, Nusas), Biko décida en 1969 de fonder, avec d’autres étudiants noirs, l’Organisation des étudiants sud-africains (South African Student Organisation, SASO), dont il prit la tête. La critique du paternalisme blanc, la question de l’émancipation des noirs et de leur prise de conscience, sont désormais au cœur de son discours.

Fortement inspirée par le mouvement noir non violent des Etats-Unis et comme lui influencé par la culture chrétienne, la Conscience noire — concept élaboré en 1967 par le Mouvement de l’Université chrétienne, groupe non racial et œcuménique — prend alors son essor, et conquiert surtout un public de jeunes, plus radicaux que leurs camarades de l’ANC dont la lecture non exclusivement raciale du conflit leur paraissait une prédisposition au compromis. Pourtant, ce qui était devenu le Mouvement de la conscience noire (Black Consciousness Movement, BCM) maintint sa posture non violente. Et choisit de transcender le champ politique direct, en agissant sur le terrain au travers de projets éducatifs, culturels ou sociaux. Ainsi faisant, il mena en réalité une puissante campagne de politisation : « Le principe de base de la Conscience noire est le rejet par l’homme noir du système de valeurs qui veut faire de lui un étranger dans son propre pays et qui détruit jusqu’à sa dignité humaine », affirmait Biko en 1976. Plus tôt, dans un discours à Cape Town en 1971, il avait lancé : « L’arme la plus puissante dans les mains des oppresseurs, est la mentalité des opprimés ! » « Pour commencer, avait-il expliqué à un journaliste britannique, il faut que les Blancs réalisent qu’ils sont seulement humains, pas supérieurs. De même les Noirs doivent réaliser qu’ils sont aussi humains, pas inférieurs... »

Cependant, et contrairement au PAC dont la doctrine de l’« Africanism » insistait sur la primauté des valeurs traditionnelles africaines, la création d’un Etat centré sur l’identité africaine, ou encore la mobilisation des Africains en tant que nation (Azania), le BCM de Biko envisageait, à terme, un Etat où la majorité noire aurait certes assumé le rôle dirigeant qui lui revient par la démographie et l’histoire, mais dans un contexte politique et institutionnel non racial. Lucide. Comme lorsque, trois mois avant sa mort, il déclarait : « Soit tu es vivant et fier, soit tu es mort, et quand tu es mort, tu ne peux plus t’en soucier. Ta façon de mourir peut elle-même être une chose politique (...) car si je n’arrive pas dans la vie à soulever la montagne de l’apartheid, l’horreur de la mort y parviendra sûrement. »

Son lâche assassinat suscita une telle indignation internationale que le Conseil de sécurité procéda enfin au renforcement de l’embargo sur les armes décrété en 1963, qu’il avait refusé après la répression sanglante de la révolte de Soweto une année auparavant. Comme le déclara Mandela lors de son élection en 1994 : « Biko a été le premier clou dans le cercueil de l’apartheid. »

A. CONCHIGLIA

LES DOGONS : COSMOLOGIE ET MYTHES

Publié le 12/09/2008 à 12:00 par sergegrah
LES DOGONS : COSMOLOGIE ET MYTHES
Village Dogon

Les dogons sont une des populations les plus anciennes d’Afrique noire et certainement l’une des plus mystérieuses.

Les dogons sont originaires du Mandé, ils quittèrent cette contrée entre le XIe et le XIIe siècle, c’est le refus de se convertir à l’islam qui provoqua leurs migrations vers une région montagneuse du Mali appelée " falaises de Bandiagara".

La langue parlée par les dogons est le dogon qui se subdivise en 15 dialectes (non inter compréhensibles) de type voltaïque avec de nombreuses variantes dialectales selon les villages. Les dogons sont des cultivateurs de mil, de sorgho et de riz ainsi que de quelques autres légumes. Ils sont éleveurs de petit bétail, surtout des moutons.

Les dogons représentent 3% de la population du Mali, en 1990 elle a été estimée à 360 000 âmes réparties en de nombreux villages. Ces villages sont accrochés aux falaises, refuges naturels contre les ennemis. Les dogons détiennent de nombreuses formes de littérature orale. La famille étendue ou « ginna », se compose de tous les descendants d’un même ancêtre en ligne masculine. Chaque ginna possède collectivement un ensemble de maisons et de champs dont la propriété est inaliénable. C’est l’homme le plus âgé qui gère les biens et qui habite la grande maison symbole de la lignée. La femme appartient au ginna de son mari et l’enfant à celui de son père. La société dogon est formée de groupes sociaux, opposés mais complémentaires. Les initiés et les non-initiés, les hommes et les femmes, les groupes d’âges, des cultivateurs et les gens dits « castés ». Les classes d’âge sont composées de garçons ayant subi ensemble la circoncision et qui, de ce fait sont tenus de s’entraider pendant toute leur vie. Les différentes castes dogons sont : les artisans du fer, du bois, du cuir et les griots. Les relations sexuelles avec les membres du groupe des cultivateurs leur sont interdites.

La mythologie dogon

Selon la mythologie dogon amma dieu suprême, créa la terre et en fit son épouse. Une termitière, clitoris de la terre, se dressa en rivale du sexe mâle, et Amma dut l’abattre. Un fils unique naquit, Yurugu ou le Renard pâle. La terre excisée fut plus docile à son époux et mit au monde le Nommo, à la fois mâle et femelle, couple idéal, maître de l’eau et de la parole. Le Renard pâle, unique et donc imparfait, principe de désordre, commit l’inceste avec sa mère parce qu’il ne trouvait pas de compagne, et c’est alors qu’apparut le sang menstruel, impur parce que signe de stérilité. Errant sans cesse à la recherche d’une épouse, il ne connaît que la première parole, celle qu’il révèle aux devins. Amma façonna avec de l’argile un couple humain, qui devait donner naissance aux huit ancêtres. Nommo leur enseigna la parole, liée à l’humidité, ainsi qu’au tissage car elle est faite de questions et de réponses entrelacées.

La cosmologie et cosmogonie dogon

« ...Les dogons ont développé des points de vue qui ne sont pas, dans leur ensemble, démentis par la science contemporaine. C’est dire toute la rationalité de cette cosmogonie dogon qui contient encore d’autres faits plus éblouissants encore relatifs à la connaissance des corps célestes... » (C. A Diop, volney et le sphinx de T. Obenga professeur de langue égyptienne et d’histoire ancienne Editions Présence Africaine p.171)

« Pour les dogons il y a pluralité des mondes, des univers stellaires à l’infini, bref une infinité de mondes ». (C. A Diop, volney et le sphinx de T. Obenga Edit. Présence Africaine p.156)

"Il y a donc une prolifération de la vie sur la pluralité des mondes. Nous les hommes nous sommes sur la 4ème terre. Les formes exactes, les aspects concrets de la vie sur les autres mondes ne sont pas connus, et les dogon d’imaginer des "hommes à cornes" sur la 3ème terre, des "hommes à queue" sur la 5ème, des "hommes ailés " sur la 6ème terre, des "hommes rampants" sur la 7ème terre, etc." (C.A Diop, Volney et le sphinx de T. Obenga Edit. Présence Africaine p.156)

"Ainsi, à partir des choses plus petites qui sont contenues dans la chose la plus petite mise en exposition par un mouvement tourbillonnant et rayonnant (qui est le Démiurge lui même), l’Univers créé va s’étendre constamment (expansion de l’Univers), les êtres(humains, animaux, végétaux, etc.) vont se multiplier et peupler les mondes qui seront innombrables (pluralité des mondes).Les particules (signes d’Amma) vont aussi proliférer, pour réaliser toutes les choses qui formeront toujours l’Univers." (C. A Diop, volney et le sphinx de T .Obenga Edit. Présence Africaine p.159)

"La cosmologie dogon est peut-être vieille d’environ 700 ans jouissant ainsi d’une longue tradition.

Les dogons ont élaboré leur cosmogonie au niveau même de l’immensité et de l’infinité du cosmos, avec les connaissances suivantes :

- L’univers est hiérarchisé et tournoie ;

-Notre Galaxie (la voie lactée) est une galaxie spiral, en forme de disque en rotation autour de son axe ;

-Les étoiles et les constellations sont innombrables : le chiffre démiurgique 266 signifie précisément qu’il s’agit de phénomènes cosmiques qui comptent par milliards ;

-La voie lactée forme l’Amas galactique local : ce que les dogons appellent "système stellaire externe" où se trouvent cependant le soleil et la terre ;

-Le système solaire est désigné par "système stellaire externe " : le soleil ayant une influence directe sur la vie de la terre ;

-La terre n’est donc pas au Centre de l’Univers puisqu’elle appartient au système solaire et à l’ensemble galactique de l’Amas local (système externe d’astres en spirale) ;

-Quatre (4) étoiles formes la croix du sud qui indique la direction du pôle céleste austral, -l’une des directions spatiales essentielles. La Polaires indique la direction du pôle Nord ;

-Les étoiles (visibles et invisibles) qui emplissent l’Univers se meuvent selon leurs orbites respectives, et forment d’immenses champs stellaires, galactiques ;
-La vie sur terre dépend du Soleil, directement ;

-La spirale, le cercle, la fourche (l’axe de rotation), le mouvement des étoiles, des systèmes stellaires, de la terre, etc., interviennent dans la compréhension dogon de l’Univers en sa globalité, en sa structure, en ses éléments cosmiques ;

-L’homme est indissociable du cosmos, puisque la Terre qui le porte est elle-même partie intégrante du système solaire et de l’ensemble galactique ;

-Le cosmos est certes "infini" mais "mesurable", donc connaissable par la raison et l’intuition humaines.

Aucune de ces idées essentielles de la cosmologie dogon n’est contredite par l’astronomie moderne..." (C. A Diop, Volney et le sphinx de T. Obenga Edit. Présence Africaine p.169)








VIENT DE PARAÎTRE CHEZ VALLESSE : LE RETOUR DE L'ENFANT SOLDAT

Publié le 09/09/2008 à 12:00 par sergegrah
VIENT DE PARAÎTRE CHEZ VALLESSE : LE RETOUR DE L'ENFANT SOLDAT
Le retour de l’enfant soldat de François d’Assise N’DAH


Roman d’apprentissage et d’éducation, ce récit de jeunesse est un émouvant plaidoyer pour la tolérance et la cohésion sociale. Il pose en urgence de façon dramatique, l’épineuse question de la réinsertion des enfants soldats. Monstres ou victimes ? Toutefois, il faudra à ces enfants livrer une autre bataille, tout aussi redoutable, pour regagner leur place au sein de leur propre communauté qui les observe dorénavant avec suspicion.



Résumé

Zango, 16 ans, enfant-soldat revient dans son village, à la fin de la guerre. Mais le retour du jeune homme ne fait pas plaisir à tous, en dehors d’un petit cercle de personnes, où figure en bonne place sa mère.

La rancune de la population est d’autant plus tenace qu’il a perpétré, aux côtés des rebelles, des actes abominables et odieux contre le village ; il a violé sa propre cousine, et tué de ses mains, des personnes ! Il avait beau plaider, pour sa défense, qu’il fut enrôlé de force par les assaillants et sous l’effet de la drogue, rien n’y a fait ; les tentatives menées dans la foulée par de bonnes volontés pour sa réinsertion se heurtèrent à un mur d’indifférence.

Son propre père Gauzango, son oncle, les jeunes du village, le chef, les jeunes avec à leur tête Zakobi, tentèrent de le bouter hors de la communauté et écartèrent du revers de la main les actes de bravoure et les bonnes intentions que multiplièrent le jeune homme au bénéfice de tous. Contre mauvaise fortune, Zakobi fera bon cœur ; il s’efforcera du plus profond de lui-même de renaître à un monde qui l’observe avec méfiance et y puisera de sacrées ressources pour condamner la guerre, lutter contre la spoliation, le vol et prêcher aux plus jeunes les vertus de la tolérance et de la paix.

Malgré tout, les relations entre le jeune homme et les gardiens de la tradition prennent une tournure inquiétante, au point où le chef ose une tentative de meurtre contre le jeune homme ; la justice s’empare alors de l’affaire et exhorte le chef à se dépasser, « à donner une seconde chance à l’enfant » en œuvrant plutôt à sa réinsertion pour les besoins de la cohésion sociale au sein de la communauté !

Par Serge Grah

Présidentielle, le 30 novembre : Les interrogations de Mamadou Koulibaly

Publié le 05/09/2008 à 12:00 par sergegrah
Présidentielle, le 30 novembre : Les interrogations de Mamadou Koulibaly
“Sans mentir on ne vendrait rien” Proverbe arabe. Lorsque le Président de la République a été invité par la Commission électorale indépendante (CEI) à prendre le décret fixant la date de l’élection présidentielle, celui-ci a fait savoir aux commissaires qu’il avait bon espoir que leurs calculs étaient justes et qu’ils ne le feraient pas mentir. Ainsi le décret du 14 avril 2008 a convoqué le collège électoral pour le premier tour de l’élection du Président de la République le 30 novembre 2008. En proposant cette date, la Commission électorale semblait avoir compressé les délais du processus électoral à l’excès. Une exception toutefois, la période qui sépare la publication de la liste électorale provisoire du jour du scrutin semblait confortable et adéquate.

Le respect de cette date supposait cependant trois conditions que l’on donnait comme acquises d’emblée. D’abord l’enrôlement pour l’identification et le recensement électoral devait commencer au plus tard début juillet 2008 et s’achever au plus tard le 31 août 2008. Ensuite, il était prévu que puissent démarrer dans le courant du mois de mai 2008 les opérations d’audiences foraines de rattrapage et de reconstitution des registres de l’état civil détruits ou perdus. Ces opérations devaient être bouclées dans le courant du mois d’août pour permettre l’inscription des personnes concernées sur la liste. Enfin, la liste électorale provisoire devait être publiée au plus tard le 31 août 2008. A la date du 04 septembre 2008, il est clair qu’aucun de ces délais n’a été et ne peut être respecté.

Pour tenir compte de ces retards, la CEI a réaménagé le chronogramme du processus électoral et a proposé au gouvernement le report de la date limite de publication de la liste électorale à 45 jours avant le premier tour de l’élection du Président de la République. Le projet d’ordonnance issu de la CEI et en cours de traitement à la primature pourrait être modifié pour réduire encore ce délai. Les différents partenaires de l’opération d’enrôlement, une fois de plus, s’engageront à tout mettre en œuvre pour le démarrage effectif de l’enrôlement à une date qu’ils nous présenteront comme impérative pour le démarrage effectif des opérations d’enrôlement. Par un communiqué du 31 août 2008, la CEI tentait déjà de nous rassurer sur le bon déroulement des préparatifs. Toutefois, de nombreuses inquiétudes demeurent, surtout que nous ne nous expliquons pas ce besoin subit de la commission électorale de vouloir nous rassurer de toute urgence un dimanche. Les questions de fond portent, entre autres, sur les retards déjà pris sur les opérations préalables à l’enrôlement d’une part et de l’autre sur la durée de l’opération elle-même.

1. Les opérations préalables à l’enrôlement sont très en retard

Les opérations d’audiences foraines de rattrapage n’ont pas encore démarré. Or, cette opération était annoncée pour être engagée le 27 août 2008 et pour une durée de 15 jours. Premier faux rendez-vous. La reconstitution des registres de l’état civil placée sous la responsabilité du ministre de la Justice et des Droits de l’homme n’a pas encore démarré et aucune date n’est retenue pour cette activité prévue pour durer au moins deux mois. Or elle devrait impérativement s’achever avant la fin de la période d’enrôlement, ce qui n’est plus possible, sauf si on envisage un nouveau report de la date de publication de la liste provisoire. Grave question qui remettrait le calendrier précédemment réaménagé en cause. Le démarrage de l’enrôlement à une date compatible avec la tenue du premier tour du scrutin le 30 novembre 2008 est lui-même, a priori, très largement hypothéqué. Sauf à répondre aux questions techniques suivantes : D’abord, à partir de quel moment prévoit-on le démarrage de la formation des formateurs ? Le dernier communiqué de la CEI l’annonçait pour cette semaine. Pour l’instant, aucune invitation n’a été lancée aux formateurs. Un autre faux rendez-vous pointe-t-il à l’horizon ? Quelle sera la durée de cette formation ?

Ensuite, quels délais donnera-t-on aux formateurs pour qu’ils retournent dans leurs départements d’affectation et procèdent à la formation des agents (plus de 30 000) qui seront déployés dans les centres de collecte? Quelle serait la durée de la formation de tous ces agents de terrain? Et combien de jours auront les chefs de centre de collecte pour aménager ces centres et les rendre opérationnels ?

En outre, un des opérateurs techniques qu’est la Sagem vient juste de lancer le processus de recrutement de ses agents. La stratégie proposée étant de la seule responsabilité de la Sagem, il n’y a pour l’instant aucune lisibilité en la matière. C’est dire que la stratégie d’enrôlement garde encore un flou inquiétant, alors que l’on présume qu’il y aura environ 9.500.000 personnes à enrôler proprement en 45 jours. Selon quel plan les 6000 centres prévus pour la collecte seront-ils déployés dans les 11000 lieux de vote annoncés? Enfin, comment les équipes qui vont y travailler seront-elles gérées ?

Une fois ces plans et stratégies organisés, il restera à savoir comment définir les fichiers de croisement. Or qui ignore comment cette question dans le passé proche à exigé du temps pour des conjectures et de réfutations interminables ?
Comment, dans ces conditions, peut-on faire des élections propres et transparentes si, indépendamment des partis politiques qui eux sont prêts à aller aux élections, la CEI et les structures impliquées dans le processus électoral sont loin de respecter leurs engagements ? Le risque n’est-il pas grand qu’alors nous ayons des élections bâclées?

2. Plus que les audiences foraines, l’enrôlement est une opération majeure et sa durée doit être bien étudiée.

Dès la détermination de la date du 30 novembre, le chronogramme adopté a prévu 45 jours pour trois phases déterminantes : l’enrôlement, la validation administrative et la publication de la liste électorale provisoire. Comment techniquement cette durée permettrait-elle d’exécuter, proprement et de façon transparente, les opérations d’enrôlement et de traitement informatique des données au regard du cahier des charges de la Sagem et des démonstrations que cette structure a effectuées ici et là ?

En effet, selon le cahier des charges, "Sagem Sécurité” est tenue d’avoir une capacité de croisement de 200000 fichiers par jour. Les démonstrations effectuées à la Présidence et à la Primature ont établi que la durée d’enrôlement d’une personne est de 17 à 20 minutes qu’on pourrait réduire à 15 minutes dans un environnement opérationnel normal. Si l’on estime que la durée normale de travail sera théoriquement de 8 heures par jour pour les agents chargés de l’enrôlement et si nous acceptons que le nombre potentiel de personnes à enrôler est de 9.500.000 (hypothèse basse acceptée par les structures impliquées dans le processus électoral) alors, premièrement, il faudrait environ 50 jours pour effectuer l’enrôlement de la population et deuxièmement, il faudrait approximativement 48 jours pour le croisement des fichiers.
En d’autres termes, l’ensemble des opérations d’enrôlement et de traitement informatique des données nécessite globalement plus de 45 jours. De plus, cette évaluation ne laisse de place à aucun aléas, ni à aucune défaillance. Elle considère en outre qu’il nous faudrait admettre l’hypothèse héroïque que les agents travaillent effectivement huit heures par jour, sept jours sur sept, pendant cinquante jours. Cette performance ne devient réalisable que si les agents travaillent nuit et jour, sans repos ou bien alors si l’on met en place au moins deux équipes qui se relaieraient en toute confiance. Mais compte tenu des difficultés financières, il faudrait, autre pari plausible, que cela se réalise au même coût de production, c’est-à-dire sans charges supplémentaires pour l’Etat de Côte d’Ivoire. Ce décompte ne tient même pas compte des dimanches et jours fériés (huit sur la période) ni même des dysfonctionnements possibles du système, ni des défaillances techniques potentielles, ni des cas d’indisponibilité des agents, ni des incidents qui pourraient se produire sur le terrain, vu que certains signataires du code de bonne conduite sont toujours armés et démontrent chaque jour qu’ils ont de honteux moyens de chantage, d’intimidation, de rétorsion et de répression, ni même, pourquoi pas, des aléas climatiques qui sont des quasi certitudes en raison de la saison des pluies qui continue en cette période de l’année.

Malgré cette compression excessive des délais, si un projet de décret résultait des discussions en cours entre la Primature et les structures impliquées dans le processus électoral, il ne pourra fixer la date limite de publication de la liste provisoire, arithmétiquement parlant, qu’à 30 jours au mieux, avant le scrutin, soit au 31 octobre comme le laisse d’ailleurs entendre, le dernier communiqué de presse de la CEI. Sur la forme, cette immixtion de la Primature dans le traitement des questions qui relèvent de la compétence de la Commission centrale de la CEI montre, de toute évidence, que cette institution est tout sauf indépendante de la Primature. Mais est-ce surprenant ?
Par ailleurs, toute modification de date qui réduirait les délais, loin de faciliter le processus, aura au contraire à imposer à la Commission électorale, aux partis politiques et aux électeurs des délais impossibles à tenir. Ceux-ci auront-ils suffisamment de temps, chacun en ce qui le concerne, pour effectuer les actions obligatoires nécessaires à la propreté et à la transparence du scrutin ?
• L’affichage des listes provisoires dans chaque lieu de vote ;
• La consultation des listes provisoires;
• Le dépôt des réclamations ;
• L’acheminement des réclamations vers les instances de décision de la CEI ;
• L’instruction des réclamations ;
• La décision de l’organe compétent de la CEI ;
• La communication des décisions aux intéressés et éventuellement l’exercice des recours devant les juridictions. On note que certaines de ces actions nécessitent, à elles seules, plus d’une semaine de labeur, si l’on veut les faire proprement et de façon transparente. Mais veut-on vraiment bien faire ?

Conclusion

II apparaît ainsi qu’aucun des délais prévus jusqu’à présent ne correspondait à une évaluation rigoureuse des nécessités techniques. Ces délais ne pourraient être tenus qu’au prix d’un recensement électoral bâclé, avec tous les risques de contestation que cela comporte. A moins que la date des élections ne soit reportée, une fois de plus. Cette question appelle à la plus grande vigilance. Et la convention extraordinaire du FPI tenue le 30 août dernier en a appelé à la vigilance de tous. Soit nous reportons la date des élections, soit nous nous offrons le triste privilège d’organiser des élections bâclées. Après avoir dépensé des sommes colossales pour l’organisation d’élections propres, transparentes, libres, ouvertes et incontestables, voici que techniquement, nous courons le risque d’avoir des élections qui n’auront rien à voir avec tous ces qualificatifs. Le délai d’un mois entre la publication de la liste provisoire et le premier tour du scrutin présidentiel sera techniquement trop court. Quel est le nouveau délai qui séparerait la publication de la liste électorale définitive du premier tour du scrutin?
Quels délais restera-t-il aux CEI locales pour recevoir les réclamations dans les lieux de recensement, les acheminer vers les instances de décision de la CEI qui doivent les instruire et rendre des décisions qui doivent ensuite être communiquées aux intéressées ?

Combien de jours seront laissés au juge pour traiter du contentieux judiciaire qui suivra éventuellement les décisions de la CEI sur les réclamations? Va-t-on respecter le délai de huit jours prévu par la loi ou va-t-on le réduire par on ne sait quel tour de passe- passe ? Quels délais seront laissés pour la transmission des dossiers des requérants qui verront leurs recours rejetés par la CEI, pour saisir le juge et combien de temps laisserons-nous aux magistrats pour rendre leurs dernières décisions et pour les communiquer à la CEI pour que cette dernière les intègre à la liste électorale revue et corrigée ?

Que de questions sans réponses alors que le temps passe, et passe vite. Jusqu’à présent, les structures impliquées dans le processus électoral ne nous ont habitués qu’à de faux rendez-vous. Peut-être faut-il rappeler que l’organisation d’élections propres et transparentes implique avant tout que les méthodes et les procédures de ces structures soient elles-mêmes propres et transparentes. Est-ce vraiment le cas actuellement? Nombreux sont ceux qui en doutent, et pour de bonnes raisons, qui sont loin d’être politiques. En tout cas, ceci prouve bien que ceux qui ont préparé le décret du 11 avril 2008 pour le Président Laurent Gbagbo lui ont menti. Et comment!



Par Pr Mamadou Koulibaly
Président de l’Assemblée nationale

Source Fraternité Matin


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