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LE BLOG DE SERGE GRAH POUR QUE L'AFRIQUE NE DORME PLUS JAMAIS !
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Date de création :
09.07.2007
Dernière mise à jour :
13.08.2008
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Diégou Bailly : « Je n’ai plus droit à l’erreur »

Posté le 31.08.2007 par sergegrah
Après son sacre au dernier Salon International du livre d’Abidjan (du 04 au 10 mai), le journaliste écrivain se prononce sur la suite de sa carrière et ouvre une brèche sur le métier de journaliste. Il n’est pas tendre avec ses confrères.

« Je n’ai plus droit à l’erreur »

Après vos trois premières œuvres qui sont presque passées inaperçues, vous faites "une traversée du guerrier" (sans jeu de mots) et vous obtenez le grand prix littéraire Bernard Dadié 2001. C’est un succès auquel vous vous attendiez ?
"Secret d'État", mon premier roman, a quand même connu un succès relatif, le deuxième livre, "Restauration du multipartisme" est un essai, mais là aussi, l'essai a son public. C’est surtout "La file du silence" qui a connu quelques difficultés parce que ce livre est sorti dans une période de crise. Et puis, il y a eu « La traversée du guerrier ». Maintenant dire que je m'attendais au prix n'est pas juste dans la mesure où on n'écrit pas spécialement pour avoir un prix. On a un besoin d'écrire et on écrit Mais quand on a un prix, on ne boude pas son plaisir parce que c'est quand même des lecteurs privilégiés qui ont apprécié l'œuvre... J'ai donc été tout à fait ravi de recevoir ce prix, œ d'autant plus qu'il porte le nom d'un illustre écrivain, Bernard Dadié. C'est un-prix qui me donne beaucoup plus de responsabilité. On m'attend désormais au tournant, je n'ai plus droit à l'erreur.

L’unanimité s'est, faite autour de ce livre : l'écriture est originale et sobre, l'histoire est croustillante, etc. Comment vous est-il venu l'idée d'écrire une histoire dans une histoire ?
L'histoire de ce livre est réelle. C’était en 1994, j’étais avec le cinéaste Jean-Louis Koula qui m'a demandé de co-écrire un scénario de film avec lui. Nous nous sommes retirés pendant deux jours à Jacqueville pour nous mettre au travail. Pendant qu'on écrivait le scénario, j'ai proposé à mon ami d'écrire un roman à partir du scénario du film... L'idée d'écrire une histoire dans une histoire est donc venue de cette anecdote. "La fille du diamant", le titre du film, existe bien dans le livre. Et la couverture du livre est illustrée par une image de guerre qui a été prise dans les rôles du film parce que le film a déjà commencé à être tourné. Voilà un peu comment est venu l’histoire d'entremêler les tournages du film avec un récit.

On s'en doute, "La traversée du guerrier" est un acte téméraire. Mais au-delà, que cache ce titre?
Le titre de l'ouvrage n'a rien à voir avec la guerre en tant que telle. Le titre est donné par ce jeu périlleux de Jeunes abidjanais qui consiste à traverser le boulevard les yeux bandés... Tout compte fait et en réfléchissant bien, on se demande si la vie elle-même n'est pas une traversée du guerrier. Parce qu'il est vrai que sans la foi, tout le monde va à l'aventure. Il n’y a que l'éclairage de la foi qui peut nous guider. C’est donc tout cela qui m'a orienté vers ce titre.

On entend dire que "La traversée du guerrier" est un livre très ivoirien. Qu'est-ce qui a rendu nécessaire l'utilisation de la langue nouchi dans le texte?
En écrivant le livre, j'avais l'intention de montrer les différents niveaux de langue qu’il y a en Côte d’Ivoire. Je me dis qu'une personne qui enseigne à l'université ne parlera pas le même niveau de langue à ses étudiants et à des commerçants au marché d'Adjamé. Comme le président du jury l'a dit, chaque personnage intervient dans le roman comme il est dans la vie avec son langage, son niveau d'instruction. On n'a pas besoin de travestir son langage.

Dans votre livre, vous faites dire à un de vos personnages que pour comprendre la religion, il faut avoir connu la déchéance, il faut être pauvre. Y a-t-il un rapport entre la foi et le statut social ?
Malheureusement oui ! Souvent, quand on est à l'aise, on ne se pose pas trop de questions sur la religion. Lorca, pour revenir dans le texte, tu lui aurais parlé de religion quand il avait encore l'argent qu'il ne t'aurait pas écouté. Sa déchéance l'a emmené progressivement vers la religion. Evidemment la question qui se pose est de savoir s'il faut connaître la déchéance pour venir vers Dieu. Je pense que non ! On n'a pas forcément besoin d'être pauvre pour croire en Dieu. Plutôt que d'attendre la déchéance, il vaut mieux vivre dans la foi.

Quelques semaines seulement après la sortie de "La traversée du guerrier", vous publiez "Monoko-Zohi", une pièce de théâtre. Cette place d'écrivain, vous la vouliez à ce point ?
Non… Il faut peut-être relativiser les choses. "La traversée du guerrier" est sortie en avril 2004. Mais c'était quand même chez l'éditeur depuis un certain moment. Ce qui a été directement inspiré, je dis bien inspiré, puisque c'est une relation directe de la guerre, c'est « Monoko-Zohi ». Cette œuvre a été écrite durant la période de guerre, un peu dans tout ce que nous vivons... Et comme la guerre est une tragédie, j'ai pensé que la meilleure forme, c'était de la traduire en une pièce de théâtre.

Pour beaucoup d'Ivoiriens, vous demeurez l'une des grandes plumes de ce pays. Vous arrive-t-il d'éprouver une certaine nostalgie, un certain regret depuis que vous vous êtes éloigné des salles de rédaction ?
Oui... De temps en temps, l'envie me prend. Mais je pense quand même que dans toute vie, il faut faire chaque chose en son temps. Et puis, quand je regarde la presse ivoirienne aujourd'hui, il n'y a plus tout à fait les gens de mon âge, c'est-à-dire des gens avec qui j'ai commencé. Mais le problème aussi, c'est de connaître d'autres expériences pour voir la maturité. Parce que, en ce qui concerne la presse, c'est toujours de la faire en ayant des idées mûres. C’est vrai que de temps en temps, j'ai un pincement au cœur, mais là où je suis, je sers aussi à quelque chose... La presse, c'est mon métier, je pense toujours y revenir un jour ou l'autre.

Les Ivoiriens auraient aimé avoir le point de vue de Diégou Bailly au sujet de la crise que nous vivons.
Il ne faut pas avoir une vision messianique des choses. Ceux qui animent la presse aujourd'hui le font comme ils peuvent. Il y a quand même de grands éditorialistes. C’est vrai que j'aurais apporté ce que je peux. Mais le dénouement des crises que nous avons vécues et de celle que nous vivons aujourd'hui ne dépend pas forcément de l'éclairage d'un journaliste. C'est une situation beaucoup plus complexe.

Les journalistes sont tenus pour responsables de cette crise, ils sont sur le banc des accusés…
Les journalistes ont une part de responsabilité, on ne peut pas le nier. Quand on écrit ce qu'on lit dans les journaux, les journalistes, s'ils sont des gens conscients, ne peuvent pas dire qu'ils n'ont pas leur responsabilité dans ce qui nous arrive. Lorsqu'on dit que les journalistes attisent le feu par leurs articles, c'est vrai que œ n'est pas eux qui l'allument ils ne font que l'attiser. Et quand ils le font, c'est parce qu'ils veulent que ça brûle. Ils doivent donc assumer la responsabilité de l'incendie, même si ce n'est pas eux qui ont allumé le feu. Chacun à son niveau a une part de responsabilité. Et le grand hic, c'est que les journalistes donnent l'impression de faire les choses sans conscience. Or, ce qui caractérise un homme, c'est d'assumer les conséquences des actes qu'il pose... On a choisi de faire la presse d'une certaine façon, et cette façon-là provoque des conséquences, il faut donc les assumer. Les gens jouent toujours de la duplicité. Ils se servent du journalisme pour remplir d'autres desseins. Et lorsqu'on les touche, ils pleurent en journaliste. C’est bien dommage quand on frappe un journaliste, c'est bien dommage quand un journaliste meurt. Mais encore faut-il qu'un journaliste reste un journaliste (...) Le problème de la presse pour moi, au stade où nous sommes arrivés, est d'abord économique. C’est un secteur qui, sur le plan économique, ne peut retenir le personnel, c’est un secteur qui n'est pas rentable. A partir du moment où il n'est pas rentable, les journalistes qu'on forme n'y restent pas. Quand on forme un journaliste et qu'il émerge, un secteur plus rentable le happe. On le retrouvera comme chargé de communication dans une structure privée ou dans un cabinet ministériel. Ainsi, ceux qui devaient servir de référence, de modèle, ne sont pas là. Finalement, c'est un perpétuel recommencement. Aujourd’hui, tous les gens de ma génération qui aurait pu rester dans la presse, être des éditorialistes, n'y sont pas. Or, un métier, c'est certes le talent, mais c'est surtout l'expérience... Il faut donc stabiliser économiquement le secteur de la presse. Tant qu'on ne l'aura pas fait, tous les efforts de formation tomberont toujours à l'eau.

Certains intellectuels ivoiriens ont récemment décidé de ne plus parler. Quel est votre point de vue sur cette opinion qui tranche le rôle des intellectuels ?
Sur cette question, chacun a son approche. Peut-être vaut-il mieux se taire pour parler après ? Moi, j'estime que j'ai encore envie de parler donc je parle. Il faut dire son fait. Je pense qu'un écrivain, un intellectuel, sait dire son fait quelle que soit la situation. Nous devons prendre le risque de parler même quand on ne nous écoute plus. Toujours prendre le risque de parler pour ne pas se taire. Parce que le silence peut être interprété de plusieurs façons : comme la complicité, comme l'indifférence. Or, si tu parles, on ne pourra qu'interpréter ce que tu dis. Mais avec le silence, tu laisses la porte ouverte à beaucoup de choses.

Serge Grah
In Les Echos du Matin du 22 mai 2004.



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Banny et sa béatitude mortifère

Posté le 31.08.2007 par sergegrah
Que devra retenir notre Histoire récente de ces hommes politiques qui hantent notre période indécise et tumultueuse ? Le point commun de ces personnages qui voudraient que leur soit reconnue une dimension grandissime ? Ils se sentent bienheureux ! Bienheureux de vouloir nous persuader à quel point notre avenir sera radieux dans une Côte d'Ivoire sans foi ni loi, un Etat sans Etat. Un pays où n'importe quel gougnafier peut se permettre à loisir, n'importe quoi pourvu qu'il brandisse le magistère "1721"... Mais, une petite chose tout de même ternit leur unanime béatitude : les Ivoiriens se refusent à baigner dans la stupide euphorie "1721" qui remplît leur vie ardente de politiciens sans coffre.

Ces messieurs invitent la Côte d'Ivoire, le pays des "fiers Ivoiriens", à s'offrir au "Nouvel Ordre" qu'ils prônent. Pour eux, la marche vers " la paix " est conditionnée par la négation des Institutions de la République, érigée au rang de vertu démocratique. Que cette négation rime avec mépris de la Nation n'incommode en rien ces hommes installés sur leur pro¬montoire d'où ils regardent avec une indifférence diabolique les souffrances des Ivoiriens.

Ils pensent que le peuple ivoirien a tort d'ignorer leurs régulières diatribes contre les Institutions qui fondent leur existence même de leaders d'organisations politiques. Et que leur attitude inutilement irrévérencieuse fasse le lit de lendemains incertains et obscurcisse l'horizon de la Paix, ne choque en aucune manière notre aréopage distingué. Cependant, la pente vertigineuse sur laquelle ils sont désormais accrochés est mortifère. Ils en meurent petit à petit. Car face au Président de la République, légitimé par un peuple ave-; lequel il se confond, un chef d'Etat que ni le " Grand" Houphouët, encore moins le scandaleux Chirac, n'ont réussi à impressionner, les promoteurs du désordre ivoirien ont décidé de procéder par provocation. Immonde insouciance ! On retrouve dans cette bouillabaisse, toute la clique des mêmes jouisseurs politiques.

Mais, et c'est là que le bât blesse, ces individus qui crient à la démocratie sont ceux-là mêmes qui font chorus avec le vieux corrézien pour empêcher l'organisation des élections en Côte d'ivoire. Voilà donc des hommes politiques qui, profitant de la complicité moralement et politiquement condamnable de la France, veulent condamner la Côte d'Ivoire à leur triste et petite personne. Drapés qu'ils sont de leur inculture, les Ivoiriens les ont pris, cette fois-ci, la main dans le sac, sous leur vrai visage. Laissant découvrir toute la laideur de leurs ambitions mal contenues.

Parmi ceux coutumiers du fait, le désormais inénarrable Banny. Posons-nous ces quelques questions, somme toute, légitimes au regard des faits troublants qui démontrent toute l'absurdité dans l'application de la "1721" dans laquelle s'enferme inexorablement le prince de Morofè... elles ont certainement été posées auparavant sans peut-être qu'on en ait mesuré l'importance. Alors reposons-les plus tranquillement : que pensait pouvoir gagner Banny dans la défiance au chef de l'Etat ? De quelle onction se réclame-t-il pour se permettre de tels agissements ? Pourquoi pense-t-il que le Président de la République doit requérir son avis avant d'agir selon l'autorité que lui confère la Constitution ? Et puis, en quoi nom¬mer ou révoquer des Directeurs généraux gène-t-il sa feuille de roule au point de l'empêcher de l'exécuter ? Les provocations, même les plus puériles, ont quand même des limites ! La preuve, elles se sont transformées en un jeu malsain pour terminer en agression gratuite inacceptable. Mais pour Banny, l'essentiel était de tâter l'adversaire, voir sa capacité de réaction. Et vlan !

La claque a été à la hauteur de l'outrecuidance. Et ses appels au secours à la France chiraquienne lui sont revenus en écho assourdissant. Banny se rend donc à l'évidence que les intrigues politiques et les desseins inavoués de ses amis et lui ne pourront jamais prospérer devant l'aspiration légitime à la Liberté, à la Paix et au Développement du peuple ivoirien. Car conscient qu'aucun pays au monde, sous le juron de la France, n'a pu décoller ni économiquement ni politiquement. Si les pays dits " dragons d'Asie " avaient été des ex-colonies françaises, ils seraient aussi miséreux que le Burkina Faso, le Mali ou le Niger. La coopération française, sauf pour ceux qui souffrent d'une cécité chronique ou d'une mauvaise foi clinique, n'entretient que la pauvreté, la misère, les coups d'Etats et les guerres civiles.

Aujourd'hui, à la grande joie du peuple, Gbaguo a marqué son territoire, contrant une fois encore, cette énième tentative de déstabilisation de son pays. Cette réaction, fort à propos du Président, a permis de voir - pour ceux qui en doutaient encore - jusqu'où peuvent aller les fourberies de Banny... En effet, pour avoir goûté aux délices du pouvoir, il se donne des aires de Président. Et ce, obnubilé par les fantasmes de ses pseudos pouvoirs onusiens, qu'il croit pouvoir utiliser comme sésame pour se retrouver à la Présidence... Le voilà qui rêve de tirer des dividendes politiques de l'enlisement de la crise... C'est donc pourquoi, depuis qu'il a été imposé comme Premier Ministre en Côte d'Ivoire, tel iznogood le grand vizir, il n'a eu pour unique ambition et pour seul projet que de devenir président à la place du Président. Son échec lamentable était donc programmé.

Tout tourne finalement autour de la prise du pouvoir par Banny et ses alliés de circonstance, convertis en opposants d'apparat, sans passer par les élections. Ils se complaisent dans des insubordinations et autres médisances faute de projets crédibles à soumettre au peuple. Ils se perdent dans des verbiages nés des discours creux sur les résolutions onusiennes, sur l'identification et sur l'ivoirité, un néologisme incompris de ses auteurs eux-mêmes. Avec Banny, nous faisons le triste constat que la quête du pouvoir rend aveugle. De cette cécité, il développe un misérabilisme politique qui n'est rien d'autre que les mamelles de la médiocrité. Comment sont-ils "tous administrativement coupables " sans le chef du gouvernement ? Bien sur, lui, c'est le "sage des sages ". Il ne peut donc avoir fauté. Il faut donc servir au peuple une Commission d'enquête, véritable moulin à vent, qui doit justifier la "bannïsation" de l'Administra¬tion ivoirienne. Pour les besoins de la cause...

Son rôle, on le voit, est aussi incohérent que son incapacité à analyser les événements avec un sens de responsabilité et d'équité. S'il est vrai que nous sommes tous pour une justice impartiale, nous refusons cependant ce flou artistique dont le seul et unique objectif est de brouiller les pistes afin de protéger les vrais coupables tapis dans l'ombre... Où est donc sa vision de la morale et de la justice, quand il n'ose souligner cette grave tragédie des déchets toxiques que par cynisme ?

Ceux qui l’ont côtoyé de près sans perdre leur lucidité, savent que le Primus cher à Chirac présente une grosse tare : un égotisme stupide ! C'est un homme d'apparence enjoué qui est profondément sinistre. Nous assistons avec lui au retour de l'ego pur et dur. A l'émergence d'un tribalisme corrosif et pernicieux. Aucun Ivoirien n'est donc surpris que Banny se soit ainsi installé dans l'opportunisme et le sectarisme... Son attitude face au Président Gbagbo n'est finalement pas différente de la condition de Sisyphe qui arpente imperturbablement sa falaise escarpée, poussant sa pierre qui retombera systématiquement de toute façon !

Il est encore temps d'éviter de sombrer dans un autre chaos. Pour cela, il faut s'efforcer de tenir à distance la diabolisation des uns et des autres, en refusant aussi bien les fondamentalismes et leur prosélytisme que les amalgames et les stigmatisations inutiles. Et surtout montrer qu'on peut sortir de la lecture de défiance pour analyser sans parti pris, la crise politique que traverse notre pays. La marche du peuple vers la Paix a résolument commencé. N'en déplaise à la France, au GTI et consorts. C'est le sens de l'histoire. C'est le sens de notre Histoire. Et le compte à rebours est irréversible.

In le Temps N° 1088
du 6 décembre 2006.

Alpha Blondy : La confusion idéologique

Posté le 31.08.2007 par sergegrah
Après la sortie la de sort son album «Yitzhak Rabbin », Alpha Blondy a rempli seul la scène de l'actualité musicale. Ce n'est pas une surprise ! Tout le monde est d'accord pour reconnaître à Alpha Blondy son talent, son génie créateur qui ne laisse personne indifférent. C'est vrai. C'est d'autant plus vrai que tous les spécialistes du genre et les férus du reggae ont d'une même voix reconnu la qualité thématique et musicale de cet album : «Yitzhak Rabbin». Alpha Blondy est donc sans conteste un leader d'opinion. Et pour nous un leader d'opinion doit avoir une idéologie claire, une conscience claire des problèmes qu’il pose et de l'Histoire du peu¬ple auquel il appartient. Un leader d'opinion doit être également un phare, un éveilleur de conscience.

Et c'est là que se trouve notre inquiétude… Alpha Blondy semble être obsédé par Yitzhak Rabbin, Jéru¬salem, et les douze tribus d'Israël, c'est-à-dire l'Histoire, la mémoire du peuple juif. Cette obsession de la mémoire juive, hélas, laisse dans l'oubli la mémoire africaine, l'épopée de la grande douleur, la souffrance non seulement des Noirs d'Afrique mais de ceux de la diaspora. Ce qui laisse à penser que l'Afrique manque cruellement de modèles à enseigner à. sa jeunesse, à ses fils. Sinon pourquoi se donne-t-il tant de mal à ressusciter Yitzhak Rabbin ? En quoi Yitzhak-Rabbin et Israël sont-ils des réponses à nos multiples questions à l'orée du troisième millénaire ?

Cette fascination d'Alpha pour le peuple juif et partant pour la race blanche va jusqu'à la confu¬sion grave des symboles : c'est un bébé blanc à genoux qui regarde et surveille le monde, l'univers. Explication : Alpha Blondy veut briser les barrières raciales.

Le monde étant dominé par les Blancs, ne serait-il pas mieux de briser cette barrière, plutôt cette domination par un bébé noir ? Briser les barrières raciales, lutter contre le racisme, c'est un noble combat. Mais Alpha ne pense-t-il pas qu'inconsciemment, en prenant un bébé blanc sur sa jaquette il se fait l'instrument de la domination occidentale en renforçant le complexe d'infériorité si ravageur dans la conscience des peuplés africains, un peuple qui n'est pas encore guéri des traumatismes de l’esclavage, de la colonisation et de la confiscation du contenu national et historique de nos indépendances ?

Les questions des « guerres civiles, tribales, ethniques », les questions de nos « imbéciles qui ne changent pas », de nos « indépendances confisquées par une armée étrangère sur notre territoire souverain », est-ce en Israël que nous devons chercher les réponses ?

Nous pensons qu'il eût été bénéfique pour l'éducation politique et idéologique des jeunes Afri¬cains que le Grand Jah Alpha Blondy mette son génie créateur au service de la grande Mémoire Glorieuse de l'Histoire de l'Afri¬que. Car combien sont-ils ces jeu¬nes Ivoiriens, ces jeunes d'Afrique qui savent qui sont Soundjata Kéita, Sanory Touré, Chaka Zulu, Behanzin, Ablah Pokou, Sarraouina, Marcus Mosiah Garvey, Kwamé N'Kruma, Frantz Fanon, Cheick Anta Diop ?

L'image du bébé blanc qui regarde le monde n'a-t-il pas plus d’impact négatif sur la conscience que la présence de l'armée française sur notre territoire ? Dans la logique de notre vraie indépendance et de nôtre identité, il aurait fallu qu'Alpha apprenne aux bébés noirs à regarder le monde, à rechercher leur identité, à avoir foi en leur génie créateur, à aimer leur histoire.

Pourquoi c'est seulement un bébé blanc qui peut briser les barrières raciales et non un bébé
noir ? Il faudrait alors qu’Alpha invente un bébé incolore pour ren¬dre son explication crédible. Parce que lutter contre le racisme ce n'est pas nier l'existence des races. Sinon pourquoi voit-il les militaires français comme des Blancs et non comme des Noirs, comme dos Ivoiriens ? Ces symboles là doivent donc avoir une signification claire, et • non des justifications floues et incohérentes.

Aussi sa somptueuse villa décorée de statues en or, la chaîne de taxi-Mercedes, peuvent-elles passer pour une quêté personnelle de fortune, ce qui est son droit. Mais là où le bât blesse, ce sont les fils d'or avec lesquels il tresse ses cheveux. Cela dépasse les limites de cette quête de fortune et prend le chemin de l'extravagance, de l'exhibitionnisme. Si Alpha a de l'or à ne pas savoir qu'en faire, pourquoi ne créerait-il pas une Fondation « Alpha Blondy » pour rester dans le symbole : venir au secours des enfants de la rue, des orphelins et de tous les jeunes d'Afrique démunis, déshérités qui l'admirent tant.

Pour faire avancer l'Afrique, il est besoin qu'Alpha ait une idéologie claire, une conscience claire des problèmes africains et du combat à mener pour une Nouvelle Afrique.

Et tout comme lui, les autres musiciens, les écrivains, les peintres, les journalistes, les enseignants, les hommes politiques, tous ceux qui prétendent parler au nom du peuple doivent éviter de produire de fausses idéologies afin de ne pas égarer le peuple et l'induire en erreur. Ils doivent avoir une conscience claire pour élucider la conscience du peuple.

Car enfin, il ne s'agit pas de donner des leçons, de critiquer, mais de clarifier les valeurs essentielles qui doivent répondre aux nouvelles questions de l'Homme Africain, de la Jeunesse Africaine.

In Ivoir’soir n° 1751
du 29 mai 1998

Des intellectuels cautionnent notre dépendance

Posté le 31.08.2007 par sergegrah
Du 7 au 10 juin 2006 à Abengourou, s'est tenu un colloque sur « La Paix pour un Développement Durable ». Si l'initiative est louable, il a manqué aux panélistes le courage intellectuel pour éclairer les Ivoiriens sur ce qui entrave réellement le développement de leur pays et empêche la paix. On peut être d'accord sur le respect de l'environnement, la culture de paix, la démocratie, le respect des Droits de l'Homme, etc. Mais mettre ces propositions - en ce qui concerne notre pays - comme condition sine qua non du Développement et de la Paix semble particulièrement pervers.

C'est Vrai que formellement, le principe de « la Paix pour un Développement Durable » est séduisant. C'est d'ailleurs cette qualité que les initiateurs du colloque ont utilisée à outrance. Pour nous faire admettre qu'on peut concilier la croissance économique, la démocratie et la Paix avec la dépendance. Une telle conception est une véritable escroquerie morale et politique, doublée d'une aberration économique.

On ne peut parler de « Développement Durable » que dans un environnement politique indépendant, dans un système économique et monétaire souverains. Le faire autrement, c'est élaborer un modèle idyllique dont l'unique objectif est de saper l'ardeur combattante des patriotes ivoiriens. Qu'un discours sur le développement fasse fi de notre situation de « département français » et fonde son raisonnement sur des a priori, est une vision mécaniste de notre réalité socio-économico-politique.

Pour qu'on demande aux Ivoiriens ou qu'ils soient de monter à bord du « train de la paix », il serait honnête qu'on réalise d'abord le réseau ferroviaire. A moins qu'il ne s'agisse purement et simplement d'une mystification franco-rebelle voulue et à entretenir. A quoi sert-il de gémir « Paix et Développement » si les moyens pour y parvenir sont superfétatoires ? Ce qu'il faut pour mettre fin aux souffrances des Ivoiriens, ce ne sont pas des théories dominicales, mais des actions. Or la seule capable de mettre fin à ce qui fait couler notre sang et verser nos larmes c'est bien notre indépendance politique et économique. Mais quel intellectuel sérieux rappellera-t-il que nos « amis » chiraquien ruinent notre pays par leur mafia néo-coloniale ? Qui dira que notre état de sous-développé n'est pas une fatalité, mais un objectif politique et économique de la France ? Qui exposera donc les vraies raisons de cette guerre qui déchire notre pays ? Derrière ces affrontements et ces manipulations ethnico-politico-régionales, ne se trouve-t-il pas encore et toujours la logique françafricaine ? Le souci d'aller à ce « Développement Durable » justifie-t-il qu'on laisse la France se comporter comme elle le fait chez nous ?...

Aucun pays au monde n'est encore devenu développé en restant dépendant et guidé par un autre pays qui n’a pas du tout intérêt à ce qu’il soit dans un environnement de paix et qu'il se développe. Nos éminences grises ont passé 4 jours à inventorier les facteurs qui seraient caractéristiques du sous-développement, sous-entendant qu'il suffirait de surmonter les problèmes de la démocratie, de la pauvreté, des Droits de l'Homme, des dettes, d'avoir une croissance à plusieurs chiffres, etc. pour que les portes du développement s'ouvrent comme par miracle.

Un pays peut être aussi riche que possible, avoir toutes sortes d'infrastructures modernes, mais si sa structure économique et politique reste asservie à un système dont lui-même ne contrôle pas les données, on ne parlera jamais d'un pays développé, ni indépendant. La Côte d'Ivoire souffre énormément de sa dépendance vis-à-vis de la France. Chaque année, les Français retirent royalement au moins 5 fois ce qu'ils investissent... « Tous les secteurs clés de ce pays sont entre les mains des filiales de sociétés françaises : pétrole (Total), électricité-eau, (Bouygues), travaux publics (Bouygues, Vinci, Setao, Colas), transports maritimes (Bolloré), ressources naturelles (Bolloré, Castel), télécommunications (France telecom), finance (La Générale, Crédit lyonnais, BPN-Paribas). Ces groupes français détiennent 27% du capital social des entreprises ivoiriennes. »

Des superprofits qui se démultiplient au détriment des conditions de vie du peuple ivoirien. Dans cette logique, il vaut mieux reconnaître que notre sous-développement dépendant conduira toujours à un développement du sous-développement au profit des Gaulois. Ils n'ont cure des Droits de l'Homme, de la démocratie encore moins des massacres des populations, pas plus aujourd'hui en Côte d'Ivoire qu'hier au Rwanda et ailleurs en Afrique.

Il faudrait peut-être le rappeler aux spécialistes du « Développement Durable »... 4 ans que la Côte d'Ivoire souffre d'une guerre stupide qui la ramène 20 ans en arrière, simplement parce qu'elle a voulu organiser son développement. En mettant en concurrence des offres françaises et les autres investisseurs étrangers. C'est ça son crime ! Nul n'a donc besoin d'être un économiste ou politologue sorti de Harvard pour comprendre que la « Paix pour un Développement Durable » dans un système de dépendance politique, économique et culturel n’est rien d’autre qu’un leurre, une grosse farce dont le seul et unique objectif est d'occulter les vrais problèmes pour justement éviter de les poser...

Notre sous-développement n'est pas une chose qu'on a trouvée, comme on aurait découvert le pétrole, mais une conséquence de l'exploitation mafieuse de notre pays par la France. Si nous sommes encore en proie à ces désordres qui handicapent notre développement, c'est bien parce qu'il y a des choix contestables qui ont été faits en amont. Notamment les accords léonins de coopération qu'Houphouët a signés avec la France et qui nous valent aujourd'hui d'être un pays « néo-colonisé », voire un « territoire français ». Ce sont donc ces choix qu'il faut dénoncer. Briser d'une même volonté déterminée le dogme de pré carré de la France. Toute autre démarche est pure spéculation.

Si le colloque d'Abengourou a évité de poser les questions qui fâchent, et qui vont à rencontre des intérêts de la France, c'est bien parce que son but était ailleurs : nous éloigner du vrai combat pour notre libération totale.

Passer sous silence les implications néocoloniales de notre situation actuelle et tenter de faire croire qu'on peut passer du sous-développement au « Développement Durable », à l'indépendance et à une dignité nationale sans pour autant éliminer les raisons et les mécanismes qui déterminent cet état de fait. En effet, les organisateurs et leur soutien gouvernemental s'obstinent à diffuser et à promouvoir ce genre de mythes juste parce que ça leur rapporte gros. Rien de plus.

Nous croyons qu'une autre Côte d'Ivoire est possible et même nécessaire ! Et il faut la construire dès maintenant. Mais par pitié, ne commettons pas l'erreur de le faire avec les matériaux d'un passé que nous ne voulons plus, et qui de toute façon n'est pas viable. Un tel édifice ne peut que s'écrouler avant même son achèvement, entraînant un nouveau naufrage, un second drame, une autre tragédie. Tous les Ivoiriens veulent la Paix. Ils veulent relancer leur économie... Mais ils se refusent de trahir ces nobles idéaux en les rassemblant sur un slogan cosmétique aussi vide de sens que piégé, tel celui d'Abengourou.

En définitive, les inconditionnels de Banny ont juste trouvé à travers ce colloque, une tribune d'auto-promotion du Premier ministre qui voulait s'entendre parler et pouvoir compter sur ces relais de notre sous-développement... Il faudrait alors plaindre ces intellectuels dont on ne saurait douter du sérieux, qui se sont jetés à corps perdu dans ce folklore. Ils en sont venus à s'inventer de bonnes raisons pour persévérer dans cette misère. Comme dit le proverbe : « Quand deux esclaves se rencontrent, ils disent du mal de la Liberté. Ils racontent que la Liberté est dangereuse et la servitude enviable. » Pauvre de nous ! Que Dieu nous garde !

In Le Temps N° 953 du 24 juin 2006.

Ne cautionnons pas la guerre

Posté le 14.08.2007 par sergegrah
Interview Zreik


Docteur Zreik, vous avez reçu le Grand prix littéraire Bernard Dadié 2002 avec « La rose des vents », votre premier roman. Quel souvenir vous reste-t-il de ce moment-là ?
Il faut avouer que j’en garde un très grand souvenir. C’est un grand moment de ma vie, ces moments intenses qu’on ne peut oublier. J’ai été heureux de recevoir le prix Bernard Dadié. Pour un grand amoureux du livre, de la lecture et de l’écriture, cela ne peut être qu’un très grand bonheur.

On voit très bien que le sens de l’écriture vous habite. Mais à quand remonte ce besoin d’écrire et comment le justifiez-vous ?
Le besoin de lire m’a toujours accompagné. Et cela, depuis ma plus tendre enfance. J’ai toujours aimé les livres. Dès que j’ai un petit moment, je rentre dans un livre. Par la suite le besoin d’écrire est apparu. Assez tôt, j’avais décidé d’écrire un roman, mais mes études médicales ne m’ont pas permis de me consacrer à ce projet. Car, ces études demandent beaucoup de temps, beaucoup de patience. Ce n’est que ces dernières années, en me libérant un peu de ma profession médicale, que j’ai recommencé à écrire. Je travaille actuellement sur mon deuxième roman. Il est quasiment terminé.

Vous êtes médecin, vous faîtes une incursion dans l’écriture. C’est une volonté de vouloir soigner les âmes par la littérature ?
J’aime le livre par nature. Je suis devenu médecin par profession. Je suis un médecin qui aime lire et écrire. J’aime ma profession médicale, elle me permet de rester dans l’humanisme et de, comme vous le dîtes si bien, soigner le corps et parfois l’âme des gens. La littérature aussi peut aider à apaiser les âmes.

Pour vous, Docteur, qu’est-ce qu’un grand écrivain ?
C’est difficile pour moi de répondre à cette question. Je ne suis pas un professionnel des lettres. Mais toutefois, je peux dire qu’un grand écrivain, c’est sûrement quelqu’un qui a su exprimer d’une manière exceptionnelle toutes les choses simples qu’il a ressenties au cours de sa vie.

En tant qu’écrivain aujourd’hui, de quelle mission vous sentez-vous investi ?
Je crois que les intellectuels ont un grand rôle à jouer dans notre monde. Celui de rappeler aux hommes qu’actuellement l’aventure humaine est en pleine dérive. C’est vrai que nous avons l’impression de prêcher dans le désert, mais nous devons continuer. C’est une bataille que nous ne devons jamais qualifier de perdue d’avance. Il faut continuer à se battre. Et, dans cette épreuve très violente, où on ne sait plus, dans quel sens part le monde, l’intellectuel a un devoir de conscience.

Docteur Zreik, dans « La rose des vents », vous abordez entre autres thème celui de l’unité qui, du fait de la crise, est aujourd’hui d’actualité. Quelle lecture faites-vous alors du processus de réconciliation nationale engagée ?
Il faut le dire : il n’y a rien qui soit durable en dehors de l’unité. Et cela part de la cellule familiale, du village, de la région jusqu’au pays. L’humanité a évolué quand elle a commencé à s’organiser en petit noyaux, en groupes familiaux, en village, en ville puis en pays. Et l’homme est passé de la préhistoire à l’histoire par cette union progressive. Je crois que l’unité est un élément essentiel. Malheureusement beaucoup de gens n’ont pas encore compris le sens de la primauté de ce mot et cherchent à travers leurs petites querelles personnelles à diviser. La réconciliation est une obligation. Beaucoup de pays se battent pendant des dizaines d’années et immanquablement reviennent un jour à s’unir de nouveau pour repartir en avant. C’est donc un processus obligatoire. Il faut absolument se réconcilier pour que la grande Côte d’Ivoire revienne… Les Ivoiriens ont donné au monde une leçon d’amour pendant plusieurs décennies. Aujourd’hui, ils vivent une grave crise, mais je suis certain que les Ivoiriens sauront redonner au monde, encore une fois, une autre leçon d’amour.

Vous parlez également dans votre livre sus-indiqué de « la grande et fantaisiste liberté accordée aux hommes… leur liberté nous menace… », dîtes-vous. Voulez-vous dire, Docteur, que trop de libertés peuvent être à l’origine de crises conflictuelles ?
Cette phrase de « La rose des vents », est extraite de l’un des discours du responsable de « l’Ordre ». Cette personne pense qu’il faille absolument régenter les hommes en limitant leur liberté, pour que la société soit plus harmonieuse. Ce qui suppose vouloir imposer la même pensée à tous les hommes et de faire fi des particularités de chaque groupe humain, de chaque société, de chaque pays. J’ai voulu attirer l’attention sur ces idées-là, car elles ne sont pas réalisables. On ne peut pas résumer, simplifier les problèmes humains en quelques lignes bien simplistes. Comme il se passe actuellement : on cherche a résumer notre époque en une bataille contre le terrorisme, et on ne cesse de classer et reclasser l’humanité en pays terroristes et pays non terroristes. Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Qui est terroriste, qui n’est pas terroriste ?… sur quelle base est fait ce classement. Peut-on simplifier autant les drames humains et ne pas chercher leurs causes, leurs origines ? Les intellectuels ne doivent pas cautionner cette logique guerrière. Notre rôle est d’appeler à la raison, comme les hommes de religion. Nous devons chercher à identifier les problèmes et à les régler par le dialogue, dans le respect de chacun. Car, il n’y a de paix que dans le respect de tout être vivant. Une semblant de paix basée sur l’injustice et l’oppression n’est pas durable.

Pourquoi, selon vous, les forces du mal, de la destruction sont-elles toujours plus dynamiques ? D’où vient la défaite de l’amour, de la paix ?
L’entrave, selon moi, est que les gens pacifiques n’aiment pas s’organiser en groupes de pression. Ils vivent leur vie paisiblement sans embêter leurs voisins. Ils sont là à faire du bien et peu soucieux de s’organiser en structures, ou partis politiques. Par contre, les gens qui ont des buts bien précis, ceux que vous appelez « les forces du mal », s’organisent d’une façon méthodique. Ils se regroupent en prêchant des idéaux de dominations, ils divisent les hommes en s’adressant à leurs plus bas sentiments et aboutissent toujours, dans leur course vers le pouvoir, à la destruction d’un passé harmonieux. Leur objectif, est d’instaurer un ordre à leur solde. Heureusement pour l’humanité, il y a toujours eu des sursauts qui, malgré le temps que ça prend quelquefois, ramènent les divers groupes humains à la paix et à l’unité.

Que faut-il alors pour que les forces de la paix s’organisent et se réveillent enfin de leur profonde inertie ?
Actuellement, la violence quotidienne a conduit à de multiples extrémismes. Un extrémisme ne peut justifier l’oubli de la loi et le recours à un autre extrémisme. Ces extrémismes n’apporteront pas de solution aux crises qui secouent actuellement le monde. Et c’est là que les ONG et autres associations qui luttent pour la paix et l’unité, doivent s’interposer. Elles peuvent ramener tous les extrémismes à la raison… Ce qui est merveilleux dans l’histoire de l’humanité c’est qu’après tant d’errements, la raison finie toujours par triompher de la violence…

En quoi « La rose des vents », au-delà de l’histoire elle-même, est-elle opératoire aujourd’hui ?
« La rose des vents », c’est ma vision du monde, ma vision de ces quarante années que j’ai vécues. Cette période d’espoir dans les années 50-60, qui a commencé a basculer dans les années 80. Et, nous voilà dans un autre cycle. « La rose des vents » décrit ce que j’ai ressenti, comment ces changements ont commencé et comment nous en sommes arrivés là. Mon roman raconte le chemin fataliste de nos sociétés, mais révèle également un message d’espoir, qui a toujours permis de dépasser ces périodes difficiles.

Docteur Zreik, votre première œuvre a été primée. Ce doit être une bien difficile situation qui est la votre, tout le monde vous attend. Vous n’avez plus droit à l’erreur. N’est-ce pas ?
J’ai plusieurs fois entendu cette réflexion. Je crois que je vais faire ce que j’ai envie de faire (rires) et je vais écrire ce que j’ai envie d’écrire. « La rose des vents » est issue de cette logique : j’ai écris ce que j’avais envie de dire, ce que j’ai ressenti, le livre a été apprécié, et c’est tant mieux. Pour la deuxième œuvre qui est presque terminée, je poursuis le même cheminement. Si elle plaît, je serais encore plus heureux, mais si elle déçoit, j’aimerais qu’on ne m’en veuille pas. J’écrirai toujours pour exprimer simplement mes plus profondes émotions et pensées.

De quoi sera-t-il question dans cette deuxième œuvre ?
Il sera question d’amour cette fois-ci. Dans mon premier livre, j’ai parlé de la vie, dans le second intitulé « A la poursuite d’Aurore », j’essaie de pousser ma réflexion sur l’amour. C’est l’histoire d’une rencontre, entre Aurore, une jeune fille et Jonathan, un jeune homme idéaliste qui a été élevé dans un milieu humaniste. Cette rencontre symbolise pour lui l’amour idéal, et malheureusement, comme toujours, tout finit dans la désillusion ; mais, Jonathan est un obstiné et il continue dans sa tête à vouloir vivre cet amour-là.

C’est votre conception de l’amour ? Vous croyez en l’amour parfait, idéal ?
C’est ma conception de l’amour. Notre idéal confronte toujours la réalité et abouti toujours à la déception. Or, on ne doit pas se résigner, on doit continuer dans sa tête à se battre pour son idéal. Jonathan, le héros du l’œuvre, a été « brûlé » par son amour pour Aurore, mais, poursuit sa quête de l’amour parfait, de l’amour idéal, qui est enfin en chacun de nous. Qu’on croit ou pas en l’amour, il nous arrive contre toute attente d’éprouver des sentiments ou d’aimer passionnément un être et que celui-ci ne sache pas ou ne veuille nous rendre cet amour. Et là, se pose une question fondamentale : faut-il garder intacte le souvenir de la personne aimée ou chercher à le détruire. A mon avis, il faut protéger se souvenir, se dire qu’on a rencontré l’être qui vous a fait goûter l’extraordinaire force de l’amour, mais que cet être ne vous appartient pas.

Propos recueillis par Serge Grah


Gros plan sur Annick Assémian

Posté le 14.08.2007 par sergegrah
Ecrire pour les enfants est une priorité pour moi

A l’école des Beaux-Arts de Lille, Annick Assémian, alors Laurence, fréquentait l’Art. Gravage sur bois, réalisation de dessins animés, illustration de livres pour enfants. Annick passe d’une technique à l’autre avec ce rare bonheur qui sait gagner les faveurs d’une recherche accomplie.
Annick Assémian et la peinture ? « En fait, je fonctionne à la sensibilité, c’est-à-dire, quand j’ai envie de peindre, je peints. Sinon, ce n’est pas systématique, ce n’est tout le temps et sans arrêt. Je ne le fais pas non plus pour gagner de l’argent. »
Annick fit quelques apparitions comme réalisatrice de dessins animés. Mais comme elle le dit elle-même « le dessin animé est tout un engrenage. Il faut beaucoup de personnes pour que ce soit rentable. Le dessin animé demande aussi un gros investissement d’argent et de temps. C’est une chose que je n’avais pas du tout envie de faire en Afrique. » Annick Assémian décide alors de se consacrer à ses premières amours : l’illustration. « c’est un aspect tellement banalisé qu’il passe inaperçu sauf pour les enfants. Illustrer, c’est donner au texte une interprétation graphique sans trahir la penser de l’auteur. C’est fascinant de faire revivre par le dessin des personnages qui n’existent que par la lecture, par l’imagination. L’illustration est fondamentale pour la littérature enfantine. »
« L’africaine à la peau blanche » comme on l’appelle à Akeikoi, village où elle réside depuis plus d’une décennie, Annick Assémian est aujourd’hui incontournable en Côte d’Ivoire en matière d’illustrations de livres pour enfants. Mais, si Annick Assémian sait se servir avec dextérité du pinceau et de l’aquarelle, elle n’en manie pas moins la plume et publie régulièrement des ouvrages à destination des enfants. En effet, c’est son arrivée à Abidjan qui a provoqué en elle le véritable déclic de l’écriture. Annick se souvient : « Je me suis aperçu à cette époque-là que dans les librairies il n’y avait pas de produits vraiment africains en ce qui concerne les enfants. Des livres pour enfants avec des mots et des images africains. Mon but a été donc de m’intéresser à la végétation, aux animaux d’Afrique. Faire connaître tous ces éléments aux enfants qui vivent en Afrique, mais aussi à ceux qui vivent en dehors de l’Afrique. » Annick apporte ainsi un souffle novateur dans le paysage de la littérature enfantine. Résultat, elle publie une série d’aventure sur les fruits tropicaux : L’aventure de Mme Mangue ; L’aventure de Mme Banane ; L’aventure de M. Ananas ; L’aventure de Mme noix de coco. Mais aussi, Yaya Assikongo et krangba, Akissi reine d’une nuit, Issa au pays fou, etc.
Annick Assémian enseigne l’Art, elle peint, grave, illustre des ouvrages et elle écrit des histoires pour enfants. Quel est donc son secret ? « Aucun à proprement parlé. Je procède par étape, par tranches de vie. Il y a des périodes qui sont favorables à l’écriture, d’autres à l’illustration, à la peinture, à la gravure. C’est tout un morcellement de ma vie. » D’elle, Marie-José Hourantier écrira que cet « artiste fouille les mystères de la vie et de l’âme africaine. Annick capte le rythme qui l’entraîne vers un au-delà de la forme où elle puise sa force. »

Serge Grah

Marie-Agnès Simon raconte l'écrivain

Posté le 14.08.2007 par sergegrah
Marie-Agnès Simon a rencontré Jean-Marie Adiaffi un matin de mai 1968. En pleine turbulences estudiantines. Un enfant est né de cette rencontre. 35 ans après, elle se souvient. Elle évoque avec émotion et regret la mémoire de celui dont elle a été la compagne. Entretien.

Bonjour Madame, pouvez-vous vous présenter à notre journal ?
Je suis Marie-Agnès Simon. J’ai été la compagne de Jean-Marie Adiaffi pendant 32 ans. Nous avons eu un garçon… Nous nous sommes toujours vus à chacun de ses passages à Paris. On a continué à se voir, à se téléphoner pendant toutes ces années avec des moments où nous vivions ensemble quand Jean-Marie passait pour un séjour à Paris. C’est vrai qu’au niveau du temps, nous avons peu vécu ensemble sur ces 32 ans. Mais, j’ai le sentiment d’avoir vécu avec lui au quotidien. Tout a démarré autour d’une belle rencontre sur les bords de la Seine en mai 1968. J’avais 20 ans et, je venais d’arriver de la campagne. De l’Afrique, je ne connaissais rien et j’avais acheté un livre sur les masques africains. Jean-Marie m’a interpellé en ces termes : « Enlève tes chaussures ». Je les ai enlevés et nous avons continués à marcher pieds nus sur les goudrons de Paris. Ce geste a été le point de départ de notre histoire.

Quels ont été les moments forts de cette vie commune ?
Les moments forts, c’étaient les moments d’écriture. J’étais très séduite par ce qu’il écrivait… Je cherchais près de lui ce qui fait qu’on écrit.

Marie-Agnès Simon, de cette période de mai 68 avec la rencontre d’avec Jean-Marie Adiaffi, que vous reste-t-il encore ?
1968, c’était la grande époque où les étudiants critiquaient leurs professeurs. Moi, j’admirais Jean-Marie qui interpellait les grands universitaires, les mandarins comme on les appelait. Le rapport à l’autre grâce à lui, basculait, c’est-à-dire, ce n’est pas le titre universitaire qui fonde quelqu’un, mais sa parole. Un étudiant peut avoir autant de capacité à réfléchir, à poser des questions qu’universitaire qui s’enferme dans son savoir. C’est cette ouverture qui m’avait complètement touché. Je me souviens aussi de la rencontre que Jean-Marie avait eu avec un éminent professeur, Hélène Fixou qui, aujourd’hui, est une grande romancière. J’ai compris, seulement maintenant, pourquoi il y avait eu cet échange si fort. Hélène Fixou comme Jean-Marie ont le même rapport à l’écriture. C’est une écriture qui est faite avec le corps et qui essaie de trouver les mots de la mère. C’était assez particulier puisque Jean-Marie n’a pas connu sa mère. Son rapport à l’écriture est toute une tentative de chercher les mots de la mère… C’est donc ces choses-là qui m’intéressent encore dans son écriture parce que je n’ai pas fini d’en faire le tour.

Quelles sont les idées que vous aviez de l’Afrique au moment où vous rencontriez un africain, Jean-Marie Adiaffi ?
C’était surtout l’idée d’un rapport à l’autre… Moi, j’étais en souffrance dans mes liens familiaux, dans mes liens avec les autres. Et, l’Afrique m’est apparu comme l’espace de la fraternité, de l’accueil de l’autre. Il y a cette idée que la relation avec l’autre pourrait être plus vraie.

Quand vous rencontriez Jean-Marie Adiaffi, est-ce qu’il avait déjà publié des œuvres ?
Oui, il avait déjà publié Yalê Sounan, un recueil de poèmes. Et après, il a commencé à écrire D’éclaires et de foudres.

De quel apport lui étiez-vous dans son écriture, dans son inspiration ?
J’étais sa muse. J’ai été la muse de D’éclairs et de foudres… Jean-Marie aimait les femmes. Il disait qu’elles étaient d’un au-delà de l’homme. La femme, c’est l’avenir de l’homme. Il exagère un peu, mais je pense qu’il voulait dire que les femmes ont un autre rapport au langage que les hommes. A travers les femmes, il cherchait à accéder à ce langage, à cette façon des femmes de ressentir les choses.

Quel est le livre de Jean-Marie Adiaffi qui vous a marqué au plus profond de vous-même ?
C’est la Carte d’identité. C’est un livre que tous doivent lire, y compris les blancs. En France, on devrait le donner à lire dans nos collèges. Parce que à travers ce livre, c’est aussi la quête de tout individu de son identité, de son origine. Ce qui est fondamental.

Si aujourd’hui on vous demande, Marie-Agnès Simon, de décrire la personne de Jean-Marie Adiaffi, que diriez-vous de lui ?
Je dirais que c’est un homme volcan. Il a consacré sa vie à essayer de sortir de ses tripes tout le passé de l’Afrique d’avant la colonisation. Il a tenté d’écrire ce passé-là qui n’avait été écrit dans l’ensemble que par les blancs… Jean-Marie est un volcan dont le magma s’est répandu en sédiments fertiles.

L’image du volcan est très forte mais, ici la presse le surnommait « l’insulteur public »…L’insulteur public ! Ah oui, j’aime bien. Moi, je le voyais comme l’image que je me fais d’un griot. Mais aussi, quelqu’un qui est toujours en train de contester, qui dit ce qu’il ressent quelle que soit la personne à qui il s’adresse. Cela ne lui a pas toujours servi. Mais en tout cas, c’est ce qu’on aime en lui.

Marie-Agnès, est-ce que Jean-Marie vous a fait aimer l’Afrique ?
Oui, énormément. La preuve, j’y suis aujourd’hui. Je m’intéresse de plus en plus à l’Afrique, à l’art africain, aux sociétés de langues orales. Mais, de toute façon, l’histoire de l’Afrique est aussi notre histoire première, nous les blancs. C’est donc un retour aux origines.

A propos d’aimer l’Afrique, qu’est-ce que vous pensez du Bossonisme ?
Je soutenais Jean-Marie d’avoir à trouver un concept africain pour parler de la religion africaine ; de reprendre à son compte et dans les langues africaines, le culte des ancêtres.

On a dit de Jean-Marie Adiaffi, qu’il a abdiqué vers la fin de sa vie, une partie de ses idées politiques… Vous partagez cet avis ?
Non. C’est vrai qu’il y avait des passages difficiles à négocier pour lui. Jean-Marie a dû faire des concessions parce qu’il voulait à tout prix terminer de rassembler tous ses travaux sur le Bossonisme. On peut se perdre dans son trajet. Un homme public, c’est compliqué à vivre, parce que les médias sont toujours-là pour saisir les moindres erreurs de parcours. Et, on oublie malheureusement que c’est finalement un humain comme les autres.

Je vais aborder un souvenir douloureux pour vous, la période de sa maladie à Paris…
(…) Jean-Marie de supportait pas le rapport des médecins au corps. Il avait du mal à laisser les médecins s’occuper de son corps. Il en était le maître. Ce qui était très douloureux, c’est qu’on ait à l’opérer. Il voulait garder son intégrité corporelle, car pour lui, son corps était quelque chose de sacré. C’est vrai qu’il était dans des contradictions, c’est-à-dire avoir recours à la médecine et à ses progrès et en même temps garder son corps tel qu’il l’avait reçu à la naissance.

Vous revenez en Côte d’Ivoire, plusieurs années après la disparition de Jean-Marie Adiaffi. Quels sont les sentiments qui vous habitent en ce moment ?
Dommage ! Vraiment dommage qu’il ne soit plus là. Je pense qu’on avait encore beaucoup de choses à se dire. Nos liens sont de plus en plus forts… Je suis donc sur la terre ivoirienne pour continuer à faire sa connaissance à travers les gens qu’il a rencontrés. Je continue à apprendre, à connaître l’Afrique, parce que sans doute, l’Afrique c’est une partie de moi. C’est mon humanité.

Marie-Agnès, quel regard la psychanalyste que vous êtes posez-vous sur l’Afrique avec ses bouleversements, ses crises ?
Je trouve que l’Afrique souffre beaucoup. Elle est malmenée par notre modernité qui l’oblige à franchir trop vite des étapes. Ces grands bouleversements sont dus au poids de la colonisation et de la néo-colonisation avec tous ses réseaux mafieux. Il faut que l’Afrique retrouve son histoire et fasse des alliances saines avec la modernité. Moi, je suis très optimiste quant au devenir de ce continent. C’est vrai que ça passe par des souffrances, des douleurs, mais ça va venir.

Est-ce que vous avez un message à l’endroit des Ivoiriens au moment où ils se réconcilient avec eux-mêmes ?
Je demande aux Ivoiriens de ne jamais se renier. Qu’ils prennent le temps d’accepter la culture africaine et ses richesses. Parce qu’ils n’ont pas fini de décoder tout ce savoir inscrit dans leur art, dans leur philosophie, dans leur histoire. C’est tout ce savoir-là qu’il leur faut acquérir pour aller de l’avant dans la modernité. Mais, en évitant toutes les embûches de cette modernité qui sont entre autres, l’individualisme et le goût de l’avoir plutôt que de l’être. Que les Ivoiriens continuent à être.

Propos recueillis par Serge Grah

"Le photographe sculpte et peint

Posté le 09.07.2007 par sergegrah
Interview Patrick Boireau (Photographe)

Patrick Boireau est photographe. En Côte d'Ivoire où il est installé depuis 7 ans, ses photographies allient beauté visuelle, respect de la nature, composition soignée et souci graphique dans l'équilibre des formes. C'est aussi un homme aux sympathies entomologiques qui s'est engagé dans les recherches sur les papillons et les cétoines que nous avons rencontré. Entretien.

Comment êtes-vous devenu photographe ?
C'est un assez long parcours… Mon père est photographe et je l'ai beaucoup observé dans son travail. Ce qui m'a énormément influencé. Au départ je ne me destinais pas à la photographie, je faisais des études en entomologie. Mais mon parcours vers les insectes a été interrompu en 1979, par la guerre au Tchad où nous vivions. Puis, je me suis engagé dans l'armée où j'ai été photographe. J'ai été formé à l'ECPA (Établissement Cinématographique et Photographique des Armées). Je ne suis pas resté longtemps dans l'armée parce que la photographie dans le milieu militaire est surtout technique. Ce qui n'était pas franchement passionnant. Ce que je cherchais, c'était quelque chose d'artistique. (…) Et mon père, déjà à son compte en Côte d'Ivoire, prenait sa retraite. Il y avait donc une place vide que je pouvais combler.

De quel diplôme a-t-on besoin pour devenir photographe ?
Il existe de grandes écoles de photographies. Mais, on n'a pas forcément besoin d'un diplôme pour être photographe. Il y a des gens qui sont même allés jusqu'à publier des livres d'images photographiques sans jamais avoir fait d'école de photographie. Ce sont des gens qui ont appris sur le tas en observant de grands photographes, qui ont acquis une expérience, et qui finalement font la preuve d'un sens inné de l'image. N'empêche qu'il est toujours bien d'avoir un diplôme, ça prouve au moins qu'on a reçu une formation dans ce domaine.

On dit que la photographie est la fille de la peinture… qu'elle est un art. C'est votre avis ?
Oui tout fait. Il y a plusieurs types de photographies dont la photographie artistique où le photographe créé littéralement l'image. En photographie, on sculpte, on peint avec de la lumière... C'est donc est un art à part entière.

Qu'est-ce qui compte dans la qualité d'une photo : l'appareil utilisé, le photographe qui fait la photo ou le sujet photographié ?
Tout rentre en ligne de compte. La photo, ce n'est pas l'appareil qui la fait, c'est le photographe. Une personne peut être très bien équipée, mais s'il ne sait pas composer son image, s'il ne sait pas capter la bonne lumière, s'il ne sait pas se placer sous le bon angle, il fera des photos qui techniquement peuvent être bonnes, mais il n'y aura pas la touche artistique, créative qui fera que sa photo sort du commun, une photo qui a quelque chose qui fait que les gens s'arrêtent devant et la regardent plus qu'une autre… C'est donc le photographe qui a, comme un peintre, une certaine sensibilité. Il va s'arrêter devant son sujet - et donc effectivement le sujet est important – et se dire là il y a une belle lumière, il va chercher l'angle sous lequel se placer pour mieux mettre en valeur le sujet…

Pour vous, quelle est la chose la plus importante dans une photographie ? Qu'est-ce que vous recherchez quand vous prenez une photo ?
Si ce n'est pas un client qui me le demande, je vais m'orienter vers la nature. Je me promène dans la forêt et je laisse mon corps s'imprégner de l'ambiance de l'endroit où je suis. Et là, j'attends que quelque chose – une feuille morte, une fourmi sur une branche, un oiseau, etc. – me parle, capte mon attention. Sinon, je ne pars pas avec une idée bien précise…

Quelles sont les difficultés les plus courantes lors d'une prise de vue ?
En Côte d'Ivoire, on est quand même souvent embêté par la lumière. Le ciel est souvent très couvert, même quand il y a du soleil… C'est quelque chose de très gênant.

Vous arrive-t-il de retoucher une photo par ordinateur ou considérez-vous qu'un instantané de vie ne doit pas être modifié ?
Je suis plus photographe, j'essaie donc de faire la bonne image du premier coup. Je ne travaille pas beaucoup avec l'ordinateur, je n'ai pas encore franchi ce seuil. Mais s'il m'arrive de le faire, c'est parce qu'un client me le demande et qu'il la veut ainsi. A ce moment-là, je la retouche à l'ordinateur. Sinon, je fais de la photo artistique et j'évite de faire appel à l'outil informatique. Ceci dit, c'est vrai que l'ordinateur est un outil extraordinaire qui peut nous permettre d'aller plus loin dans notre création. Il y a des choses qu'on ne pourra jamais faire avec un appareil photo, mais qu'on peut réussir grâce à l'ordinateur. Il repousse les limites que nous impose l'appareil photo.

Quel est l'esprit artistique qui vous habite, votre ligne conductrice au moment où vous faites une photo ?
Quand c'est une photo dans la nature, je pars sans objectif. Je pense que la nature a quelque chose de jolie. Malheureusement, elle est peu respectée par l'être humain. On défôrestre partout, on construit partout… Et pourtant la nature est très belle, elle est la source de la vie. Quand je me trouve donc dans la nature avec mon appareil photo, je suis capté par sa beauté, par son ingéniosité, par ses nombreux trésors.

N'êtes-vous pas tenté par des photos d'actualité politique ?
Non. Les politiciens ne m'intéressent pas du tout… La politique ne m'intéresse suffisamment pas pour que j'aille faire des photos de ce genre. Et puis, faire de la photo de journalisme en Afrique est très difficile…

Le constat qu'on peut faire en regardant vos photos, c'est que vous préférez la couleur au noir au blanc. Pourquoi ?
Je trouve qu'il y a des choses qui se prêtent à la couleur et d'autres au noir et blanc… Les clients généralement, veulent de la couleur. Mais sur le plan purement artistique, le noir et blanc se prête beaucoup à tout ce qui est vieux, par exemple, les vieilles bâtisses de Grand-Bassam. Le corps humain se prête aussi au noir au blanc dans des photographies artistiques… Il faut donc dire que le choix de la couleur ou du noir et blanc dépend du sujet.

Quel est le plus beau cliché que vous ayez fait en Côte d'Ivoire ?
C'est vraiment une question difficile… Mais, il y a une image dont je suis assez content et que je qualifierai de meilleur souvenir photographique. C'est celle d'un petit village en pays Toura, une région montagneuse. Il s'appelle Noma. J'ai fait cette photo au lever du jour, au moment où le village est encore envahi par la brume, et on aperçoit la fumée qui s'échappe des toitures des cases et le paysage montagneux à l'arrière plan… Dans cette image, on ressent l'ambiance de l'activité humaine du petit matin dans un village d'Afrique. Elle me rappelle la sympathie des habitants de ce petit village. Cette image m'est d'autant plus chère que ce village n'existe plus aujourd'hui.

Faut-il une autorisation pour photographier une personne ?
Officiellement, il n'y pas d'autorisation. Maintenant, il ne faut pas que l'appareil photo gène. Si l'appareil créé une gène, les photos de toutes façons, ne seront pas bonnes. Et puis, si une personne ne veut pas qu'on la photographie, il ne faut pas insister. Au niveau de la publication, je pense qu'on peut avoir besoin d'une autorisation, ne serait-ce que par respect des personnes photographiées et aussi parce qu'un photographe professionnel gagne de l'argent avec la photo.

M. Patrick Boireau, qu'est-ce que ça représente pour vous de photographier des cétoines et des papillons ?
C'est une passion qui s'est épanouie en moi quand j'avais 9 ans. J'ai travaillé pendant plusieurs années dans un élevage d'insectes. Le monde des insectes est très curieux. C'est un monde dans lequel il y a encore beaucoup de choses à découvrir. Les insectes sont sur terre depuis pratiquement 300 millions d'années. Ils ont une longue évolution sur terre, ils sont arrivés à un dégré de diversité qui est incroyable… C'est plus le côté diversité, le côté mystère des insectes qui est très intéressant à voir. Côté photo, ce qui me capte chez eux, c'est leurs formes et leurs couleurs extraordinaires. Les cétoines, par exemple en Côte d'Ivoire, il y en a plus d'une centaine d'espèces.

Si vous aviez à donner un conseil pratique à nos lecteurs désireux de devenir photographe, que leur diriez-vous ?
D'abord aimer ce métier… Ensuite prendre son appareil, choisir un endroit qu'on aime, s'asseoir et observer. La photo commence beaucoup par de l'observation. On observe les choses bouger autour de nous…



La lutte contre les meilleurs

Posté le 09.07.2007 par sergegrah
L'Afrique en ce 2ième siècle s'enfonce de plus en plus dans le sous-développement. Du moins, dans le mal développement. Et ce continent, malgré ses riches potentialités minières, minéralières et forestières continue d'attendre qu'on l'aide. Face à cette situation on a trouvé des explications : la colonisation, le prix des matières premières, etc. Si cette explication est vraie, il faut avouer qu'elle est de moins en mois convaincante. Parce que les pays d'Amérique Latine et d'Asie ont également été colonisés. Ils ont été comme nous colonisés. Ils sont comme nous exploités. Malgré cela, ces pays sont mieux lotis que la plupart des pays au sud du Sahara en matière de développement. Le Brésil aujourd'hui a une industrie lourde. Les pays asiatiques appelés dragons d'Asie sont aujourd'hui ceux qui nous prêtent de l'argent. Pourquoi donc, l'Afrique ne peut-elle pas décoller ?
Il faut malheureusement reconnaître aujourd'hui que le sous-développement de l'Afrique ne tient pas seulement à l'exploitation dont nous sommes victimes. Si nous ne parvenons pas à avancer, si nous reculons continuellement, c'est bien parce que nous avons une culture et même une philosophie qui va à rencontre de tous ceux qui veulent progresser. La lutte contre les meilleurs est donc l'une des causes fondamentales de la situation actuelle de l'Afrique?
Toutes les communautés humaines aspirent au progrès. Chacun voudrait vivre mieux qu'il n'a été hier. Mais le constat révèle que le progrès est l'œuvre de quelques individus parfois même d'un seul individu et il finit par se propager dans le reste de la communauté.
Face à cette aspiration au progrès, face au fait que le progrès part de quelque part pour gagner les autres, quelles sont les attitudes que les sociétés africaines ont vis-à-vis des sources de progrès ? Les africains, devant les sources génératrices de progrès, adoptent une attitude de démoralisation. Une attitude de combat contre les générateurs du progrès. Or, dans les pays occidentaux, dès qu'on trouve qu'un individu pose un acte de nature à faire progresser la société, on l'entoure de soins. On le protège. Ces sociétés occidentales sont organisées sous le modèle compétitif. On récompense les meilleurs : scientifiques, musiciens, politiciens etc. C'est l'homme de talent, c'est le génie qui est favorisé, stimulé. Le médiocre n'a donc pas sa place dans ces sociétés-là.
Les sociétés africaines semblent, elles, être profondément engagées dans le combat de la lutte contre les meilleurs. Dans nos sociétés, il suffit d'essayer de briller pour avoir toutes sortes d'ennuis. Même dans nos milieux universitaires, milieu d'intellectuels, c'est une insulte que de faire honneur à quelqu'un qui a mieux réfléchi que nous. Mieux, au village, les sorciers ne « tuent » jamais les cancres. Leurs victimes sont toujours les meilleurs éléments. Or, ce sont ceux-là qui sont propulseurs du progrès. Combien sont-ils les cadres qui sont morts pour avoir eu juste l'idée de développer leur village ? Combien sont-ils les hommes politiques qu'on a combattus avec une haine vénéneuse, parce qu'ils avaient de meilleurs projets pour leur peuple ? Patrice Lumumba et, plus tard Thomas Sankara sont là un exemple probant.
Comment donc l'Afrique peut-elle aller au développement si elle s'attaque de manière systématique à ceux qui pourraient l'embarquer sur la voie du progrès ? N'a-t-elle pas eu raison finalement Axelle Kabou, de dire que « l'Afrique refusait le développement » ? Simple question.

Un livre a-t-il influencé votre vie ?

Posté le 09.07.2007 par sergegrah
Y a-t-il un ou des livres qui aient vraiment influencé, voire changé votre vie ? Comment ? Nous avons posé cette question à des écrivains, des journalistes, des étudiants à des lecteurs tout court. Ils nous ont aidé à établir ce constat : oui, un livre peut avoir un impact sur un individu au point de modifier le cours de son existence. Parfois de façon radicale.


Le livre procède comme d’un lieu vide qui lui a été aménagé pour réaliser ses prouesses. Celles-ci sont variées. Elles ont toutes les dimensions, toutes les formes, toutes les couleurs. L'impact peut être minuscule et mal discernable ou bien fracassant. Parfois, il s'apparente à une lente érosion. Ou bien c'est l'éclair, le déchirement. C'est du moins ce que pensent les personnes interrogées.

Henry N'koumo, Directeur de musée se rappelle avec émotion la lecture de Cahier d'un retour au pays natal de Césaire. « Ce livre m'a ébranlé par la force de ces images. Ces dernières sont porteuses d'émotions qui m'ont habitées profondément... Il y a des livres comme ça, qui restent en soi ».

Le livre peut être plus héroïque encore : il trace les chemins d'une vocation ou il modifie un engagement. Marguerite Dago, lit passionnément le Livre de la vie de Sainte Thérèse d'Avila. Elle se convertie au catholicisme.

Certaines personnes ont avoué ne trouver le courage de persévérer dans leur vie ou tout simplement dans leur métier qu'en puisant des leçons d'énergie dans les livres. Il en est ainsi de Yéo Sita, photographe. Elle a été éblouie par Martin Gray dont les livres influencent énormément son existence. A travers ceux-ci, elle a acquis « une maîtrise de soi et un optimisme sans borne... Ne pas s'apitoyer sur ses problèmes, mais plutôt les braver. Savoir écouter les autres et juger l'homme selon l'acte qu'il pose. »

Le livre remplit bien souvent une mission de nettoyage. Il agit comme un éboueur. Il remodèle les forteresses qu'une éducation a construites autour d’un individu. Le livre écarte les voiles et fait scintiller un paysage qui était là, déjà, mais qu'on ne voyait pas. Combien de chants de gratitude à un livre, rencontré au bon moment, et qui a percé dans un destin, l'issue de secours, n’attend-on pas entendu ici et là ?

Ambroise Favier, technicien informatique, a croisé sur son chemin Fragments d'un enseignement inconnu de P.D. Ouspensky. Son témoignage : « Dans ce livre il est question d'un homme qui suivait un enseignement ésotérique. Le thème de cet enseignement est que l'être humain "dort" - même s'il se croit « réveillé » - qu'il ne se connaît pas lui-même, et n'est pas maître de ses propres énergies intérieures ainsi que des influences extérieures qui agissent sur lui régulièrement... Ce livre a donc été pour moi, le point de départ d'une quête essentielle et permanente et, d'un nouveau regard sur le sens de la vie en général. » Pour Véronique Duchesne, anthropologue-chercheur, « il est difficile de dire qu'un livre, spécialement, a changé ma vie. Chaque livre que j’ai lu m’a apporté un changement puisqu'il est porteur d'idées, qui en trottant dans la tête influencent la manière de voir, d'agir aussi, sans aucun doute... Et pourtant, L'étranger de Camus reste le livre qui fait un peu partie de moi-même. Il est lié à mes années d'adolescence, pleine de questions sur la vie... et sur la mort. L'étranger m'a paru alors si proche : se sentir en décalage, en léger décalage par rapport au monde qui va, aux autres qui vont. Se sentir parfois légèrement à côté... Ce livre m'a aidé à vivre tout simplement. »

« J'ai lu Discours de la méthode de René Descartes, dit Pierre-David Koffi Koukoua, enseignant. Et j'ai eu l'impression d'être déniaisé. D'une part, l'œuvre m'indiquait les limites de ma propre expérience, d'autre part, elle me montrait le ridicule de la raison que je faisais mienne pour me battre dans l'existence ».

Il arrive qu'un destin soit capturé par un autre, à travers un livre. « Sans doute, confesse Dezo Ferdinand, élève infirmier, ne serais-je pas celui que je suis si en classe de quatrième, je n'avais pas découvert, lu et dévoré, La carte d'identité de Jean Marie Adiaffi, en m'identifiant totalement à Méledouman le personnage principal. Aujourd'hui encore, dix ans après, Méledouman demeure mon modèle conscient et inconscient.

Les écrivains, quant à eux, aiment parler de l’éveil de leur vocation. Et celle-ci est l’effet de leurs noces avec un livre. Il n’est donc pas rare que ceux-ci soient particulièrement vulnérables au pouvoir du livre. Si Désiré Anghoura est devenu écrivain c’est grâce à La vie et demi de Sony Labu Tansi et D'éclairs et de foudres de Jean-Marie Adiaffi qui l'ont fortement influencé. « Le style tout nouveau que ces livres inauguraient, leur capacité à aller au-delà du réel, la force que chaque mot même ordinaire porte pour conférer un souffle presque palpable aux textes et aux personnages ont totalement changé mon approche de l'écriture. Ces deux auteurs sont de vrais inventeurs de mondes, des faiseurs d'univers », reconnaît-il.

C'est Le monde s'effondre de China Achebe qui a eu raison du journaliste-écrivain, Foua Ernest de Saint-Sauveur : « ce livre m'a séduit » dit-il avec joie. Mais, c'est plutôt Sony Labu Tansi, par son écriture qui m'a véritablement façonné ...Pourtant, une seule raison m'a conduit à l'écriture : retrouver ma mère que j'ai perdue à l'âge de trois ans. » Quand on lui pose la question, Adjé Yed Noelie, étudiante en Informatique, se souvient immédiatement d'un seul livre : Les erreurs de maman de Joslin Kalla. « Ce livre, dit-elle, m'a appris qu'on ne récolte que ce qu'on a semé. Individuellement ou collectivement. Et cela, en bien ou en mal. Ce livre aujourd'hui est la boussole qui oriente ma vie. Dorénavant. »

S’il y a un livre qui a bouleversé beaucoup de ses lecteurs, c’est la Bible. Regina Yaou, auteurs de plusieurs romans à succès, est de ceux là : « La Bible a fait ma vie, la structure et l'enrichit chaque jour. Les Écritures Saintes m’ont aidée à vaincre la peur et le doute... Aujourd’hui, physiquement et spirituellement, je suis guérie. Pour moi, la Bible est le seul livre qui vaut la peine d'être un livre de chevet. »

C’est « lettre d’un père à son fils », dernier chapitre de Service inutile de Henry de Montherlant, lu alors qu’il venait d’avoir 20 ans, qui a marqué Beugré Ulrich Grégoire, opérateur économique. « Orphelin de père, se souvient-il, élevé dans une famille sans grande ossature morale, j’ai reçu les conseils de Montherlant comme un jardin asséché reçoit de l’eau en abondance. J’en ai été fertilisé, vivifié. Si je n’ai pas cédé à un certain nombre d’abominations des jeunes de mon âge – vole, drogue, sexe, etc. – je le dois à Montherlant. J’ai découvert plus tard que mon professeur de vertu n’était pas lui-même irréprochable. Il n’empêche : l’essentiel du texte m’a frappé au cœur et je ne renie pas son influence. Sur la qualité des êtres, la politesse, le civisme, la générosité, ce livre m’a inculqué quelque chose d’inoubliable ».

Les livres que nous lisons sont, on peut le dire, des personnes avec qui nous discutons et, qui nous apportent toujours quelque chose de fabuleux. Ils jouent le rôle d’un ami qui nous prête une oreille attentive. A n’importe quel moment, les livres nous éduquent, nous façonnent et nous modèlent. Beaucoup plus que notre éducation familiale. Et pourtant, le livre reste encore absent chez bien de personnes qui parviennent malheureusement à l’âge adulte sans jamais avoir connu les joies et les bouleversements que provoquent certains ouvrages… transformant si heureusement les âmes.

(In Le Matin d'Abidjan du 21 juin 2007)
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