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sergegrah
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LE BLOG DE SERGE GRAH POUR QUE L'AFRIQUE NE DORME PLUS JAMAIS !
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Date de création :
09.07.2007
Dernière mise à jour :
13.08.2008
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« Ma musique est un message d'Amour de Jah »

Posté le 09.07.2007 par sergegrah
Ras Goody Brown (Artiste musicien)
« Ma musique est un message d'Amour de Jah »

Ras Goody Brown, les Ivoiriens se souviennent certainement de cet étudiant devenu artiste du groupe Négromorfing au milieu des années 90. ‘’Porté disparu’’ de la scène musicale depuis bien longtemps, c’est à Vridi, au village Rasta qu’il se trouve désormais. Nous l’y avons rencontré. Sa carrière, son prochain album, ses différents projets, etc. l’artiste en parle avec beaucoup de conviction et de foi. Entretien…

Membre du groupe Négromorfing, hier, vous êtes presque porté disparu actuellement. Où en est votre carrière musicale aujourd’hui ?
Ma carrière musicale est liée à ma vie spirituelle… Lorsque nous avons sorti l’album Négromorfing, c’était déjà à la gloire de Son Impérial Majesté. Naturellement donc, les faits se sont succédés pour aboutir à ce que je suis aujourd’hui. C’est-à-dire à être au service de Jah… Ceux qui ne savent pas et qui ne me connaissent pas, prétendent que je suis « perdu ». Comment quelqu’un qui est éclairé par Jah peut-il se perdre ? Je suis sur plusieurs projets. Je prépare mon prochain album. Et mon frère Alasco DJ et moi préparons la sortie d’un autre album sur le label Negromorfing… Une compilation de toute la communauté rasta verra également le jour. En outre, une autre compilation des stars ivoiriennes du reggae avec des artistes fait partie de nos projets. Des artistes Zouglou comme l’enfant Yodé, Pat Sako, Dézi Champion, etc. qui viendront poser sur des rythmes reggae avec des rastas.

Vous vivez aujourd’hui au village Rasta de Vridi. Cela fait combien de que vous êtes là ?
C’est ici que je vis dans la Gloire de Jah. J’étais d’abord à Yopougon où notre communauté avait entrepris des démarches auprès du Maire d’alors, Monsieur Doukouré Moustapha, pour solliciter un terrain en vue de créer notre village. A l’issue de l’entrevue qu’il a bien voulu nous accorder, on a compris que nous sommes nés trop tard dans un monde trop vieux. C’est ainsi que je me suis retrouvé dans à Vridi, où je vis depuis 1999. J’ai décidé de venir vivre dans ce village afin de porter haut l’action de Rastafari… Et c’est ici qu’est né mon album Lumière.

Ras Goody Brown ne vit pas seul. Il a même des enfants. Combien sont-ils?
Je vis avec une femme et j’ai 4 enfants que Jah Rastafari m’a confiés l’éducation.

Vous êtes un rasta et ne jurez que par Rastafari. Pour vous, être Rasta, ça signifie quoi concrètement ?
Je suis Rasta depuis toujours... Etre Rasta, c’est reconnaître le caractère impérial du Christ. C’est le reconnaître sous son nouveau qui l’a révélé le jour de son couronnement. C’est-à-dire le 2 novembre 1930 en Ethiopie : Le Roi des Rois, le Lion Conquérant de la tribu de Judah… Jah Rastafari est la lumière et le Salut du monde. Il représente avant tout l’unité. Il est le Sauveur. Etre Rasta, pour moi c’est appartenir à Dieu. C’est vivre dans l’Amour.

Vous êtes bien plongé dans le rastafari. Comment vous l’avez découvert ?
On ne devient pas rasta. C’est vrai que la révélation se fait un jour, mais on naît Rasta. Je n’ai donc pas décidé d’être Rasta. Ça été un appel. Par la force du Saint-Esprit, sa présence a commencé à se manifester en moi… En classe de première au lycée municipal de Yopougon, Monsieur Bamba, le professeur d’histoire-géo a demandé de citer les différentes religions du monde. Mes camarades ont cité le catholicisme, l’islam, le bouddhisme, etc. Moi, du fond de la classe j’ai dit Rastafari. Toute la classe s’est mise à rire. Simplement parce que pour l’opinion publique, le rastafari, c’est la « folie », la ganja. En fait, tout sauf la spiritualité. Ce sont-là que des clichés que les gens projettent sur les rastas. C’est l’ignorance en fait… Car on peut bien être relié à Dieu et s’appeler Rasta. Ce ne sont pas uniquement les dreadlocks qui fondent le Rasta. Il est tout à fait possible d'être un Rasta avec des cheveux courts, comme les dreadlocks ne sont pas forcément signe d’appartenance Rasta. Rastafari est une manifestation du cœur. C’est pourquoi, notre devoir est d’enseigner aux autres ce qui est juste, car il est possible que certains ne parviennent pas à le voir par eux-mêmes.

Aujourd’hui, le rasta est vu comme un marginalisé. C’est-à-dire celui qui vit hors de la société. Pourtant il dit mener un combat. Est-ce que vous pensez que le rasta est compris ?
Mon Père, Sa Majesté Impérial Haïlé Sélassié a déjà tout fait. Il suffit que les uns et autres regardent Sa Lumière. Notre combat, c’est de nous aimer véritablement en brisant tous les pièges qui nous divisent… Le Rasta doit répandre l’Amour… Rien que l’Amour ! Et ce doit être finalement le combat de tous les Ivoiriens, de tous les Africains. Car Jah est le modèle de « l’espérance promise à l’humanité », Il est « l’espérance en la Nouvelle Jérusalem ».

Les Rasta sont nombreux en Côte d’Ivoire. On dit d’Abidjan qu’elle est la 3e capitale du reggae après Kingston et Londres. Le mouvement Rasta se développe bien en Côte d’Ivoire.
A l’école, on nous a enseignés l’histoire de Christophe Colomb, de Magellan et de tous les autres colons impérialistes. Mais on a soigneusement évité de nous parler de nous-mêmes, de notre histoire, de notre identité spirituelle et culturelle et de Notre Père qui est Jah le Rastafari. Pour empêcher que la vérité africaine soit sue. Heureusement, beaucoup de jeunes aujourd’hui, grâce au Message Rastafari portent haut le flambeau de la dignité africaine. Parmi ceux-ci, il y a Kush, Naphtaly, Kajeem, Ras Goody, etc. Ils poussent la génération consciente à prendre en main le message de Jah. De sorte qu’aujourd’hui, une grande partie de notre peuple est éclairée par le message de Son Impérial Majesté. Jah a donc triomphé, puisque ce qui a été caché aux vieillards, est aujourd’hui révélé aux enfants… Nous continuons de nous organiser. La communauté rasta de Côte d’Ivoire a un leader en la personne du frère Naphtaly et, demain, avec l’apport de tous les frères, la Lumière de Jah Rastafari va éclairer tous ceux qui vivent dans l’esclavage mental.

Souvent des Rasta dédient des titres à Marcus Garvey. Quelle importance revêt-il à vos yeux ?
C’est un point culminant de notre foi. Marcus Garvey nous a éclairé. Il nous a prouvé que nous pouvions être organisés. Il a démontré que les Blancs vivaient encore dans les cavernes lorsque les Noirs construisaient des pyramides en Egypte. Nous le considérons comme notre prophète. Marcus Garvey nous a également expliqué que si les blancs voient Dieu à leur propre image, nous devrions nous aussi voir le Créateur à travers notre regard d’homme Noir. Il nous a demandé de regarder en direction de l’Ethiopie pour trouver notre Roi et notre Dieu. L’enseignement de Marcus Garvey nous incite à nous dépasser. Il nous enseigne que nous sommes tous égaux.

Avez-vous le sentiment que votre musique contribue à faire connaître le message Rastafari ?
Je ne chante que pour louer Jah. Je suis là pour donner des vibrations positives ! Ma musique aide à faire comprendre aux Ivoiriens le message d’Amour de Jah Rastafari. A travers mes louanges à Sa Majesté Impérial, je veux donner de l’émotion, transmettre le sentiment d’Amour, de Paix, de Fraternité des Rasta.

N’avez-vous pas le sentiment que vos fans vous tournent le dos ? Car cela fait bien d’années qu’ils ne vous voient plus sur scène…
Que mes fans ne s’inquiète pas… Je sais que ce qu’on leur dit de moi peut avoir plus d’impact sur eux que ce que je peux dire de moi-même... Mais aujourd’hui, je suis en de bonnes mains. Je leur demande seulement d’écouter les messages que Jah Rastafari m’inspire… et d’avoir foi en la Divine Lumière de Sa Majesté…


(In Le Matin d'Abidjan du 12 mai 2007)



--

J'ai honte !

Posté le 09.07.2007 par sergegrah
J’ai honte


J’ai trouvé le mot
Oui honte est le mot
Honte occupe ma bouche
mon âme
mon cœur
mon souffle
J’ai honte, honte
Et honte
De cette bêtise érigée au rang d’esprit éclairé
Ces crues de poubelles installées au cœur de nos vies
Oui, chacun a son lot de bêtise par jour
C’est l’air que l’on respire aujourd’hui le mieux
Au voisin bedonnant de bêtise qui vous la passe
La contagion du temps
Quelle honte !

Oui j’ai honte, terriblement honte
De ces politiciens du ventre qui marchent sur le peuple
Ces hommes qui n’ont appris à caresser que par strangulation
Ces intellectuels de chapelle qui ne parlent qu’à inintelligible voix
J’ai honte de la brise fétide de leur haleine irrespirable

J’ai honte de cette société si vile
Cette Côte d’Ivoire qu’on ridiculise à tout vent
Et qu’on déchiquette avec délectement
Ce beau pays qui se décompose
Ce pays dont on pille l’avenir
Mon Dieu ! Où allons-nous avec ces bêtises ?

Oui j’ai honte, honte et honte
De cette guerre qui perdure dans la bêtise
Ces combattants qu’on traîne sans âme
Ce chantage-désordre international éhonté
J’ai honte de ces morts sans nom qu’on brandit tel un trophée
Ces morts sans nombre qui hantent nos nuits
De cette pluie de larmes qui ne finit pas de couler
De ce sang qui partout coule
Sur l’injustice des morts à venger dans le sang
J’ai honte de cet océan d’infini misères

J’ai honte et le dégoût me prend à la gorge
J’ai honte de ce temps de trahisons
temps de mensonges
temps de lâchetés
temps de haines
temps d’injustices
temps dégénéré
qui dégénère la vie jusque dans ses racines
Je veux crier tous les cris empaillés dans les gorges enrubannées
Je veux crier tous les cris qu’on chuchote sous les nausées réprimées
Je veux crier tout le murmure des rivières taries qui veillent nos peines
Je veux crier la justice en haillons
Je veux crier la liberté méconnaissable
Et l’écho écrira pour l’éternité la douleur de mes cris mal écoutés

Oui j’ai honte de cette lutte imbécile contre les meilleurs

Ah ! Quelle souffrance est donc la mienne !
Comment réprimer cette honte qui me meurtri ?
Le peuple n’a plus pour pitance que souffrance et douleur
Ce peuple emporté par les flots de ses larmes
Dans le silence effrayant du matin endeuillé
Mais ce silence se taira-t-il toujours
Quand frappe bruyamment la mort ?

J’ai honte de moi-même
J’ai honte de cette vie par procuration
Oui, j’ai honte
Honte de tout
Et Dieu m’est témoin
J’ai Honte

L'histoire d'Abla Pokou a été tronquée

Posté le 09.07.2007 par sergegrah
Brou Jean-Paul (Fils d’Akawa)
[b]

Vous travaillez actuellement, à l’effet de publication, sur un ouvrage où il sera question de ce que vous appelez « la face voilée » de l’histoire de la Reine Abla Pokou. De quoi s’agit-il ?[/b]
Je suis issu de la lignée de la Reine Abla Pokou (ou Ablan Opokwa) par ma grand-mère qui descend de la princesse Akwa Ama. Elle fut aussi mariée à un descendant de Houphouët Mongo qui a été le deuxième souverain à succéder à la reine. Ayant passé toute mon enfance auprès de mes grand-parents, ils ont eu le temps de m’apprendre mon histoire, l’histoire du peuple baoulé à travers celle de la Reine Abla Pokou. C’est donc par devoir de mémoire que je m’intéresse à cette histoire. Je me dois de la protéger. Mais, c’est également par devoir de vérité qu’il me faut aujourd’hui rompre ce lourd silence pour élucider l'histoire de l'impératrice du peuple baoulé.

Qu’est-ce que vous reprochez à la version connue de l’histoire de la Reine Abla Pokou ?
Dans les recherches qui ont trait à l’histoire ou à l’anthropologie, les preuves matérielles constituent quelque chose de fondamentale. Or, Abla Pokou a existé. Elle a laissé des objets qui sont aujourd’hui des preuves irréfutables, parce que vérifiables… Dans la version connue de cette histoire, on nous dit que la Reine Abla Pokou serait morte et enterrée dans le Walèbo (Sakassou). Ce qui est un mensonge et une volonté manifeste de tronquée la vérité historique, donc de falsifier l’histoire. La Reine Abla Pokou n’a jamais été dans le Walèbo (Sakassou) ni même enterrée dans cette région. N'tran'wlê y nouan par déformation N'DRANNOUAN signifie « La limite de ma demeure » et Nkawa par déformation AKAWA, signifie « je reste ici ». Ces phrases ont été prononcées par la Reine Pokou pour mettre fin à l'exode des Baoulé dans cette région. C'est donc à N'drannouan (Bouaké), avec Akawa comme chef-lieu du royaume Baoulé que la reine Abla Pokou a vécu les derniers instants de sa vie et y a été inhumée dans la forêt sacrée de Gnamônou dans le lit du cours d'eau appelée N'drahan-bah… Ce qui a été notre drame, c’est que, c’est seulement autour de 1956 que Akawa a eu ses premiers fils scolarisés. Nous n’avons pas eu très tôt d’intellectuels qui auraient pu faire éclater la vérité des faits historiques et des preuves matérielles. Moi, je ne suis pas un universitaire, mais je me suis intéressé à cette histoire par devoir. Ce sont mes parents qui m’ont légué cette situation, cette charge, cette responsabilité qu’il me faut assumer de toute façon.

Monsieur Brou, qu’est-ce qui vous amène à cette hypothèse ?
Vous savez, Abla Pokou, ce n’est pas une légende, c’est l’histoire du peuple baoulé, c’est un patrimoine historique de la Côte d’Ivoire. Il y a des traces. De même qu’on a pu connaître, à travers l’existence des pyramides d’Égypte, la vie de tel ou tel Pharaon, c’est de la même façon qu’avec le trône étatique, les sabres royaux de la Reine Pokou jalousement gardés par la famille royale d’Akawa et les textes sacrés du grand tambour lui-même sacré, on peut donner la preuve de ce que je dis et défendre la thèse que je défends.

Qui a été alors dans le Walèbo (Sakassou) ?
Pendant l’exode du peuple Baoulé conduit par la reine Pokou, il y avait à ses côtés, ses sœurs. Akwa Ama, nièce légitime et héritière du trône de la reine Pokou résida auprès d’elle à Akawa. L’une, Nan Kindé est restée dans la région de Bongouanou où elle a fondé trois villages : Agoua, Afféy 2 et Yêbouêsso. L’autre Tanoh Adjo s’est installée à Tiassalé pour fonder le peuple Elomoin. La reine Pokou, quant à elle, continua jusque dans la région de Bouaké, dans le N’dranouan où elle fonda le village d’Akawa. Vu que tout le peuple ne pouvait vivre dans le même endroit, la reine demanda à sa nièce cadette Akwa Boni d’aller s’installer un peu plus loin. C’est ce que Akwa Boni fit. Accompagnée d’un détachement de l’armée de la reine, elle fonda un village au pied d’un arbre appelé walè. C’est ce qui a donné le peuple Walèbo.

Mais, vous n’êtes ni historien, ni anthropologue, comment avez-vous pu entreprendre de telles recherches qui sont du domaine de spécialistes ?
C’est vrai que je ne suis pas historien. Ni même chercheur en rien du tout. Mais je suis d’Akawa, descendant du trône de la Reine Abla Pokou… Je sais l'intérêt que porte les Ivoiriens au culte de leurs ancêtres, à l'histoire de l'exode de la reine Pokou qui relève aujourd’hui du patrimoine culturel national. Enfant, je vivais avec mes grand-parents qui m’ont conté l’histoire de l’exode du peuple baoulé avec à leur tête la Reine Pokou. Et puis, à Akawa j’ai pu par moi-même voir des objets royaux ayants appartenus à la reine. C’est donc un devoir pour moi de protéger la vérité telle qu’elle est, sans fioritures. C’est aussi, en tant qu’Ivoirien, un devoir historique pour moi afin que les générations à venir boivent à la source limpide de la vérité libératrice et non plus du mensonge.

Avez-vous invité des historiens et autres scientifiques à venir constater sur place à Akawa ces objets royaux ?
En 1963 feu le professeur Niangoran Bouah a fait un tour à N'drannouan auprès de Yao Kouamé alors chef de canton. Bien avant lui il y eu Delafosse et Salvert Monier dans le cadre d'une étude régionale de Bouaké. Plus récemment, feu Jean-Marie Adjaffi a effectué un voyage à Akawa où il a pu constater l’existence des preuves dont nous parlons. Feu le professeur Niangoran Bouah et le professeur Jean-Noël Loucou, accompagnés du professeur Biny Kouakou et du recteur N’guessan Kouakou François ont eux aussi fait le déplacement d’Akawa. Après avoir vu ces preuves, il était question que ces professeurs fassent quelque chose afin d’éclairer l’opinion public tant national qu’international de la vraie histoire de la reine Pokou. Malheureusement, peu de temps après leur visite à Akawa, le professeur Jean-Noël Loucou m’a laissé entendre que le rétablissement de la vérité sur l’histoire de la reine Pokou peut être source de conflit qui risquerait d’embraser le peuple Akan. A partir de là, j’ai compris que quelque chose clochait. Car comment comprendre que rétablir un fait dans la vérité peut-il provoquer des conflits ? L’histoire n’est pas une porte close. On peut toujours y apporter sa contribution. Et c’est ce que nous faisons. Les preuves sont-là. On peut les contester intellectuellement si on n’y accorde pas foi, mais on ne peut pas dire honnêtement et donc enseigner à nos enfants que dire la vérité va embraser un peuple. Nous, nous allons toujours dire haut et fort, avec la caution du canton N’drannouan, que la reine Pokou n’a jamais été dans le Walèbo. Quitte à ce qu’on nous prouve le contraire.

Ne craignez-vous pas que des mains politiques souterraines entravent la marche de la vérité ?
Ce qui est aussi la vérité, c’est qu’une braise de feu ne peut pas rester longtemps cachée dans un tissu. Elle finira par sortir un jour ou l’autre. A l’époque, nos parents n’avaient pas trouvé nécessaire de dire la vérité sur l’existence des attributs royaux de la reine Pokou de peur d’être victimes de vols et de voir le site du sépulcre de la reine devenu aujourd’hui sacré être profané. Parce que, le N’drannouan avait déjà été victime de vol et de pillage. N’eut été leur vigilance et leur promptitude, nos parents auraient tout perdu de l’héritage à eux légués par la reine. Cet événement a donc obligé nos parents à considérer l’histoire de la reine comme un tabou. Mais, aujourd’hui, les données ont considérablement changé. La génération actuelle est celle qui a le plus soif de vérité et de connaissance. On ne peut pas les lui refuser.

Qu’est-ce que les Ivoiriens doivent-ils retenir aujourd’hui ?
Il faut que les Ivoiriens sachent que l’histoire de la reine Pokou n’est pas une légende. C’est une personne qui a vécu et les traces de son existence sont là pour l’attester. Il faut qu’ils retiennent également que l’histoire de la reine Abla Pokou a été tronquée à des fins politiques et au profit d’une poignée d’individus…
Par ailleurs, le Président de la République qui est historien-chercheur connaît certainement la version que nous défendons. Nous allons lui faire parvenir notre travail afin qu'il s'aperçoive au regard des preuves que nous détenons, de la manipulation qu'il y a eu autour de l’histoire la reine Pokou qui, faut-il le dire, fait partie aujourd'hui du patrimoine culturel et historique de la Côte d’Ivoire.


Au nom de la vérité


Faut-il enfin briser la glace qui, jusque-là recouvrait l’histoire de la reine Pokou d’un pudique et protecteur manteau de Noé ? Et cela, au nom de la vérité devant l’histoire. Pendant deux siècles environs un pan de l’histoire de la reine Pokou a été volontairement ou involontairement coupé. Pourquoi ? En tout cas, beaucoup d’Ivoiriens aujourd’hui se posent la question et, se la posant, montrent indirectement du doigt ces politiciens et autres intellectuels qui suscitent et développent dans l’esprit de nos parents au village, des allergies face à la vérité.
Il y a comme une espèce de complicité nationale sur les limites de ce qu’il faut dire et de ce qu’il ne faut pas dire sur l'histoire de la reine Pokou. Des scientifiques et non des moindres ont déjà donné leur version de l’histoire de la reine Pokou. Mais avec les « pièces » que Brou Jean-Paul verse au dossier, force ne serait-il à ces historiens et anthropologues de (re)poser, sur cette histoire de notre héritage culturel national, un nouveau regard ? Sans clichés politiques. Sans catalogue.
Des faits historiques dont l’authenticité a été mise en doute, ont fait l’objet de polémiques pendant longtemps. Notamment « Les manuscrits de la mer morte », « Le suaire du Christ ». Mais, la vérité a fini par éclater un jour. Sans qu’il n’y ait aucun cataclysme.
Quel est donc alors ce pacte secret sur l’histoire d’Abla Pokou ? Il est temps. Il est même grand temps que les intellectuels Ivoiriens rompent ce long et lourd silence suspect pour dire à la face du monde où la reine Abla Pokou a vécu jusqu’à sa mort. Où a-t-elle été inhumée ? Où se trouve son sépulcre ? Ceci dans un seul objectif : l’éclatement de la vérité. Et la restitution des faits de l'histoire. De notre histoire. Rien d’autre.

Au coeur de la communauté rasta d'Abidjan

Posté le 09.07.2007 par sergegrah
[i][b]
Au cœur de la communauté Rastafari de Côte d'Ivoire[/b][/i]

L'image des rastas dans notre société est celle d'un « fou » errant à laquelle on associe à tort ou à raison, la musique reggae et la drogue. Qui sont donc les rastas ? Comment sont-ils organisés dans notre pays ? Pour répondre à ces questions, Serge Grah a lait une incursion au cœur de la communauté rasta. Son enquête.

C'est au pas de course qu'il arrive à la gare sud, au plateau, où nous avons rendez-vous. Ras Julian Sopy, chargé de communication de la communauté qui doit nous conduire au village Rasta. Pas de temps à perdre, direction Vridi, dans la commune de Port-Bouët. 15 minutes. C'est le temps qu'il a fallu au taxi pour immobiliser sa course dans le sable fin de la plage. Nous sommes à proximité de l'ex Palm Beach. A côté, un autre ex-hôtel : l'Akwaba. Dont la fermeture remonte à plus d'une vingtaine d'années.
C'est le chef du village, Ras Zagadou qui nous accueille. Il nous confie que : « ces bâtiments ont été abandonnés par des italiens qui travaillaient à l'ex hôtel Ahvaba. Après leur départ, l'espace était envahi par la broussaille et servait de nid à toutes sortes de reptiles et de bandits de grand chemin. Et c'est en 1986 que Saint-Clair obtint des autorités municipales, l'autorisation de créer sur le site un centre artistique... R avait invité tous les artistes (musiciens, peintres, sculpteurs, etc.) à le rejoindre ici. Finalement, c'est nous qui avons répondu à l'invitation... ». Aujourd'hui, ajoute-t-il « les rastas ont fait de cet endroit un havre d'Amour ».
En effet, dans cette zone industrielle où le lourd bruit des moteurs accompagne le fracas incessant des vagues qui baignent la plage, on est loin de s'imaginer qu'il y existe un tel village. Les cocotiers parés aux couleurs rouge, jaune et vert et les fresques visibles sur presque tous les murs, sont là pour subjuguer le visiteur. Qui est toute suite frappé par les dreadlocks qu'arborent la plupart des habitants. Hommes, femmes et enfants. Et la musique reggae rythme toute la vie de ce petit village. Même les branches des cocotiers, dans leur balancement nonchalant, semblent être envoûtées par cette musique qui occupe tout l'espace.
Au détour d'une ruelle, un groupe de personnes reprennent en chœurs : « Rastafari... I and I... King of Kings... Conquérant Lion of tribal of Judah... Jah Rastafari ». En effet, les habitants aiment saluer, introduire ou conclure leurs propos par des formules incantatoires. « C'est une façon pour nous de toujours rappeler notre foi en Jah », révèle l'un d'eux. Ils portent pour la plupart des effigies de Bob Marley, Haïlé Sélassié et Marcus Garvey. Mais tout ceci n'est pas fortuit. Ici, les habitants appartiennent au mouvement Rastafari. Ce sont des Rasta, comme on les appelle communément. Nous voilà donc au cœur de la question. Qu'est-ce qu'un rasta ? Comment sont-ils organisés ?
C'est en 1927 que Marcus Mosiah Garvey, évangéliste jamaïcain, fervent défenseur de la cause noire, annonçait la venue d'un roi noir : « Regardez vers l'Afrique où un roi noir doit être couronné. Il sera le Rédempteur ». Le 2 novembre 1930, en Ethiopie, Ras Tafari Makonnen est coiffé de la couronne sacrée du Négusa Negast (Roi des Rois, l'Élu du Seigneur, le Lion conquérant de la Tribu de Juda ) sous le nom de Haïlé Sélassié 1er. Selon le livre sacré Kebra Nagast (Gloire des Rois), retraçant l'histoire de son antique dynastie, Sélassié est le 225e descendant du Roi Salomon et de la Reine Makeda de Saba. La prophétie de Marcus Garvey ainsi accomplie, acheva de confirmer l'Ethiopie comme la terre promise, Zion, le Sion et Haïlé Sélassié comme « le Messie noir annoncé ».Le rastafari, inspiré du nom de l'Empereur, va donc se structurer autour de cette prophétie.

Un rasta c'est donc « un adepte du mouvement spirituel qui reconnaît Sa Majesté Impérial Sélassié comme Jésus-Christ dans sa seconde manifestation... Les fondements de la culture rasta se trouvent donc dans la Bible », affirme le chef Zagadou. Et pour expliquer leur mode de vie, les rastas se réfèrent souvent au vœu de Nazarite, comme présenté dans la Bible, Nombres 6:1-21. Ce vœu, sanctifie pour une période durant laquelle l'adepte devra suivre certaines règles de vie. Celles-ci sont, pour les plus caractéristiques : ne pas couper, ni se coiffer les cheveux ; ne pas consommer de viande ; ne pas consommer de l'alcool.
« Il ne faut pas chercher les réponses en dehors de nous-mêmes... la vérité se trouve en nous. » nous dit le prêtre du village, Levi Adjano. Dans la communauté rasta, c'est un personnage central. C'est celui qui officie les cultes du Sabbat qui a lieu du vendredi soir au samedi matin. Durant cette période, le jeun est obligatoire. Tous les rastas des environs se retrouvent au village, autour du prêtre. Dans un ordre hiérarchique avec une fonction lié au mois de naissance qui part d'avril à mars. Les enfants de ces douze tribus vont se mettent à la tache pour la réussite de la cérémonie. Elle débute par une musique religieuse, le Niyabingi, faite de cantiques, rythmées par des battements de tambours. Mais avant, il faut purifier les « temples » qui ne sont autres que l'intérieur de chaque rasta, à l'aide d'un encensoir dans lequel brûle la Ganja. « L'herbe a des vertus thérapeutique, c'est une plante divinatoire. Ceux sont les profanes qui en font un vice... l'herbe éteint la bête en l'homme et allume l'esprit. Si tu ne le connais pas, n'y touche pas, si tu es un voleur, un menteur, un empoisonneur public, l'herbe t'étale... » Ces précisions faites par Ras Julian, la lecture biblique peut alors commencer. Le prêtre peut donc délivrer son enseignement concernant le Salut et la façon de prier Jah Selassié.
Ainsi, la coutume veut que la première occupation d'un rasta soit la lecture de la Bible. Certains passages de la Bible sont très importants pour les rastas. « Le deuxième exode à Babylone, et la première destruction du temple de Jérusalem est pour nous l'incarnation de notre exil d'Afrique, esclaves des Babyloniens », martèle le prêtre. Ainsi le concept de Babylone, qui est la métaphore de l'exploitation des Juifs par les Babyloniens, s'étend aujourd'hui à tous les aspects que les rastas rejettent dans notre société, comme le matérialisme, le capitalisme, l'hypocrisie, la haine, l'intolérance, l'égoïsme, etc. « Notre société a perdu les valeurs fondamentales de la nature, du respect, de la fraternité, de l'amour au profit d'une société basée sur l'argent », regrette Ras Julian Sopy. Or, continue-t-il, « Rastafari est un mode de vie qui s'adresse à tous ! Ce n'est pas exclusif à un peuple en particulier. Il s'adresse à toutes les personnes qui vivent sur cette terre. Les rastas sont des pacifistes qui cherchent toujours à promouvoir l'Amour. La recherche du pardon est aussi une aspiration majeure car personne n'est parfait au regard du Tout-Puissant. Nous sommes tous Un quelles que soient notre croyance. C’est cela le Rastafari. » Nana Kudua, le chargé de la culture ajoute que «L'amour de Rasta s'exprime à l'intérieur de nous. C'est ainsi que je le vois et que je le ressens. C'est la seule chose dont nous devrions nous soucier. En tant qu'artistes, c'est la seule chose que nous devrions exprimer. Qu'y a t'il de plus important sur cette terre ? »
Autre chose qu'on peut facilement remarquer chez les rastas : le langage. Se réclamant d'un mouvement de libération de la conscience des noires, le langage est selon eux un lieu de lutte politique et de transformation personnelle où les mots sont les armes. C'est ainsi qu'ils développent un nombre important de jeux de mots qui sont autant de façon de marquer les esprits. Ce qui tend à créer une langue propre à la culture rasta, permettant aux différents initiés de se reconnaître et de communiquer entre eux. Par exemple, l'usage du pronom et surtout du pronom I and I pour désigner le locuteur est une habitude très répandue parmi les rastas. Ils considèrent chaque personne comme étant directement éclairée par Jah. Les Rasta d'ailleurs, n'utilisent jamais le mot rastafarisme. « Nous rejetons tout le vocabulaire en isme, comme capitalisme, matérialisme, christianisme, etc. Ceux sont des mots créés par Babylone pour cataloguer les gens et établir entre eux des barrières, afin de rendre toute communication vaine, et promouvoir ainsi l'intolérance », nous confie, fier, Ras Zagadou.
Les rastas, comme on peut le constater dans le village, sont des artistes en tout genre. Au village, un site d'exposition est réservé aux divers objets d'art fabriqués sur place. Mieux, une salle de répétition avec un orchestre complet et un podium ont été aménagés. Car le il mai l'atmosphère sera électrique ici... Durant trois jours, il y aura un grand show en la mémoire de Bob Marley, le Messager. Ce sera aussi l'occasion d'inaugurer le matos qu'a offert au village John Kiffys. « C'est un grand geste que nous a fait le grand frère. Les rastas lui témoigneront toujours une reconnaissance. Et avec ce matos, nous allons pouvoir démarrer très bientôt une tournée de l'Unité ivoirienne reggae, à travers toute la Côte d'Ivoire ».
Reggae et Rastafari apparaissent si intimement liés au sein de la communauté rastafari qu'ils semblent parfois se confondrent dans la conscience des gens. Cependant, contrairement aux idées reçues, le reggae n'est pas en soi une marque caractéristique des croyances rasta, mais bien un vecteur servant le message. Le genre musical le plus proche des rastas est plutôt le Nyabinghi.
Les rastas sont végétariens. Au village rasta, la viande, les poissons sans écailles, les crustacés, et l'alcool sont interdits. Et la place de la femme dans tout ça ? « Les femmes rasta ont le devoir de s'occuper de la cuisine, de l'éducation des enfants. Il est strictement interdit aux hommes de partager leurs lits avec leur femme quand celle-ci est indisposée, elle est en ce moment considérée comme impure... », révèle le chef Zagadou.
En Côte d'Ivoire, en dehors du village, les rastas sont rassemblés au sein de la Communauté Rasta de Côte d'Ivoire. Cette association existe depuis le 13 avril 1997. Et c'est Naphtaly qui en préside la destinée.

(In Le Matin d'Abidjan du 11 mai 2007)


Je pèse des millions !

Posté le 09.07.2007 par sergegrah
Interview Antoinette Konan


Antoinette Konan, parlez-nous un peu de vos débuts dans la musique.
J’étais dans une école de sœurs à Bimbresso où il m’arrivait de beaucoup chanter. J’interprétais des chansons religieuses et des succès de cette époque. C’est ainsi que la directrice m’a suggéré d’envoyer une lettre à feu Fulgence Kassy. Lorsque je suis arrivée pendant les vacances, Ful m’a confiée à Manu Dibango qui était alors le chef d’orchestre de la RTI. Manu m’a permis de participer aux répétions avec mes aînés Jeanne Agnimel, Virginie Gaudji, Paul Nemlin, etc. J’ai pu ainsi rencontrer des stars comme Aïcha Koné, Bailly Spinto et François Lougah. J’avais tellement la musique dans l’âme que j’ai décidé d’aller à l’école de musique. Et c’est Thérèse Taba qui est intervenue pour que je puisse présenter le concours de l’INA (aujourd’hui INSAAC). (…) Je ne pensais pas que je serais encore aujourd’hui dans la musique. C’est mon père qui m’y a presque poussé. Parce qu'il a vu que j’étais vraiment mordue par la chose musicale. Le soutien de mon père a été le véritable déclic.

De Djouman en 1984 à Chants de souvenirs en 2004, c’est un sacré parcours… quel bilan personnel en faites-vous ?
Le bilan est agréable et très satisfaisant. Sur le trajet, j'ai rencontré beaucoup de personnes intéressantes… Des personnes qui ont toujours été prêtes à m'apporter un plus. Dans ce milieu, il faut savoir raison garder. Tout ce qui se passe doit être vu comme expérience. Quels que soient les problèmes qu'on rencontre, le succès qu'on a, il faut savoir garder la tête haute et froide... 20 ans c'est beaucoup, mais ce n'est rien. Parce que je considère que j'apprends encore.

Vous avez donc décidé de commémorer vos 20 ans de carrière musicale. C'est un effet de mode ? Qu'est-ce que ça représente pour vous ?
Ce n'est pas un effet de mode. Je veux simplement rendre hommage à tous les précurseurs de la musique ivoirienne qui m'ont inspiré et qui m'ont donné la force de continuer dans cette voie. Le 26 novembre prochain sera aussi l'occasion pour moi de dire merci au public qui m'a soutenu tout au long de cette carrière. Ce sera une fête de communion et d'échanges avec mes fans. Et puis, 20 % de la recette de ce spectacle sera destiné à un projet de construction de 3 villages pour enfants orphelins de guerre et du sida.

Ce sera avec joie que le public va vous revoir sur scène, parce que ce n'est pas souvent qu'on vous voit jouer…On ne m'a pas beaucoup vu c'est vrai, mais j'ai beaucoup vendu. Ça, il faut le dire… J'ai toujours été là en tant qu'artiste. Et pourtant, quand il s'agit de spectacles, on a appelé des personnes autour de moi et on m'a toujours laissée de côté. Pourquoi ? Je ne saurais le dire. Je pense qu'il n'est pas normal que j'ai suivi le parcours qui est le mien et que je sois pratiquement la même à être toujours laissée à l'écart. C'est toujours les mêmes qu'on voit… C'est un fait que je dénonce, mais ça ne me dérange pas, ça ne m'empêche pas de vivre. Parce que, même si je ne fais pas très souvent la scène, je vends beaucoup.

Après 20 ans, allez-vous donner une nouvelle orientation à votre musique ? Vous essayer aux nouveaux genres, le coupé-décalé, par exemple ?
Le coupé-décalé, non. Je vais continuer dans ma musique, parce que c'est ce qui m'a permis d'être là où je suis aujourd'hui… J'ai acquis une certaine valeur et, mon public refuse de me voir dans certains genres musicaux. Je suis donc condamnée à rester dans le créneau que je me suis tracé.

On pense que vous n'arrivez pas véritablement à décoller parce que votre musique est trop collée au terroir…
Ce n'est pas juste de le penser. Quand je sors une œuvre, j'essaie de ressortir toutes les colorations que j'ai acquises dans le milieu. Si ici ma musique donne l'impression de n'avoir pas décollé, ce n'est pas le cas à l'extérieur.

Antoinette Konan, on ne vous a pas encore entendu aborder des thèmes politiques. C'est dire que la politique ne vous inspire pas ?
Ce que je veux, c'est d'être une artiste impartiale. C'est mieux ainsi. Cette impartialité me permet de mieux voir les choses et de les apprécier à leur juste valeur… Je ne dis pas que chanter pour son pays est mauvais. La preuve, j'ai chanté l"Ode à la Patrie".

Quel est votre regard sur la musique ivoirienne d'aujourd'hui ?
Je pense qu'on aurait pu aller plus loin que ça si on n'était pas envahie par la musique d'ailleurs. L'Ivoirien doit prendre conscience que sa culture doit exister à travers lui. On doit pouvoir jouer notre musique sans complexe. Notre culture, j'allais dire nos cultures sont trop riches pour qu'on les laisse envahir par d'autres courants…Nous avons un seul et même problème, le manque de confiance en nous-mêmes. (..) Moi, je reste dans ma culture en y apportant chaque fois un plus. Lorsque je me retrouve à l'extérieur, en Europe par exemple, je suis très fière de présenter l'ahoco aux Européens, aux Américains, etc.

Pourtant le coupé-décalé, le zouglou se vendent très bien …
Mais pour combien de temps ? Pendant combien de temps vendent-ils ? Moi quand je sors une œuvre, elle se vend pendant au moins 5 ans. Aujourd'hui encore le public réclame Djouman… Mais les coupé-décalé et autres, c'est juste pour les vacances. On ne doit pas faire de la musique pour 3 mois.

Quel est aujourd'hui votre plus grand rêve ?
C'est de vivre en harmonie avec mes enfants et tous ceux qui m'aiment. Par exemple, finir ma vie avec celui qui voudra bien m'épouser… Je pense que quelque chose de merveilleux va se faire dans ma vie sentimentale et professionnelle d'ici peu. J'ai foi... Attendons de fêter mes 20 ans de chanson et vous verrez.

En plus d'être une artiste de talent, vous êtes considérée comme une intellectuelle sérieuse… c'est assez rare dans le milieu.
C'est peut-être pour cela qu'on évite de m'associer à certains spectacles… Je suis artiste. Je suis artiste sur scène. Et c'est comme ça qu'on doit me voir. Non pas en intellectuelle.

Vous qui êtes d'un tempérament casanier, pensez-vous sincèrement incarner le rôle de rassembleur dans ce milieu bouillant des artistes ?
Tous ceux qui me connaissent vraiment voient en moi cette fibre-là. Et depuis que j'ai décidé de sortir de ma timidité, de ma candeur, je mène un combat noble dans ma corporation.

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A travers la Coaf ?... Au fait, que devient cette coalition ?[/b]
La Coaf se porte très bien. Nous avons pris attache avec une société internationale qui se propose de nous offrir un centre médical. Nous sommes en pourparler afin que nos membres aient droit à des logements. N'eut été la crise que traverse notre pays, ce projet aurait déjà pris forme… La Coaf ne dort pas, elle travaille.

Votre aînée, Aïcha Koné a semble-t-il réussi à aplanir les malentendus entre Chantal Taïba et vous.
C'est tant mieux. Elle a joué son rôle et j'en suis contente.

Qu'est-ce qui clochait ? Un problème de leadership ?
Je ne sais pas… Certainement que mon franc parler à dû déranger encore une fois. J'ai créé une association et j'ai demandé à des personnes de venir. Il y en a qui sont venues et d'autres non. Celles qui ne sont pas venues ont le droit de rester là où elles sont… Les artistes qui m'ont fait confiance savent que je me bats pour elles. Et, c'est ce qui m'importe aujourd'hui. Si demain la Coaf acquiert des structures, je veux parler du centre médical, de la cité, etc. ce sera pour tous les artistes.

Combien pèse en terme d'argent Antoinette Konan après 20 ans de métier ?
Antoinette Konan pèse une centaine de millions, mais en valeur culturelle, en intelligence, en dynamisme et en initiatives. Je suis une valeur sereine.

Comment se porte le Burida ?
Le Burida se porte bien. Je demande seulement aux artistes d'être un peu plus grands et de ne pas poser des actes qui les compromettent.

Que pense faire le Burida pour Noël Dourey qui est emprisonné au Togo ?
J'ai ouï-dire que quelque chose devait être fait. Maintenant où c'en est, je ne saurais vous le dire.

Antoinette, parlez-nous aujourd'hui, la main sur le cœur, de cette relation avec feu Thomas Sankanra.
Il n'y a eu aucune relation entre feu Thomas Sankanra et moi. Il y a eu une seule rencontre. Et elle a eu lieu devant tous les chefs d'États dans la salle où je me suis produite ce jour-là. Ensuite, on m'a demandé d'offrir mon instrument de musique à feu le Président Thomas Sankanra, ce que j'ai fait avec beaucoup de plaisir. C'est tout.

Quels sont vos projets immédiats ?
Je vais devoir beaucoup voyager, et pour la Coaf et pour la suite de ma carrière.

(In Les Echos du Matin du 19 août 2004)

« Mon expression est libre et spontanée »

Posté le 09.07.2007 par sergegrah
Nadine N’dia, Artiste-peintre

Pendant plusieurs années, Nadine N’dia fait la couture. Aujourd’hui elle la pratique sous une forme artistique : « expression textile », un subtil mélange de culture dans ses œuvres picturales. L’art de Nadine s’apparente au patchwork. Mais il se détache par sa singularité. Les thèmes qu’elle aborde répondent à une nécessité de vie. Elle expose du 14 juin au 31 juillet 2007 à la Galerie Anniss’Art. Dans cet entretien exclusif, l’artiste retrace les étapes de son parcours. Elle affirme également son grand amour pour le métissage culturel, reflet de son art.

Qu'est-ce qui vous a emmené à la peinture, du moins à cette « expression textile » ?
C’est après un long cheminement… Je suis professeur d’arts plastiques et je suis venue à cet art par la mode. J’ai créé des modèles pour enfants pendant plus d’une dizaine d’années. Avec la crise du 19 septembre 2002, j’ai dû fermer parce que ma clientèle constituée en majorité d’Européens était partie… En fait, ce sont mes grands-mères qui m’ont élevé et qui m’ont transmis leur savoir : la couture, le tricot, l’aiguille, le crochet, la dentelle au fuseau, etc. Je traduis ici donc un savoir familial ancestral. C’est donc ces savoirs-là, stockés en moi, que j’ai eu besoin de réinvestir.

Vous utilisez des matériaux atypiques tels que des morceaux de pagnes…
Oui je travaille exclusivement avec des matériaux locaux qui foisonnent et qui colorent nos corps, nos rues, nos marchés, etc. Je veux parler du bazin, du pagne, du kita, du batik. Depuis 30 ans que je les observe, leur naïveté, leur absence de prétention, l’histoire qu’ils véhiculent m’émeuvent… J’ai commencé par réaliser des choses qui ressemblaient au patchwork ou qui s’en rapprochaient. Mais à la réalité, ma production s’en détache complètement.

Dans quel courant artistique vous vous classez ?
Je n’en sais strictement rien parce que je n’appartiens à aucun courant. C’est vrai que j’absorbe forcement des choses de mon environnement que je restitue. Je connais des artistes contemporains ivoiriens, j’admire leurs travaux, mais mon expression à moi est libre et spontanée. Je n’ai donc pas de réflexion par rapport à un ensemble.

Lorsque vous commencez une œuvre, avez-vous une idée précise de son aboutissement ?
Le tissu me parle, nous entrons en confidence. Ceux sont ses couleurs et ses impressions qui me guident. Je n’ai pas de réflexion consciente sur mes compositions. Ça part donc de la matière pour aboutir à l’expression de quelque chose. C’est un jeu purement esthétique.

Si vous deviez décrire votre style, quels éléments mettriez-vous en avant ?
Mes supports sont différents, mes matières sont différentes, mes liants sont différents. Moi j’utilise du tissu, du pagne, des fils et de la colle… Mais la démarche est la même, c’est juste la matière qui diffère.

Vous utilisez un matériau ordinaire, je dirai presque banal. Est-ce que cela ne dévalorise pas votre travail ?
Je pense effectivement que c’est un risque car des gens peuvent faire cette lecture… Mais je laisse chacun libre de son commentaire. Parce que de toute façon, ce ne sera pas facile d’expliquer à des gens qui ne sont pas forcément imprégnés de ce désir de réaliser quelque chose qu’il n’y a aucune importance que le matériau soit de la paille, du papier ou du tissu… Il ne faut pas que les gens oublient qu’une toile c’est aussi du tissu avec de la couleur. Il n’y a donc aucune différence. C’est vrai qu’en ce qui me concerne, le tissu est tellement familier, tellement modeste, tellement ordinaire que des gens peuvent en arriver à ce genre de remarques.

Vous êtes d’origine européenne. Mais vous avez passé 30 ans en Afrique. En quoi ce métissage reflète-t-il sur votre art ?
Je m’imprègne de l’Afrique et de son quotidien… Comme vous dites, j’ai quand même passé 30 ans en Afrique. Je pense donc que j’ai assimilé un certain nombre de choses, pas forcément ce qu’il faudrait mais des choses quand même que j’ai absorbées. Je suis persuadée que si j’étais restée dans mon pays d’origine, jamais je n’aurais été capable de faire ce travail. C’est l’environnement africain, certaines circonstances, certaines rencontres, des courants artistiques auxquels je suis restée attentive qui m’ont façonnée. Et c’est ce mélange qui, ayant mûri en moi au cours de toutes années, que je réinvestis dans mes travaux.


L’inspiration est très importante chez l’artiste. A votre niveau, Comment se passe ce processus?
C’est un processus qui est lié à une masse de besoin de ressortir tout ce que j’ai accumulé durant toutes ces années où j’ai été bloquée dans mon désir de création… Ma production n’est pas abondante parce que je mets un ou deux mois par œuvre. Les choses se passent en moi, inconsciemment. Les circonstances de la vie font que maintenant je peux les dire. C’est comme ça que je décrirai mon inspiration…

Ça vous vient-il à l’esprit d’aller à la rencontre d’autres artistes-peintres, échanger avec eux des techniques ou des matériaux ?
Il faut dire que je suis un peu trop discrète. Je travaille les œuvres que je vais présenter à cette exposition depuis pratiquement 5 ans. C’est seulement l’an dernier que j’ai osé les montrer à Monné Bou qui est un grand ami, mais en même temps mon Maître. C’est lui qui m’a remise sur les rails et qui m’a encouragée à me découvrir… J’apprécie beaucoup ce que font les artistes ivoiriens. Mais je ne pense pas du tout changer de style, j’aime énormément ce que je fais.

Vos travaux font beaucoup référence à la naissance. Quelle est la place de la maternité dans votre art ?
La maternité, c’est quelque chose qui été extraordinaire dans ma vie de femme et que je voudrais célébrer. Je le souhaite à toutes les femmes du monde… Il y a tout le côté charnel, sensuel et tout ce qui est lié à l’espoir de vie et à la vie tout court. Mais ce n’est pas forcément un thème conscient, même s’il est récurrent dans mes travaux qui s’articulent aussi autour de l’Afrique, de la graine, de la germination et de la naissance.

Annis’Art vous consacre une exposition qui est votre baptême de feu. Quelle importance cela revêt-il pour vous ? Et pourquoi avoir attendu tout ce temps ?
Je suis déjà très intimidée… Se découvrir est très intimidant. Et pourtant je dois avouer que c’est quand même très important pour moi. Parce que j’ai avec moi tout ceux qui m’ont soutenu, notamment Monné Bou, Joseph Anoma, Tamsir Dia, et surtout, la rencontre avec Annick Assémian. Cette exposition revêt donc une importance capitale pour moi.

Vous avez choisi comme thème de l'exposition, la réconciliation nationale. Vous êtes dans l’air du temps.
« Semences et germes pour la réconciliation nationale »… Simplement parce que les œuvres que je présente ont été réalisées en majorité pendant la crise que nous avons connue. Je suis restée ici parce que je n’avais pas envie de quitter le navire parce qu’il tangue alors qu’il m’a nourrit pendant toutes ces années qui m’ont procuré beaucoup de bonheur… Je me dois donc d’être honnête avec moi-même. C’est vrai que parfois j’ai eu très peur, mais il fallait résister. Et moi, j’ai résisté en réalisant ces œuvres. Et je ne regrette pas parce que c’est chez moi ici… et je ne voulais pas partir quand ça brûle chez moi. J’essaie de rendre à ce pays un peu de ce qu’il m’a donné. C’est donc pour marquer ma reconnaissance à cette terre que je fonde ma volonté de « naître » par cette exposition. Et avec la Côte d’Ivoire qui renaît.

Quelle perspective pour votre avenir artistique ?
Je n’ai aucune ambition particulière. J’éprouve simplement du plaisir à savoir que des personnes du milieu ont un regard et de l’intérêt pour mon travail. Maintenant, en termes d’avenir, je n’en sais rien. Parce que je considère mes réalisations comme une espèce de thérapie personnelle qui me fait beaucoup de bien.



Il faut nos propres solutions

Posté le 09.07.2007 par sergegrah
Ancien Secrétaire politique de l’Union-Soudanaise RDA, le bouillant Amadou Seydou Traoré garde depuis quelques temps un silence assourdissant. Rétiré dans son fief de Ouolofobougou, dans la commune IV de Bamako, il se donne désormais pour mission, à travers la maison qu’il a créée, « de restituer les pages de notre histoire ». Il nous parle ici de ses souvenirs, de son idéal politique et du rôle des jeunes dans la nouvelle Afrique à construire.


Grand militant de l’Union-Soudanaise RDA, on vous retrouve aujourd’hui hors de l’arène politique. Qu’est-ce qui a motivé ce retrait ?
L’US-RDA a été le parti libérateur de ce pays. Je ne me souviens plus de la manière dont j’y ai adhéré. Mais quand j’ai ouvert les yeux, c’était sur les questions qui me concernaient. Elles concernaient mon pays et mon peuple. Elles concernaient également les valeurs morales et sociétales que je partageais. Et puis, cette vie politique m’a apporté 3 médailles. La première c’est lorsque ma carrière professionnelle a été bloquée pendant 11 ans pour des raisons qui ne m’ont jamais été notifiées. La deuxième, c’est lorsque mon parti était confronté à la bataille du référendum de 1958 où il avait été posé aux peuples de l’Afrique de l’Ouest si oui ou non, ils voulaient aller à l’indépendance. L’US-RDA opta pour le oui, c’est-à-dire la renonciation à l’indépendance. Mes convictions ne me permettant pas de partager cette option, j’ai rendu ma démission du parti pour aller me battre dans les rangs des syndicalistes et des mouvements de jeunesse afin que le peuple malien accède à l’indépendance. Résultat, je fus révoqué de la fonction publique par mes anciens camarades… Quelques années après l’indépendance, je fus réintégré à l’US-RDA. C’est là qu’en 1968 intervint le coup d’état militaire. Je fus arrêté alors que je n’étais ni ministre, ni député ni même un quelconque conseiller. Juste parce que j’affichais un degré de conviction qui impressionnait les puschistes, je fus déporté au Sahara pendant 10 ans sans jugement. Après ma libération, j’ai repris la lutte contre le régime militaire jusqu’à sa chute en 1991. En 2002, je fini par prendre la résolution de démissionner de mon parti et de mettre ainsi fin à mes activités politiques.

Maintenant que vous vous êtes retiré de toutes activités politiques, que devenez-vous ?
Je crois que j’ai un devoir de mémoire et de vérité vis-à-vis de moi-même et vis-à-vis des jeunes maliens et africains. Mon devoir de vérité s’inscrit dans la restitution des pages de notre histoire, de nos luttes, de nos idées, de nos stratégies politiques qui me semblent encore être valables aujourd’hui… Je me suis donc investi dans l’édition et dans l’écriture. J’ai déjà publié cinq ouvrages. Pour moi écrire c’est accomplir une mission fondamentale à l’attention des jeunes. C’est vrai que des hommes et des femmes de toutes générations témoignent un intérêt attentif aux ouvrages que j’ai soumis à leurs critiques. Cependant, pour moi, le phénomène essentiel étant que l’écrivain est mortel, il peut arriver que l’écrit au moment où il paraît soit combattu et même rejeté, mais que des générations futures se l’approprient comme source d’inspiration.

Quels sont les thèmes autour desquels s’articulent vos ouvrages ?
Je prends l’exemple de mon ouvrage sur Modibo Kéita. Il a été écrit pour répondre à une insulte qui tendait à falsifier notre histoire. Il s’agissait donc de répondre par la vérité à un mensonge. Dans un autre de mes livres intitulé « Devoir de mémoire, Devoir de vérité », j’ai rassemblé les dossiers les plus controversés de notre histoire contemporaine. Ce sont des documents historiques sur la vérité desquels aucune contestation n’est possible. Cela, afin que chaque malien, chaque africain se fasse lui-même une idée claire de notre histoire africaine. Pour étayer mon propos, je vais évoquer l’exemple de la fédération du Mali. Elle a existé, puis elle a éclaté quelques mois seulement après sa création. La version généralement répandue est que les soudanais et les sénégalais ne se sont pas entendus. La vérité historique est que le Général De Gaulle, avec l’appui considérable d’Houphouët-Boigny, ne voulait pas d’une union ouest africaine. Il voulait les pays africains dispersés et chacun à la disposition de la France... Comme toujours, les versions que nous agitons sur des problèmes africains, ne sont pas africaines. Ce sont des versions qui ont pour seul objectif de maintenir le seul intérêt de la France coloniale.

Les Etats africains affichent de plus en plus clairement leur volonté d’aller à l’unité africaine. C’est quelque chose à laquelle vous croyez ?
C’est vrai qu’il y aura de nombreux obstacles à franchir. C’est d’autant plus vrai que ce projet sera combattu de l’extérieur comme de l’intérieur par ceux dont les intérêts présents et futurs ne s’harmonisent pas avec ceux des africains. Mais, malheureusement pour eux, l’Unité Africaine est inéluctable et irréversible… C’est une lutte sur le chemin de laquelle nous avons remporté des victoires et nous continuons de glaner des précieux points. Des pays existent, des nouveaux leaders proposent de nouvelles orientations, des prises de conscience s’affirment. Ce jour viendra où l’Afrique, tel Soundjata Kéita, plantera au pied du monde son Unité retrouvée.

Le rôle de la France, l’ancienne puissance coloniale, dans les crises africaines est de plus en plus dénoncé. Les peuples africains réclament de nouveaux accords, une nouvelle forme de coopération…
Une nouvelle forme de coopération entre la France et les peuples Africains va s’imposer d’elle-même. Car au bout du combat que les peuples Africains devront livrer pour leur développement économique et pour leur dignité d’hommes libres, ils triompheront des crapuleries politiques qui veulent maintenir le continent dans des crises permanentes, facteurs de fragilité politique, de désorganisation sociale, de sous-développement et de pauvreté… C’est donc à nous de dire non. Et nous le pouvons.

Il y a des évènements historiques qui apportent de la chaleur, de l’espoir et de la confiance en nous… Quels sont ceux que vous avez vécus et qui continuent de bouillir en vous ?
Au Congrès du RDA en 1946, il y avait la volonté des africains de s’unir pour défendre leurs intérêts communs face au colonisateur. Il y avait un grand enthousiasme devant cette expression de fraternité et de solidarité africaine. C’est pourquoi, je crois que tenter d’opposer les africains pour en tirer un quelconque avantage est une perte de temps. Parce que le véritable intérêt des peuples africains, ceux qui construisent les nations, c’est dans l’unité, dans la paix et dans le développement. Les dirigeants africains qui ne le comprendront pas seront effacés dans l’histoire. Mais ceux qui s’investiront dans le développement de leur pays, dans la paix et la dignité de leur peuple, resteront dans l’histoire comme des hommes de valeurs, des modèles auxquels les peuples du monde entier feront référence et s’identifieront.

Avez-vous le sentiment que les jeunes vous suivent ?
Ce n’est pas le fait du hasard. Les jeunes africains sont victimes de la privation d’information vraie. Le but, c’est de les orienter vers d’autres repères, de les amener à s’identifier à d’autres valeurs. Et ce n’est pas fortuit. C’est voulu, construit et organisé par ceux qui ont intérêt à ce que ce soit ainsi. Ils travaillent dans l’objectif que les jeunes s’ignorent et ignorent leur rôle dans leur pays. Tous ces médias occidentaux qui arrosent nos pays de leurs ondes travaillent à détourner nos jeunes des vrais enjeux africains et de leur vrai rôle au sein de leur Nation. Or, ce sont ces jeunes qui doivent penser, concevoir et agir pour leur pays. C’est sur eux que repose la vitalité de ce continent. L’Afrique sera ce qu’ils en feront. Ils sont pleinement responsables et comptables de ce que ce continent sera demain. Ce sera soit leur fierté, soit leur condamnation.

Les murs de votre bureau sont placardés de portraits de grands africains, notamment Kwamé N’krumah, Patrice Lumumba, Sékou Touré, Modibo Kéita, Thomas Sankara. Que représentent-ils pour vous encore aujourd’hui ?
Ma plus grande tristesse, c’est que les jeunes africains s’en désintéressent. Ils ne les connaissent même pas. Les occidentaux nous projettent des clichés mensongers sur nos leaders historiques afin que nous les rejetions et que nous ayons honte d’eux. Combien sont-ils les jeunes maliens, les jeunes ivoiriens, les jeunes africains qui connaissent Soundjata Kéita, Samory Touré, Chaka Zulu, Behanzin, Abla Pokou, Saraouina, Marcus Garvey, Kwamé N’krumah, Frantz Fanon, Cheick Anta Diop… ? Et que n’a-t-on pas dit sur Modibo Kéita, sur Sékou Touré, sur Thomas Sankara, etc. ? C’est voulu ainsi et c’est un crime de dimension historique contre les jeunes africains. De même qu’ils connaissent De Gaulle et ont entendu parler de Napoléon, de même qu’ils devraient apprendre à connaître, à pratiquer et à s’inspirer des grands hommes de la glorieuse mémoire africaine, ces bâtisseurs et héros de la dignité africaine. La seule connaissance de ces hommes, de leur histoire est un grand enseignement qui peut leur donner la force pour gagner tous les combats qui s’imposent à eux.

Malheureusement les valeurs morales et politiques que défendaient ces leaders ont déserté le forum politique. On assiste aujourd’hui à l’absence de conviction et de vision politique, pire de manque de patriotisme…
Ah oui ! Malheureusement, c’est le triste constat qu’on fait. Des gens sont en politique par accident ou y viennent pour se faire un nom, amasser d’immenses fortunes. Nous avons aujourd’hui une classe politique dont les intérêts sont étrangers aux préoccupations majeures des peuples… Et pourtant la politique c’est un idéal, une conviction, un amour d’un pays, d’un peuple. La politique doit être essentiellement un don de soi. C’est cela le patriotisme.

Nous sommes en pré-campagne électorale en vue des élections présidentielles d’avril prochain au Mali. Les discours des hommes politiques vous inspire-t-il quelque chose de positif pour le peuple ?
Depuis mon retrait de la scène politique, j’ai pris la résolution de ne faire aucun commentaire de la politique malienne… Et je voudrais pouvoir continuer de respecter cela. Toutefois, je souhaite que ces élections se déroulent dans l’intérêt du peuple malien.

Quel est votre regard sur la crise ivoirienne au moment où le Président Laurent Gbagbo prône un dialogue direct avec les Forces Nouvelles ?
Chez nous on dit que les brigands ont une technique infaillible. Ils s’arrangent pour installer le jour du marché la plus grande pagaille. Lorsque les gens sont occupés à résoudre ce problème, ils s’emparent tranquillement de tout ce qu’ils veulent… Les contradictions qui opposent le peuple ivoirien avec les occidentaux sont plus grandes que celles qui opposent les Ivoiriens entre eux. Ce sont eux qui tirent le plus de bénéfice de cette pagaille. Or toute atteinte à la Côte d’Ivoire est une atteinte à l’Afrique. La Côte d’Ivoire a été l’une de nos meilleures constructions dans notre histoire. C’était notre fierté… Un pays moderne, un pays où les autres peuples africains trouvaient la solution à leurs problèmes. Un pays d’accueil, de sourire, de paix et de fraternité. Que du jour au lendemain tout cela périclite et que les ivoiriens s’entre-déchirent pour des choses dont personnellement je ne vois pas le sens, est triste. Je ne vois pas pourquoi les Ivoiriens peuvent-ils être les uns contre les autres. C’est un conflit installé gratuitement dans un pays où régnait la paix. Et ça, c’est un crime, pas seulement contre le peuple ivoirien, mais contre l’Afrique tout entière… Les Africains d’où qu’ils viennent doivent soutenir ce dialogue afin que la tendance soit renversée, car depuis la période de la traite négrière, en passant par la colonisation jusqu’aujourd’hui, c’est la voix des autres et la solution des autres qui ont été imposées aux africains. La solution de l’Afrique ne s’est pas encore imposée à l’Afrique. Et pourtant, il faut bien que les Africains arrivent à être un jour maître de leur destin, de leur réalité et de leur avenir. Les Ivoiriens doivent le comprendre, surtout qu’en réalité rien ne les oppose, et qu’au contraire tous unis, la Côte d’Ivoire sera encore plus belle, plus moderne, plus vivable. Elle a pour aujourd’hui et pour demain les éléments pour l’épanouissement de toutes les communautés qui y vivent. De grâce, que les hommes politiques comprennent cela et qu’ils se résolvent à travailler honnêtement pour le retour définitif de la paix dans ce pays…


Réalisée à Bamako
(In Le Matin d'Abidjan du 10 février 2007)


Le burida est l'héritage des mes enfants

Posté le 09.07.2007 par sergegrah
Amédée Pierre (Artiste musicien)

Amédée Pierre, comment êtes-vous passé de l’infirmerie à la chanson ?
En 1958, j’étais stagiaire aux grandes endémies de Dimbokro… Et puis, il y a eu une grève pour des revendications salariales. La direction de l’hôpital décida alors de révoquer tous les grévistes dont je faisais partie. Sans emploi, mon neveu Norbert Gbétibouo m’a recueilli chez lui. Et c’est lui qui m’a offert ma première guitare métallique. Peu de temps après, il fut affecté à Abidjan où je l’ai suivi. A Abidjan, j’ai fait la connaissance de Sika Emmanuel de la radio qui a enregistré mon premier disque Moussio-Moussio. Mais, il faut dire qu’à cette époque, la Côte d’Ivoire était submergée de musiques cubaines, congolaises, nigérianes et ghanéennes. Il n’y avait aucune place pour la musique ivoirienne. C’est à partir de ce constat que j’ai décidé de donner une identité culturelle à mon pays en chantant dans ma langue maternelle.

Le fait que vous ayez perdu votre maman trop tôt a-t-il été le déclic qui vous a poussé à la chanson ?
J’ai ressenti la disparition de ma mère comme un profond choc psychologique. Mais cet évènement malheureux n’a pas été le déclic qui m’a conduit à la chanson. C’est vrai qu’on entend souvent dire, ma mère a chanté, ma grand-mère a chanté, mon arrière-grand-père a chanté, c’est pourquoi je chante aussi. Moi, ce n’est pas le cas. Dans ma famille, on ne chante pas… L’Église, la chorale et les instruments de musique qui berçaient mes dimanches ont été, si je puis le dire, le déclic.

Le duo Amédée Pierre-Christophe Digbeu ?
Christophe Digbeu et moi étions le reflet des deux chansonniers français, Patrice et Mario. Christophe était Mario et moi, Patrice. A une invitation du Président Yacé, nous faisons la connaissance d’un étudiant ivoirien. C’était le Président Bédié. On les appelait les métropolitains… Le Président Bédié s’est proposé de nous envoyer en France pour apprendre la musique. Mais à cause de ce qui se racontait sur le froid en France, qui disait-on, pouvait tuer, j’ai refusé d’y aller. Christophe, lui, est parti. Resté seul, je me suis décidé à créer mon orchestre : l’Ivoiro Star.

Quelle est l’histoire de votre pseudonyme ?
Je suis né le 30 mars 1937. Si vous regardez sur tous les calendriers, le prénom qui correspond à ce jour est Amédée. Et c’est celui que mon père m’a donné. Ensuite, lors de mon baptême, j’ai prie le prénom de Pierre. Je suis donc surpris d’entendre les gens dire Nahounou Digbeu dit Amédée Pierre. Non ! Ce n’est pas juste. Amédée Pierre n’est pas mon pseudonyme.

Mais vous avez bien un sobriquet, le Dopé National. D’où vous vient-il ?
Le Dopé, c’est le nom en bété du rossignol, un oiseau qui chante merveilleusement bien. La voix de cet oiseau envoûte toute la forêt… Ceux sont les Ivoiriens qui m’ont donné ce sobriquet… Chaque samedi, à l’époque, ils disaient : « on va écouter le Dopé au Désert », le bar-dancing que j’avais. Le Désert était un lieu où on pouvait venir écouter le rossignol. C’est après que je l’ai rebaptisé « L’oasis du Désert ».

Vous avez une célèbre chanson, Soklokpeu… Qui se cache derrière Soklokpeu ?
C’est Kragbé Gnagbé ! A l’époque lorsqu’on m’interrogeait à ce propos, je disais tout sauf ce qui en était en réalité. Je me contentais de dire qu’il fallait laisser Houphouët travailler, et patati patata. Mêmes ses tares, on les faisait taire. Aujourd’hui on parle de multipartisme, on en est heureux. Kragbé Gnagbé, lui, en avait compris le sens et la nécessité depuis. Mais à cette époque, créer un parti politique équivalait à attenter à la vie d’Houphouët. Le jour de la vérité est arrivé aujourd’hui. Et cela, grâce au petit oiseau qu’on appelle Seplou. C’est un oiseau qui par l’intonation du chant vous prévenait d’un bon ou d’un mauvais présage. C’est un oiseau qui dit la vérité et, si on sait décoder son langage, bien de malheurs nous épargnent. Et ce petit oiseau-là, c’est Laurent Gbagbo.

Amédée Pierre est-il un artiste engagé ?
Je dis que Séplou a envoyé la vérité. Je suis donc libre aujourd’hui de dire que je suis militant du FPI. Militant par profonde conviction. Sinon, avant c’était un risque énorme. C’est pourquoi pour fustiger les injustices sociales, la politique de pensée unique d’Houphouët-Boigny, etc. je prenais soins d’utiliser la parabole. Parce que nous avions à faire à un dictateur. Et comme je ne voulais pas me retrouver à Assabou, je donnais toujours une fausse explication de mes chansons.

En 1974, vous menacez d’abandonner le micro et la scène pour protester contre le fait que les droits d’auteurs des artistes n’étaient pas reconnus et payés…
L’œuvre de l’esprit doit être respectée. On ne prend pas la musique pour la jouer où on veut sans penser un seul instant que l’auteur de cette musique là a des droits. Je me suis alors dit qu’il valait mieux acheter une machette et rejoindre mon père au champ… Il y avait un certain Monsieur Troilen, du BADA (Bureau Africain des Droits d’Auteurs) qui m’a remis 7000 F CFA comme représentant mes droits d’auteurs. Cela m’a révolté. Si bien que j’ai décidé d’arrêter la musique. Le Président Gbagbo et ses amis, Zadi Zahourou, Bilé de la télévision, Gaoussou Kamissoko, Ali Kéita, etc. ont pensé que ce serait un désastre si j’arrêtais effectivement de chanter. Ils ont décidé de faire quelque chose. Ils se sont mis à écrire des articles de presse sur la question, et l’écho est parvenu jusqu’au Président Houphouët qui m’a convoqué à Yamoussoukro. Le Président Houphouët avait aussi fait venir Philippe Yacé et Laurent Fologo, qui était le ministre de l’information. Le ministre Fogolo a expliqué au Président ce que c’est que les droits d’auteurs et la justesse de ma revendication. Séance tenante, le Président Houphouët a demandé à Philippe Yacé, Président de l’Assemblée Nationale, de préparer une loi qui pour créer un Bureau Ivoirien des Droits d’Auteurs… Je voudrais aujourd’hui du fond du cœur et, au nom de tous les artistes Ivoiriens dire merci au Président Fologo et avoir aussi une pensée pour le Président Yacé. Ils ont été pour beaucoup dans la création du Burida.

Vous avez donc votre Burida. Malheureusement, depuis un certain temps, votre « maison » est en proie à de graves crises…
Lorsqu’on me demande ce que je vais laisser à mes enfants de Côte d’Ivoire et d’Afrique, je réponds, mes chansons et le Burida… Je voudrais profiter de l’opportunité que vous m’offrez pour remercier le Président de l’Unartci, Gadji Céli. C’est lui qui a réussi à rassembler tous les artistes au moment où ils se battaient par camps interposés pour le contrôle du Burida. Gadji Céli nous a tous réunis dans l’Unartci afin que nous soyons plus fort dans la lutte pour nos droits. Et je pense que depuis l’avènement de cette structure, les dissensions dont vous parlez ont considérablement baissé, si elles n’ont pas disparu… Et en ma qualité de Président du Comité des Sages de l’Unartci, je vais proposer que le Directeur Général du Burida soit désormais nommé par appel à candidatures. Car, contrairement à ce que réclament certains de mes enfants, je ne suis pas d’avis à donner la gestion du Burida aux artistes. Ça va être une catastrophe.

Quel est votre plus grand regret et quel a été votre plus beau souvenir ?
Je suis Kpohoun Gaza, la carpe qu’on ne respecte pas et qu’on jette sur la chaussée par inadvertance. Sinon, on ferait attention à moi. On ferait attention aux artistes en Côte d’Ivoire. Car, ils représentent le sel qui donne goût à la vie. Il ne faut plus qu’on considère les artistes comme des ratés qu’on peut traîner dans la boue comme on veut… A la mort d’Ernesto Djédjé, on a raconté que c’est moi qui mystiquement lui ai arraché la vie par jalousie. Pourquoi l’aurais-je tué ? Je suis son maître et, pour un maître, c’est une grande fierté de voir son élève réussir. Si je ne voulais pas de sa réussite, je ne l’aurais pas accepté avec moi. Ernesto a tout appris à mes côtés. Il était à Tahiraguhé dans son village d’où il m’a suivi avec son ami guinéen, Kanté Mamadi jusqu’à Vavoua. Après, il ne voulait plus retourner au village. Son ami et lui voulaient absolument que je les emmène avec moi à Abidjan. C’est avec moi qu’Ernesto a appris à jouer à la guitare métallique et Mamadi, la contrebasse. Quand son père est mort, il est parti à Dakar. C’est à son retour, qu’il a décidé de voler de ses propres ailes et qu’il a créé son orchestre « les ziglibithiens ». On ne peut donc pas dire que j’en voulais à mon fils au point de lui ôter la vie. Ça été vraiment ignoble de penser cela de moi ! Pour ce qui est de mon plus beau souvenir, c’est quand en 2000 la Nation ivoirienne, à travers le Président de la République, Laurent Gbagbo, m’a décoré. Ce jour là a été tout simplement mémorable.

Un hommage va vous être rendu très bientôt. Quel sentiment vous anime à ce sujet ?
C’est une grande joie. C’est pourquoi, je voudrais remercier « Awalet Art et Culture » de Mme Bekouan. Elle qui pense, à raison, qu’il ne faut pas attendre la mort de quelqu’un pour lui rendre hommage. Il faut de plus en plus d’hommage à titre costume et non plus posthume. C’est un bel exemple à toute la Nation… Il en est de même pour René Babi qui, plusieurs décennies durant, s’est intéressé à mes chansons. Au point de les consigner dans un ouvrage qui, n’eût été un problème de financement, aurait été publié depuis… Merci à Mme Bekouan et à René qui veulent désormais que les Ivoiriens apprennent à adorer en premier leur propre fétiche.


On a voulu me voler !

Posté le 09.07.2007 par sergegrah
A propos du Prix Littéraire France Télévisions Essai
Serge Bilé (Journaliste-écrivain)

Journaliste franco-ivoirien, Serge Bilé est auteur de « Noirs dans les camps Nazis » qui dévoile un aspect méconnu du drame de la Seconde Guerre mondiale : la déportation des Noirs dans les camps de concentration Nazis. Il vient de gagner son procès contre France Télévisions qui a mis ouvertement en doute le sérieux de son travail, alors qu’il était favori du Prix littéraire France Télévisions Essai. Dans cette interview qu’il a bien voulu nous accorder, Serge Bilé revient sur ce qui a été à l’origine du procès, mais surtout les raisons idéologiques que soutend l’attitude du media français. Il parle aussi dans la foulée du processus de paix en Côte d’Ivoire.

Serge Bilé, vous venez de gagner le procès qui vous opposait à France Télévisions. Quels sont les enseignements que vous en tirez ?
D’abord qu’il y a une justice et ensuite qu’il ne faut jamais s’avouer vaincu quand on estime être dans son bon droit ou quand on affronte plus fort que soi. Je me suis refusé à écouter tous ceux qui me disaient que c’était un trop gros morceau pour moi de m’attaquer à un groupe comme France Télévisions et que je pouvais y laisser des plumes, d’autant que je suis un journaliste de ce groupe. J’ai eu raison et je m’en réjouis !

C’est donc de peu que vous ratez le Prix France Télévisions Essai à cause d’une polémique autour de votre livre. Qu’est-ce qui était reproché au juste à « Noirs dans les camps Nazis ? »
Ce n’est pas une polémique, mais une magouille qui a été organisée pour que je n’aie pas ce prix. Mon livre dérangeait certains historiens qui n’aiment pas que des journalistes viennent sur leur plate-bande et encore plus sur un sujet où ils ont été eux-mêmes complètement absents. Ce livre dérangeait également quelques membres de la communauté juive qui ne veulent pas entendre parler d’une autre déportation que la leur alors que je respecte et reconnais la spécificité de la Shoah. Du coup, tous ces gens ont manigancé en coulisse pour que j’échoue. Ce prix littéraire est en fait décerné par les téléspectateurs même de France Télévisions. Or, il se trouve qu’au premier tour de scrutin mon livre est sorti largement en tête. C’est à ce moment que l’organisatrice du prix, voyant que j’étais parti pour gagner, est intervenue pour indiquer qu'il pourrait y avoir des erreurs de date et de lieu dans mon livre et qu'une expertise réalisée par des historiens allemands était en cours. C’était une façon de mettre en doute le sérieux de mon travail et d’influencer le jury pour qu’il ne vote plus pour moi et c’est quasiment ce qui est arrivé, puisqu’à la fin j’ai perdu d’une voix. Cette intervention n’était évidemment pas innocente et n’était surtout pas fondée. Le tribunal l’a reconnu. J’ajoute qu’on attend toujours la fameuse expertise des historiens allemands.

Les questions que vous soulevez semblent déranger les occidentaux, notamment les Français. Cette attitude vous parait comporter un danger ?
Bien sûr que ce sont des questions qui dérangent alors qu’elles ne devraient pas. Elles dérangent parce que les occidentaux ne veulent voir l’histoire qu’à travers leurs seules lunettes, ces mêmes lunettes qu’ils veulent coute que coute nous imposer alors que nous, nous avons notre propre façon de voir les choses. Ils avaient pris l’habitude de parler de nous à notre place et trouvent anormal qu’on veuille nous-mêmes le faire aujourd’hui, sauf qu’ils sont mal tombés avec la génération à laquelle j’appartiens qui n’a aucun complexe et qui n’a surtout peur de personne.

Comment vous est venue l’idée de travailler sur ce sujet ? Et, à quelle exigence répond cette forme d’exploration ?
J’aimerais d’abord dire que je ne suis pas le premier à avoir travaillé sur le sujet. J’ai surtout contribué à le populariser. Il y a eu avant moi des livres d’historiens sur le sujet aux Etats-Unis et un roman en France. En 1995, j’ai réalisé un documentaire sur ce thème avec les témoignages des derniers survivants africains des camps de concentration. Cela n’a malheureusement intéressé personne à l’époque, puisque pendant dix ans, ce documentaire n’a quasiment pas été diffusé. Je rappelle d’ailleurs que même la RTI qui a été la première chaine au monde à disposer de ce documentaire a mis des années avant de le diffuser. Elle a attendu que la chaine Histoire en France le fasse pour le programmer à son tour. C’est honteux pour une télévision d’un pays qui se dit indépendant ! Tout ça, parce que les responsables de la RTI de l’époque avaient été effrayés par la réaction du Centre Culturel Français qui avait refusé de projeter le film sous le prétexte que l’ambassadeur de France ne voulait pas froisser son homologue allemand. Comment voulez vous qu’on arrive à convaincre les autres si on n’arrive déjà pas à convaincre les nôtres ?

L’ensemble de vos productions tant littéraires que cinématographiques, traite de questions Noirs. Le fait que vous soyez d’origine africaine vous donne-t-il un regard particulier sur le sujet ?
Evidemment. Celui qui s’exprime le fait toujours avec ce qu’il est et de là où il est. J’estime avoir autant de légitimité que certains africanistes européens, sinon plus parfois, à parler de mon histoire. Et j’estime surtout que le regard que je porte sur cette histoire, tout en gardant une neutralité, est riche de certains éléments que des personnes extérieures ne voient pas toujours. Pour autant, le regard de l’autre m’intéresse à condition qu’il ne veuille pas s’accaparer mon histoire et m’en exclure.

Croyez-vous que l’Humanité ne s’est pas intéressée au génocide namibien juste parce que c’était des Africains ?
Oui, je le crois, et je l’ai écrit dans mon livre. Si les Européens et les Américains s’étaient émus et avaient réagi au génocide des Hereros, peut-être que l’histoire ne se serait pas répétée !

Comment les Noirs doivent-ils interpréter ce silence de la communauté internationale face à la présence des leurs, dans les camps de concentration de Nazis, pendant qu’il est reconnu et dénoncé la souffrance des Juifs à l’échelle mondiale ?
Les Noirs n’ont pas à interpréter le silence des autres, mais à s’inquiéter de leur propre silence. Le regard des autres sur moi m’importe moins que mon propre regard qui ne fera jamais dans l’indulgence et m’aidera ainsi à grandir. C’est à nous de nous approprier notre histoire et notre présent du même coup. Il faut qu’on arrête d’attendre constamment des autres. Or, sur ce plan là, nous sommes en dessous de tout. En 1993, j’avais fait venir en Côte d’Ivoire, les fameux Boni, nos frères akan de la Guyane. Ils avaient été reçus à Tiassalé. Le gouvernement avait promis par la voix de Madame Boni Claverie qu’il ferait tout pour que ce lien retrouvé ne se perde plus. Quatorze ans après, j’attends toujours. J’avais initié également en 1995 avec mon frère François Bilé des vols directs entre la Martinique et la Côte d’Ivoire persuadé qu’il nous faut, nous-mêmes, renouer ces liens avec nos cousins antillais. J’espérais qu’il y aurait une suite, qu’un gouvernement comprendrait tout l’intérêt historique, culturel et économique de créer définitivement une telle liaison qui nous ouvrirait les portes de la Caraïbe. Douze ans après, j’attends toujours ! Quand est-ce qu’on arrêtera d’attendre que des gens d’ailleurs viennent faire ce que nous devons et nous pouvons faire nous-mêmes ? Quand je pense aussi, dans un autre registre, qu’on n’a même pas une seule date en Afrique pour commémorer l’esclavage ! Faut-il attendre là encore que ce soit des gens de l’extérieur qui fixent cette date pour nous ? En 1997, un an avant la commémoration en France du Cent cinquantenaire de l’abolition de l’esclavage, j’avais incité le ministre Zadi Zaourou à faire un geste en réalisant cette statue de l’esclave libéré au rond point de l’église saint Jean à Cocody. Où est cette statue aujourd’hui ? Et dire que nous avons un président de la république qui est lui-même historien. Tout ça me désole !

Qu’est-ce qui explique, selon vous, l’indifférence des Africains sur un sujet aussi important que ce que vous révélez dans votre livre et, qu’aucun historien africain ne se soit penché sur la question ?
Les Africains se sont longtemps attachés à la seule question de l’esclavage comme étant le fait majeur de leur Histoire. Ils ont raison de lui accorder une place importante, mais l’esclavage ne doit pas prendre toute la place. Il y a d’autres faits, passés ou récents, qui méritent des coups de projecteurs, c’est le sens de ma démarche !

Vous avez également publié « La légende du sexe surdimensionné des Noirs ». Quels sont les enjeux qui se cachent derrière un tel mythe ?
J’ai essayé de déconstruire ce mythe qui plonge ses racines dans le racisme en montrant comment il a été fabriqué, comment il s’est développé, comment nous l’avons nous-mêmes adopté, et en quoi il continue de nous rabaisser. Tout part comme toujours de la fameuse malédiction de Cham. La version officielle raconte qu’il a été maudit parce qu’il avait vu son père nu. Mais pour les premiers théologiens, Cham a fait pire que ça. Il a carrément abusé de son père. Ses descendants ont été, du coup, condamnés à être non seulement esclaves, mais aussi à porter un pénis « immensément » long. C’était écrit ! A partir de là, on a affirmé, siècle après siècle, que les Noirs avaient un sexe à la place du cerveau. Un sexe naturellement démesuré ! Ça a pourri la vie de beaucoup d’entre eux comme Alexandre Dumas ou le Chevalier de Saint-Georges. Avec le temps, on a oublié la dimension raciste de cette affirmation, mais l’intention est restée. C’est ça que j’ai voulu faire ressortir, en interrogeant, au passage, pour que les choses soient définitivement claires, les études anthropologiques et médicales sur la question. Dans cette approche chronologique, je me suis également attaqué, à l’une des grandes énigmes de l’Histoire de France, l’énigme de la Mauresse de Moret. Il s’agit de cette fille noire née à la cour de Louis XIV. Je ne crois pas, contrairement à ce que disent les rares personnes qui connaissent cette histoire, que c’était la fille du roi. Je pense plutôt, à l’analyse des écrits de l’époque, que c’était l’enfant de sa femme, la reine Marie-Thérèse qu’elle a eu avec l’esclave dahoméen Nabo que certains présentent comme le masque de fer. Le plus étonnant, c’est que, malgré l’image négative qu’on avait des Noirs à l’époque, les femmes de la haute bourgeoise aimaient leur compagnie, pour ne pas dire plus. On est encore, aujourd’hui, en 2007, dans la continuité de ce paradoxe. Quand on voit comment les Noirs sont perçus même dans le milieu de la pornographie où j’ai enquêté, c’est hallucinant. Quand on voit également comment les Noirs ont été stigmatisés à l’apparition du sida, que certains ont insinué qu’ils couchaient avec des singes verts, on est dans la même logique de ce qui se colportait aux premiers siècles. N’oubliez pas ce que Voltaire avait osé dire pour expliquer l’origine des Africains : « Il n’est pas improbable que dans les pays chauds des singes aient subjugué des filles ». Tout ça fait partie du mythe. Tout ça participe de ce que j’appelle le préjugé sexuel qui n’est rien d’autre, à mes yeux, que le frère jumeau du préjugé de couleur.

A qui vous adressez-vous quand vous écrivez ? Aux occidentaux ? Aux Français ? Aux Africains ?
J’écris pour tout le monde. Mais c’est vrai que ça me touche un peu plus quand j’entends qu’on me lit à Abidjan.

Le domaine de l’histoire est considéré comme réservé à des spécialistes. C’est à vos yeux, tout le contraire…
J’estime simplement que les journalistes jouent un rôle complémentaire à celui des historiens. Nous leur ouvrons parfois des portes sur des sujets qu’ils n’ont pas ou pas assez explorés.

Serge Bilé va-t-il un jour explorer l’histoire de son pays d’origine, notamment les évènements des années 60 et 70 dans le Sanwi et dans le Guébié ?
J’ai déjà eu à évoquer ces drames dans mon troisième et avant dernier livre « Sur le dos des hippopotames ». En ce moment, j’écris un livre sur les grands empires soudanais. Ca nous concerne !

En 1992 vous êtes arrêté et conduit à la Maca pour avoir commenté à la télévision un procès. 15 ans après, qu’est-ce qui vous reste comme souvenir de cet épisode malheureux ?
Ca va vous surprendre mais il ne m’en reste que des souvenirs extraordinaires. Quand je dis ça, je ne fais pas allusion bien sûr aux conditions de détentions terribles que j’ai observées à la Maca. C’était abject. J’avais fait un article là-dessus à ma sortie de prison et j’en parle dans mon livre « Sur le dos des hippopotames ». Si je fais abstraction de ça, je peux dire que cette expérience m’a forgé. Elle m’a permis d’être l’homme que je suis. Depuis la Maca, je n’ai peur de rien ni de personne. Je me sens encore plus libre. Et puis j’ai fait là bas des rencontres formidables. Je revois Simone Gbagbo me faisant visiter la prison et ma rencontre avec Laurent Gbagbo et ses compagnons. Leur force de caractère m’avait impressionné. Bien sûr, je ne suis pas toujours d’accord avec eux aujourd’hui, mais je garde un beau souvenir de ce premier contact. Enfin, pour le journaliste que je suis, c’était intéressant de participer à un morceau de l’histoire de la Côte d’Ivoire, de se retrouver là et de pouvoir témoigner des douleurs et des espoirs que je touchais du doigt sans intermédiaire !

La Côte d’Ivoire a connu 4 ans de crise militaro-politique sans précédent. Qu’est-ce que cette situation vous a inspirée ?
J’ai comme tout le monde souffert de cette situation. J’ai essayé modestement d’apporter ma petite pierre en réunissant les plus grands artistes antillais sur le disque « Nou la épi zot ». J’ai essayé du mieux que j’ai pu d’éviter les récupérations politiques parce que pour moi dans cette affaire tout le monde a tort et tout le monde a raison mais c’est le peuple qui souffre. Je regrette seulement que les artistes antillais que j’avais emmenés ensuite en Côte d’Ivoire pour les concerts Nou la épi zot aient été si mal accueillis et si mal traités. J’ai eu honte et je vous jure qu’on ne m’y reprendra plus !

Aujourd’hui, un processus de paix est engagé, qui a vu la nomination du Secrétaire Général des Forces Nouvelles au poste de Premier Ministre. C’était selon vous la clef de sortie de crise ?
Pour moi, la clef de sortie de crise, ce sont les Ivoiriens eux-mêmes. Ce sont eux et eux seuls qui feront ou ne feront pas la réconciliation. Le jour où ils comprendront également qu’ils ont entre leurs mains le destin de ce pays, que les hommes politiques n’existent pas sans eux et qu’il faut arrêter de suivre un tel ou tel pour de l’argent ou parce qu’on est de la même région que lui, ce jour là, vous verrez, ce pays sera transfiguré.

Quel rôle souhaitez-vous pour les intellectuels Ivoiriens dans la reconstruction de la Côte d’Ivoire ?
Je souhaite qu’ils gardent envers et contre tout, leur indépendance. Ce dont nos chefs d’État ont le plus besoin aujourd’hui ce n’est pas de courtisans, mais de gens qui, arguments à l’appui, leur disent la vérité, que ça leur plaise ou non. Les intellectuels sont là pour élever le débat. Il ne faut plus en tout cas que dans ce pays un seul d’entre eux apporte à nouveau demain sa caution à des concepts aussi criminels que l’ivoirité.

Les pouvoirs publics tuent le cinéma africain

Posté le 09.07.2007 par sergegrah
Le nom de Souleymane Cissé est à lui seul une référence dans le cinéma africain. Avec plus d’une vingtaine de films et documentaires à son actif, il a été double Etalon de Yennega avec Baara et Finye et le premier cinéaste africain à être primé à Cannes en 1987 avec son long métrage Yeelen. Président fondateur de l’UCECAO, il a été élevé le 1er janvier dernier au rang de commandeur de l’Ordre National du Mali par le Président ATT.


Souleymane Cissé, vous êtes le Président de l’Union des Créateurs et Entrepreneurs du Cinéma et de l’Audiovisuel de l’Afrique de l’Ouest (UCECAO), on est alors tenté de vous demander quel est l’état des lieux du cinéma africain ?
Il va m’être difficile de faire l’état des lieux du cinéma africain. Ce que je puis dire, c’est que nous avons d’énormes difficultés tant dans la production que dans la diffusion de nos films. Nous pensons donc que les créateurs et les entrepreneurs doivent se donner la main pour essayer de sortir le cinéma africain du piège dans lequel il est. Le problème du cinéma africain est un problème de volonté politique. Nous allons beau crier, beau faire tout ce qu’on veut, s’il n’y a pas une volonté politique pour le cinéma, l’industrie cinématographique n’existera pas chez nous. Les pays africains qui l’ont compris et qui ont su donner une réelle volonté politique à leur cinéma, brillent aujourd’hui. Je pense notamment au Maroc, à la Tunisie… Si leurs productions nous font honneur, c’est parce que les dirigeants de ces pays ont très tôt compris que le cinéma est un moyen très fort pour non seulement promouvoir l’image de leur pays à l’extérieur, mais en même temps une industrie qui peut générer d’importantes devises. Chez nous, malheureusement, le cinéma est vu comme un ennemi du pouvoir, un secteur à ignorer, à museler ou à contrôler.

Quelles sont les actions que vous avez entreprises pour sensibiliser les dirigeants africains sur le rôle du cinéma ?
En créant l’UCECAO en 1997, notre objectif était de former les jeunes cinéphiles, de mobiliser et de sensibiliser les professionnels du cinéma et de l’audiovisuel, les opérateurs socio-économiques et les pouvoirs publics afin de donner un nouvel essor au cinéma ouest africain. Il s’agit de donner aux films africains, à travers cette union, une nouvelle visibilité et la possibilité de rencontrer le plus régulièrement possible son public. Pour atteindre cet objectif, la première étape de l’UCECAO a consisté à réfléchir aux moyens de regrouper, de conserver et de archiver le patrimoine audiovisuel ouest-africain. La conservation de la mémoire cinématographique est pour nous un enjeu important qui participe à la sauvegarde de la culture africaine… Or, nos archives audiovisuelles et cinématographiques sont pour la plupart stockées hors du continent, parce que les conditions offertes par nos structures ne sont pas suffisantes pour garantir leur conservation optimum. C’est pourquoi, il est absolument nécessaire que l’UCECAO travaille à la réalisation de son projet de construction du « Ja So », la Maison de l’Image. Aussi, avons-nous entrepris des démarches pour aboutir à la réouverture progressive de la plupart des salles de cinéma de la sous région. Cela constitue pour l’UCECAO un grand sujet de préoccupation. Il nous faut aujourd’hui multiplier les facilités d’accès à la culture cinématographique du grand public… A la mi-décembre dernière, l’UCECAO a organisé sa première compétition internationale de films ouest africains à l’attention des réalisateurs en herbe. L’objectif était d’encourager les nouveaux talents de la sous région et de donner la possibilité à de nouvelles œuvres d’êtres projetées. 4 films étaient en compétition et c’est votre compatriote Alex Quassy qui a enlevé le premier prix pour son film « Les bijoux du sergent Digbeu »… Nous avons installé une antenne de l’UCECAO dans chaque pays de l’Afrique de l’Ouest afin que les dirigeants, les hommes politiques, les responsables à quelque niveau que ce soit, s’intéressent à cette structure en la soutenant. Au Mali, les choses se passent plutôt bien. Notre initiative est soutenue par le Centre National Cinématographique. Mais ce que nous voulons, c’est que ce soit ainsi dans l’ensemble des États de l’Afrique de l’Ouest afin que d’une même voix, on puisse dire un jour « vive le cinéma, vive le cinéma africain ».

Ça fait quand même 10 ans qu’on ne vous voit plus vu sur les écrans… que se passe-t-il ?
Pendant 10 ans, je me suis intérieurement organisé. J’ai travaillé à la mise sur pied d’une structure sous-régionale qui puisse être pour les nombreux jeunes cinéphiles africains un espoir. L’UCECAO est aujourd’hui un interlocuteur valable entre le pouvoir, les professionnels du cinéma et les mécènes. Il fallait instaurer ce dialogue pour convaincre les politiques qu’ils ne sauraient avoir meilleurs ambassadeurs que les cinéastes… Et puis, en ce qui me concerne personnellement, je travaille sur ma prochaine production, « Nyamina Sory ». Je n’en dirai pas plus pour le moment. En général, je n’aime pas parler de ce qui n’est encore qu’un projet.

Quelles sont les innovations auxquelles vous vous attendez à la 20e édition du Fespaco prochain ?
Le Fespaco est un festival très important pour les cinéastes africains. Mon souhait est qu’il devienne incontournable dans le paysage cinématographique mondial. Mais avant tout, il faut que l’édition de 2007 soit celle de la maturité tant au niveau de l’organisation que de la qualité des films en compétition… Ce serait réconfortant non seulement pour les cinéastes, mais aussi pour le festival lui-même. Je souhaite également qu’il y ait beaucoup de jeunes créateurs. Ce sera pour moi la belle surprise et l’innovation. Sinon, ce serait vraiment dommage. Car on aura failli à notre mission.

Dans quelle catégorie allez-vous compétir ?
J’ai un court métrage qui sera en compétition… Je ne peux rien dévoiler pour le moment. Je donne seulement rendez-vous aux cinéphiles à Ouagadougou.

Un critique dans une boutade a affirmé qu’avoir vu un film africain, c’est de les avoir tous vus. Qu’en dites-vous ?
Non ! C’est juste qu’il méconnaît le cinéma dont il se proclame critique et qu’il ignore tout du cinéma africain. Il y a tellement de belles créations cinématographiques africaines qu’entendre de tels propos prouve tout simplement que son auteur est un grand ignorant… C’est vrai que nous n’avons pas les moyens d’Hollywood, mais nous avons accompli un excellent travail qu’il suffit simplement de reconnaître.

Des perspectives d’avenir ?
J’ai l’ultime conviction que le salut du cinéma africain sera dans la formation des jeunes… Il faut juste pour cela que les pouvoirs publics se décident à le soutenir.

Réalisée à Bamako
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