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casting ! documentaire tf6 pour une série de docu -réalité sur , nous cherchons des jeunes entre 15 et 26 an...
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je suis tout à fait pour ce genre de protèction félicitation pour cette détermination...
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merci le commentaire ma beaucoup servi pour mes recherches....
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je suis navre de lire de tels ecrits mais ...
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ben si vous faite anarqué c'est pasque vous etre aussi des hommes pas intelligents comment quel qu'un que vous...
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Sida, l’autre guerre en Côte d’Ivoire

Publié le 04/12/2008 à 12:00 par sergegrah
Sida, l’autre guerre en Côte d’Ivoire
Alors que le pays s’extrait péniblement d’un conflit armé qui a coupé le pays en deux, il doit faire face à un nouveau défi : le sida. L’UNICEF s’emploie, en s’appuyant sur le gouvernement et un réseau d’ONG, à lutter contre l’épidémie. Reportage.

Doucement, elle pose une main sur son ventre rond. Le visage poupin mais le corps raide, elle écoute la « conseillère » qui lui fait face. Opine de la tête. Dans la lumière blafarde du petit bureau dépouillé, les mots de l’une et de l’autre sont presque avalés par une climatisation bruyante. La première semble porter son premier enfant et ses seize ans avec peine. Parle peu, écoute surtout. La seconde s’apprête, un peu sèchement, à lui annoncer son « statut sérologique ». « Négatif »… La future mère n’a pas le sida. Un souffle de soulagement lui détend le corps. Une larme lui reste au coin de l’œil. Elle sourit, enfin, se lève, sort du bureau, soudain plus légère, et rejoint son amie dans le hall où la télé crachote un documentaire sur la maladie. Le résultat lui a été donné dans l’heure. Trop nombreux sont ceux qui ne reviennent pas après le prélèvement sanguin. Elle est quitte pour un prochain rendez-vous dans trois mois, puis dans un an. Dans la cour, un groupe de femmes écoutent à l’ombre d’une pergola le témoignage de Clémentine, malade du sida depuis six ans. La jeune fille les rejoint.
Plus tôt, cet après-midi de fin juillet, la future mère - dont on ne connaîtra pas le nom, anonymat oblige - avait quitté son village pour se rendre dans ce petit centre de dépistage volontaire de Man, un gros bourg coincé au milieu des montagnes, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, à une centaine de kilomètres du Liberia et de la Guinée. Une ville carrefour où l’ONG IDE Afrique (Initiative Développement Afrique) dispense soutien et aide matérielle aux femmes malades du sida.

Quelques jours auparavant, un représentant des Nations unies avait prévenu : le VIH est une « bombe à retardement » en Côte d’Ivoire. Et pour cause : le pays enregistre chaque année la prévalence la plus forte de l’Afrique de l’Ouest. 4,7 %, d’après une étude de 2005. Dans l’ouest du pays, le taux atteint des records. Un autre combat, alors que la Côte d’Ivoire vient tout juste de faire taire les armes.

Entre 2002 et 2004, le pays a vu s’affronter les troupes rebelles, menées par les Forces nouvelles, à celles restées fidèles au gouvernement de Laurent Gbagbo. Les insurgés contrôlent encore 60 % du territoire national, au nord et à l’ouest. Dans la région de Man, les soldats des Forces nouvelles tiennent toujours les barrages routiers. Les pires affrontements, auxquels se sont mêlés, un temps, des soldats libériens, ont marqué la ville, çà et là, de trous d’obus de mortiers et d’impacts de balles. Désormais, il faut reconstruire. Faire revenir les représentants de l’État, préfets, enseignants et médecins. La majorité d’entre eux ont fui les combats. Pas évident…

Le soir, dans la moiteur du bureau régional de l’UNICEF, Marius Cassy, responsable de l’agence onusienne à Man, explique : « Les structures socio-éducatives, sanitaires et économiques ont été détruites. En 2004, 45 % des hôpitaux ou centres de santé fonctionnaient grâce à des ONG, il ne restait que 16 % des personnels qualifiés, et moins de 20 % des écoles étaient ouvertes, mais tenues par des bénévoles non qualifiés. » Depuis, l’UNICEF s’emploie, en partenariat avec un réseau d’ONG et à la faveur d’un retour timide du personnel qualifié, à reconstituer les infrastructures manquantes. Le médecin insiste : « Nous sommes toujours en phase d’urgence. Il n’y a plus de guerre, certes, mais les braquages et les vols sont monnaie courante. Tout le monde a des armes et ceux qui entretenaient les combattants étant partis, désormais certains se retournent vers la population. » La conversation s’interrompt et les talkies-walkies circulent. Obligation est faite, malgré le calme apparent, de donner signe de vie au responsable de la sécurité.

« Il nous fallait d’abord reconstruire le système de santé, reprend le docteur Jean Konan, de l’agence onusienne. Le programme VIH-sida a été lancé l’an dernier et prend véritablement son envol maintenant. » Auparavant, l’Union européenne, l’UNICEF et l’État ivoirien avaient entamé le redéploiement des services de santé sur le territoire. Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a pris le relais en finançant des traitements antirétroviraux. Diverses institutions internationales ont mis la main à la poche. Tout transite par le gouvernement ivoirien, via son programme national de prise en charge des personnes vivant avec le VIH.

« Tout ce qui est fait concernant le sida passe par le gouvernement », confirmera, dans son bureau d’Abidjan, Makan Coulibaly, chargé de la protection de la transmission mère-enfant et des soins pédiatriques à l’UNICEF. En 2007 et 2008, cette machine à financements devrait être alimentée par cinq nouveaux millions de dollars, collectés par le programme Unitaid, grâce à une taxe sur les billets d’avion. De quoi financer bon nombre de traitements antirétroviraux, qui iront sur les étagères de la pharmacie de la santé publique, l’institution ivoirienne chargée d’alimenter le pays en traitements. À condition que la gestion des stocks se fasse sans accroc au niveau des districts et des hôpitaux. Les ruptures de stocks sont en effet fréquentes en bout de chaîne. « En mai et en juin, nous avons eu beaucoup de décès à cause des ruptures de traitements », témoigne, à Man, Albert Seu, responsable d’IDE Afrique. De son côté, l’UNICEF mise sur une couverture de 80 % du territoire en services de protection de la transmission mère-enfant d’ici à 2011, contre à peine 20 % aujourd’hui.

Pour l’heure, dans l’ouest du pays, si les médecins et les médicaments recommencent peu à peu à irriguer la région, la lutte contre le virus se heurte à d’autres obstacles. La maladie, ici, se cache. Et se rendre à l’hôpital est loin d’être un réflexe. À l’hôpital de Danané, une grosse bourgade à quelques encablures du Liberia, Médecins sans frontières (MSF) tient à bout de bras l’unique établissement du district. Au début du conflit armé, entre 2002 et 2003, l’hôpital a fonctionné en sourdine, sans personnel. MSF l’a remis sur pied et un nouveau directeur a été nommé l’an dernier, en même temps qu’a été ouvert un service de protection de la transmission mère-enfant. Irène Aboutou en est l’initiatrice. La sage-femme circule entre les bâtiments dénudés. Çà et là, on patiente, qui sur une natte, qui sur un banc. Sous un porche, un groupe de femmes regardent du bout de l’œil une vidéo sur le VIH, en attendant d’être reçues. Elles passeront chacune d’une pièce à l’autre. On ne saura pas qui de l’une et de l’autre porte le virus. « La discrétion est primordiale », insiste la sage-femme. Chaque mois, elles sont une quinzaine à être déclarées séropositives, sur plus de cinq cents dépistées.

C’est le cas d’Ayo, sa petite fille de quatre mois dans les bras, et de Monique, son troisième enfant sur les genoux. Dans une salle de consultation, à l’écart des autres patientes, elles racontent avec pudeur des bribes de leur histoire. « Quand on m’a dit le résultat, j’ai pleuré, se souvient Ayo, la voix basse. Je me suis dit : « Pourquoi j’ai ces microbes dans le sang ? » Je ne l’ai pas dit aux autres femmes. » Son mari, informé, a refusé de faire le test à son tour. L’époux de Monique a eu plus de courage, mais après un résultat « indéterminé », il a rejeté un nouveau test. Si Monique a reçu des antirétroviraux pendant sa grossesse, elle a tout de même été accouchée au village par une matrone, avec tous les risques inhérents. Aucune des deux n’a parlé de sa situation à sa famille. Par peur d’être rejetées. Seule satisfaction, MSF leur fournit traitement et lait artificiel, pour éviter l’allaitement au sein qui favorise la transmission du virus au nouveau-né. Sur les genoux de Monique, le petit Sankaro gigote. Les deux femmes finissent par se glisser hors du bureau.

Les faire venir à l’hôpital n’est pas aisé. Dans les villages, les matrones pratiquent encore les accouchements dans des conditions d’hygiène minimales, facilitant la circulation du virus. Avec les combats et le départ des hommes, elles se sont imposées comme sages-femmes. « Après la guerre, on leur a demandé d’envoyer les femmes à l’hôpital. Elles se sont senties dévalorisées, explique Albert Seu, dans le hall d’IDE Afrique. Nous avons donc rencontré les chefs religieux, les notables et les matrones pour les sensibiliser à la nécessité de se faire dépister. » La cible privilégiée : les femmes. Elles sont deux fois plus nombreuses à être infectées que les hommes. Là encore, le conflit armé y est pour beaucoup. Au-delà d’une plus grande sensibilité physiologique au virus, nombre de femmes ont dû se prostituer ces dernières années. Pour la majorité, dépendantes de leur mari, négocier le port du préservatif relève de l’impossible.
Résultat, chez les femmes enceintes, la prévalence monte à 8,2 %. Corollaire : les enfants trinquent. Soit parce qu’ils sont eux-mêmes infectés par leur mère. Soit parce que, devenus orphelins ou vivants avec des parents incapables de travailler, ils flirtent avec la mort.

Dans la cour d’IDE Afrique, à Man, le groupe de femmes achève sa réunion. Rassurée par le résultat de son test, la jeune fille s’est glissée sur un banc, à l’écart. On se disperse. Elle part. Reviendra-t-elle ?

Vincent Defait

MALCOLM X TEL QU'IL ETAIT...

Publié le 01/12/2008 à 12:00 par sergegrah
MALCOLM X TEL QU'IL ETAIT...
Le 21 février 1965, MALCOLM X, l'une des figures les plus puissantes du mouvement Noir aux USA était assassinée. Orateur de talent, doté d'un esprit vif, brillant et intuitif, ainsi que d'une grande probité morale et intellectuelle, l'ex leader de la Nation of Islam ne se contentait pas de discours incantatoires. Son engagement sans relâche au service de sa communauté et des droits de l'homme reflétait la personnalité d'un homme courageux, vertébré par de fortes convictions, et une foi inébranlable en Dieu. Nous tenterons de retracer à travers cet hommage, le parcours de ce militant exceptionnel, et d'expliquer les raisons de son assassinat.

Au crépuscule d'un jour de mai 1924, la vie intra-utérine de Malcolm fut tirée de sa douce quiétude par les violences des militants du Ku-Klux-klan, abreuvés d'une haine des Noirs qu'ils dissimulaient sous la blancheur immaculée de leurs cagoules. Telle une horde sauvage, ils brisèrent les vitres de la maison familiale pour en découdre avec un père absent ce jour-ci, et dont l'épouse enceinte, terrorisée par la lâcheté de ces cavaliers, ignorait encore qu'elle portait dans son ventre les prémisses du destin fulgurant d'un fils, digne héritier de la lutte des noirs aux USA. Malcolm Little naîtra quelques jours plus-tard, le 19 mai 1925 à Omaha dans l'Etat du Nebraska. Il est le septième d'une famille de huit enfants. Son père Earl avait déjà trois enfants issus d'un premier mariage. Il était pasteur, militant de l'Association universelle pour le progrès fondée par Marcus Garvey qui estimait que seul un retour en Afrique des Noirs d'Amérique leur permettrait d'être de véritables hommes libres. Sa mère Louise était une antillaise qui avait la particularité d'avoir le teint clair en raison du viol de sa mère par un blanc. D'où les cheveux roux et la peau rougeâtre de Malcolm surnommé « red » (le rouquin). Ce qui inspirait à ce dernier un sentiment de répulsion, il apprit ainsi : « à haïr chaque goutte de sang que je tiens de l'homme blanc qui a violé ma grand-mère ».

Sa famille résida plusieurs années à Omaha avant de s'installer à Milwaukee. Une ville qui sera le théâtre du premier traumatisme subit par Malcolm au cours d'une nuit de cauchemar. Il avait en effet à peine 5 ans lorsque les cavaliers récidivistes du ku-klux-klan imposent impunément leur terreur. Ils mirent le feu à leur maison afin de sanctionner l'engagement du père au service d'idées jugées révolutionnaires : « Je me rappelle que nous nous retrouvâmes dehors, en pleine nuit, en caleçon, pleurant et hurlant de toutes nos forces. Les policiers, les pompiers blancs étaient là; ils regardèrent la maison brûler jusqu'à ce qu'il n'en restât rien. » Des violences qui marqueront à jamais Malcolm. De Milwaukee, la famille Little est contrainte de déménager à Lansing est dans l'Etat du Michigan. La jeune existence de Malcolm semble alors être vouée à la damnation, comme pour mieux creuser le sillon de sa destinée qui lui donnera son viatique pour l'histoire.

L'année 1931 est marquée pour lui par l'image d'une mère, nerveuse et bouleversée. Cet état psychologique est suscité par une vision: celle de la mort de son mari, qui se confirmera rapidement au cours de cette même année. La promesse du sang des cavaliers imprécateurs du Ku-klux-klan est tenue. Le décès du père de Malcolm dont la famille avait déjà été décimée par le meurtre de cinq de ses six frères par ces mêmes racistes, marque le nouvel acte d'une tragédie qui frappe la dynastie Little et que rien ne vient conjurer.

Enlevé à sa famille

Le tempérament d'une mère courage émerge alors sous le coup de ce destin funeste. Confrontée sans aide à l'éducation de ses enfants, la veuve Little sera privée de la dernière parcelle de sa raison d'être. L'ultime épreuve est infligée par l'assistance sociale qui s'empresse d'arracher tous les enfants à l'affection de leur mère. Seule et sous le choc de ce drame, elle perd la raison avant d'être internée à l'hôpital psychiatrique de Kalamazoo. Malcolm X se souvient en 1957 d'une de ses visites : « Je ne peux pas vous dire ce que j'éprouvai alors. La femme qui m'avait mis au monde, choyé, conseillé, puni, aimé, ne me reconnaissait pas. Je la regardais. Je l'écoutais parler. Mais je ne pouvais rien pour elle. Je crois vraiment que, si jamais famille fut détruite par l'Assistance publique, c'est bien la nôtre. Cette désintégration du foyer n'était pas nécessaire. Mais les gens de l'assistance, les tribunaux et leurs médecins nous ont donné le coup de grâce. Et nous n'étions pas les seuls dans ce cas. »

Malcolm est un adolescent sans repère, dévoré par un terrible sentiment d'injustice. Il erre dans les dédales d'une vie mouvante, d'où se profile comme un déterminisme, un horizon sans énigme qui se confond avec la couleur de son épiderme. Après un passage auprès d'une famille d'accueil blanche, le jeune adolescent atterrit dans une maison de détention à Mason, dirigée par un couple de notables blancs du Michigan : les Swerling. Cette maison de détention constituait en fait une escale avant l'entrée dans une maison de redressement. Mais grâce aux relations de Mme Swerling, Malcolm est inscrit dans un lycée à Mason échappant ainsi à la maison de redressement. Évoquant son séjour chez le couple Swerling, Malcolm écrivait : « Devant moi, ils parlaient de tout et de rien, comme on dit n'importe quoi devant son canari. Ils parlaient même de moi, ou des niggers, comme si je n'étais pas là, comme si je ne comprenais pas le sens de ce mot. Mais ce n'était pas par méchanceté… ils ne leur est jamais venu à l'esprit que j'étais capable de comprendre, que je n'étais pas un toutou, mais un être humain. »
Au lycée blanc de Mason, Malcolm se distingue rapidement par de brillants résultats, notamment dans ses matières de prédilection que sont la littérature et l'histoire. Son professeur d'Anglais qui l'apprécie beaucoup interroge un jour Malcolm (à l'occasion d'une conversation après la classe), sur la profession qu'il souhaiterait exercer plus tard. Malcolm répond « avocat » avec la naïveté d'un adolescent pour qui le rêve et l'ambition n'ont pas de couleur. Le professeur Ostrowski invite alors le jeune élève « ambitieux » à faire preuve de plus de réalisme en le conseillant de s'orienter vers un métier manuel plus conforme à son « statut de noir ». C'est alors que Malcolm comprend que le noir de sa peau déterminerait plus son futur professionnel que ses bons résultats scolaires. Il décide de quitter sans regret le lycée pour rejoindre sa demi-sœur Ella à Boston. Paradoxalement, avec le recul, Malcolm jugera salvateur les propos du professeur Ostrovski et remercie : « Allah de l'avoir envoyé à Boston à ce moment- là, sinon je serais sans doute un chrétien noir au cerveau bien lavé. »

Au bout de l'arrestation le destin

Nouvellement arrivé à Boston, « red » ne tarde pas à préférer le ghetto au quartier de la classe moyenne Noire où résidait sa demi-sœur Ella. Malcolm affiche son mépris pour ces Noirs qui aspirent à être plus blancs que blanc. Il est hanté par sa négritude dont il ne parvient pas à dessiner les contours. Sa mémoire est tourmentée par les récits de l'histoire de ses ancêtres déracinés de la terre mythique d'Afrique. Il se met à la recherche d'un emploi et rencontre Shorty qui l'introduit dans le milieu des cabarets de nuit de la région. Il devient cireur de chaussures dans les bals du Roseland. Il astique les chaussures de grands jazzmens tels que Duke Ellington ou Lionel Hampton. Pour l'anecdote Malcolm ne manque jamais de rappeler avec humour, que le grand musicien Duke lui doit toujours ''quinze cents pour un cirage.'' Ce travail est en fait une couverture. La brosse à reluire de Malcolm dissimule une autre activité beaucoup moins reluisante: celle de vendeur de Marijuana. Mais le rouquin dont les ambitions de délinquants se trouvent à l'étroit à Boston, entreprend d'élire domicile dans le fameux quartier d' Harlem à New York. Sur les nouveaux lieux de ses « exploits » d'apprenti caïd, Malcolm connaît la consécration. Rompu à toutes les combines de la rue, il se construit une réputation de petit prince de la pègre, doté néanmoins d'un véritable code d'honneur. Auréolé de ce titre, Malcolm consume sa vie entre les filles faciles et la drogue. Mais le trône de « red » est convoité. La disgrâce le guette dans le ghetto. Au cœur de Harlem, Malcolm est rapidement pris dans un règlement compte entre les différents gangs du milieu. Il est menacé dans sa vie et se replie sur Boston où il monte en association avec son ami de toujours Shorty, une petite équipe de cambrioleurs. Son retour à Boston n'est que la poursuite de sa vie nihiliste. Avec sa nouvelle équipe de malandrins, Malcolm étoffe son palmarès de nageur en eaux troubles, avant de boire la tasse définitivement au cours de son arrestation. Contrairement au film de Spike Lee, l'arrestation de Malcolm X n'a pas eu lieu alors qu’il était en train de se défriser les cheveux. La véritable arrestation de Malcolm s'est déroulée ainsi : « J'avais donné à réparer une montre volée. Mes armes faisaient partie de mes vêtements, comme mes cravates. J'avais mis mon pistolet dans un étui accroché à mon épaule, sous mon manteau. J'appris par la suite que le propriétaire de la montre avait indiqué la réparation dont elle avait besoin. Une très belle montre, c'est pourquoi je l'avais gardée pour moi. Et tous les horlogers de Boston étaient alertés. Le juif attendit d'être payé avant de poser la montre sur le comptoir. Puis il donna le signal. Un autre type apparut, du fond de la boutique, et se dirigea vers moi. Il avait la main droite dans la poche. C'était un flic, évidemment.

-Passez au fond, dit-il d'une voix calme.
Je m'apprêtais à obéir lorsqu'un autre Noir, innocent celui-là, entra dans le magasin. J'appris plus tard qu'il avait fini son service militaire justement ce jour-là. Le flic pensa que c'était un associé, et se tourna vers lui.

Je demeurais là, armé, immobile, pendant que l'inspecteur, me tournant le dos, interrogeait l'autre Noir. Encore aujourd'hui je suis persuadé que même alors Allah était avec moi. Je n'ai pas essayé de le descendre. Et c'est ce qui m'a sauvé la vie. Je me souviens que l'inspecteur s'appelait Shark. Je levai les bras en l'air et lui fis signe : « Prenez mon pistolet » dis-je. Je le regardais faire. Il était comme hébété. En voyant entré l'autre noir, il n'avait plus pensé que je pouvais être armé. Il était vraiment très ému parce que je ne l'avais pas descendu. Mon arme à la main, il donna le signal. Deux autres inspecteurs sortirent de leurs cachettes. Ils m'avaient donc tenu en joue. Un faux mouvement et ils auraient tiré. J'ai du revenir mille fois dans mon esprit sur cette journée où j'ai échappé à la mort. C'est pourquoi je suis convaincu que tout est écrit. »

La révélation en prison

Après son arrestation, Malcolm est jugé et condamné à 10 ans de prison en février 1946. Son tempérament fougueux souffre de l'enfermement. Il ne lui reste qu’à méditer ses rêves de liberté dans l'exiguïté de sa cellule. Dans la prison de Charleston, il se prend d'amitié avec un détenu très respecté nommé Bimbi qui le fascine par son savoir et sa maîtrise de la rhétorique. En 1948, Malcolm est transféré à la prison de Concord, où il reçoit une lettre de ses frères Philbert et Reginald qui lui affirment « avoir découvert la religion naturelle de l'homme noir et lui demande de ne plus manger de porc. » Ils concluent la lettre en lui annonçant : « Que Dieu venu en Amérique était apparu à un homme nommé Elijah Mohammed. L'année suivante, Malcolm est à nouveau transféré dans la ''confortable'' prison de Norfolk dans le Massachusetts. Les détenus ont un accès sans autorisation à une bibliothèque qui avait été léguée par un millionnaire du nom de Parkhurst. Malcolm dévore tous les livres qui se présentent à lui et recopie dans son intégralité le dictionnaire. La découverte de la lecture éveille en Malcolm : « le désir profond, latent, de vivre intellectuellement. » Servi par une mémoire phénoménale, et de grandes facultés d'apprentissage, Malcolm acquiert rapidement une solide culture qui lui permet d'effectuer en prison des exposés sur l'historien grec Hérodote, le philosophe Socrate ou encore sur Shakespeare. Son esprit qui jadis divaguait sous l'effet de la drogue, exulte désormais au rythme de ses prestations intellectuelles. Il renoue également en prison avec sa négritude.

Au service de la Nation of Islam

A sa sortie de prison en 1952, Malcolm se précipite vers le bain turc afin d'enlever avec la vapeur le relent de prison qui ''me collait à la peau.'' Il s'installe à Détroit chez son frère Wilfried et occupe un poste dans le magasin de meuble de ce dernier. Le soir après le travail, Malcolm part prêcher dans le ghetto la doctrine véhiculée par Elijah Mohammed au sein de la Nation Of Islam. Il est nommé l'année suivante assistant pasteur du temple numéro 1 de détroit. Le rouquin se prénomme désormais Malcolm X, abandonnant ainsi définitivement son nom d'esclave. Ce X symbole de l'inconnu en mathématique enclenche la quête identitaire de Malcolm dont l'anonymat est compté. Le recrutement de Malcolm par les Blacks Muslims constitue une véritable aubaine. Il contribue rapidement au prestige et au développement de cette organisation. La Nation of Islam fut véritablement créée en 1930 à Detroit par un commerçant du nom W D. FARD qui mourut en 1934. Un autre hurluberlu, Elijah Poole succède à Fard, et substitue son nom d'esclave Poole par celui de Mohammed. La Nation of Islam insiste sur le comportement moral de ses adeptes et prône la séparation des races blanches et noires. Les origines de L'Islam aux Etats-Unis remontent en fait à l'arrivée des premiers esclaves d’Afrique dont certains étaient musulmans. En août 1966, dans sa préface du livre de Georges Breintman, Malcolm X, le pouvoir noir, Claude Julien rapporte le témoignage d'un correspondant du TIMES qui relate sa réception chez un riche blanc où le service domestique était assuré par des esclaves musulmans : « James Cooper(1794-1866) possédait en Géorgie cinq cents esclaves dont une douzaine au moins étaient musulmans. Il écrivit à propos de l'un deux : « Sali Bul Ali est un strict mahométan ; il ne boit pas d'alcool, respecte certains jeûnes, en particulier celui du Ramadan. » Claude Julien poursuit en signalant : « qu'un esclave musulman atteignit une incontestable notoriété : un certain Job, né en 1701 ou 1702 sur les rives de la Gambie, fut capturé en 1730 et expédié au Maryland où il travailla dans une plantation de tabac, s'évada, fut capturé et emprisonné. Des abolitionnistes achetèrent sa liberté et lui payèrent le voyage jusqu'en Angleterre, où il fut reçu à la Cour royale. Il rentra chez lui vers 1735 et s'adonna au commerce. Il savait le Coran par cœur. »

Le dévouement de Malcolm X et ses qualités de tribun font merveille. Il connaît une ascension fulgurante au sein de la Nation of Islam devenant l'objet de sollicitations régulières de la presse américaine.

En 1958, il se marie avec Betty X dans l'Indiana. De cette union naîtront 4 filles : Atilah Kubilah, Ilyasah, et Amilah. Betty disparaîtra (ironie d'un sort cruel) en 1997 suite à un incendie provoqué dans sa maison par son petit-fils prénommé Malcolm!

Trahi par les siens

La popularité de Malcolm X suscite alors beaucoup d'envieux et de jalousies parmi les dirigeants de la Nation of Islam, dont certains s'emploient à faire circuler des rumeurs d'enrichissement personnel et d'appétit insatiable de pouvoir sur le compte de Malcolm X, dans le but inavoué de le discréditer.

Durant l'automne 1963, Elijah Mohammed profite d'une déclaration ambiguë de Malcolm X sur la mort du président Kennedy pour le suspendre 90 jours de la Nation of Islam. Malcolm X transforme cette suspension en une rupture. Il crée la Muslim Mosquée en 1964, avant de programmer son départ pour la Mecque afin de s'initier à la connaissance d'un Islam authentique. Il rencontre le docteur Chawarbi, un imminent savant musulman en poste à l'ONU qui lui remet une lettre approuvant sa candidature au pèlerinage, facilitant ainsi l'obtention d'un visa pour l'Arabie Saoudite. Au cours de ce voyage, il rédige le 20 avril 1964 à Djeddah (Arabie Séoudite) une lettre qui dépeint l'atmosphère chaleureuse et fraternelle entre toutes les races unies autour de L'Islam : « Dans le monde musulman, je venais de voir pour la première fois de ma vie des hommes à la peau blanche se conduire avec moi comme des frères. » Il est également surpris de sa notoriété et du prestige que rencontre dans le monde son combat. Il est l'hôte du prince Faycal d'Arabie Saoudite, ainsi que de prestigieux chefs d'Etats africains
A son retour de la Mecque, Malcolm X fonde l'organisation pour l'unité afro-américaine. Il prend conscience de l'intérêt à donner une dimension internationale à la lutte des Noirs aux USA. Il entreprend une autre tournée en Afrique, ponctuée par les visites de la casbah de Casablanca et de celle d'Alger, suivie d'une autre tournée au proche Orient. La pensée de Malcolm s'enrichie et s'ouvre sur l'universalisme. Il abandonne définitivement le projet séparatiste avec la société américaine au profit d'une transformation du système américain à même d'assurer l'émancipation de la communauté noire.

Sa rupture avec la Nation of Islam était en fait prévisible. Le 1er juin 1964, il déclare au magazine Jeune Afrique : « Si j'ai quitté le mouvement des Blacks Muslims, c'est parce que j'estimais qu'il était trop sectaire et que ce sectarisme finissait par paralyser son action militante. » Cette évolution idéologique forgera en partie la grandeur de Malcolm X dont la disparition précoce annihilera la nécessaire maturation d'une pensée encore naissante. Le 13 février 1965, il regagne les USA après un long périple en Europe marqué par une interdiction d'accès du territoire français par les autorités françaises qui ont agi visiblement sous la pression du gouvernement américain. Cette décision a provoqué l'indignation de Malcolm X, qui devait s'exprimer dans un rassemblement en faveur de la lutte des Noirs aux USA, organisé par des parisiens, des Afro-américains, ainsi que des gens du Caraïbes, et d'Afrique. Une interdiction d'autant plus scandaleuse, que Malcolm X avait effectué un séjour plutôt réussi en France en novembre 1964. Il sera assassiné le 21 février 1965 dans la salle de bal Audubon. Son corps sera criblé de 13 chevrotines et de plusieurs balles : « J'ai toujours pensé que je mourrais de mort violente et j'ai fait mon possible pour m'y préparer. » pressentait Malcolm X. Deux membres des Black Muslim : Norman 3x Butler, Thomas 15 X Johnson, et Talmadge Hayer seront condamnés à la prison à vie, le 14 avril 1966 pour le meurtre de Malcolm X. Ses obsèques se déroulent devant une foule immense. Malcolm X est enterré au cimetière de Farncliff à New-York. Sur la plaque de son cercueil était gravé : « El Hadj Malik El-Shabazz-19 mai 1925-21 février 1965 ». Sa fille de 6 ans Attilah exprima avec candeur son chagrin à travers une lettre : « Cher papa, je t'aime tant, mon Dieu, mon Dieu, comme je voudrais que tu ne sois pas mort. »

Qui sont les véritables commanditaires de l'assassinat de Malcolm X ?

Jusqu'à ce jour les commanditaires de l'assassinat de Malcolm X n'ont jamais été clairement identifiés. Cependant, l'hypothèse d'une action concertée entre Le FBI et la Nation Of Islam n'est pas à exclure. Ces deux milieux avaient en effet quelques intérêts à la liquidation de Malcolm X. Depuis 1964, date de sa rupture avec la Nation of Islam, Malcolm X ne se privait pas de dénoncer la corruption et le charlatanisme des dirigeants de cette organisation. Dans un entretien accordé le 8 janvier 1965 au Young Socialist, il déclare que : « La Nation Of Islam ne prend aucune autre part dans la lutte des noirs de ce pays pour changer leurs conditions, si ce n'est celle d'offrir une force morale pour amener nos gens à cesser de se saouler ou de se droguer. C'est insuffisant une fois sobre, vous restez pauvre(…) Tous ces militants déterminés ont été paralysés par une organisation qui ne prend aucune part active dans aucun combat. » Pire encore pour la Nation of Islam, dans un discours daté du 3 avril 1964 prononcé à l'église méthodiste de Cory, Malcolm X soulignait son impuissance en offrant une alternative politique crédible à la lutte des noirs : « Pour terminer, j'aimerais vous dire quelques mots de la Muslim Mosque que nous avons récemment fondée à New-York. C'est vrai nous sommes musulmans, notre religion est l'Islam, mais nous ne mélangeons pas notre religion et notre politique (nous ne les mélangerons plus). Une fois nos offices terminés, nous nous engageons, en tant que musulmans, dans l'action politique, l'action économique et l'action sociale et civique. Nous y participons en tous lieux, en tout temps, et de toutes les façons aux côtés de tous ceux qui luttent pour mettre un terme aux maux politiques, économiques et sociaux, qui affligent notre communauté. » D'autre part, quelques jours avant son assassinat, Malcolm X menaça au cours d'un meeting à Détroit organisé par l'Afro-American Broadcasting Compagny de faire des révélations sur les dirigeants de la Nation of Islam : « Ils ont ouvert la polémique contre moi et qui plus est, tenter de me réduire au silence, parce qu'ils n'ignorent pas ce que je sais sur leur compte. A mon avis, ils devraient me connaître assez bien pour savoir qu'ils ne parviendront sûrement pas à me faire peur. Mais lorsque je révèlerais ce que je sais, il est des faits relatifs à la Nation of Islam qui vous scandaliseront, lorsque vous en aurez connaissance. »

Le tournant idéologique de Malcolm X qui dérange!

Dans une correspondance rédigée depuis Lagos (capitale du Nigéria) le 10 mai 1964, Malcolm X confirme clairement son évolution qui l'amène à transcender le clivage racial entre Noirs et Blancs : « Le Coran fait au monde au musulman une obligation de prendre le parti de ceux dont les droits humains sont violés, quelle que soit la conviction religieuse des victimes. La religion de l'Islam tient à cœur les droits de tout le genre humain, sans distinction de race, de couleur ou de croyance. Pour elle, tous (et chacun) sont membres d'une seule et même famille, la famille humaine. »

Cette évolution de la pensée de Malcolm X s'accompagne d'une nouvelle stratégie politique. Il décide de projeter la question du statut des Noirs américains au delà des frontières américaines, à travers la recherche de soutiens et de relais à son combat sur une scène internationale marquée alors, par l'émergence de nouvelles nations en lutte contre toutes les formes d'impérialisme et de colonialisme : « La seule façon dont nous nous libérerons passe par notre identification avec les peuples opprimés du tiers monde.(…) quand les 22 millions d'Américains noirs s'apercevront que nous avons le même problème que les opprimés du Vietnam du Sud, du Congo et de l'Amérique Latine -étant donné que les opprimés constituent la majorité et non la minorité sur cette terre, nous serons amenés à envisager notre problème en majorité capable de revendiquer et non plus en minorité réduite à la mendicité. » (Meeting à New-York, salle Audubon, le 20 décembre 1964)

Le tournant idéologique opéré par Malcolm X (abandon du projet fantaisiste de séparatisme, passage du nationalisme noir à l'universalisme, déplacement de la lutte des Noirs à un niveau plus politique) conférait à son combat une efficacité et un réalisme qui faisait de lui un opposant redoutable à certains cercles du gouvernement américain. Malcolm X ne manquait jamais de fustiger la politique étrangère américaine. Sur le plan intérieur, il renvoyait dos à dos les partis républicain et démocrate en plaidant pour un vote Noir indépendant, ainsi qu’il a annoncé au cours du Harvard Law School Forum le 16 décembre 1964 : « Il faut que nous acquérions une meilleure compréhension de la science politique et que nous nous fassions inscrire sur les listes électorales. Nous ne devons pas prendre, de quelque façon que ce soit, fait et cause pour l'un quelconque de ces partis. A mon avis, nous devrions limiter notre action politique à la situation donnée, sans du tout chercher à nous identifier ou à nous vendre à l'un des deux partis, mais en nous engageant dans une action politique consacrée au bien des êtres humains et destinée à en finir avec toutes ces injustices. » L'évolution idéologique de Malcolm X enlevait en fait tout argument de ''diabolisation'' à ses ennemis qui souhaitaient le confiner dans une marginalisation stérile. Bénéficiant d'une aura internationale, il devenait un interlocuteur et un acteur politique crédible de la société américaine. Ce qui explique qu'il était sous la surveillance permanente du FBI et de la CIA dont Malcom X n'avait de cesse de dénoncer : « On nous surveillait. Nos téléphones étaient sur table d'écoute. Aujourd'hui encore, si je devais parler au téléphone de bombarder l'empire State Building, je vous garantie que ce gratte-ciel serait cerné dans les cinq minutes ». Le journaliste Alex Haley (auteur du fameux roman Racine transposé en feuilleton à l'écran) avec qui il rédigea son autobiographie, rappelait qu'avant de rentrer chez lui, Malcom X : « prononçait la formule rituelle Allo ! Allo ! Le FBI, vous êtes branchés? Parfait, ici Malcolm X. »

Cette surveillance du FBI n'est que le compartiment d'un programme de contre-espionnage mis en place en 1956 et surnommé le Cointelpro. Ce programme qui avait été initialement élaboré en direction des sympathisants et militants du parti communiste américain, sera prioritairement orienté en 1967 vers les mouvements noirs. Le FBI a ainsi défini en des termes pour le moins explicites la mission du Cointelpro qui : « est de démasquer, briser, fourvoyer, discréditer, ou au moins neutraliser les activités des organisations nationalistes noires qui prêchent la haine. » L'objectif du Cointelpro tel qu'il a été assigné en 1967, visait à l'époque un des principaux mouvements nationaliste noir influencé par Malcolm X : les Blacks Panthers, (Blacks Panthers Party fondée en Californie par deux étudiants en droit : Huey P.Newton et M.Bobby Seale). Certes ce programme intervient deux années après la mort de Malcolm X, mais il démontre la volonté notoire du FBI de recourir à toutes les méthodes de répression y compris le crime pour étouffer toute voix contestatrice noire du système américain.

L'ignoble Hoover, responsable du FBI durant cette période n'avait-il pas rédigé une note qui annonçait clairement que : « Le Cointelpro doit empêcher la naissance d'un messie qui pourrait unifier et électriser le mouvement nationaliste noir (…) Il faut faire comprendre aux jeunes Noirs modérés que, s'ils succombent à l'enseignement révolutionnaire, ils seront des révolutionnaires morts (…) ne vaut-il pas mieux être une vedette sportive, un athlète bien payé ou un artiste, un employé ou un ouvrier plutôt qu'un Noir qui ne pense qu'à détruire l'establishment et qui, ce faisant, détruit sa propre maison, ne gagnant pour lui et son peuple que la haine et le soupçon des Blancs ! »

Malcolm X qui se définissait comme le Noir « le plus en colère de l'Amérique » reste une des figures les plus emblématiques de la lutte des Noirs contre l'oppression, et le racisme. Il a inscrit son nom dans le panthéon des personnalités musulmanes du siècle précèdent. Sa méfiance viscérale de tous les pouvoirs honorait un homme pour qui la défense de son idéal avait le prix du sacrifice. Son combat désintéressé et sans compromission était marqué du sceau de la foi en Dieu. Ainsi dans son autobiographie, il concluait le dernier chapitre sur ces paroles : « Si je meurs en ayant apporté la plus petite lumière, la plus petite parcelle de vérité, si je meurs en ayant pu contribuer à détruire le cancer raciste qui ronge la chair américaine, alors, tout le mérite en revient à Allah. Ne m'imputez que les erreurs. » Rien, pas même l'ombre de la mort, ne venait altérer la détermination d'un homme mue par de puissantes convictions et dont la bravoure n'avait d'égale que son immense humilité.

Source : centremalcolmx

La Succession du Président Félix Houphouet Boigny

Publié le 28/11/2008 à 12:00 par sergegrah
La Succession du Président Félix Houphouet Boigny
La Succession du Président Félix Houphouet Boigny (décédé le 7 décembre 1993) TOUJOURS NON RÉGLÈE !!! Un "Grand Vol Organisé" ...


A l’attention de Monsieur Laurent Gbagbo.

« L’Etat Ivoirien » devrait prendre rapidement des mesures afin de « racheter » la « collection privée » de Monsieur Félix Houphouet Boigny.

Vente du 29 Juin 2008 à Fontainebleau par Monsieur Jean-Pierre Osenat, commissaire priseur qui se targuait de pouvoir effectuer cette vente…

En 1994, Monsieur Henri Konan Bédié avait décidé que l’hôtel particulier, sis rue Masseran, ferait parti du « fameux » et soit disant « legs verbal »… Sans documents produire … Affirmant ainsi que « l’Etat » était au dessus des « Lois ». Comment avez-vous pû penser que le produit de cette « vente » pourrait servir à la « restauration » de ce Bien Privé, pris et laissé à « l’abandon » par l’Etat Ivoirien, à travers les temps… Comment qualifier un tel détournement de biens privés ? Une vente illicite, un fait connu de par le monde !… Vous auriez dû comprendre le sens du refus des « Grandes Maisons Christie’s et Sotheby’s ». Ce que je pense vous aviez dû saisir…

A interpeller ces Grandes Maisons pour le « confié du rachat ».

Madame Hélène Houphouet Boigny



Succession - 1ere partie.

Puisqu’il m’a été donné (depuis 14 années) malgré tous les documents (juridiques / courriers Avocats / références citées / correspondances notaires de la succession etc.) produits partiellements ou scannés en intégralité, de penser que l'État Ivoirien ne me rendra jamais « JUSTICE », (une attitude hautement scandaleuse ! Trop d’intérêts en jeu ? ). Je vais, me permettre de poursuivre mes derniers propos avec ces dernières interpellations / interrogations / messages personnels adressés aux Hommes Politiques ci-après mentionnés / institutions bancaires / administrateurs / gestionnaires de biens - fortune / parties prenantes de cette succession ...

Une question de toute première importance :

Quelles ont été les « signatures » « recueillies » pour que la « seconde opération de Feu Monsieur Felix Houphouet Boigny fusse réalisée ? Qu’il soit porté à la connaissance de tous que la « mienne » n’a pas été sollicitée…

Interrogation :

Uniquement celles de la Veuve, Mme Thérèse Houphouet Boigny (née Brou), d’Augustin, François, Guillaume, Marie Houphouet Boigny (épouse De Messe Zinsou) ?

Interrogation :

L’attitude de « l'État Ivoirien » représenté par Mr Henri Konan Bédié ainsi que du Premier Ministre d’alors, Mr Alassane Dramane Ouattara ?… Quels documents officiels ont été signés et non produits ?

Interrogation :


Pourquoi les différentes lignes téléphoniques furent interrompues à l’hôtel particulier sis rue Masseran durant plusieurs jours après le retour de Mon Père en convalescence de l’hôpital Cochin?


FAIT INACCEPTABLE ET INADMISSIBLE !

Voici la réponse qui me fut donnée :

« On ne peut faire signer des chèques personnels à Votre Père, compte tenu de son état.
Et le Premier Ministre n’a toujours pas pris de décisions. » Finalement les lignes téléphoniques de Masseran furent rétablies… Il aura fallu près d'une semaine environ ? Que penser de tout ceci ?

A savoir :

Je me suis rendue en France quelques jours après la seconde opération, à la demande de Mon Père. Un séjour d’environ une huitaine de jours. Une rencontre unique et très brève avec le professeur Jean Louis Debré, à l’hôpital Cochin. Peu de temps après mon retour en Côte d’ Ivoire, Mon Père fit venir à Paris sa sœur aînée, feue Madame Faitai Houphouet boigny ainsi que sa cousine, Feue Madame Djénéba Cissé pour un court séjour. Il devait revenir au Pays.
Tous ces faits relatés peuvent être vérifiés.

Interrogation :

Pourquoi ce départ pour la clinique de Genolier en Suisse? Qui ou quelles sont les personnes ayant pris cette décision?

Concernant l’Agence Immobilière A.I.C.I. S.A.

A savoir, le nom des actionnaires :

Mr Alassane Dramane Ouattara, Mme Dominique Nouvian Folloroux Ouattara et enfants.

Question :

Dates de l’enregistrement de cette société (registre du Commerce / documents officiels) de A.I.C.I puis A.I.C.I. S.A.

A noter :

Une « Sommation Interpellative » (déjà produite sur mon blog) avait été effectuée à la requête de Maître Agnès Ouangui à ma demande.

Documents à nouveau présentés, accompagnés de sa correspondance datée du 22 Juillet 1997 adressée à Me Charles Dogué et l'interview que Mme Dominique Nouvian Folloroux Ouatarra avait accordée à Jeune Afrique (déjà produite sur mon blog).

A savoir :

Qu’interpellée à Washington (un de ses salons de coiffures « Dessange » ) puis à Paris quant à la gestion (à nouveau) des biens / patrimoine immobilier de feu Monsieur le Président Felix Houphouet Boigny : Mme Dominique Nouvian Folloroux Ouattara a préféré s’en tenir à la « loi du silence »… Aurait elle, dans une « certaine euphorie », eu des pertes de « mémoires » à en oublier ses tous premiers débuts en Côte d’ Ivoire ? Par ailleurs il était de « Notoriété Publique » que A.I.C.I. Devenu par la suite A.I.C.I. S.A. gérait le patrimoine immobilier de Monsieur Felix Houphouet boigny. D’autres clients importants ont confié par la suite, la gestion de leurs biens immobiliers.

Concernant : Institutions Bancaires / Financières / gestions de fortune / Administrateurs / Notaires…

Est-il à penser, finalement, que toutes ces Institutions bancaires / personnes à gérer… (France / Suisse / Amérique / Grande Bretagne / Côte d’ Ivoire / Sénégal / Paradis Fiscaux), ont pu agir sur simples instructions de Maître Philippe Rideau (notaire / mandataire dès 1999 d’Augustin, François, Guillaume, Marie Houphouet Boigny) avec aval du Notaire de l'État Ivoirien Me Kouame Venance, sans se poser quelques questions « d’usages » ni réclamer des « Notaires de la succession » les documents légaux à être produits ?
Et surtout à attendre le résultat des actions menées (actions en Justice) par certains « héritiers »…
A savoir qu’Augustin, François, Guillaume et Marie, issus d’un mariage coutumier, non légalisé selon la loi en vigueur d'avant l'Indépendance, avaient initié en France (1995 - Tribunal Français compétent) une action en justice pour se prévaloir « seuls héritiers ». Cas transférés près de la « juridiction seule compétente » - Tribunal de Toumodi – 1996 - rendu du jugement 27 Juillet 2000).

Ils avaient été déboutés en leurs prérogatives.

Maître Monique Tahou nommée par ce même Tribunal avait six mois pour régler cette succession (rien n’a été fait - déjà cité sur mon blog). Dois-je rappeler qu’il s’agit d’une succession. Et qui plus est, de la succession « d’un Grand Monsieur » de « quelques Biens »…
Comment expliquer, à nouveau, le fait que Maître Paul Chardon puis Maître Pierre Zecri (décédé) aient pu « solder » les avoirs de mon Père domiciliés au Crédit Lyonnais (Paris- Montparnasse) ? Il est à savoir que certains « mouvements ont débuté peu de temps après le décès, donc avant « l’ouverture officielle » de la succession (Juin 1994).

Pour exemple (déjà cité et produit en partie sur mon blog, courrier de Maître cheikna Sylla en date du 28 / 09 / 1994) :

Virement de 24 millions de Francs Suisses (U.B.S. – Union de Banques Suisses - Genève, rue du Rhône - Compte n° 579.557.01M - Date : 28/3/94 à U.B.S. Compte n° 566.680.00 -Fondation Recordia VADUZ.)
Le donneur d’ordre, singulier ou pluriel ?

Pour exemple (déjà cité et produit en partie de Maître Cheickna Sylla en date du 28 / 09 / 1994) :

L'accès / Résiliation au compte coffre n° 240329642 safe 2674 à Marie Houphouet boigny
(épouse Demese Zinsou) le 24 / 01 / 1994. Quels documents présentés ?... Notre Père n’était pas encore enterré…

L’UBS détient toujours des avoirs appartenant à Monsieur Felix Houphouet Boigny. D’après leur dernier courrier ci après scanné en intégralité daté du 27 juin 2008 (adressé à Maître Marc Mathey - Doret (avocat - 14 boulevard des Philosophes 1205, Genève), Correspondant de Maître Monique Desforges - Thierry (Paris, 1 rue de Tourville 7e). Il s’agit des relations (comptes) numéro 240 - 542378 et 240 - 509619.

L’UBS « attend des instructions communes et conjointes des héritiers ‘‘légitimés’’ et n’a pas à intervenir dans leurs relations internes en cas d’absence d’accord entre eux ». Quelle ironie lorsque l’on sait tous les actes posés par l’U.B.S. dans cette succession. A noter qu’aucun solde (avoirs) n’a été indiqué par l’U.B.S. ni aucun document écrit de Feu Mon Père donnant ses « Instructions » précises… Fait inacceptable compte tenu de « toutes les Erreurs commises » par l’UBS tout au long de cette succession.

A noter:

Cette même Institution Bancaire (Union de Banques Suisses) prétend à ne pas me « restituer » mes avoirs - comptes ouverts par Mon Père - non portés à ma connaissance mais présentés par
l’U.B.S., à savoir et parmi lesquels :

- ADIDA.SA (N.D5102251) transféré à Londres (le donneur d’ordre ??)
- Compte 546.415.J.6 (Mes avocats ayant présentés tous les documents en ma possession
ainsi que ceux présentés par l'U.B.S.
- cpt 580475.S.U - 580475. O.I.A (Genève - transféré à UBS Luxembourg). Ci-joint relevé.

Mes avocats genevois m’ont fait savoir que ce compte avait été soldé, il y a quelques mois (au pluriel). Mais par qui ? Par quel donneur d'ordre ?... Aucune explication de l’U.B.S. !
Le plus édifiant est que l’U.B.S. (l'Union de Banques Suisses) ait fait fi du « Sacro Saint Secret Bancaire » si cher aux « banques suisses » et autres Paradis Fiscaux pour me produire (lors de la rédition des comptes de Feu Mr Felix Houphouet Boigny ) les comptes des co-héritiers… Impensable n’est-ce pas ! Ainsi que la liste (partielle) de certains « bénéficiaires » de virements des comptes de Mr Felix Houphouet boigny (virements importants).

Quelques exemples:

- Virement à la Maison Piaget (usine sise à la Côte aux fées- U.B.S. Neuchatel
- Virements à Mme Dominique Nouvian Folloroux (S.G. Monaco)
- Virement à Mr Patrick Nouvian (Crédit Agricole de la Loire Bourg Argental)
- Virement à Mr Abdoulaye Diallo (Formule sans signature)
- Virement à Lynch Pierce Fencer G Smith - (compte chez Northern Trust INT Banking Corp. Banque chargée d’exécution : Chase Manhattan Bank N.A.)
- Virements à Bentz Properties…

Et il aura fallu 8 années à l’U.B.S. pour me produire les documents établis (par Maître Ribot - Canton du Valais) par Augustin, François, Guillaume, Marie Houphouet Boigny donnant tout pouvoir (Mandat) à Maître Philippe Rideau en 1999 quant au règlement de la succession !
A savoir que le rendu du jugement compétent en la matière (Tribunal de Toumodi - Cote d'Ivoire - 27 Juillet 2000) m’avait été expédié par Me Agnès Ouangui et transmis à Me Vergès.

A noter que l’U.B.S., ne fait aucun « état de l’expertise » réalisée par Mme Françoise de Ricci
d’ Arnoux - (graphologue - Conseil GGCF. Expert près de la Cour d’ Appel de Paris - Expert près de la Cour Administrative d’Appel de Paris - Expert agrée par la Cour de Cassation H. En partie produit sur mon blog (ses conclusions).

Que penser, à nouveau de « ces signatures » prétendues être miennes - Mme de Ricci d’Arnoux demandait que soient présentés les « originaux ». Apparemment Impossible à produire par l’U.B.S. Cependant l’U.B.S. qui connaît de « graves problèmes financiers » (Télévision Suisse - TV5 Monde) se targue d ‘avoir une « gestion de Fortune » saine ! A savoir que Mr François Jaton était le gestionnaire des avoirs de Monsieur Le Président Felix Houphouet Boigny ainsi que de certains co-héritiers dont moi-même jusqu’en 1994...
Question : Des comptes à mon nom dans d'autres Institutions Bancaires (quels que soient les pays ) non portés, à ce jour, à ma connaissance ?...


Succession - 2emme partie.

Messages personnels adressés aux Hommes Politiques et Personnes Suivantes :


Monsieur Henri Konan Bédié.

Pour ce qui n’était plus à vous « d’espérer », dès avant le Décès… Ce qui était sût d’un grand nombre… Et vous avez décidé alors de « prôner » « le Tribalisme ». Détruisant ainsi tous les efforts déployés et accomplis par toutes les personnes impliquées de tout leur cœur dans la construction de ce Pays plus de 20 ans avant l’indépendance ! Songez aux 60 ethnies présentes en Côte d’Ivoire… Le début du « déclin », soldé par le coup d'État de Décembre 1999 et votre fuite… Pour « essayer » de revenir ?
Songez à tous les actes que vous avez posés en votre temps.

Monsieur Alassane Dramane Ouattara

Pour ce qui ne pouvait être « votre » car étant « d’ailleurs », un fait connu de tous. C'est pourquoi vous avez œuvré pour la « Partition de ce Pays » au péril de son équilibre déjà rendu précaire… Des ambitions personnelles non justifiées et non justifiables…

Monsieur Laurent Gbagbo

Pour tout ce que vous avez fini de détruire d’un Pays que vous n’auriez jamais pu construire et rassembler (a nouveau hommages a tous ceux et celles ayant participé a cet événement / luttes pour « l’Indépendance » ...). Un Pays ayant durant plus de 30 années vécu dans une certaine prospérité et ouverture à tous les Peuples. Dans la Paix.

« Le succès de ce Pays repose sur l’Agriculture »
Felix Houphouet Boigny (Ancien Députe / Ancien Ministre de la Santé /Ancien Ministre d'État fin Ive début Ve République Française / Premier Président de la République de Cote d'Ivoire).

Où sont passées les richesses de ce Pays ? Le changement pour le « Mieux » que vous assuriez ? Votre regard sur ce qui fut, un temps, un pays respecté ?

Je suis toujours dans l'attente qu'une certaine presse ivoirienne produise les documents faisant état de l'action en Justice que j'aurais intentée a l'encontre de l'État Ivoirien... Fait largement repris par la presse étrangère dont R.F.I. (Radio France International). Sans avoir au préalable fait leurs gammes (relire, par exemple, mon Blog et faire leurs devoirs de journalistes.)


Monsieur Jacques Chirac

Vous étiez considéré comme un « Fils » par Mon Père. Une affection toute particulière qu’il avait à votre endroit. Il vous l'avait prouvé à maintes reprises… C’est pourquoi, je m’étais permise de vous faire parvenir un dossier relatant certains faits troublants concernant sa succession. Maître Jean Pierre Hermant, était chargé de le faire remettre à votre fille Mme Claude Chirac. Un dossier resté sans suite.

Augustin - François - Guillaume Houphouet Boigny - Marie Demesse Zinsou ( née Houphouet
Boigny )

Que pensez vous de tous les actes que vous avez posés et pour certains d’entre vous, dès avant l’enterrement de Notre Père ? Vous avez pu faire établir de faux documents dont l’utilisation vous a permis de réaliser ce détournement de biens successoraux.

Au « Pénal », savez-vous quel serait le rendu du Jugement ? Et vous pouvez encore vous prétendre à « Porter un Nom Illustre » ? Avez-vous envisagé les regards et les interrogations qui seront portés sur vos enfants, vos petits enfants et sur vous mêmes ?...

Avez-vous pensé aux deux enfants « laissés » par Feue Florence Houphouet Boigny (Décédée en 2006) ayant connu tant de difficultés. A restituer à ses filles Felicia et Fabienne ce que leur mère Florence aurait du obtenir.

Considérez que ce que je viens de vous prouver durant 14 années de luttes restera pour toujours gravé dans les mémoires. Ceci vaut bien mieux qu’une action en justice intentée contre vous.

A restituer tout ce qui ne vous appartient pas. Par vos actes posés, vous avez osé toucher a mes enfants : Xavier Anougblé, Maud Akissi et Magali N’dri Kan.

Mme Thérèse Houphouet Boigny (née Brou ).

A quand la restitution de tous les biens vous ayant été confiés par Mon Père, il y a fort
Longtemps. Souvenez vous, du fait que j’étais votre « Faire Valoir ».

A savoir :

- appartement sis à New York
- appartement sis à Londres
- appartements sis en France
- propriété aux Bahamas
- villas sises en Cote d' Ivoire
- S.I. (Société Immobilière) « La Glaneuse » déjà cité sur mon blog. Rachetée par mon Père, à mon nom, à mes Parrains Mr et Mme Jacques Timey (décédés en 1980 / 1981), propriété sise à Collonges sous Salève (France).

Le tout « Hors succession ».
Combien de ces « biens » ont déjà été vendus ?
La gestion de votre ex-conseiller (homme d’affaires Camerounais) ? Mais quels documents ont été produits ?

Tout devait passer par vous ? Une autre condition / promesse imposée à mon Père ? A considérer tout ce que vous avez posé comme actes à mon encontre à travers les temps.
Dans tous les « domaines » : « A Défaire ... ».

Vous ne m’avez montré, durant toutes ces longues années, que votre acharnement à tout détruire. Je ne vous pardonnerai jamais. Vos actes posés à l’encontre de mes enfants ?…

Par : Hélène Houphouet Boigny – Abla Pokou. Petite Fille de feu Nanan Kouakou Anougblé,
Roi des Baoulés. Fille d'Houphouet et de Madame Akissi Anougblé.


Source : http://succession-mr-f.houphouet-boigny.over-blog.net/

Serge Bilé (Journaliste-écrivain) : « Je ne suis pas un écrivain à polémique »

Publié le 18/11/2008 à 12:00 par sergegrah
Serge Bilé (Journaliste-écrivain) : « Je ne suis pas un écrivain à polémique »
Journaliste et écrivain, Serge Bilé, est « obsédé » par la vérité historique de tout ce qui touche aux Noirs. « Quand les Noirs avaient des esclaves blancs », « La légende du sexe surdimensionné des Noirs » et « Noirs dans les camps Nazis » sont, entre autres, les ouvrages par lesquels il s’emploie à redonner à l’Afrique la place qui lui revient dans l’histoire de l’humanité. De passage à Abidjan le 7 novembre dernier, nous l’avons rencontré. Entretien.


Serge Bilé, vous devez être un homme très heureux, après la brillante victoire de Barack Obama, vous qui avez fait de la question noire votre cheval de bataille…

Comme tout le monde, j’ai été très touché et très heureux… Et je pense que mon sentiment n’a rien d’exceptionnel à l’égard de la ferveur que j’ai dû ressentir et que j’ai vu chez tout le monde. Aussi bien ici en Côte d’Ivoire que partout dans le monde. Obama est un espoir et un symbole. Il faut souhaiter maintenant que ce symbole se transforme en quelque chose de réel dans la politique d’ouverture qu’il va mener afin qu’on retrouve un peu plus de paix dans le monde.

Au-delà de cet enthousiasme, est-ce que vous croyez que le changement dont parle Obama est possible en Afrique ?

Ce que je trouve intéressant, c’est la fierté d’être noir. Mais il faut bien sûr, qu’au-delà de cette fierté, Obama donne envie aux Ivoiriens, tout comme aux africains en général, de se battre, de comprendre que rien ne leur est impossible. Ils doivent savoir qu’ils ne sont pas moins intelligents que les autres et, qu’ils n’y pas des européens qui soient les maîtres du monde et des africains qui soient des souffre-douleurs. Nous avons toute notre place à prendre dans le monde. Et cette place-là, nous ne la prendrons que par le sérieux de notre travail et aussi par nos comportements responsables. L’élection d’Obama doit être aussi un signal pour les élites politiques africaines, même si j’ai beaucoup de doutes sur leur capacité à se remettre en question et à vouloir faire bouger les choses. Mais ce qui est important, c’est que les peuples, hardis de cette élection, soient capables de bousculer l’ordre établi au niveau politique et économique, et de faire en sorte qu’il ait un vrai décollage de l’Afrique.

Serge Bilé à quel moment est né votre intérêt pour la question noire ?

C’était en 1994, quand je me suis rendu en Guyane où j’ai rencontré nos cousins, les Boni. Pour lesquels j’avais organisé un voyage en Côte d’Ivoire, car j’avais envie de créer ce chaînon manquant entre ces descendants esclaves et nous. Je me suis dit qu’il fallait que je serve de courroie entre tous ces gens qui sont une partie de nous et l’Afrique. C’est de là qu’est parti mon intérêt à la fois pour la question et pour la mémoire noire.

Observez-vous un changement depuis que vous vous intéressez à cette question ? Les noirs en France sont-ils de moins en moins victimes de préjugés raciaux ?

On ne change pas les choses en peu de temps. On fait prendre conscience des choses… On parle aujourd’hui d’Obama, mais il n’a pas gagné comme ça, comme s’il était tombé du ciel. Obama est le résultat de tout le travail qu’ont fait avant lui, des gens comme Malcom X, Martin Luther King, Jesse Jackson, etc. Il est aujourd’hui à la tête des USA, grâce à son talent certes, mais il ne faut pas oublier que le terrain a été préparé… C’est ce qui doit être fait en France où nous sommes dans une prise de conscience des questions dont on ne parlait jamais. Et nous, nous essayons de faire comprendre qu’il ya des gens qui ont des difficultés, par le seul fait de la couleur de leur peau. Briser ce bâillonnement autour de cette question, et bien, ça prépare le terrain et les esprits pour que les choses changent effectivement. Il ne faut donc pas s’attendre que les choses changent comme par enchantement. Mais de savoir que le mouvement est en marche, nous réjoui…

Qu’espérez-vous qu’on retienne d’un livre comme « La légende du sexe surdimensionné des noirs » ?

Il faut qu’on arrête tous les stéréotypes véhiculés sur les Noirs. Certains se complaisent dans des préjugés qui laissent entendre que les Noirs ont une morphologie sexuelle complètement différente de celle des Blancs. Et que cette morphologie fait qu’ils sont plus capables de faire des choses extraordinaires dans le domaine du sexe que dans celui de la réflexion... On le voit très bien dans l’industrie pornographique. Rejetant cette thèse, j’ai cherché à comprendre. Quand j’ai réalisé le contenu et l’origine de ces préjugés, j’ai décidé de les déconstruire. Je pense qu’il est important qu’on déconstruise tous les mythes et autres stéréotypes négatifs qui paralysent les Noirs dans toutes leurs actions.

Quel est donc ce mythe dont s’est nourrit cette légende ?

Cette légende est partie du livre de la Genèse, le chapitre où Noé revient de sa vigne et est ivre. Complètement nu, son fils Cham le découvre. On parle alors de Cham qui aurait été maudit, lui et sa descendance, à être esclaves. Dans certains textes, on dit que Cham n’a pas que vu la nudité de son père, mais qu’il aurait profité de la situation pour abuser sexuellement de lui. Ces mêmes textes disent que Cham a été non seulement maudit par son père à être esclave, mais aussi à avoir les cheveux crépus, un nez épaté et un sexe immensément long. Un sexe qui sera le signe de son infamie. Naturellement, on a dit que Cham est le descendant des Noirs, et ses frères Sem et Japhet, ceux des peuples sémitiques. C’est à partir de là que s’est créée toute cette légende. A s’avoir que les Noirs sont porteurs d’une infamie dont le signe est de porter un sexe démesurément long… Derrière tout ça, il y a un stéréotype très négatif qui laisse supposé que les Noirs ont un sexe à la place du cerveau.

Vous sortez un nouveau livre le 8 janvier 2009. De quel autre mythe ou histoire des Noirs va-t-il traiter ?

Pour mon prochain livre qui s’intitule « Et si Dieu n’aimait pas les Noirs ? », je me suis intéressé à la religion, particulièrement aux rapports que le Vatican a avec le monde Noir. Je me suis aperçu qu’il existe malheureusement au Vatican un racisme intolérable à l’égard des prêtres, des évêques et des cardinaux Noirs. Notamment Africains. Je suis donc allé à leur rencontre pour leur donner la parole. J’ai également rencontré des religieuses africaines qui m’ont avoué toutes les discriminations et souffrances tant physiques que sexuelles qu’elles vivent au quotidien au Vatican… C’est une occasion d’aborder une question dont on parle très peu : le racisme de l’Eglise Catholique. Il ne faut pas oublier que l’Eglise Catholique a participé à l’esclavage des Noirs. Ce livre va donc ouvrir un débat qui va mettre l’Eglise Catholique face à ses responsabilités historiques à l’égard des Noirs.

Serge Bilé se présente résolument comme un écrivain à polémique…

Non, je ne suis pas un écrivain à polémique. Je suis un intellectuel qui veut aborder franchement les sujets dont on ne veut pas parler. Il n’y a aucune polémique à dire que des Noirs sont victimes de racisme au Vatican, il n’y a pas non plus de polémique à dire que des Noirs souffrent de toutes sortes de clichés méprisants… Il n’y a pas de polémique à dire que des Noirs ont été déportés dans les camps de concentrations nazis. Il y a juste que des gens refusent qu’on parle. Ils mettent donc une chape de plomb sur des sujets qui nous concernent. Parce qu’ils veulent que l’Histoire soit uniquement la leur… Mon travail n’est donc pas de créer des polémiques, mais de poser des problèmes réels. Et là, à propos du Vatican, je trouve parfaitement anormal qu’une institution qui prône la fraternité et le partage entre les êtres soit incapable, de vivre ces valeurs-là en son sein. Il faut dénoncer cette hypocrisie parce qu’elle est tout simplement inacceptable.

Comment se fait-il qu’aucun de vos ouvrages n’ait vendu en Côte d’Ivoire ?

Je suis un peu triste d’écrire des livres qui sont vendus dans le monde entier, qui sont des best-sellers et qui en revanche, ne sont pas distribués dans mon propre pays… Nul n’est prophète chez soi, dit-on. Mais quand on écrit des livres comme « Noirs dans les camps nazis » et « Quand les Noirs avaient des esclaves blancs » qui apportent des faits nouveaux à notre histoire, je pense honnêtement qu’il est important pour des jeunes Africains, notamment étudiant et élèves, de lire ces textes. Mais c’est aux éditeurs et libraires locaux d’en exprimer la volonté.

Parlez-nous un peu de votre première rencontre avec Aimé Césaire ?

J’ai rencontré Césaire pour la première fois en 1994. C’était quand je suis arrivée en Martinique. J’avais remarqué qu’il n’y avait pas de relations entre l’Afrique et les Antilles. C’est ainsi que j’avais créé ce fameux pont culturel avec l’association Akwaba. Je suis allé le voir pour lui annoncer que j’organisais un voyage culturel pour des Antillais en Côte d’Ivoire… Ça été une rencontre très chaleureuse. Il m’avait dit, Serge Bilé, vous êtes Martiniquais comme moi, et moi je suis Ivoirien comme vous. J’avais été beaucoup touché parce que c’était quelqu’un d’extrêmement simple, de très sensible et d’amoureux de la Côte d’Ivoire. Il m’avait même montré le masque que Houphouët lui avait offert quand il était député… Je me suis senti très proche de lui, pendant toutes ces années, jusqu’à sa mort en 2008.

Comment les Martiniquais se le représentaient-ils ?

Césaire était considéré, malheureusement comme quelqu’un de lointain. Il était si brillant et si intelligent qu’on avait fini par le mettre un peu à part. S’il avait été en Afrique, je pense que tout le monde aurait eu recours à lui comme un sage. Mais les Antillais l’aimaient quand même. Puisque c’est lui qui a transformé leur vie… La départementalisation qu’il a mise en place a permis l’égalité des droits avec les anciens colons. A sa mort, on a vu à quel point la ferveur était extrêmement populaire. Cependant, mon grand regret a été l’absence des africains. Je veux parler des chefs d’Etats. J’ai trouvé vraiment minable, qu’aucun chef d’Etat africain n’ait fait le déplacement. Ça été encore un autre grand rendez-vous que nous avons manqué.

Quelle est votre vision du journalisme en Afrique ?

Ce qui passionnerait, c’est que la liberté de la presse soit totale. Parce qu’il n’y a rien de mieux qu’un esprit indépendant. Bien sûr, indépendance ne signifie pas dire n’importe quoi et n’importe comment… Je parle d’une indépendance qui permet des critiques constructives à l’égard de soi-même et de toutes les composantes de la société. Malheureusement, c’est difficile en Côte d’Ivoire parce que les journalistes sont sous payés et maltraités. A partir de ce moment-là, naturellement, ils sont susceptibles d’être achetés par tel parti politique ou par tel individu. Mais je pense que ceux qui se rendent coupables de tels actes, font un grand tort à la presse et à leur pays.

Un mot sur la sortie de crise et la prochaine élection présidentielle

Personne d’autre que nous-mêmes n’est responsable de la crise que nous avons vécue. Je trouve affligeant que des gens essaient de retrouver une responsabilité extérieure… oui, il peut toujours y avoir une implication de la France, du Burkina, etc. Mais les premiers responsables, ce sont les Ivoiriens eux-mêmes. Ce sont eux qui ont créé les conditions de la situation dans laquelle nous nous sommes retrouvés. C’est donc par nous-mêmes que nous devons en sortir, sans attendre constamment des accords de paix qui soient signés à Marcoussis à Bagdad ou au Burkina… Et puis, je ne crois pas à la classe politique actuelle. Parce que je pense qu’elle est plus responsable que tous les autres Ivoiriens. Mais qu’en plus, ces leaders politiques ont trop de haine entre eux. Je ne vois donc pas comment ils pourraient s’entendre pour reconstruire ce pays ensemble. C’est pourquoi, je plaide vraiment pour l’émergence d’hommes nouveaux. Nous avons dans ce pays des gens de talent, brillants, honnêtes et susceptibles de mettre leurs intérêts personnels en dessous de celui de la Nation. Que ces gens-là sortent de l’ombre pour prendre en main ce pays de sorte qu’il puisse véritablement décoller dans la paix.


Réalisée par Serge Grah

IL ETAIT UNE FOIS JEAN-MARIE ADIAFFI (4)

Publié le 14/11/2008 à 12:00 par sergegrah
IL ETAIT UNE FOIS JEAN-MARIE ADIAFFI (4)
LES FIGURES DE LA REVOLUTION DANS SILENCE, ON DEVELOPPE DE J.M.ADIAFFI


Texte buissonneux, truffé de maquis littéraires et de labyrinthes de sens-valises, Silence, on développe est un carrefour où la révolution fête ses noces avec Dionysos, le dieu de toutes les transes et du sacrifice sanglant...

Silence, on développe est un livre difficile parce que inclassable, comme tout ce qui est irréductible... N'étant d'aucun genre ou de tous les genres, Adiaffi l'a subsumé sous la catégorie du « n'zassa », c'est-à-dire, fragments en asyndète sans clé de voûte et sans dénomination commun dominateur qui éclatent en une écriture subversive choisissant l'école buissonnière comme moyen de convocation des genres en buisson où ceux-ci communiquent grâce à la transformation de leurs limites en parcours sans passage en douane.

Nous voici sur la piste de la libération : « Assanou Atin ». Elle passe par la conquête première du verbe, de la parole et de la langue s'arrachant au «silence des siècles de Bastille». (Galerie infernale, p. 31) pour devenir « parole scarabée », p. 70 c'est-à-dire parole de renaissance à la liberté.

Silence, on développe brise ainsi d'abord le carcan carcéral qui entrave la langue afin qu'elle recouvre sa transe et sa danse volubile qui engage le désordre langagier (le « Momoné » verbal), comme instrument alchimique de la régénération de l'ordre du discours et de l'ordre des choses. Ce qui fait signe de la fécondité de la transgression, de la révolte et de la révolution, une révolution qui, parce que sans exclusive, fait droit à l'univers taboue de la spiritualité animiste, de l'ésotérisme et des mythes, aux côtés de la rationalité instrumentale moderne, en en réactivant l'efficacité légendaire dans une sorte de subversion -des limites du surnaturel et du naturel.

Cet enchevêtrement complexe du réel et du surréel, du mythique et de l'historique, du quotidien et de l'occulte fait de Silence, on développe, un lieu fictionnel hérissé d'histoire pour produire perturbation, brouillage et perplexité dans la problématique de l'identité et de l'identification qui se cristallise en nœud gordien dans le symbolisme énigmatique de la gémellité : « N'DA, N'DA, ce n'était plus une ressemblance, c'était une parfaite identification » (S.D., p. 72).

Ainsi l'identité est un réel voué au tragique destin d'être trahi par ses propres signes. C'est ce drame qui se joue des figures de la révolution dont Silence, on développe nous étend la brochette qui nous entraîne dans un voyage du « silence, on développe » (p. 193) au « silence, ...on libère » (p. 531), deux figures gémellaires de la Révolution, deux formes de la répétition du même, réduplication identitaire de la domination. La piste de libération est semée d'embûches !
Sommes-nous ici en présence d'un "défaitisme de la raison" (Adorno, Dialectique négative, p. 11) qui fait croire que l'humanité n'a que le choix entre l'illusion libératrice et l'implacable vérité de l'oppression et de la dictature ?

Pour contribuer à la réflexion qu'initié Adiaffi dans Silence, on développe, nous avons choisi de nous interroger sur les figures de la Révolution dont il nous livre l'archétype poétique et romancé pour comprendre pourquoi le règne de la liberté a tant de mal à venir au jour.

Nous examinerons en I, la dialectique de l'histoire et le mode de sa construction dans Silence, on développe ; en II. - Le statut de l'individu dans sa relation à l'histoire ; en III. - Le rapport de la révolution au pouvoir comme instituant du social.

I - LA DIALECTIQUE DE L'HISTOIRE ET SA CONSTRUCTION PAR LA VIOLENCE

« L'œuvre de paix, de justice et de liberté est plus difficile que l'œuvre de guerre». Paroles du guérillero Amambouo à un jeune élève, Ehiman qui lui disait son regret de n'avoir pas pris part au combat pour libérer son pays (p. 33).

Ici le mouvement de l'histoire se développe successivement de l'action militaire vers une action politique. Chacune de ces actions correspond à une tâche historique à accomplir comme une obligation par chaque génération car elle constitue son destin historique qui la confronte à l'alternative de lui obéir ou de lui désobéir. Mais désobéir au « contrat avec l'histoire » (p. 33) n'est que lâcheté. Il faut être héroïque, c'est pourquoi dit Amambouo : «nous avons accepté hier ce contrat avec l'histoire» et nous avons vaincu.

Nous voici en présence d'une liberté conquise au terme d'une histoire construite par la violence. Mais liberté et violence sont un couple antinomique qui entraîne, dans la demeure piégée d' « Ananzé, prince des ruses libératrices » (p. 75), la république d'Assiéliédougou dans le nom duquel « geint déjà, dit Adiaffi, le sens jumeau, gémit l'histoire, le peuple jumeau » (p. 75).

La gémellité est ici symbole de la dualité de tout être ou du dualisme des tendances diurnes et nocturnes, fastes et néfastes des êtres, des choses, de l'histoire et de l'homme, le symbole des oppositions qui minent l'histoire et l'homme et qui l'engagent au combat pour les surmonter. La gémellité revêt une signification sacrificielle, celle de la nécessité d'une abnégation, d'une destruction, ou d'une soumission, bref, la nécessité de l'abandon d'une partie de soi-même en vue du triomphe de l'autre. Toutefois, on doit savoir que la règle ou la loi de résolution des oppositions gémellaires ouvre l'histoire à une double perspective : involutive ou évolutive. La solution de la contradiction produit une histoire évolutive et progressive lorsque ce sont les aspects diurnes de la gémellité qui triomphent tandis qu'elle devient régressive et involutive lorsque les aspects nocturnes s'assurent la suprématie sur les tendances progressives.
On voit donc que la gémellité joue le même rôle que le carrefour tout en symbolisant, dans son moment non résolu, l'état d'ambivalence du réel et de l'univers historique. Amambouo dont le nom signifie contradictoirement : « construction de l'histoire ou gestion de la cité dans la justice, la liberté, la paix et l'égalité pour tous » (p. 33) commet donc l'erreur d'occulter l'état d'ambivalence de l'histoire en distinguant « l'œuvre de paix » de « l'œuvre de guerre » comme des moments séparés, autonomes et successifs de l'histoire. « A nous d'hier, l'œuvre de guerre, à vous d'aujourd'hui et de demain l'œuvre de paix ! » (p. 33). Or, l'œuvre de paix et l'œuvre de guerre sont comme les branches d'un même et unique moment de l'histoire, choisir l'une c'est renoncer à l'autre, sacrifier l'autre. Chaque moment historique est un carrefour où se croisent et se combattent l'œuvre de paix et l'œuvre de guerre. Et parce qu'il nous faut choisir, le carrefour est un lieu de méditation et d'espérance qui offre une nouvelle chance, la chance de choisir la bonne voie. Seulement les choix sont irréversibles. Car, une fois le choix effectué, les problèmes de choix sont résolus.

Mais le sacrifice, est une forme abstraite de la résolution des contradictions, car le sacrifié, le nié reste, dans la corrélation des contraires, un élément négatif qui contamine le positif et provoque, à terme, son involution. En effet, le sacrifice est une forme déguisée de la violence, forme de la pseudo-résolution de la violence dans l'ordre culturel. Les hommes, parce qu'ils sont incapables de regarder la violence en face ont toujours cherché à l'éluder dans et par les formes de sa résolution rituelle, faisant ainsi de la civilisation et de la culture, l'histoire de l'introversion de la violence dont la forme socialisée et ritualisée est le principe du sacrifice qui fonde les mécanismes de la victime émissaire. Sous ce rapport, on peut dire que l'histoire de l'humanité a été jusqu'ici l'histoire des tentatives humaines pour tromper la violence en en faisant le médium des ruses de la raison instrumentale dans l'histoire.

Faire violence au violent, c'est se laisser contaminer par sa violence. C'est pourquoi Adorno fait remarquer que notre rapport technique et pratique à la nature, aux objets et aux choses qui s'étaye sur leur silence, transmet sa violence à toutes nos actions et mine toute notre praxis sociale et historique. La révolution sociale qui instrumentalise la violence la perpétue, car on ne peut pas semer la violence et espérer récolter la paix, la liberté. Pour mettre fin à la violence, on ne peut que s'illusionner en recourant à la violence. On comprend donc pourquoi, les sociétés dites primitives choisissent le moyen symbolique consistant à jeter l'anathème sur le coupable pour briser temporairement le cercle vicieux de la vengeance. Cela veut dire qu'il faut briser la symétrie des représailles si l'on veut mettre un terme à la répétition de l'identique par le recours au différent afin d'éviter de se laisser contaminer par la violence en faisant violence au violent.

C'est ainsi qu'à la violence coloniale succède la violence postcoloniale des indépendances aliénées qui elle-même se reproduit comme une hydre dans le terrorisme pervers du totalitarisme des « Silence, on libère ».

En effet, il n'y a pas terrorisme plus totalitaire que la maxime selon laquelle « il n'y a pas de liberté pour les ennemis de la liberté », (cf. p. 515-516).

La même figure de l'histoire, celle de la domination, se répète inexorablement à travers des changements historiques qui n'apportent rien de nouveau. Ainsi aux « Pères de la Nation » (p. 514-518) des indépendances succèdent les « paludiers du peuple libre » (p. 516). On oublie que le sel est, comme tout symbole, ambivalent : il est à la fois conservateur des aliments et destructeur par corrosion, symbole de l'amitié indestructible comme de l'amertume de la stérilité irréversible. Une terre salée est une terre infertile, c'est pourquoi les Romains répandaient du sel sur la terre des villes qu'ils avaient rasées pour rendre le sol à jamais stérile. Le Père de la Nation tout comme le paludier du peuple libre peut être aussi bien le « sel de la terre » comme le porte-parole du Christ, qui en est la force, la saveur et le protecteur contre la corruption, la souillure et la perversion mais aussi, il peut, par contre, être source de stérilité, de misère et d'aliénation. C'est pourquoi le verdict de la condamnation à mort définitive des Pères fondateurs, des Guides éclairés, charismatiques (p. 514) au nom de la loi selon laquelle « la liberté est majeure, elle n'a pas besoin de père » (p.519) se résoud contradictoirement en l'institution plus profonde et plus radicale de la figure du Père sous celle de « l'aïeul futur de la liberté et de la justice des peuples », « l'ancêtre de l'avenir », (p. 515) « le devin du passé et du présent » (p. 515).

Comme on le voit, l'exigence, pour la révolution, d'une vigilance permanente n'est pas une garantie contre la menace du retour à la violence mais plutôt l'expression d'une peur et d'une angoisse non maîtrisées qui associent le désir de liberté au réflexe d'hostilité pragmatique dans nos rapports avec les autres et l'autre. Le révolutionnaire vigilent, dans sa hantise de « dépister, d'évincer, de démasquer les traîtres, les opportunistes sans foi ni conviction politique sincère, réelle ; les démocrates et les révolutionnaires de la dernière heure, les déviationnistes corruptibles » (p. 519-520), « les faussaires et les masques de démocratie, de justice et de liberté », ne vaut pas mieux que le dictateur, le tyran qui « complote des complots" (p. 205) et transforme l'ordre social en « chèvrerie » (p. 208) où «l'homme est un animal, un mouton abruti, stérilisé qui bêle à tort et à travers...» (p. 208).

Les militants révolutionnaires habitués à chercher partout des ennemis de classe peuvent continuer à les pourchasser alors même qu'il n'en existe pour ainsi dire plus. Il devient plus facile de les manipuler de manière à susciter chez eux une réaction démesurée contre une simple divergence ou dissidence présentée comme une forme cachée d'hostilité de classe. Cette tendance des révolutionnaires à la scotomisation du conflit pour présenter et préserver un semblant d'unité se traduit par des explosions périodiques de violentes dénonciations avec l'objectif présumé d'écraser des prétendues conspirations d'origine extérieure. Plus les contradictions internes sont violentes dans une société post¬révolutionnaire plus la lutte surfaite contre l'ennemi de classe est violente et plus l'intensification de la répression interne est proportionnelle aux poussées d'agressivité contre les «ennemis étrangers»... La technique d'invention d'ennemis nouveaux permet une mobilisation plus grande des masses afin de restaurer l'ordre et de préserver le nouvel Establishment politique né des "foyers de guérilla", le fameux « foco » de Che Guevara, et de la théorie de la "Révolution dans la révolution" de Régis Debray, le chevalier errant de la révolution et de l'internationalisme révolutionnaire dont N'DA Sounan se veut un modèle emblématique :
« Ehua et moi, nous allons cultiver nos forêts de signes et l'Afrique profonde des peuples encore en lutte pour leur liberté et la justice en compagnie de Faondi pour son éducation. Quel africain digne se sent libre tant que... (p. 514).
Cette nouvelle perspective internationaliste de la révolution confirme N'DA Sounan dans son statut d'apôtre de la liberté par l'insurrection forcée conformément à la vision guévariste. Mais une telle vision volontariste s'inscrit dans l'illusion qu'existé un prototype aux révolutions qui serait un modèle prêt à être copié ou à être appliquée d'une manière mécanique... D'ailleurs le destin dramatique du Che a montré la précarité de son essai tragique dans les Andes boliviennes où il a voulu exporter ou transposer la révolution cubaine.

L'irréductibilité du réel de chaque pays est ce retour de manivelle qui rappelle l'idéalisme rationaliste à la raison.

En conclusion partielle, disons que les changements historiques récents intervenus dans le bloc de l'Est donne un goût de rassis à la problématique révolutionnaire dans Silence, on développe. Cependant, ce qui reste encore actuel, c'est le problème du rapport de l'individu avec l'histoire. Ce qui nous fait aborder notre point.

II - LE STATUT DE L'INDIVIDU ET SA RELATION A L'HISTOIRE

Le caractère exceptionnelle de la naissance des personnages principaux du roman d'Adiaffi donne à réfléchir et pose le problème du rapport de l'histoire et de l'individu tout en rendant problématique voire idéologique la représentation que N'DA Sounan tente de donner de lui-même en disant : « II ne faut pas que le peuple croie que N'DA Sounan est déjà devenu un Dieu. Alors que N'DA Sounan se considère tout simplement comme les autres enfants d'Assiéliédougou, de n'importe quel village »... (p. 489) « je ne suis qu'un homme, un homme simple, un homme du peuple qui cherche à s'accomplir, un homme qui rêve à l'homme libre, à sa cité libérée » (p. 514).

Or « Radio-marécages » ne l'entend pas de cette oreille. « Dans les maquis, les hérauts du peuple soutiennent volontiers que c'est l'annonce du retour de N'DA Sounan qui a précipité N'DA Fangan dans le trou, dans le gouffre et qui accélère sa décomposition... » (p. 467).

Le problème que tente d'éluder le discours démagogique de N'DA Sounan, c'est celui de la nécessité d'une figure emblématique pour le peuple. D'où vient pour l'auteur la nécessité de conférer une naissance quasi-miraculeuse et merveilleuse à ses héros ?

La tradition historique et philosophique classique nous enseigne que dès lors qu'il entre en contact avec l'histoire, l'individu devient soit un grand individu créateur de l'histoire soit un simple individu écrasé par l'histoire. Aussi l'histoire apparaît-elle sous un aspect différent selon qu'il s'agisse de l'individu historique ou du simple être humain. Cela signifie-t-il qu'il y a deux sortes d'histoire, l'une pour l'individu historique, l'autre pour le simple être humain? L'individu n'est-il authentique que dans la mesure où il crée l'histoire ? et celle-ci n'est-elle authentique que dans la mesure où elle apparaît en tant que résultat de l'activité des individus historiques ? Par contre, faut-il voir dans l'histoire un processus sur lequel tout le monde, le grand individu comme le simple individu, a prise et qui permet à chacun de faire valoir ses aptitudes ?
Le rapport de l'histoire et de l'individu s'expriment dans des conceptions contradictoires. Certains affirment que les grands individus créent l'histoire, d'autres que l'histoire prend forme à partir des forces supra-individuelles.

Les forces supra-individuelles sont pour Hegel, « l'esprit universel », pour les populistes « les masses », pour les marxistes vulgaires « les forces productives ».

A première vue, ces deux positions semblent s'exclure mais en réalité, elles s'accordent pour dire que la création de l'histoire est un privilège qui n'est donné qu'à certains agents élus : soit aux grands individus soit aux « abstractions hypostasiées ».

Selon l'une, pour que l'homme puisse intervenir dans l'histoire, il doit se distinguer non seulement des simples individus, mais aussi de ceux qui visent le même but, c'est-à-dire, de ceux qui veulent faire l'histoire, et sa grandeur historique sera fonction du degré de différenciation qu'il aura atteint. Ceci est le cas des N'DA. Dans cette perspective du grand individu, les hommes se divisent en deux catégories : la première comprend la majorité des hommes et constitue la matière de l'activité historique, l'objet de l'histoire. La deuxième comprend des individus qui aspirent à un rôle historique, chacun d'entre eux devenant pour cette raison l'ennemi potentiel de l'autre. Les individus historiques forment un monde dans lequel chacun, dans tous les domaines, s'oppose à quiconque lui barre la route ou serait susceptible de le faire (p. 75-76).

Comment devient-on un individu historique ? L'individu ne devient historique que dans la mesure où son activité particulière a un caractère général, c'est-à-dire, dans la mesure où des conséquences générales découlent de son action. Le grand individu peut nier par la parole cette généralité, ce qui ne l'empêche pas d'exister ni de dépendre d'elle, ni de la reconnaître et devenir son représentant conscient. A partir de cet instant, l'individu historique présente son activité particulière comme une manipulation directe de l'universel : c'est l'histoire elle-même qui se réalise dans ses actes, c'est l'être lui-même qui s'exprime par ses paroles. Le grand individu qui intervient au départ en tant que créateur de l'histoire se change maintenant en instrument de l'histoire.

Cette inversion constitue le point de départ de la position opposée pour laquelle l'individu devient un agent historique s'il exprime correctement par son action les tendances ou les lois des formations ou des forces supra-individuelles. L'histoire est une puissance transcendantale : le grand individu peut accélérer son processus ou lui adjoindre une coloration historique particulière mais il ne peut toutefois supprimer cette force, ni la modifier dans son essence. Ici, en définitive, le grand homme est un automate historique, réalisateur des lois supra-individuelles, un « zombi » en quelque sorte et c'est bien ce qu'expliqué la nature miraculeuse et merveilleuse des conditions exceptionnelles de la naissance des N'DA, dans Silence, on développe (p. 71-72).

Cette idée débouche sur celle selon laquelle ces fonctions d'automates historiques peuvent être accomplies plus sûrement et plus efficacement par des institutions (p. 519 et 521) qui, en tant que des dispositifs mécaniques, ne demandent pour les faire fonctionner que des individus de valeur moyenne.

On voit que curieusement la logique de cette théorie des grands individus aboutit à l'apologie des individus médiocres. C'est de cette logique d'inversion que procède la formation du «Comité Révolutionnaire de Démocratie Populaire et de Salut National» (p. 519) (cf. les trois dernières lignes de la p. 519 à 521) et les « tribunaux populaires » in Silence, on développe.

Ici la grandeur présumée du peuple et des individus ne provient pas de leur personnalité mais repose sur le pouvoir dont, par le concours circonstanciel de l'insurrection, ils disposent et grâce auquel ils font l'histoire. Mais dans le contexte du « comité révolutionnaire », un individu qui dispose d'un maximum de pouvoir peut n'avoir en même temps qu'un minimum d'individualité.

La tendance populiste est, comme on le voit, une tendance à la dégradation de l'humain au niveau de l'anecdotique. Elle regarde le grand individu avec les yeux de son valet de chambre. En effet, le valet de chambre du héros est celui qui rend publique ses faiblesses humaines et apprend à la société que son héros reste humain même dans ses fonctions historiques responsables et épuisantes. Toutefois, ce que le regard du valet de chambre transmet et que l'opinion publique (Radio-marécages), dénuée de sens critique, accepte comme le visage humain d'un grand individu est, en réalité, une dégradation de l'humain au niveau de l'anecdotique, et du secondaire : l'humain apparaît sous la forme de détails biographiques secondaires ou en tant que faisant uniquement partie de la «petite histoire» qui est comédie et n'a aucune importance historique.

Ravaler la dimension humaine du héros à ce qu'il apparaît du point de vue du valet de chambre, c'est se mettre en posture de ravaler l'humanité au statut du valet de chambre en faisant de celui-ci le paradigme de l'humain dans le projet révolutionnaire. La liberté court le risque de se retourner en son contraire en s'identifiant au règne du nivèlement des statuts par le bas. Car la liberté et la justice ne gardent sens qu'éloignées de l'égalitarisme. L'égalitarisme, en effet, relève d'une obscure volonté de revanche et sert de parure à la vengeance et au ressentiment. L'égalité garde au contraire sens de justice qu'en tant que respect de la liberté réelle qui signifie pour les hommes la possibilité d'exister non pas comme des objets en série mais comme des individus jouissant du droit d'être eux-mêmes et d'être reconnus comme spécifiques et irréductibles dans leur différence.

Et l'œuvre première de la justice est, au-delà de son caractère distributif et restitutif, la reconnaissance de l'identique liberté de chacun. Enfin seule la reconnaissance de tous par un Pouvoir qui le traduit en droits garantis institue une liberté effective en rendant justice à chacun. La liberté est le contraire de la dictature mais il n'y a pas pire dictature que celle qui se donne pour le règne de la liberté.

C'est pourquoi nous devons garder mémoire de ce que combattre la tyrannie, ce n'est pas soupçonner l'idéal de paix de complicité et de solidarité avec la tyrannie ni vouloir abolir toute forme de pouvoir politique, car ce serait mépriser la liberté pour installer la violence et assurer son règne. Combattre la tyrannie, c'est mettre la force au service de la justice en faisant de la justice le moyen de la liberté. Se trouve ainsi posée la question du rapport de la révolution au Pouvoir.

III - LA REVOLUTION ET SON RAPPORT AU POUVOIR

Le drame de la révolution populaire c'est de vouloir organiser la prise du pouvoir et de s'en assurer le contrôle rationnel pour l'exercer comme dictature de classe.

Dans ce contexte, il n'y a rien d'étonnant que la révolution ne fasse qu'inverser les pôles de la domination sans rien changer à la structure de la domination qu'elle ne fait que radicaliser en définitive.

La révolution populaire en tant que prise du pouvoir par le peuple est une mystification qui radicalise la domination dans la mesure où le peuple, c'est d'abord le pouvoir comme hors-lieu de l'Etat dialectisant l'Etat comme lieu du pouvoir du peuple. Le peuple ne peut jamais faire état et pouvoir d'Etat car le pouvoir politique d'Etat est ce à quoi donne consistance la force des foules ou des masses ou du peuple, après avoir disparu dans son acte et que, revenue à sa placidité substantielle, ces mêmes foules, ces mêmes masses, ce même peuple contemple comme l'emblème de sa force évanouie. Le pouvoir d'Etat est l'effet rétroactif de la force évanouie des peuples.

La révolution se fourvoie à ne pas poser la question du pouvoir de façon objective. Elle se fourvoie dans le totalitarisme parce qu'elle considère le politique, le pouvoir politique, comme un effet dérivé de la division sociale du travail et du développement de celle-ci dans l'oubli de cette vérité élémentaire selon laquelle c'est au travers des formes d'organisation du pouvoir qui la régissent qu'une société dévoile sa manière de communiquer avec le fait qu'il y ait société.

Le totalitarisme a pour ressort la négation du conflit et la méconnaissance de l'irréductibilité de celui-ci. C'est pourquoi, le totalitarisme poursuit le mythe d'une société sans classe, sans division, sans déchirure et se donne pour fin de réconcilier les classes, de surmonter le conflit qu'il comprend comme le produit de la dégradation et de la corruption depuis les premiers temps qui caractériseraient l'histoire. Ce projet du totalitarisme révolutionnaire, c'est le retour à une innocence originelle de la vie sociale par la reconstitution de la totalité indivise grâce à la prise du pouvoir par le Prolétariat.
En réalité, la division, le conflit est originaire du social et ne spécifie nullement, en tant que telle, un mode de production. Il n'y a pas de société spontanément et nativement une et indivise.

En fait, l'unité politique d'une société est un idéal en asymptote de sa situation historique réelle.

L'originalité des sociétés dites primitives, c'est que pour préserver l'homme contre l'aliénation à l'homme, elles ont choisi de déposséder l'homme du pouvoir pour en faire l'apanage des dieux.

Les révolutionnaires par contre ont choisi de déposséder la classe dominante du pouvoir au profit des dominés, recréant par là l'injustice qu'ils ont combattue.

En réalité, la démocratie est à prendre à l'index du dispositif à l'œuvre dans les sociétés dites primitives pour gérer le pouvoir politique de sorte qu'il ne s'exerce pas comme pouvoir de domination et d'oppression, d'aliénation de l'homme par et à l'homme.

Il s'agit pour la démocratie comme mode de gestion du pouvoir de poser que :

1°) la division du corps social et le conflit sont irréductibles

2°) la nécessité de la reconnaissance de cette irréductibilité du conflit et de la division sociale est son geste inaugural.

3°) le lieu du pouvoir est par essence inoccupable et c'est pourquoi nul souverain n'est assuré d'être installé avec la solidité du fait au lieu du pouvoir.

4°) la nécessité de la transformation du conflit réel en conflit symbolique par l'institution du suffrage universel comme lieu symbolique de la mise en jeu de l'inoccupabilité de la position de pouvoir, mise en jeu qui correspond à une mise à l'écart de la position de la souveraineté absolue pour en marquer l'altérité et pour dire en même temps que le lieu de la loi sous l'emblème de laquelle se définit la position symbolique du pouvoir est un lieu d'absence génératrice de sens.

5°) Représentant de la loi, de l'Universel, le pouvoir se soutient dans l'écart d'avec le représenté. Il ne peut s'identifier à lui sans se donner le visage de l'arbitraire. Représentant de l'universel, le pouvoir le dégrade aussitôt, s'il s'en fait le propriétaire exclusif.

En définitive, pour qui exerce le pouvoir ou l'autorité politique, il y a toujours nécessité de s'assurer, à chaque moment, de sa posture, de devoir, sans cesse, la réinstaurer sans qu'il soit jamais possible d'y complètement parvenir à tel point que le risque de sa propre perte surgisse tout à l'opposé de la conviction fausse d'avoir trouvé une assise définitive. Voici la leçon de Silence, on développe, leçon que cristallise l'Ahoto, le sceptre du pouvoir akan qui est là pour rappeler l'identité gémellaire de la nature du pouvoir, de tout pouvoir politique.

N'DA Sounan est N'DA Fangan en tant qu'unité hermaphrodite qui copule avec elle-même pour se reproduire dans la différence d'avec lui-même.


Pr Niamké KOFFI

IL ETAIT UNE FOIS JEAN-MARIE ADIAFFI (3)

Publié le 14/11/2008 à 12:00 par sergegrah
IL ETAIT UNE FOIS JEAN-MARIE ADIAFFI (3)
Jean-Marie Adiaffi, l'insulteur public

Au cours du forum consacré à l'œuvre de Kourouma en marge du festival de théâtre scolaire à Yamoussoukro, Jean-Marie Adiaffi voulut faire la démonstration de la distance entre la réalité et la fiction. Les jeunes élèves accoutumés à ses constantes diatribes contre le pouvoir y virent ce que Sartre appelait une trahison de clerc.

Comment Adiaffi l'iconoclaste pouvait-il soutenir que la littérature n'avait nullement pour objet de médire de ceux qui exercent le pouvoir ? Dans l'attitude que ces jeunes gens partagent avec bien des adultes, on pouvait percevoir aisément la difficulté de comprendre que la littérature est d'abord fiction, c'est-à-dire fruit de l'imagination de l'écrivain; que les rapports entretenus par l'œuvre littéraire avec la réalité n'en font pas une reproduction plus ou moins fidèle d'une réalité pré-existante dont le langage serait l'instrument plus ou moins docile.

En fait, la littérature est à la réalité ce que la réaction émotive est au stimulus qui l'a suscitée. De ce rapport provient le malentendu de la doctrine du réalisme socialiste, lequel entendait rendre compte objectivement de la réalité sociale. Or un obstacle infranchissable s'oppose à une telle finalité : il s'agit de l'incompatibilité souvent constatée entre l'activité politique et la littérature. Les exemples sont nombreux d'auteurs devenus moins prolixes dès lors qu'ils sont entrés dans l'arène politique, en d'autres termes, quand ils se sont trouvés pleinement impliqués dans la gestion quotidienne.

Bernard DADIE, pour ne citer que cet exemple illustre, a vu taries ses sources d'inspiration entre 1977 et 1986, période de son passage au Gouvernement, comme si l'écriture avait pour objet chez lui de faire vivre par procuration à ses personnages les aspirations de son sur-moi. La création littéraire suppose, en effet, une certaine distance entre son objet et le discours qui le porte. Car le poète n'est pas un chroniqueur, mais un visionnaire qui échappe aux contingences de l'immédiat, de l'ici et maintenant pour montrer la voie du futur aux simples mortels. C'est dans l'avenir que se situe son domaine.

Or il se trouve que certains poètes - est-ce par désir de se conformer à un dogme rassurant ? Est-ce par nécessité irrépressible ? - se jettent tête première dans la mêlée et font entendre une voie partisane. Ce faisant, ils courent le risque d'aller au-devant de cruelles déconvenues. En effet, les événements réels se déroulent à une vitesse telle qu'ils sont plus difficiles à appréhender que les faits passés, lesquels sont malléables à merci, ou même que les phénomènes futurs, lesquels laissent le champ libre à des hypothèses que nul ne peut dans l'immédiat contester. Face au futur, le clair-obscur et le discours symbolique peuvent avoir une certaine force, à l'instar de l'art divinatoire qui n'a pas besoin d'exprimer explicitement ses vérités pour produire de l'effet. Les devins le feraient-ils, ils seraient bien vite contredits par les faits sociaux dont la cohérence n'est pas d'ordre logique. Face à l'imprévisibilité des réactions et des mutations sociales, le poète n'a nullement intérêt à parler à temps et à contretemps comme l’évangéliste, sauf à vouloir se déconsidérer dès que passera la mode qui lui assure un auditoire.

On a beaucoup entendu ces temps-ci des poètes de grand talent reprocher à leurs confrères de garder le silence face aux nouveaux enjeux politiques. Comme ils sont imprudents! Que ces censeurs essaient eux-mêmes de rompre la distance entre leur art et le présent ! Ils entameront bien vite le crédit qui leur vaut des adeptes attentifs à leurs déclarations.

Face à ce péril que reste-t-il au poète ? se contenter de ses poèmes ? réécrire le corbillard de la liberté ?

Le poète ne vit pas hors de la société. Par conséquent on ne peut prétendre lui imposer de s'en tenir éloigné par nécessité poétique. Toutefois, si l'espace poétique et l'espace de la société se reflètent par effet de miroir, on enlaidit l'œuvre littéraire quand on l'assujettit à la réalité. La poésie étant parole débridée, c'est en dehors d'elle que trouve à s'exprimer l'opinion du poète sur les phénomènes et les événements du présent. Quelques-uns d'entre eux occupent abondamment l'espace extra-littéraire et parlent à propos de tout. Tel est le cas d'Adiaffi qui lâchant la bride à sa parole, en poésie comme dans les situations de communication courante, émet des avis jugés intempestifs quand ils ne rencontrent pas les convictions de celui qui les entend. C'est ainsi que pour le pouvoir il apparaît comme un opposant irréductible et pour les opposants un sous-marin du pouvoir. Cette impression contrastée est accentuée par le discours de l'homme qui, bien souvent, use d'une rhétorique déroutante, affirmant sans ambages dans le même lieu de son discours à la fois une chose et son contraire.

Quand on ne l'accuse pas d'être acquis à l'adversaire, on le soupçonne tout simplement d'être fou. Car, s'il est admis qu'en poésie on puisse utiliser dans le même lieu du discours des catégories opposées, on ne saurait tolérer qu'un discours civil prenne cette liberté avec la logique.

Adiaffi, nul ne le conteste est un auteur de génie, peut-être même le plus grand qu'ait produit notre pays depuis Dadié. D'où vient alors que le lecteur éprouve des inquiétudes après l'avoir entendu parler, jusqu'à se demander s'il est bien l'auteur dont les œuvres ont suscité son émotion ?

La réponse pourrait se trouver dans Une saison au Congo d'Aimé Césaire, une pièce de théâtre où deux personnages rappellent tous deux l'image de Jean-Marie Adiaffi : ce sont le joueur de sanza, une sorte de poète illuminé, et le fou, un homme qui a perdu la raison mais apparaît dans la pièce comme un diseur de vérité.

Mais laissons parler les personnages de Césaire :

Un flic - Ce n'est que le joueur de sanza. Pas dangereux. Mais emmerdant, ça oui ! partout présent ! Une vraie mouche, et toujours à bourdonner.

Et plus loin ce dialogue :

MOKUTU- Quel est ce personnage?
MAMA MAKOSI - Un fou! Rien à faire depuis deux jours pour le mettre à la porte. Quand on lui demande sa profession, il répond : « l’insulteur de la nation. »
MOKUTU - Insulteur de la nation ?
LUMUMBA- Ça existe dans certaines tribus. Leur rôle : engueuler les chefs. Pour pas qu'ils se prennent trop au sérieux, ça peut être utile. (Acte II, sc.1)

Doit-on dire pour autant qu'Adiaffi est un poète fou, c'est-à-dire qu'il est emmerdant, bourdonnant mais utile ?

Adjaffi, à la différence de maints auteurs ivoiriens, sait que le discours littéraire n'est pas le lieu où se vérifie l'engagement politique, il sait qu'on a vu de parfaits gredins écrire de la bonne morale. Ne déclarait-il pas au magazine Bingo en juillet 1982 : « le couronnement de mes deux œuvres est celui des thèses que je défends. Celles de la littérature engagée... ? » s'empressant d'ajouter comme s'il craignait un quiproquo : « Il ne faut pas confondre engagement politique et littérature engagée. La littérature engagée n'est pas un discours politique, mais la création de formes littéraires éveilleuses de conscience. »

En de rares occasions cependant, il s'est laissé tenter par des textes crus. Mais bien vite, il s'est aperçu que ce n'était pas de la bonne marchandise et par une courageuse alchimie, il a transformé en or les paroles de plomb qu'il avait introduites imprudemment dans son dernier roman Silence on développe. Puisque ni le roman, ni la poésie ne peuvent lui permettre de parler sans voile de l'événement présent, il inventera un autre forum où son double pourra à loisir parler de politique à sa manière.

La naissance du multipartisme sera pour lui l'occasion de livrer au public les curieuses réflexions naguère réservées à ses amis. Courant d'un médium à l'autre, il met un zèle surprenant à fustiger le pouvoir. Mais son discours mérite l'attention, moins par son contenu que par la manière. Prenons quelques exemples :
- Je suis le griot de la gauche
- La Côte d'Ivoire une nation sans Etat
- Houphouet nuisible à l'Etat au troisième tiers de sa vie
- Houphouet doit partir
- La télé m'a censuré
- L'agbodan c'est une musique classique comme Beethoven
- Quand j'utilise les mots ivoiriens pour désigner nos réalités africaines, de petits aliénés se permettent de se plaindre. Pourtant un Komian est un komian, un bahifouè est un bahifouè.

Refusant de laisser le moindre espace inoccupé, il s'inscrit même à l'école de logorrhée où se repaissent quelques histrions et crée un néologisme le bossonisme ou la philosophie du féticheur.

Face au pouvoir, Adjaffi est sans pitié, mais sa cruauté est toute verbale. La sanction qu'il inflige à ceux qu'il accuse est une sanction de carnaval, comme ses mots sont des mots de carnaval. Son activité critique serait allée jusqu'à contester le magistère intellectuel de certains caciques si le pouvoir intellectuel n'avait été plus intolérant que le pouvoir politique, si les excommunications prononcées par les tribunaux intellectuels ne surpassaient en méchanceté les punitions réservées aux crimes de lèse-majesté. La peur de l'exclusion lui enseignant la sagesse, il se contente de dire en privé ce qu'il aurait aimé voir écrit. Il aurait aimé écrire par exemple à tel philosophe, tout droit sorti du Pantagruel de François Rabelais, que nos villageois ne comprennent pas le grec et qu'à défaut de pouvoir s'adresser à eux dans leur propre langue, il pourrait leur parler en français.

Adjaffi réinvente une fonction sociale qui autrefois dans nos sociétés permettait de tempérer à l'occasion d'une fête rituelle annuelle, l'absolutisme monarchique. Ce jour-là tout est permis, le pouvoir accepte les remontrances et même les injures ; ce jour-là les forfaitures révélées et attestées peuvent lui coûter son trône. Faute de pouvoir détrôner les chefs par la parole, Jean-Marie Adjafîi se contente de les rappeler à la modestie par ses propos de dérision. Empruntant au personnage de Césaire sa formule, je dirais qu'Adjaffi est un insulteur public, c'est-à-dire qu'il est bourdonnant, emmerdant, mais éminemment utile. N'est-ce pas pour cela que l'année dernière, au plus fort de la crise sociale, quand les enseignants furent conduits au camp militaire d'Akouédo, les soldats refusèrent d'emmener le poète qui voulait se constituer prisonnier? Qui oserait arrêter un insulteur public, on n'arrête pas la parole.

Pr Léonard KODJO

IL ETAIT UNE FOIS JEAN-MARIE ADIAFFI (2)

Publié le 14/11/2008 à 12:00 par sergegrah
IL ETAIT UNE FOIS JEAN-MARIE ADIAFFI (2)
LE BOSSONISME, LA MODEDRNITE, LA RATIONALITE SCIENTIFIQUE AFRICAINE ET
LE SIECLE DES LUMIERES IVOIRIENNES


« Les missionnaires ont faussé l’image de l’animisme, c’est l’une des raisons pour lesquelles nous avons changé le concept d’animisme en bossonisme. En langage fon, génie se dit vaudou et bosson en agni. Nous ne voulons pas revenir à la religion ancestrale et nous y enfermer. C’est la raison pour laquelle nous préparons le premier congrès international du bossonisme..."


Le Comian est le concept nouveau du féticheur

Ma problématique est moins cette religion objet de science, plutôt qu’une nouvelle spiritualité pour un Africain moderne désaliéné. A l’encontre des religions révélées – islam et catholicisme – nous étions en situation coloniale. Nous étions dominés, opprimés. Ces religions nous ont été imposées par les armes.

Le bossonisme, qui est la première forme moderne de l’animisme, date de la première interrogation de l’homme. Mais quand on lit le génie du christianisme ou le génie du paganisme, on devine que ce qui hante l’occident, c’est le paganisme, c’est à dire la foi pré-chrétienne. Mais l’animisme n’est pas païen dans le sens où les Juifs attendaient le messie, puis il est arrivé. Puisqu’on attendait quelqu’un, nous étions dans un schéma païen. Nous nous n’attendons personne. Nous sommes ce que nous fûmes et nous serons ce que nous sommes. Mais tout évolue dans le temps, rien n’est immuable. Entre Parménide, le présocratique (l’être n’est pas, le non-être est) et Héraclite (Tout s’écoule, on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve), entre l’immuabilité identitaire et l’identité en tant qu’évolution, nous sommes au centre. Et c’est là que nous sommes, nous Africains. Nous n’attendons personne.

Je veux intégrer l’animisme. Mais je refuse l’intolérance des religions des relogions révélées qui ne veulent pas accepter cette religion autochtone. Je rejette toute hiérarchisation. Il y a des formes d’intégrisme chez Jésus quand il dit : « Nul n’arivera au Père s’il ne passe pas par moi ». Cette phrase est dangereuse parce qu’elle signifie que ceux qui pratiquent le bossonisme n’iront pas au ciel. Elle impose le christianisme comme religion unique et universelle, ce que je n’accepte pas. Je pense qu’il y a un Dieu unique, chaque culture produisant ses messagers.

Je suis Agni d’origine, mais on m’a forcé à être chrétien. Mais je suis un chrétien transitoire parce que je m’appelle Jean-Marie et que je retourne au bossonisme. Mes parents étaient animistes et ont été christianisés. La christianisation et l’islamisation de l’Afrique est une aventure ambiguë. Il faut savoir si la foi a été choisie librement ou imposée par le réflexe d’un Pavlov religieux. Il y a cette paresse qui consiste à être ce qu’on t’a obligé à être. Moi, je ne confie pas mon destin à la paresse.

J’ai cessé d’être catholique pour être un rebelle, un résistant

Les formes prises par les religions pendant la colonisation ont été l’oppression, c’est la raison pour laquelle je suis opposé à tout ce qui mutile ou appauvrit l’homme. Moi, je veux l’homme comme l’albatros, avec ses ailes déployées dans l’immensité étoilée. Il y a plus qu’une querelle sémantique entre l’animisme et le bossonisme. C’est problème que l’évolution de l’animisme vers le bossonisme. Quand les missionnaires blancs sont arrivés, ils ont vu beaucoup de statuettes. Au lieu de chercher à comprendre, ils ont dit : « Les nègres ne connaissent pas dieu, ils adorent les statuettes ». Or, c’est faux : ces statuettes ne sont pas adorées. Première grande différence entre animisme et bossonisme, ce dernier est monothéiste, tandis que l’animisme était polythéiste.

Dans le bossonisme : en haut, un dieu unique, en dessous, les génies (bossons ou vaudous). Les génies sont représentés par des statuettes qui ne sont que des intermédiaires. Nos statuettes ne sont rien de plus que les statues des églises. Devant une pierre ou un arbre, ce n’est pas la pierre ou l’arbre qui est adoré ou déifié : c’est génie ou bosson qui est présent en tant qu’intermédiaire du dieu unique. Tout ce que l’occident a vu par mépris ou par l’insuffisance des sciences ou encore pour des raisons de partage du monde religieux… Il a cru que nous adorions des objets. Or, le génie ou bosson est une parcelle de la puissance divine.

Y a-t-il une religion qui soit plus productive de prophètes que le judaïsme ? Chaque fois que Yahvé a quelque chose à dire, il envoie un prophète et, quand le message est passé, il le fait disparaître. Dans le bossonisme, dieu a mis en place une fois pour toutes les génies comme gouverneurs de la terre. Dieu est trop haut pour s’occuper du destin des hommes. Pour accéder à ces génies, il y a une école de formation des prêtres – les Comians – dont l’initiation consiste à communiquer avec le monde invisible des bossons. Ils ont le don de guérison et la transe permet d’entrer en communication avec eux, ce qui entraîne un art divinatoire ou la guérison. Mais les Comians perdent la mémoire après la transe. C’est le bosson qui a pris la place de sa conscience.

Le bossonisme est une religion sans hiérarchie. Il a un langage que je suis en train de traduire. Il peut être une religion véritablement panafricaine. Les Dogons du Mali ont conservé leur animisme. Au Sénégal, on tente d’islamiser les Diolas, ce qui entraîne la guerre en Casamance, une guerre religieuse qui ne veut pas dire son nom. Nos religions sont de tradition orale, comme le sont la bible et le coran. Le mépris occidental est dû au fait que l’on a cru qu’il n’y avait pas d’écriture. Or, de tout temps, la pensée a précédé l’écriture. D’ailleurs, les chefs d’œuvres de la littérature sont de tradition orale : l’Odyssée ou la Chanson de Roland. La mondialisation doit-elle être la fusion de toutes les mentalités en un modèle unique et, lequel ? Je suis terriblement français quand la France réclame « l’exception culturelle ».

Dans le projet colonial, il fallait être cultivé, aller à l’école et être chrétien. Houphouët disait : en Côte d’Ivoire, il y a 24% de musulmans, 14% de chrétiens et 100% d’animistes. La coexistence avec les autres religions est pacifique parce que le fond de la conscience ivoirienne et animiste. L’animiste n’est pas gêné par le chrétien.

J’apporte une hiérarchie selon les degrés d’initiation : auparavant, on allait du blanc pour les profanes au rouge pour les initiés. J’ai choisi les couleurs de l’arc-en-ciel pour marquer les degrés d’initiation. Un premier congrès international aurait statut de concile pour redéfinir, réhabiliter, moderniser, adapter et adopter le bossonisme.

Jean-Marie Adiaffi est philosophe

Or, il y a dix ans, aucun intellectuel africain n’aurait osé se proclamer animiste. Le Bénin avait conservé toutes les structures traditionnelles de la religion. C’est une force et une faiblesse parce que ce pays reste trop ancré dans la tradition. Or, nous sommes plus jeunes. Ils ont la sécurité du temps, moi, je suis passé par le laminage chrétien avant de retrouver mes esprits.

La Côte d’Ivoire est l’un des pays les plus occidentalisés de l’Afrique de l’Ouest. Tout ce que nous faisons porte cette marque là. Face à la mondialisation, il ne faut pas enfermer nos enfants dans des structures fossilisées. Mon projet tient en l’invention d’un nouveau monde, d’une nouvelle liberté, d’inventer un nouvel homme qui n’oublie pas le colonialisme ni ce que l’oppression fait d’un homme : un esclave dans ce qu’il peut avoir de bestial. Il perd les grandes choses que sont l’imagination, l’utopie, le rêve. L’Homme n’est pas un système. Peut-on faire son bonheur en supprimant sa liberté ?

Ce que j’apporte à ces femmes – les Comians – c’est la redignification qui leur permet de retrouver confiance en elles. On croit être guéri du colonialisme ou de l’esclavagisme, or on n’en guérit jamais. Le complexe d’infériorité du noir tient au fait qu’il a des doutes, des traumatismes propres à sa race.

Religion et science

Il faut une foi qui fasse vivre et espérer, que j’appellerais une foi laïque. Ensuite, une foi religieuse comportant un double volet : la foi africaine et la foi importée. Chaque religion apporte ses éléments de modernité et ses éléments chroniquement anachroniques. Entre les éléments archaïques que transportent l’Islam et le catholicisme, et l’impérieuse nécessité pour l’Afrique, non seulement d’avoir une foi laïque, mais d’avoir en plus une foi religieuse et spirituelle. L’histoire de la foi en Europe a consisté en une lutte entre les philosophes des Lumières et l’idéologie cléricale. Nous, Africains nous devons prendre ce que ces deux religions ont d’universel, mais pas les signes de leurs archaïsmes.

Nous devons démontrer notre capacité à nous investir comme agents de l’histoire, comme sujets capables de construire une nation, un peuple. C’est là que j’articule les deux. Il nous faut reconstruire un homme. En architecture, on oublie l’homme quand on construit. Reste à savoir s’il faut restaurer cette vieille ruine ou recourir à l’initiation. Il y en a de deux types. L’une consiste à restaurer la vieille maison et l’autre à mourir pour renaître. Nous avons une troisième voie qui consiste à utiliser la mort pour reconstruire dessus. C’est à dire partir de la vie pour reconstruire dessus.

Prenons le problème de la foi, de la science et de l’homme. Qu’il s’agisse de la foi ou de la science, il s’agit de transformer l’homme. Dans l’histoire occidentale, chaque fois qu’une grande invention est apparue – Galilée est là pour le démontrer – destinée à libérer l’homme, le christianisme s’y est opposé. Quiconque voulait lutter pour la science et la rationalité était obligé de lutter contre la foi et surtout contre ses institutions. J’oppose la foi intime à celle qui est institutionnalisée et est donc pervertie. Il faut donc subvertir ce qui est perverti pour retrouver la pureté d’origine.

Je combats la foi obscurantiste. Il faut une foi dans les valeurs laïques, une foi en l’homme, une foi en l’humanisme. Cette double foi permettra de résoudre le problème entre la foi et la science. . La foi a été déviée de ses objectifs humains pour en faire un domaine de domination plus politique que spirituelle. Le cléricalisme était la puissance religieuse au service d’un pouvoir temporel qui ne disait pas son nom.

La science est née chez les Grecs – le logos, dans l’école ionienne – selon lesquels, tout ce qui est naturel a une cause naturelle. Il ne faut donc pas aller chercher le surnaturel. C’est cette façon de penser qui a fait faire un grand pas à la science. Or, nous sommes dans encore dans une phase pré-grecque où nous expliquons nos maux par des causes surnaturelles.

L’explication surnaturelle domine trop la mentalité africaine. C’est l’une des grandes causes de nos malheurs. Si l’on est au chômage, on a tendance à accuser un grand-père sorcier au lieu de se battre pour trouver du travail. Quand un enfant est malade, on imagine que le grand-père sorcier veut manger l’enfant plutôt que de l’envoyer à l’hôpital. C’est pour cela que nous, Africains, ne pouvons continuer la querelle des anciens et des modernes. Pourquoi les explications de l’origine de l’homme, de sa création par Dieu, et du big-bang ne se compléteraient-elles pas ? Malgré le cartésianisme, on va toujours à Lourdes ou chez la cartomancienne. Il y a en l’homme une volonté d’expliquer son mystère avec une part dans laquelle l’irrationnel a son refuge, ce qui explique la religion. Je crois à l’homme dualiste. La théologie africaine enseigne que le bien et le mal sont co-naissants. « Un », c’est la mort. Le dieu de la théologie africaine a un principe féminin qui le féconde. Personne ne peut faire absolument le bien, ni absolument le mal.


IL ETAIT UNE FOIS JEAN-MARIE ADIAFFI (1)

Publié le 14/11/2008 à 12:00 par sergegrah
IL ETAIT UNE FOIS JEAN-MARIE ADIAFFI (1)
15 novembre 1999 - 15 novembre 2008. 9 ans que nous a quité physiquement l'un des plus grands créateurs littéraires ivoiriens. A l'occasion de la commémoration de sa disparition, je vous propose de redécouvrir l'Homme à travers ces textes.


Le Bossonisme ou comment être « moderne et de religion africaine »


Introduction

La presse nationale ivoirienne annonçant le décès de Jean-Marie Adiaffi a rendu hommage, de manière unanime, au créateur du Bossonisme : «Comme un papillon en quête de nectar, le bossoniste s’en est allé au pays des ombres éternelles » (Notre Voie, 17 novembre 1999), « Les Bossons perdent leur maître » (Le Jour, 17-11-1999), « Le père du bossonisme (...) est décédé le lundi dernier » (Notre Voie, 18-11-1999). En Côte d’Ivoire, le terme « Bossoniste » est couramment employé, par les laïques comme par les représentants des religions officielles, pour désigner les Ivoiriens non chrétiens et non musulmans, autrefois qualifiés « d’animistes », ou encore de « païens ». Après avoir défendu l'emploi du terme Animisme, Adiaffi crée dans les années 1990 le terme Bossonisme. Il forme ce néologisme à partir du mot boson, en langue anyi, qui désigne des puissances du terroir auxquelles est rendu un culte ; les officiants du culte, initiés qui ont la charge d'incorporer ces puissances boson lors des possessions rituelles et de rendre des oracles, sont appelés kômian en anyi. Ce n’est pas le premier néologisme ivoirien : dans les années 1980, la « Drummologie » est définie par le professeur d’ethnologie G. Niangoran Bouah comme la science des textes historiques des tambours parleurs tandis que la « Griotique », pour Dieudonné Niangoran Porquet, désigne la pratique théâtrale africaine. Mais parler de Bossonisme ne relève pas d’une simple bataille terminologique. La doctrine qu’il exprime pose la question de la modernisation des religions africaines jusqu’alors qualifiées de « traditionnelles ».

Les traits particuliers du Bossonisme, ainsi que les rapports complexes de son fondateur avec le pouvoir politique, vont m’amener à soulever plusieurs questions sur : la construction d’une nouvelle identité religieuse africaine, les rapports qui lient le religieux et le politique dans l’Afrique contemporaine, et finalement le possible passage des religions africaines du local au global.

La dépendance du Bossonisme vis-à-vis de la figure de son créateur fait qu’il n’est pas possible de le définir sans d’abord brièvement introduire la personne de Jean-Marie Adiaffi.

Jean-Marie Adiaffi : homme de Lettres puis chercheur en religions « traditionnelles »

L’histoire personnelle d’Adiaffi ainsi que ses choix idéologiques et politiques ont fortement marqué l’évolution du Bossonisme. Né en 1941 dans le sud-est ivoirien, dans le village anyi de Bettié, il est très tôt orphelin de père et de mère. Après des études primaires et secondaires, il poursuit des études de philosophie (1966-1970) en France. Il choisit de rentrer en Côte d’Ivoire et se consacre à la création littéraire. Il publie un premier recueil de poèmes D’éclairs et de foudres : Chant de braise pour une liberté en flammes (1980), à l’écriture neuve et fulgurante. Puis il obtient en 1981 le grand prix littéraire d'Afrique Noire avec son roman La carte d'identité, dont le héros Mélédouman (« Je n’ai pas de nom ») est en quête de son identité, et pose ainsi les jalons d’une réflexion sur l’aliénation africaine post-coloniale. Adiaffi mentionne un séjour au Brésil où, invité dans le cadre d’une table-ronde afro-brésilienne d’intellectuels et d’écrivains, il visite un terreiro et participe à la célébration des rites du culte des orisha : c’est, pour reprendre ses mots, « l’électrochoc qui déclenche [chez lui] le double processus de libération et de prise de conscience ».

Mais le tournant important dans sa vie, maintes fois mentionné, reste sa rencontre avec la kômian Akoua Mandodja du village de Tanguélan, en 1976 alors qu’il est professeur de philosophie au lycée classique d’Abidjan : « Il y a dans la vie d’un homme des rencontres-destins qui vous transforment, vous délivrent un message tellement fort qu’il devient une sommation, un ordre spirituel, un itinéraire clair, une voie lumineuse à suivre, une étincelle qui vous habite et vous brûle à chaque instant de votre vie. Une voix mélodieuse qui ne quitte jamais vos oreilles vous fait danser, une danse pourtant inconnue au rythme nouveau. Ma rencontre avec la Comian Akoua Mandoza, ma mère spirituelle de Tanguélan qui dès le premier regard m’a nommé, baptisé « Miwa », « mon fils » et moi « Mo », « ma mère », est de celle-ci » (Le Bossonisme...).

Il commence alors à la fréquenter assidûment jusqu’en 1991, date de sa mort. Il participe activement à ses funérailles et continue par la suite ses visites auprès de celle qui lui a succédé et qui dirige ce qui est devenu la fameuse « école de féticheuses ». L’une des héroïnes de son avant-dernier roman, Silence, on développe(1992), est d’ailleurs une kômian, « la terrible Priko-Néhanda, l’Amazone des montagnes qui a le secret de la vie et de la mort ». A partir de 1993, il entreprend la collecte des mythes et des symboles des peuples de Côte d'Ivoire sous l’intitulé : « Collectes des textes sacrés oraux détenus par les Comians et appris lors de leur initiation ; Collectes, études, édition et diffusion des chants sacrés traditionnels [des Comians] ; Mythes et symboles religieux qui fondent la Foi des Comians » (Pour un animisme ...). Il collectionne également, à son domicile à Abidjan, des statues et objets cultuels venant de toute la Côte d'Ivoire et des pays voisins. Les mythes recueillis, les objets collectés puis les rites effectués par les kômian, enregistrés à l’aide d’une caméra vidéo, composent progressivement son univers familier.

Adiaffi ne se présente ni comme le fondateur d’une religion ni comme un prophète, inspiré de Dieu ou des boson, mais comme un défenseur de la culture africaine dont la religion constitue à ses yeux un élément essentiel, et comme un chercheur - ou précisément un ethnologue - en religions traditionnelles. Lors de ses nombreuses conférences publiques, il affiche avec véhémence son anticolonialisme et son anticléricalisme. Personne ne peut rester indifférent devant cet homme au verbe haut, chaleureux à l’extrême, expansif dans ses propos comme dans ses gestes amples et péremptoires, habillé de pagnes majestueux et d’un long collier en or.

Dès la fin de 1993, il écrit le projet de création d’un Centre de Recherche Animiste (CRA puis CREA): « Le CREA a pour objectif l'étude, les recherches, la connaissance et la reconnaissance, la réhabilitation, la modernisation de l'animisme cette grande religion Africaine inconnue, méconnue et falsifiée sous le nom nouveau du Bossonisme, la religion des Bossons » (manuscrit 1993). Finalement rebaptisé Centre International d'Etudes, de Recherches et de Diffusion Africaine (CIERDA), le centre ne verra pas le jour. Son second grand projet est d’organiser un « Colloque international sur l'animisme ou Congrès international sur les religions africaines : le Bossonisme et le problème des komian, Thème : Le Bossonisme et la modernité ». En 1999, il tombe gravement malade et est soigné en France durant deux mois. Revenu en Côte d'Ivoire en août 1999, il s'attelle à l'organisation du « Congrès mondial du Bossonisme » prévu pour décembre 1999 ou janvier 2000. Lorsque la mort l’emporte, le 15 novembre, il laisse un manuscrit inachevé : Le Bossonisme, une théologie de libération et de guérison africaine. L'Afrique entre le devoir de mémoire et le devoir de futur.

Ma rencontre avec Jean-Marie Adiaffi remonte à 1993 en Côte d’Ivoire, alors que je menais mes enquêtes sur le culte des boson et qu’il travaillait le scénario du film Au nom du Christ (de Gnoan M’bala et qui a obtenu l'Etalon du Yenenga au FESPACO à Ouagadougou). Par la suite, les occasions de conversations passionnées et passionnantes ont été nombreuses. Même si je n’ai cessé de le renvoyer à ses contradictions, je suis restée l’une de ses fidèles amis.

La théologie bossoniste : construction d’une nouvelle identité religieuse

Les sources sur le Bossonisme sont constitués d’un ensemble d’écrits (manuscrits d’Adiaffi, compte-rendu de ses conférences publiés dans la presse nationale ivoirienne et articles parus après sa mort) et de nombreux entretiens enregistrés à la radio ou en privé. De cette façon, il est possible de présenter le Bossonisme tel que défini par son fondateur et de prendre également en compte la manière dont la presse lui fait écho.

La théologie bossoniste nous donne à voir le processus de construction d’une nouvelle identité religieuse africaine. Les traits caractéristiques du Bossonisme peuvent être énoncés sous la forme d’une série de pôles antagonistes : c’est une religion monothéiste qui refuse radicalement tout rapprochement avec le polythéisme, une théologie de libération qui lutte contre l’aliénation spirituelle, une doctrine afrocentriste contre l’occidentalocentrisme, une idéologie de la modernité qui veut rompre avec le passé obscurantiste.

Une religion monothéiste / le polythéisme

Le Bossonisme affirme l’existence, dans la conception africaine, d’un dieu unique créateur du monde et des hommes. Adiaffi donne pour démonstration, le nom du Dieu suprême unique dans différentes langues de la Côte d’Ivoire : « Gnamien kpli en anyi-baoulé, Lago en bété, Zeu en akyé, Gnonsoa en wê ». Ce Dieu suprême se tient loin des hommes avec lesquels il n’a aucune relation. Il a créé des puissances intermédiaires, envoyées comme des messagers, les Bossons. Afin d’éviter toute confusion avec le polythéisme, Adiaffi préfère le mot « génie » à celui de « divinités intermédiaires », réservant le mot divinité au seul Créateur (Gnamien, le Ciel, en anyi). Malheureusement, il ne dit rien de la Terre (Asiê en anyi), puissance chlotienne tout à fait importante dans nombre de systèmes de croyances africains. Je constate par ailleurs que les caractéristiques de ce qu’on appelle (un) Dieu n’est jamais précisé.

Le Bossonisme revendique l’absolue africanité de son monothéisme, qui ne veut rien devoir à une quelconque influence chrétienne ou musulmane, ce que traduisent les propos suivants : « Jean-Marie Adiaffi affirme que la religion africaine n’est pas polythéiste comme le pensent les autres, mais monothéiste. Cette idée de polythéisme entre dans la politique des Européens et notamment des missionnaires, de dénigrer et de détruire les valeurs africaines dont la religion africaine » (Ivoir’Soir, 16 décembre 1999). A la suite des missionnaires, les Ivoiriens (pour ne pas dire les Africains) ont porté un jugement de valeur négatif sur le polythéisme et ont fait du monothéisme le modèle de religion par excellence. Première contradiction dans ce qui se définit comme une théologie de libération.

Une théologie de libération / l’aliénation spirituelle

Le Bossonisme est conçu comme une « religion pour libérer les peuples de toutes les oppressions, pour achever la décolonisation mentale, pour inventer notre modernité religieuse ». En 1995, Adiaffi donne une conférence intitulée : « Pour un animisme de libération, le Bossonisme animiste du XXe siècle », au sous-titre « SOS à patrimoine et culture en danger ». Adiaffi est d’abord connu pour ses talents littéraires, il est une grande figure publique, un homme de culture qui défend la culture africaine. Ce qui l’amène comme naturellement à défendre ce qu’il appelle « la religion africaine » : « Un autre problème est celui du lien entre le culte et la culture. Sans le dire, certains africanistes partent implicitement de l'infériorité de la culture africaine pour déduire l'infériorité du culte donc de la religion en question ».

Avec le Bossonisme, Adiaffi travaille à réhabiliter aux yeux des Ivoiriens leur religion ancestrale longtemps dépréciée sous le nom de fétichisme et facilement amalgamée à la sorcellerie ou au domaine diabolique. Prenant la suite des missionnaires, de nombreux prophètes ivoiriens (entre autres Gbahié) se sont chargés de détruire les « fétiches », objets de culte de la religion locale, et de combattre les « féticheurs », officiants de culte parmi lesquels de nombreux kômian. Puisque « l'aliénation spirituelle est la source, la racine des autres aliénations », il lui faut réconcilier les Ivoiriens avec leur patrimoine religieux trop longtemps dénigré par les colons, plus généralement par les Occidentaux, et par les Ivoiriens eux-mêmes. Il donne un exemple qui sera souvent repris par la suite : « Le drame, c'est que les gens confondent s'occidentaliser et se moderniser. Pourtant le Japon s'est modernisé sans s'occidentaliser, alors que le Japon est animiste ! » (Fraternité Matin, 30 novembre 1993). Adiaffi a sans nul doute fortement contribué à l’affirmation par de nombreux Ivoiriens de leur confession religieuse « traditionnelle ».

Une doctrine afrocentriste / l’occidentalocentrisme

La référence à l'Egypte semble jouer un rôle de fédérateur, comme si on ne pouvait être de culture africaine sans revendiquer ses racines égyptiennes : « Venue d'Egypte, la lumière de la Grèce va foudroyer le monde de sa puissance d'éclair façonnée dans les forges du génie grec. Pourquoi pour la renaissance africaine, l'Egypte ne jouerait-elle pas le même rôle pour l'Afrique que la découverte de l'antiquité gréco-romaine a joué pour l'Europe ? » (Le Bossonisme...).

Dans la suite du renversement de perspective opéré par Cheikh Anta Diop (dont le nom et l’œuvre sont cités par Adiaffi ainsi que le nom de son disciple Théophile Obenga), l’Egypte est devenue la référence obligée pour l’Afrique. Dans le logo du CIERDA figure le symbole de l'ankh égyptien. Le Bossonisme s’inscrit ainsi tout à fait dans ces courants de pensée appelés Afrocentrismes. On peut souligner que chez les voisins ghanéens, l’Eglise Afrikania, fondée en 1982 par l’ancien prêtre catholique Damuah, fait également référence à l’héritage égyptien et présente des caractéristiques qui la rapprochent du Bossonisme : « [l’Eglise Afrikania] église franchement afrocentriste et qui met en avant un discours politique et religieux radicalement anti-occidental. Il s’agit d’un mouvement religieux qui n’a pas débouché sur un christianisme syncrétique, comme il arrive habituellement en pareil cas, mais a favorisé un développement doctrinal qui se présente consciemment comme intégralement africain » (P. Schirripa, 2000 :341).

De l'Egypte, Adiaffi passe tout naturellement à la culture akan : « Nous venons de voir l'unité historique des peuples akan, fruit de plusieurs vagues successives d'immigration, depuis le Nil, l'Egypte » (Le Bossonisme ...). Nombres d’Africains et d’Africanistes avant lui ont émis cette hypothèse d’une filiation entre la culture akan et la culture égyptienne (à partir notamment de leur utilisation de l’or, de leurs conceptions et de leurs pratiques relatives à la mort), et il aurait eu bien tort de ne pas reprendre à son compte un héritage si fastueux ! Mais en Côte d’Ivoire, où le Père de la Nation était baoulé, du groupe akan, ainsi que son successeur, cette acception prend une tout autre dimension. Lorsqu’il définit « les valeurs fondatrices de la culture akan. L'unité culturelle akan : L'Akanité », Adiaffi participe à l’idéologie aristocratique des Akan : « Les Akan en général et les Agni en particulier font un véritable culte à la fois mystique et mythique de l'intelligence, nguélé » ; et de citer leurs autres qualités psychologiques et morales : savoir gouverner la cité (am-moué), être civilisé (agnitiè), respectueux (agninzo), courageux et travailleur (aouséré) et honnête (ato). Cette conception de l'Akanité fait écho au concept de l'Ivoirité développé à partir de 1997.

Une idéologie de la modernité et de l’Ivoirité / obscurantisme et tribalisme

Le Bossonisme comme son fondateur sont fortement engagés dans le combat pour la modernisation du pays et de l’Afrique. Pour Adiaffi, comme pour les partisans d’une Côte d’Ivoire moderne (dont le symbole est l’Eléphant d’Afrique), la modernité suppose à la fois le Progrès, la Raison, la Science et la Technique. Et tout particulièrement pour le fondateur du Bossonisme, la modernisation doit s’effectuer aussi dans le respect et dans la continuité des traditions africaines. Au cours d'une interview, Adiaffi résout le problème en ces termes : « L'animisme n'est pas du tout un frein à la modernisation ! Ce que les gens doivent savoir, c'est que dans l'histoire, la religion catholique était une religion contre la modernité. Elle a condamné Galilée pour avoir dit que la terre tournait autour du soleil. [...] Par conséquent, il ne faut pas confondre le secteur de la foi qui est la religion et le secteur de la rationalité qui est la science » (Fraternité matin, 30 novembre 1993).

Pourtant la modernité est indissociable d’un questionnement de nature historique, d’une rupture avec le passé. Des journalistes introduisent, probablement à la suite d’Adiaffi, le terme d’« épuration » : « C'est en vivant concrètement notre culture que nous parviendrons à l'épurer et à la moderniser pour transformer nos sociétés et l'homme » (Soir Info, 22 juin 1996), « Jean-Marie Adiaffi promet l'épuration : le bossonisme ne vise pas à réinstaurer une religion africaine telle quelle, mais vise plutôt à 'réactualiser' cette religion pour l'adapter au contexte moderne : une religion 'modernisée', débarrassée de toutes ses scories, au service de la libération culturelle de l'Afrique! » (Fraternité Matin, 24 juin 1997). Ce terme est loin d’être neutre puisqu’il sous-entend que l’on devrait enlever aux croyances et pratiques « ancestrales » leur gangue nauséabonde.

Pour Adiaffi et ceux qui l’écoutent l’idéologie de la modernité fait référence au siècle des Lumières (référence occidentale), elle s’oppose à l'obscurantisme que représentent à la fois les fétiches, les sacrifices sanglants et la sorcellerie. Et les propos de ceux qui ne connaissent plus guère la religion de leur parents, de devenir vite caricaturaux : « Enfin, on peut souligner l'aspect peu progressiste de la religion africaine demeurée comme une 'religion primitive', avec des rites non dépouillés qui frisent plutôt le folklorique. Les religions qui s'imposent aujourd'hui au monde, ce sont celles qui se sont raffinées. Comme les religions asiatiques, et les rites du christianisme par exemple sont en fait les mêmes que ceux des religions africaines, mais ils ont subi tellement de raffinement qu'ils apparaissent aujourd'hui plus intellectuels qu'émotionnels. Ainsi, même si l'idée de sacrifice y demeure, celui-ci se fait aujourd'hui de façon symbolique : c'est symboliquement qu'on boit le sang et mange le corps de Jésus-Christ à la messe ! » (Fraternité Matin, 24 juin 1997). L’assimilation du passé au folklore n’est pas le fait du fondateur du Bossonisme mais de ceux qui ont perdu toute attache avec la vie rurale et ses croyances. Revendiquer une foi africaine purifiée, ce serait affirmer que la rationalité doit remplacer les affects, vague relent de la caricature faisant des Africains des êtres émotifs et des Occidentaux des êtres rationnels. On peut également se demander pourquoi l'effusion du sang sacrificiel pose problème, ou à qui pose-t-elle problème ? Certainement pas aux paysans qui ont l’habitude de tuer les animaux qu'ils mangent et qui n’en ont pas moins recours au symbolique dans leur activités religieuses, certainement plus aux ivoiriens lettrés et citadins pour lesquels il est indispensable de créer de nouvelles pratiques religieuses. Aussi Adiaffi propose-t-il d’« Inventer un rite populaire : la prière moderne pour les Comians et les adeptes ».

Cette idéologie de la modernité est étroitement liée à celle de l’Ivoirité, au sens d’identité ivoirienne : « le Bossonisme est d’abord une solution à la crise, par son adaptation au monde moderne, démocratique, technologique. Quelle religion pour l’Ivoirien moderne, libéré, conscient, responsable des vraies valeurs africaines, anciennes, futures ». Adiaffi appartient à un groupe d’intellectuels engagés sur la question de l'Ivoirité. Il est le rédacteur en chef de la revue culturelle africaine, fondée en 1996, RACINES, et dans le numéro 2, il est l’auteur d’un article intitulé : « Les fondements mythiques de l'Ivoirité ». Et les journaux d’annoncer sa mort par : « Condoléances ! Condoléances aux adeptes du Bossonisme. Condoléances aux initiateurs de l’Ivoirité, aux chercheurs de nos racines, aux défenseurs de l’identité ivoirienne, l’identité africaine, l’identité nègre ! » (Fraternité matin, 16 novembre 1999).

Adiaffi revendique tout à la fois son identité culturelle anyi et sa nationalité, devenue identité, ivoirienne. Il répond à l’une de mes oppositions concernant l’utilisation de mots de sa langue maternelle pour créer ses néologismes : « On me reproche dans mes textes d'utiliser les mots agnis. J'utilise les mots d'une langue que je connais. Quand je connais des mots non agnis, j'en fais le même usage. Je suis ivoirien jusqu'à la moelle de mon âme... je suis ivoirien et tout ce qui est sur le territoire national ivoirien est mon héritage, mon patrimoine cher à ma sensibilité... Vous verrez que pour illustrer la théologie de la libération, je me suis servi de mythes attié, gouro, nzima ! Alors éclatez vos limites, brisez vos résistances, allez vous nourrir chez les voisins vos frères.

Ce n'est qu'ainsi que la machine d'une dialectique de détribalisation se mettra en marche pour créer une culture identitaire, un miroir où chaque ivoirien verra son image parée » (Le Bossonisme ...). On sent la volonté de la création d’une tradition supra-ethnique qui soit capable d’agir comme fondement pour la constitution d’une identité nationale qui dépasse les divisions ethniques. Et pourtant l’Ivoirité, ici synonyme de l’identité nationale ivoirienne, est d’abord très proche de l’Akanité. Pour ne prendre que l’exemple des symboles, ceux utilisés pour le logo de l'A.N.C. (Association Nationale des Comians) sont : un chapeau de kômian anyi, deux cloches de kômian, deux poids à peser l'or akan et, tout de même, un masque de l'ouest ivoirien (population dan). D’ailleurs cette ouverture à l’ouest ivoirien est plus sensible fin 1998 lorsque l'ANC devient l'Association Nationale des Comians et des Masques. Cependant, la modernité religieuse à l'ivoirienne se montre franchement francophone. Comme d'autres intellectuels ivoiriens, Adiaffi ne parle pas l'anglais et ne lit pas les écrits de ses frères et confrères ghanéens qui pourtant partagent le même héritage religieux. Le Bossonisme dont le créateur se réclame panafricaniste ne fait pas de lien explicite avec l'Afrique anglophone. Les différentes contradictions, incarnées par Adiaffi et à travers lui par le Bossonisme, sont tout à fait génératrices lors de la fondation d’une religion ou d’un mouvement social ou idéologique. Elles montrent aussi la complexité propre au processus de modernisation.

Les assises du Bossonisme

Les raisons de la notoriété du Bossonisme sont multiples. Il faut bien-sûr prendre en compte la personnalité d’Adiaffi, homme populaire qui, par son charisme, sa verve et sa gouaille inimitables, sait parler au plus grand nombre. Il faut aussi prendre en considération sa présence considérable dans les média de l’Etat, son alliance politique avec Bédié et, enfin, le développement d’un réseau régional proche du clientélisme.

L'opinion publique au moyen des media de l'Etat

Adiaffi participe à de nombreuses émissions sur la radio nationale qui est écoutée à travers l’ensemble du pays. Il est aussi sollicité pour des émissions télévisées. Il faut bien préciser qu’il s’agit des media nationaux, proches du pouvoir en place. Il accepte les invitations à des conférences et à des débats devant des publics très variés. Petit à petit, il est invité aux côtés des représentants des Religions révélées (imam, évêque) pour représenter les Bossonistes. Il excelle dans l’art de manier le verbe et est un homme très populaire parmi toutes les classes sociales ivoiriennes. La clarté de ses propos et aussi leur véhémence séduisent particulièrement les journalistes. Toutes ses conférences ont un compte-rendu dans le quotidien pro-gouvernemental Fraternité Matin. D’une manière générale, l’ensemble de la presse ivoirienne lui a rendu hommage lors de son décès.

Une alliance politique controversée

Opposant sous le règne de feu Houphouët-Boigny (mort en 1993), Adiaffi est connu comme un homme de gauche (il est proche du parti de l’opposition le Front Populaire Ivoirien, on l’a vu aux côtés de Sankara au Burkina Faso). Puis lorsqu’arrive Henri Konan Bédié, successeur d’Houphouët-Boigny, il devient « Bédiéiste ». De 1993 à 1996, il accepte la fonction de Sous-directeur des cultures religieuses, philosophiques et juridiques à la Direction du Patrimoine du Ministère de la culture ; son ami Zadi Zaourou, auteur de théâtre, est le ministre de la culture. Il est membre de la CURDIPHE, Commission Universitaire de Recherches et de Diffusion des Idées du Président Henri Konan Bédié, et, en 1996, il signe un ouvrage intitulé Lire Henri Konan Bédié. Sa familiarité avec le président de la République fait dire aux journalistes : Adiaffi est-il « un griot appointé ou Voltaire illuminant le royaume de Frédéric II » ? En mars 1997, dans le village de Mme Bénié, il prononce une « ode à un homme d'état », pour faire partager à son assistance la passion de Henri Konan Bédié, ses rêves, ses désirs : « voir la Côte d'Ivoire et son peuple rayonner, connaître l'épanouissement, le progrès pour tous, le bonheur pour chacun. »

Adiaffi soumet son projet de réalisation du CIERDA au président de la République qui lui accorde une aide financière qui s’avère insuffisante. Le chef de l’Etat participe activement à la vie religieuse du pays et distribue de l’argent aux différentes confessions (par exemple lorsque la communauté harriste d'un quartier d'Abidjan se dote d'un temple, la cérémonie de dédicace est placée sous le haut parrainage du chef de l'Etat, en présence du conseiller du président, chargé des cultes ; le chef de l'Etat fait un don de trois millions de Fcfa à trois nouveaux prêtres catholique et l'ordination de l'un d'entre eux a lieu en présence du ministre Bombet, représentant le chef de l'Etat). Même si Henri Konan Bédié, comme la majorité de l’élite politique qui l’entoure, est de confession chrétienne, une relation serrée avec une seule église au détriment des autres serait préjudiciable au pouvoir en place. Comme dans la plupart des pays africains, le religieux et le politique restent inextricablement liés. Peut-on imaginer un président de la République ivoiriennne bossoniste ? Le contexte ivoirien n’est pas celui du Bénin par exemple où le vaudou est reconnu comme religion d’état et dispose d’un jour férié dans le calendrier.

Un réseau personnel régional proche du clientélisme

Adiaffi a sillonné tout le sud-est ivoirien (Abidjan, Adzopé, Aboisso, Abengourou, Agnibilékro, Bongouanou, Bondoukou, Daoukro, Yamoussokro) et a recensé environ 4000 Comians. Lors de ses tournées, il distribue aux Comians des cartes de membres de l'A.N.C., Association Nationale des Comians (« l'ANC est une association Nationale Historique à but non lucratif pour la réhabilitation, la défense et la modernisation de nos religions traditionnelles »), telles des « cartes d'identité », qui ont une forte valeur symbolique en milieu rural : elles représentent l’appartenance au monde des lettrés et de la classe dirigeante. Adiaffi réussit à mobiliser les Comians de la région d’Agnibilékro, derrière la bannière de l’A.N.C., lors d’une tournée d’Henri Konan Bédié. Les Comians ont eu à effectuer une cérémonie de purification avant que le chef de l’Etat ne débute son discours.

Après le décès d’Adiaffi, s’est formé sous la présidence d’une Comian un bureau provisoire de sept membres et le siège de l’A.N.C. est au domicile de celle-ci. Elle souhaite installer des sections à Abidjan et dans les grandes régions du sud-est ivoirien où les Comians ont déjà été recensés par Adiaffi. Alors qu’il existe, en Côte d’Ivoire comme dans de nombreux Etats africains, un syndicat des tradipraticiens, l’A.N.C. pourrait être une forme de syndicat des Comians (Adiaffi voulait créer une mutuelle pour les Comians), ou plutôt une communauté religieuse car les kômian forment une corporation religieuse qui partage un ensemble de prescriptions et d’interdits. Mais cette corporation n’était pas reconnue à l’échelle nationale avant qu’Adiaffi ne devienne leur porte-parole.

Les Comians, appartenant à son réseau personnel, ont participé activement à ses funérailles à Abidjan : « L’hommage des Comians à Adiaffi. Jean-Marie Adiaffi, décédé le 15 novembre, sera pleuré de manière spéciale le 11 décembre prochain, par les Comians de notre pays. Ce sera à l’occasion d’une grande veillée qui aura pour cadre le pied de la tour Marahoué [où il résidait], à la Riviéra-Golf, non loin de la grande mosquée de la Riviéra » (Ivoir’Soir, 24 novembre 1999), puis dans son village natal à Bettié.

Dans le sud-est ivoirien, nombreux sont les représentants du pouvoir politique traditionnel (rois ou « chefs de tribu », chefs de village) à se déclarer bossonistes, habituellement chargés du culte rendu aux « ancêtres » du lignage fondateur, ils restent les garants du patrimoine religieux traditionnel. Adiaffi a également un vaste réseau relationnel, il est invité à de nombreuses rencontres d’écrivains (au Canada, aux Antilles, au Brésil, etc.). Il a de nombreux amis en France, principalement dans le milieu des Lettres et des Sciences humaines (par exemple, en 1994, il donne une conférence au Centre de Recherches Africaines).

Impact du Bossonisme : local, national, international ?

Si Adiaffi défend la valeur des textes sacrés oraux, il a tout de même commemodèle de « modernité religieuse » les religions du Livre (qu'il s'agisse de la Bible ou du Coran). L'absence de livre Sacré est pour lui un problème majeur auquel il s’efforce de remédier jusqu'à sa mort en rédigeant son manuscrit Le Bossonisme. Sa référence, même s'il s'en défend, est la culture de l’écrit. Il appartient à l'élite africaine intellectuelle. Il a par ailleurs le projet de créer une école pour les Comians, baptisée Bonastère (racine Bosson). Il s’agit d’alphabétiser les Comians afin qu’ils puissent s'exprimer en français lors de débats par exemple. Notons que la présidente de l’A.N.C. parle français. Passer de la langue anyi (ou baoulé, ou abron) à la langue française permet un impact plus large, et permet de viser l’universalité : « nous pensons que les valeurs sociales, humaines, spirituelles de cette religion doivent être mises au service de la libération, du développement de nos peuples, car le Bossonisme est un humanisme et sa valeur est universelle » (Fraternité-Matin, 24 juin 1997).

Cette volonté d’une école des Comian suppose aussi l’unification des diverses pratiques existantes. Car autant de kômian fondateurs d’une « famille initiatique », autant de variantes dans les rituels au cours de l’initiation. Or « il est indispensable que l'Afrique aie sa religion. Comme l'Europe a la sienne (le christianisme), les Arabes la leur (l'Islam), ainsi que les Japonais (le Shintoïsme), il importe que chaque peuple apporte quelque chose à ce 'siècle religieux » (Fraternité matin, 24 juin 1997).

Le Bossonisme pose la gageure du changement d'échelle dans le domaine des religions : comment à partir de racines religieuses attachées à un terroir, à une région, ou à un groupe, élaborer une religion universelle ? Autrement dit, comment passer du local au global en matière de pratiques religieuses ?

Des exemples récents montrent que cela est possible. Les dieux yorouba en traversant l’Atlantique ont élargi leur aura et rayonnent même aujourd’hui sur la toile d’internet. L’Organisation des Traditions Unies (OTU), créée en 1997, rassemble à la fois des représentants des « Religions Mondiales » et des représentants des « Traditions Primordiales », elle a aussi un site sur internet sur lequel on peut lire : « Opérant comme une ONG, elle est plus qu’une association loi de 1901 dans la mesure où son rayonnement se veut mondial ». Le Vaudou est représenté parmi les Traditions Primordiales et je suis certaine que si le Colloque international sur le Bossonisme avait vu le jour en 2000, celui-ci aurait aussi un représentant et peut-être un rayonnement mondial. Mais il est encore beaucoup trop tôt pour envisager l’avenir du Bossonisme, après la mort de celui qui l’a fait naître.

[i]Véronique Duchesne
Article paru dans Présence africaine, n°161/162, 2000, pp.299-314 [/i]

Le Franc CFA et l'Euro contre l’Afrique

Publié le 11/11/2008 à 12:00 par sergegrah
Le Franc CFA et l'Euro contre l’Afrique
Nicolas AGBOHOU a écrit un livre de révolte, intelligent et puissant : Le F CFA et l'Euro contre l'Afrique.. L'auteur démontre le mécanisme de la répression monétaire des anciennes colonies africaines de la France. Le maintien du Franc CFA, en d'autres termes : la camisole de force des pays africains enserrés dans la zone franc, est pour lui la première cause de la persistante misère, de l'humiliation permanente, du sous-développement devenu réalité minerai des pays d'Afrique francophone…

Nicolas AGBOHOU défend sa thèse avec un langage vif, tranché et une foule d’arguments logiques et d’énoncés pertinents. Il est le contraire de ces scientifiques désincarnés et mornes qui, usant de leur érudition, énoncent des évidences, puis éteignent la lumière et sortent du champ de bataille. AGBOHOU est Africain, passionnément. C’est un patriote continental. Un homme en révolte. Bref : un intellectuel engagé au service des luttes populaires et des lumières à venir...

La globalisation des marchés financiers, pour lui, est un fait. Rien ne sert de nier l’esclavage contemporain de l’Afrique. Les oligarchies politiques, raciales, religieuses commerciales, financières et bancaires règnent sur le monde. Elles ont fait un monde à leur image et tant pis pour les victimes. L’oligarchie dispose du destin de la multitude. La masse anonyme des victimes, subit impuissante, sa propre agonie. Rien ne justifie l’inégalité vécue des êtres, sinon la brutale imbécillité d’une stratification sociale préexistant à leur naissance, sinon les idéologies discriminatoires, sinon les privilèges défendus avec violence.

AGBOHOU appelle donc à la renaissance, à la revitalisation des mémoires, à l’insurrection des consciences. Quelles humiliations ne subissent-ils pas, les Africaines et Africains de cette fin de millénaire ! Le beau livre d’AGBOHOU en appelle au règne de la souveraineté populaire, de la loi, du rétablissement de l’homme dans son incompressible dignité de sujet unique de l’histoire. Ce livre est nécessaire. Il faut le diffuser largement et le lire avec attention.

Natif du village de Todiognoa dans la région de Gagnoa (Côte d’Ivoire), Nicolas AGBOHOU est titulaire de la Maîtrise d’Economie appliquée, du D.E.S.s. de Gestion de Paris l Sorponne et du Doctorat en Science Politique. Précédemment professeur de gestion à l’Institut National Polytechnique de Yamoussoukro (Côte d’Ivoire), il est actuellement professeur associé à l’Institut Cheikh Anta DIOP de l’Université du Gabon. Il enseigne également les Sciences et Techniques économiques en France.


"L'EURO EST ANTI-AFRICAIN"

Le Franc français et la nouvelle monnaie européenne, l'Euro, maintiendraient l'Afrique dans une pauvreté structurelle. Pour l'économiste ivoirien Nicolas Agbohou, il faut que l'Afrique répudie au plus vite le Franc CFA et adopte une nouvelle monnaie communautaire si elle veut réellement sortir du colonialisme. Nicolas Agbohou part en croisade contre le Franc CFA. Selon ce professeur ivoirien, docteur en économie politique et enseignant en France, le Franc CFA et l'Euro contribuent à l'appauvrissement structurel de l'Afrique. Dans son livre, Le F CFA et l'Euro contre l'Afrique, il démontre que les 15 pays de la zone CFA sont encore très loin d'avoir leur indépendance monétaire. Interview.

Votre livre est un véritable réquisitoire contre l'Euro et le Franc CFA. Pourquoi ces deux monnaies seraient-elles contre l'Afrique ?

Fondamentalement, les institutions financières qui gèrent le Franc CFA, les banques centrales, sont contre l'Afrique. Les conseils de l'administration de la BCEAO (Banque centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest), de la BEAC (Banque des Etats d'Afrique centrale) et de la Banque des Comores, sont dominés par les Français qui bénéficient d'un droit de veto. Les Comores ne maîtrisent pas leur économie car il y a quatre Français à la Banque centrale et quatre Comoriens. Comme les décisions doivent être prises à l'unanimité ou au moins par cinq personnes, il suffit qu'un Français soit contre le projet pour que tout tombe à l'eau. Il faut que les Africains n'oublient pas que le Franc CFA est une monnaie française.

Mais au-delà de cet aspect, pourquoi le Franc est-il contre l'Afrique ?

Il est important que les Africains soient libres de mener une politique monétaire qui réponde à leurs attentes. Les 15 pays de la zone franc sont obligés de laisser en dépôt en France 65 % de leurs recettes d'exportation appelées " réserves de change ", pour garantir la stabilité de leur monnaie. Un pays comme le Niger, qui n'arrive pas à payer ses fonctionnaires, s'il exporte des produits, par exemple, pour une valeur d'un milliard de dollars, doit automatiquement laisser en France un dépôt de 650 millions de dollars. C'est absurde ! Pendant ce temps-là, les Nigériens meurent de faim ! Il y a également des dispositifs techniques qui font du Franc CFA un outil d'appauvrissement et de colonisation permanents.

Quels sont ces dispositifs ?

Il faut rappeler que Franc CFA, à l'origine, s'appelait Franc des colonies françaises d'Afrique. Comme son nom l'indique, c'est la France qui en tire le plus grand bénéfice. Les principes qui régissent cette monnaie sont la libre transférabilité, la libre convertibilité et la centralisation d'échanges. En clair, la libre transférabilité favorise la fuite des capitaux africains. Et quand un pays ne possède pas d'épargne, il se retrouve avec une dette extérieure qui l'étrangle.

Qui sont les personnes qui exportent leurs capitaux ?

Certains dirigeants et ceux que j'appelle les néo-coloniaux. N'oubliez pas que la première décision que François Mitterrand a prise, lors de son accession au pouvoir, a été d'interdire la fuite des capitaux. Mais l'Afrique est doublement pénalisée. Non seulement, elle doit faire face à la fuite des capitaux mais elle est tenue de racheter sa propre monnaie. Plus clairement, les dirigeants africains arrivent à Paris avec des valises pleines de Francs CFA qu'ils échangent contre des francs ou des dollars. Mais les Banques centrales africaines sont obligées de racheter ces Francs CFA que les dirigeants ont laissés en France et que la France ne veut pas conserver. Et elles doivent le faire avec des devises fortes ! D'où les 65 % des recettes sur les exportations qui restent en dépôt.

Et pourquoi l'Euro est-il si contraire, selon vous, aux intérêts africains ?

Avant l'arrimage du Franc CFA à l'Euro, seule la France avait droit de regard sur nos économies. Maintenant c'est toute l'Europe ! Pis, les mesures draconiennes de Bruxelles sont incompatibles avec les besoins de nos économies. Il faut répudier au plus vite le Franc CFA.

Que proposez-vous en échange ?

Aucun pays ne peut se développer sans indépendance monétaire. Nous avons besoin d'une nouvelle monnaie communautaire qui ne soit pas dirigée de l'extérieur. Il faut jeter à la poubelle les principes qui régissent le Franc CFA. L'Afrique a besoin d'une politique monétaire qui réponde à ses propres besoins et intérêts.

Source afrikeco.com

Ian Hamel s’exprime à propos d’Oussama Ben Laden et Al-Qaïda

Publié le 10/11/2008 à 12:00 par sergegrah
Ian Hamel s’exprime à propos d’Oussama Ben Laden et Al-Qaïda
[i]En septembre 2007, dernière apparition d’Oussama Ben Laden, dans une vidéo, à l’occasion du sixième anniversaire des attentats contre le World Trade Center et le Pentagone. Pour l’occasion, le chef d’Al-Qaida avait teint sa barbe poivre et sel. Peu instruit, sans charisme, Oussama Ben Laden n’avait pas l’étoffe d’un meneur d’hommes. Il deviendra pourtant le symbole éternel du terrorisme depuis les attentats du 11 septembre 2001. Dans « L’énigme Oussama Ben Laden », Ian Hamel analyse comment ce fils d’un entrepreneur saoudien est devenu le chef d’Al-Qaida.
Même si n’importe quel terroriste peut attribuer une action à Al-Qaida, l’organisation n’est plus aujourd’hui le réseau de 2001, mais une sorte d’agence de communication qui se borne à envoyer de temps à autre des messages audio ou vidéo. Si elle s’est désintégrée aussi vite, estime Ian Hamel, c’est parce que, « contrairement au Hezbollah ou au terrorisme iranien, elle n’a pas de discours, pas de politique, pas de vision du monde. Oussama était persuadé qu’après le 11 septembre 2001 les musulmans se révolteraient contre leurs gouvernements pro-occidentaux, et que des milliers de volontaires galvanisés déclencheraient le grand djihad mondial dont il rêvait. » En novembre 2001, il est aperçu pour la dernière fois près de Kandahar, en Afghanistan, puis c’est la fuite vers Tora Bora et les zones tribales du Pakistan. « Al-Qaida n’avait pas de plan B. »[/i]


"Dans une cassette audio, Al-Qaida vient d’appeler à voter McCain. Cela vous surprend-il ?"

"Pas du tout. Al-Qaida avait déjà appelé à voter républicain il y a quatre ans, car ils ont tout intérêt à avoir en face des faucons qui entrent dans la logique du « Bien » et du « Mal », et susceptibles de mener des actions qui justifieraient des attentats."

-"Oussama Ben Laden n’est pas apparu, et rien ne permet d’affirmer qu’il s’agit de sa voix. Est-il encore en vie ?"

"On l’a vu, pour la dernière fois, en septembre 2007, à deux reprises, pour le sixième anniversaire des attentats contre le World Trade Center et le Pentagone. Est-il toujours vivant ? A vrai dire cela n’a plus guère d’importance. Oussama Ben Laden est à jamais le symbole absolu du terrorisme, et Al-Qaida est devenu un label, une marque franchisée, dans la mesure où n’importe quel groupe terroriste islamiste peut s’en réclamer. Lors des attentats du métro de Londres, en juillet 2005, les quatre terroristes arrêtés avaient revendiqué au nom d’Al-Qaida, mais n’en faisaient pas partie..."

-"Avouez que c’est un comble que l’homme censément le plus recherché de la planète disparaisse ainsi au point qu’on ne sache même pas s’il est mort ou vivant ?"

"Personne ne sait où il est avec certitude. On parle des zones tribales du Pakistan, près de la frontière afghane, mais c’est un territoire qui couvre environ deux départements français. Si on voulait le débusquer, ce serait chose faite depuis longtemps. En 1967, il n’a pas fallu très longtemps pour abattre Che Guevara, dans la forêt vierge bolivienne, alors qu’on ne disposait pas des moyens actuels."

-"Mettre la main sur Oussama Ben Laden n’est plus une priorité pour les Américains ?"

"Ça ne l’a jamais vraiment été. Mort, il passerait pour un martyr. Vivant, cela impliquerait un procès, et mettrait au jour la naïveté et les bourdes des services secrets occidentaux en général, et américains en particulier."

-"Quelles lacunes ?"

"Pendant longtemps, ils n’ont pas pris au sérieux cet homme qui avait fait des études moyennes -contrairement à ses frères aînés qui avaient étudié dans les meilleures universités de Londres ou de Paris. Tous les témoins que j’ai rencontrés parlent d’un être timide, effacé, pas très intelligent, sans charisme et peu au fait des subtilités de l’islam. « Juste bon à crier djihad ! djihad ! djihad ! » comme me l’a dit Hassan Al-Tourabi, président du Soudan, où Ben Laden s’est réfugié de 1992 à 1996. Une période où, chassé de sa patrie, Ben Laden se cherche des mentors, comme il l’a fait toute sa vie. D’ailleurs, au Soudan, il se rêve gentleman-farmer, entrepreneur, veut faire aussi bien que son père et se lance sérieusement dans la culture du tournesol, de la gomme arabique... Il n’y a pas de ligne solide chez cet homme."

-"Un passage de votre livre suppose que les Américains auraient refusé qu’il leur soit livré par le Soudan, en 1996 déjà. Cela paraît inconcevable ?"

"C’est pourtant vrai. A l’époque, il n’était pas grand-chose, n’avait jamais tué, du moins directement. Il s’était fait une réputation, en Arabie saoudite, durant la guerre d’Afghanistan. Les services secrets saoudiens, qui avaient besoin de héros, ont magnifié des exploits fictifs. Il n’a, en fait, participé qu’à une escarmouche contre l’Armée rouge, en 1987, près de Kandahar, et encore, il a dû être évacué très vite parce que malade."

-"Quand commence-t-il sa carrière de terroriste ?"

"Dès 1998, avec les attentats meurtriers contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie, puis avec l’attaque de la navette USS Cole, en octobre 2000, dans le port d’Aden. Au Soudan, il a participé aux grandes réunions islamiques organisées par Al-Tourabi, en 1993 et en 1995, où se trouvaient sunnites et chiites. Un exploit ! La rencontre avec les chiites du Hezbollah libanais, auréolés de gloire depuis les attentats de Beyrouth au camion piégé contre les marines américains et les Français, en 1983, lui permet d’intégrer cette culture du sacrifice humain."

-"L’islam interdit pourtant le suicide."

"En effet, mais, depuis Khomeiny et les soldats martyrs de la guerre Iran-Irak, le tabou est levé. Cette réunion de deux fanatismes et de deux expériences est le fait de Hassan Al-Tourabi, dont je pense qu’il est, en fait, à cause de ça, à la genèse des attentats du 11 septembre 2001."

-"Celui que d’aucuns décrivent comme un piètre organisateur fait d’Al-Qaida un réseau très efficace..."

"Lorsqu’il fuit le Soudan, en 1996, il se réfugie en Afghanistan. Avec d’autres extrémistes, dont l’Egyptien Ayman Al-Zawihiri, puis, peu à peu, grâce à l’appui du mollah Omar et des talibans, il monte cinquante-cinq bases d’entraînement, recueille des fonds auprès de mosquées, de particuliers, d’organisations arabes. Al-Qaida roule avec 30 millions par an. Contrairement à un fantasme répandu, sa fortune personnelle est modeste. Comme tous les enfants Ben Laden (cinquante-quatre, ndlr), il touchait environ 1 million de francs suisses par an. C’est beaucoup pour le commun des mortels, mais peu pour financer Al-Qaida. Toujours est-il que 20000 à 30000 djihadistes, d’Arabie, du Maghreb, de partout, affluent dans ses camps. Ben Laden est efficace pour l’intendance. C’est un besogneux. Comme ils voient qu’ils ne pourront pas abattre les régimes musulmans qui ont trahi en se rapprochant de l’Occident, ils décident de frapper l’ennemi lointain, c’est-à-dire les Etats-Unis."

-"Et la CIA n’a rien vu venir ?"

"Non. Tout au plus craignait-elle des actions contre des intérêts américains en Europe. Ses agents auraient même croisé Ben Laden, à Dubaï, le 13 août 2001, soit moins de deux mois avant les attentats contre les Tours, sans l’appréhender... Les Américains ne veulent pas que l’opinion découvre qu’ils se sont laissé surprendre par des amateurs, dirigés par un homme de peu d’intelligence et d’envergure. C’est pourquoi, après l’opération « Liberté immuable », d’octobre à décembre 2001, en Afghanistan, et après avoir fait semblant de traquer Oussama et le mollah Omar, qui les a semés sur une moto, ils ont désigné un responsable plus crédible, Saddam Hussein. Ce qui leur donnait un mobile pour attaquer l’Irak et, comme le déclarait le secrétaire adjoint à la Défense, Paul Wolfowitz, s’atteler enfin à leur « véritable mission » géostratégique."

Ivan RADJA
Source : interet-general.info





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