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LE BLOG DE SERGE GRAH POUR QUE L'AFRIQUE NE DORME PLUS JAMAIS !
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09.07.2007
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« L’élection présidentielle du 30 novembre sera périlleuse »

« L’élection présidentielle du 30 novembre sera périlleuse »

Posté le 23.06.2008 par sergegrah
Pr Sery Bailly

Figure importante du Front Populaire Ivoirien (FPI), le Professeur Séry Bailly a réussi à se forger l’image d’un intellectuel qui maitrise les particularismes et les maux de la société ivoirienne. Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique dans le premier gouvernement de la 2e République, il en sort après Marcoussis. Aujourd’hui, le Professeur Séry partage son temps entre l’Assemblée Nationale où il est député et la Fondation Memel Fotê dont il préside le Bureau Exécutif. Dans cet entretien qu’il nous accordé, il revient sur les raisons de la récente réunion à Abidjan du comité Afrique de l’Internationale Socialiste, du réchauffement des relations France-Côte d’Ivoire et de l’élection présidentielle du 30 novembre prochain.


Professeur, une réunion du Comité Afrique de l’Internationale socialiste s’est tenue à Abidjan les 14 et 15 juin dernier. Qu’est-ce qui a justifié une telle rencontre ?

Depuis le début de la crise, le comité Afrique de l’Internationale Socialiste, a toujours été à l’écoute de la Côte d’Ivoire. Il n’y a pas eu une seule manifestation du comité Afrique, aussi bien que de l’IS dans son ensemble qui n’ait pas évoqué la situation en Côte d’Ivoire…Tel que le président du comité Afrique de l’IS, Monsieur Ousmane Tanor Dieng, l’a dit, c’était une réunion comme il en existe tous les ans, mais c’était également une manière pour les socialistes africains de marquer leur solidarité avec la Côte d’Ivoire, de s’informer de l’évolution de la situation. Les socialistes africains voulaient profiter pour bien comprendre dans quelle voie la Côte d’Ivoire s’engage, quelles sont ses chances d’arriver à bon port. Et de nous encourager à avancer sur la voie de la paix que nous avons empruntée depuis l’accord de Ouaga. Mais aussi, par rapport à la prochaine élection présidentielle, de montrer leur soutien à leurs camarades du FPI (Front populaire ivoirien).

Que faut-il retenir au sortir de cette réunion socialiste ?

Nos camarades ont été rassurés sur notre volonté d’aller à la paix. Quand je dis notre volonté, il s’agit de celle du président de la République, celle de ses adversaires qui ont saisi la main qu’il a tendue et celle des camarades du FPI. D’une manière générale, ils ont été convaincus que l’ensemble des Ivoiriens est disposé à aller à la paix. Nos camarades socialistes ont vu qu’avec la prochaine élection présidentielle, les Ivoiriens sont en train de tourner dos à la violence pour s’impliquer dans la politique qui va nous permettre de gérer sainement nos rivalités et d’avancer, non seulement sur le chemin de la démocratie, mais aussi celui du développement.

Professeur, y a-t-il aujourd’hui encore une réelle spécificité socialiste ? Sinon, en quoi la pensée des partis socialistes se distingue-t-elle de celle des autres partis politiques ?

Je pense que c’est le Président de la République qui a clarifié ce débat dans le langage imagé qui est le sien. On ne résoudra aucun problème en disant « libéralisme, libéralisme ; le marché, le marché ». Mais en même temps, on ne pourra pas se développer sans le marché. Le marché peut être inhumain, parce que le marché est une machine, un processus. C’est un rapport entre une offre et une demande. Et tenir compte du marché, c’est s’apprêter à affronter des concurrents, c’est produire dans de bonnes conditions des produits de qualité. Mais si on ne s’en tient qu’au marché, l’être humain sera écrasé, marginalisé et oublié. Puisque c’est la loi de l’offre et de la demande. Dans un tel environnement, c’est à l’être humain qu’il appartient d’apporter la justice, la solidarité, de faire en sorte que le marché ne laisse pas de côté ceux qui ne son pas compétitifs, mais qui ne sont pas moins des êtres humains. Ce que les socialistes proposent, c’est un mariage entre les exigences du marché et la solidarité humaine. Une démocratie plus complète qui ne soit pas limité à sa dimension politique (voter tous les 5 ans), mais une démocratie qui soit aussi sociale, c’est-à-dire qui puisse satisfaire les droits sociaux des citoyens. On va l’appeler la social-démocratie à la différence de la révolution. Car la révolution, c’est le fait de transformer et d’imposer à la société une voie pour la sauver sans elle ou contre elle ou malgré elle. Or la démocratie suppose qu’on négocie avec le peuple. On prend le temps de comprendre ses besoins, de les lui expliquer et de l’amener à s’impliquer. Le socialisme c’est donc l’articulation de la liberté, de la démocratie et de la solidarité. S’il y a une volonté généreuse sans la liberté, sans la démocratie, le socialisme devient inefficace. Pire, il devient un monstre qui va dévorer ses propres enfants. Ainsi, la liberté du marché certes, mais la solidarité humaine surtout. Et non pas sur la base de la simple charité. Car le capitalisme est capable, après avoir exploité le peuple, d’ouvrir des fondations et de faire des dons.

Que gagne le FPI à être membre d’une Internationale socialiste ?

On créé des Internationales pour avoir des alliés. Cela n’a pas de résultats immédiats. En parlant à l’IS, il y a au moins 130 pays qui entendent parler de notre problème. Et les socialistes du monde entier qui sont dans des positions stratégiques et d’autorité peuvent nous être utiles, ne serait-ce qu’au niveau de l’information. La guerre, on le sait très bien, on la gagne d’abord par l’information… On a des camarades qui, quelle que soit la difficulté du combat, nous sont solidaires. L’IS est donc un réseau mondial dans lequel nous pouvons profiter de l’expérience des autres, donner notre point de vue, informer nos camarades sur nos propres valeurs, nos difficultés et nos projets.

On assiste ces derniers temps à un véritable ballet diplomatique français. D’abord Jack Lang, ensuite Bernard Kouchner, etc. Pensez-vous Professeur, comme disent certains, que « Sarkozy veut réparer les torts de Chirac » ?

Il faut d’abord remonter plus loin. Parce que, quand on parle des socialistes, on ne voit que ceux qui ont été au pouvoir depuis 1981. Mais François Mitterrand, ministre de la France d’Outre-Mer, Albert Sarraut et Laurent Péchou sont des socialistes qui ont réprimé durement… Personnellement, je n’ai pas été surpris que dans ces évènements malheureux qu’on appelle la crise, nos camarades socialistes français n’aient pas compris les enjeux. Ils ont réagi, et ça se comprend, en français d’abord avant de réagir en socialistes. Et c’est ce que Aimé Césaire a dénoncé dans sa lettre à Maurice Torez. Mais ça ne concerne pas que les communistes, il s’agit de tous les partis politiques français. Ils réagissent d’abord en nationalistes. Nos camarades ne pouvaient pas comprendre que les Ivoiriens aient la même attitude. C’est pourquoi ils étaient tous persuadés que nous étions anti-français. Nos camarades socialistes français ont dit que Gbagbo n’était pas fréquentable. Ils ont estimé que c’est nous qui avions créé l’ivoirité politique. Chirac et eux avaient la même opinion. Mais c’est quoi être anti-français ? Nous, nous sommes simplement pro-ivoiriens… Ce sont tous ces excès et tous ces malentendus qu’ils sont eux-mêmes en train de corriger. Il a fallu du temps pour que la France colonialiste comprenne que l’indépendance des ex-colonies était une nécessité. Mais que de morts, des années 40 aux années 50. Il a fallu également d’autres morts en 2004 pour que la France raisonne comme dans les années 50 : « Ils peuvent bien être des Etats indépendants, nous pouvons bien les respecter et préserver nos intérêts. » C’est dans l’intérêt de la France qu’il n’y ait pas de guerre chez nous et, c’est aussi dans notre propre intérêt d’avoir des rapports avec la France. La Côte d’Ivoire ne cherche juste qu’à avoir une meilleure relation avec France.

Peut-on donc dire que le président Nicolas Sarkozy se présente comme l’homme de la rupture ?

Le président Nicolas Sarkozy a posé les actes qui le montrent. Monsieur Sarkozy a bien compris les intérêts de la France. Il faut savoir que, ce que la France décide aujourd’hui dans ses rapports avec la Côte d’Ivoire, n’est pas pour nous faire plaisir. Et le Livre blanc qui vient d’être publié par l’armée française le dit clairement. A savoir que la France va désormais mettre l’accent sur la technologie des renseignements. Ce qui compte donc, ce n’est pas des armées pléthoriques à travers le monde, mais la capacité de se projeter dans le monde par anticipation grâce aux satellites. Parce que la guerre aujourd’hui est très technologique. La France a bien compris qu’il faut se recentrer sur ce qui est essentiel… La crise ivoirienne a permis, non seulement à la France de comprendre où se trouve son véritable intérêt et comment le préserver, mais aussi aux Ivoiriens d’ouvrir les yeux. Cette crise a donc été bonne pour nous tous.

Professeur, on annonce même des actions fortes. Par exemple, fermer les bases militaires, réviser les accords de défense, proposer une autre forme de coopération, etc. Lequel des chapitres de ce programme mérite-t-il, selon vous, d’être fait dans l’urgence ?

D’abord repenser les rapports. Avoir une autre conception de la coopération. Le reste, c’est le déploiement de l’idée sur le terrain. Nicolas Sarkozy est le président de la France qui est un grand pays. Gbagbo est le président d’un petit pays. Mais en termes intellectuels et d’expérience de la vie, Sarkozy n’a rien de plus que Gbagbo. Il faut donc qu’on puisse se respecter… Je ne comprends pas le ministre Kouchner quand il dit « Je n’irai pas en Côte d’Ivoire tant qu’il n’y a pas d’élections ». Mais est-ce que nous avons besoin de lui ? Les élections ont-elles eu lieu avant qu’il ne vienne ? Maintenant, il dit « C’est avec celui qui est élu que nous allons coopérer ». Mais naturellement ! C’est ce que nous voulons. Ça va nous permettre d’avoir conscience de nos responsabilités et de ne penser qu’aux intérêts de la Côte d’Ivoire. Nos partenaires doivent comprendre que leur intérêt, c’est notre développement. La justice au niveau mondial est donc dans l’intérêt des pays pauvres et des pays riches. Et ça pourrait être une réponse efficace au problème de l’immigration clandestine.

Des indicateurs clairs et pertinents de cette rupture sont-ils perceptibles ?

Le président Sarkozy, c’est vrai qu’il fait parfois des discours malheureux, mais tout le monde salue son discours du Cap. Ce qui veut dire qu’il faut mettre les choses à plat… Il comprend où se trouvent les intérêts de la France. Il y a donc des actes qui sont posés et des signes qui sont perceptibles.

Comment croire, Professeur, qu’au moment où les Chinois, les Américains et autres s’intéressent de plus en plus à la Côte d’Ivoire, la France se retire en fermant sa base militaire ?

Il y a deux types de discours. Le premier, un peu irresponsable est « on s’en fout, prenez votre indépendance et crevez ». Le second amène à répondre à des questions principales : « Quels sont nos intérêts ? Comment les promouvoir et les protéger ? ». Et dans chaque pays qui est une grande puissance, quand des gens réagissent de cette façon subjective, leur patronat, leurs intellectuels les ramènent à l’ordre. Quand De Gaule avait dit en Algérie « Je vous ai compris », en fait il faut comprendre qu’il s’était lui-même compris, il avait compris les intérêts de la France. C’est pourquoi, à propos de base militaire française, les Ivoiriens doivent lire que la meilleure façon de rester pour les français, c’est peut-être de partir d’une certaine manière.

La Chine concurrence sérieusement les Etats-Unis et l'Europe en Afrique. Les pays africains peuvent-ils se permettre de jouer la carte de la Chine contre leurs partenaires « traditionnels » ?

La Chine met en place une politique qui correspond aux besoins de sa société. On dit que la Chine cherche du pétrole partout. Mais se développer demande beaucoup d’énergie. Aujourd’hui, l’Occident redoute la Chine, alors on critique la Chine pour les droits de l’homme, etc. Mais imaginez une révolte en Chine ! L’Occident peut faire à la Chine ce qu’elle a fait à l’Union Soviétique, l’amener à imploser. Il suffit de créer des conflits, de mener une guerre idéologique… Souvenez-vous de la guerre de l’opium au 19e siècle. Pour ce qui est des relations entre la Côte d’Ivoire et la Chine, il faut comprendre qu’un Etat n’est pas là pour choisir un ami contre un autre. C’est de savoir ce que la Chine, la France ou les Etats-Unis nous apportent. Il ne faut donc pas voir les relations internationales en termes de noir et blanc. Chaque Etat fait la promotion de ses intérêts selon les offres qui lui sont faites. La Chine est un modèle pour nous, nous nous inspirons de son expérience, parce que c’est un pays sous-développé qui a réussi à émerger. En dehors de cela, la Chine est comme tous les autres Etats. Et les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. C’est aussi valable pour la Côte d’Ivoire.

Pensez-vous que les Chinois perçoivent l’Afrique comme un nouvel Eldorado ?

Les anciennes puissances coloniales n’avaient pas d’autres motivations en venant en Afrique que le besoin de matières premières. Les français veulent notre pétrole, les chinois également veulent notre pétrole, il en est de même pour les autres Etats occidentaux. Nous discutons avec tout le monde pour voir ceux qui nous respectent et qui respectent nos intérêts. C’est la loi du marché de donner au plus offrant. Il n’y a donc aucune raison de diaboliser les chinois.

Professeur, c’est dans exactement 5 mois qu’aura lieu l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire. Comment la voyez-vous ?

Cette prochaine élection présidentielle est très importante. Car elle va mettre fin à des mythes. Parce que cette élection va permettre à chacun des hommes politiques Ivoiriens de savoir ce qu’il pèse véritablement. Mais c’est une élection qui sera difficile. A l’image de tout accouchement, la femme est entre la vie et la mort. Cependant, il faut faire en sorte que l’accouchement se passe bien… Cette élection est donc périlleuse parce que la Côte d’Ivoire arrive en bout de chute. Certains hommes politiques vont prendre leur retraite, et en effet, ils voudraient y aller dans certaines conditions. Ils vont donc jouer leur va-tout. Gbagbo également qui a résisté durant toute la crise, voudra enfin pouvoir mettre son programme en œuvre. De mon point de vue, le pouvoir qui sortira de cette élection sera légitimé. Mais ça ne veut pas dire que la crise sera résolue pour autant. Parce que cette crise n’est pas seulement une affaire politique. Il y a aussi sa dimension sociale. Il faut qu’au sortir de cette élection, il y ait un pouvoir crédible qui relance la Côte d’Ivoire. La relancer autant dans la reconstruction physique que humaine.

Mais très peu d’Ivoiriens parient pourtant sur la tenue de ce scrutin, en tous cas à la date indiquée…

C’est pourquoi j’utilise l’image de l’accouchement. Vous connaissez une femme qui va accoucher et qui n’est pas inquiète qui n’a pas peur ? C’est d’abord douloureux, ensuite il y a le risque qu’elle subisse une césarienne, qu’elle décède même. Il est donc normal que nous soyons tous angoissés. Mais un homme politique, un intellectuel ne doit pas se limiter à l’angoisse. Il doit comprendre l’angoisse et chercher les moyens de la contourner… Cette élection ne sera pas facile. Il y aura des grincements de dents, peut-être des affrontements. Mais les Ivoiriens doivent y croire, car elle est très importante pour notre histoire. Parce qu’à partir de cette souffrance, nous déboucherons sur une nouvelle Côte d’Ivoire. Et quel que soit le résultat de ce scrutin, le président Gbagbo sera déjà rentré dans l’histoire, par sa résistance et par sa générosité. Et les autres qui ont compris qu’il faut mettre fin à la rébellion, seront eux aussi rentrés dans l’histoire.

Avec du recul, cette crise ivoirienne était-elle liée à un déficit de démocratie ou était-ce un vrai problème identitaire ?

J’en suis arrivé à penser qu’il y a deux choses fondamentales. Il y a d’abord la France. Les chercheurs verront plus tard de quelle manière la France a été impliquée. Ensuite, il y a un problème sur lequel on ne s’est pas encore véritablement penché, c’est la crise de l’élite ivoirienne. Tout le reste est prétexte et alibi. Imaginez le nombre de gens qui ont occupés de hautes fonctions, c’est-à-dire ministres, directeurs de cabinets, directeurs généraux, ambassadeurs, etc. et qui ne le sont plus. Qu’est-ce qu’ils deviennent ? Ces jeunes ingénieurs, médecins, pharmaciens, économistes, enseignants, qui refusent de travailler, mais qui attendent tous d’être nommés. C’est le grand paradoxe de notre pays. Mais que fait-on d’eux ? Ces autres milliers de jeunes sans travail, que deviennent-ils ? Voilà la bombe ! Et ça, ce n’est pas PDCI, ni FPI, ni RDR. C’est un problème social. Il faut donc qu’au niveau des partis politiques, qu’on puisse dire la vérité aux jeunes, à aux cadres : « On ne peut pas tous vous nommer ». C’est cela la crise. L’inadéquation entre les aspirations des uns et des autres et ce que la société offre. Par conséquent, le ressentiment, l’aigreur, la frustration et la colère qui bouillent en tout ce monde finissent un jour par exploser. Ce sont là les problèmes que les sociologues devront regarder de plus près et que les politiciens devront aborder avec efficacité. Tous les autres éléments qui entouraient la crise n’ont été que des fabrications idéologiques, des cache-sexes. Il y avait une opportunité, il fallait donc une justification. Aujourd’hui, qui parle encore de problèmes identitaires, de l’ivoirité ? Ouattara et Bédié ne sont-ils pas alliés au sein du RHDP ? Il nous revient donc aujourd’hui de chercher les vrais problèmes et de trouver ensemble les vraies solutions.

Professeur, vous qui êtes un observateur attentif de la société ivoirienne, que pensez-vous de la corruption, du racket ? Le mal est-il si profond que ça dans notre pays ?

C’est une question de perception. On le perçoit d’autant plus aujourd’hui que la pauvreté a augmenté. A partir du moment où même le petit fonctionnaire gagnait relativement bien sa vie, il n’avait pas à envier son camarade devenu ministre. Mais aujourd’hui, la pauvreté est telle que l’écart est devenu trop choquant. Nous ressentons douloureusement ce mal parce que nous sommes de plus en plus pauvres. Sinon, ce n’est pas aujourd’hui qu’est née la corruption et ce n’est pas aujourd’hui non plus qu’elle va disparaître. Ce qui est important, c’est de comprendre que dans tous les pays en guerre, la corruption augmente, les trafics aussi. Par exemple, jusque dans les camps de concentration Nazi où les gens savaient qu’ils allaient mourir d’un moment à l’autre, il y avait la corruption… Une période de guerre est donc une période de grande anomalie, de grande confusion de valeur. Si la guerre autorise de tuer, mêmes parfois des femmes et des enfants, l’honnêteté devient une moindre valeur. Le régime étant fragilisé s’est s’appuyé sur des groupes individus, mais surtout sur ses soldats qui ont fini par croire qu’ils doivent bénéficier d’une sorte d’impunité. Et je suis heureux qu’on ait commencé par l’armée. Cela a permis au moins de savoir que s’il y a racket, c’est aussi parce qu’il les véhicules n’ont pas de pièces… Si vous observez l’ensemble de la société, dans les hôpitaux, dans les écoles, dans l’administration, etc. C’est alarmant ! Tout ça doit changer. Mais ça ne peut être fait que dans un pays normal, avec une société qui donne opportunité à chacun de gagner honnêtement sa vie. Une société qui respecte ses membres pour ce qu’ils sont. Car ce ne sont pas les villas et les voitures qui font la grandeur d’un homme.

Quel rôle souhaitez-vous pour les intellectuels Ivoiriens dans la reconstruction de notre pays ? Pérorer ou s’engager ?

Les intellectuels doivent s’engager dans ce que j’appelle la reconstruction humaine. C’est-à-dire, s’efforcer de comprendre l’impact que la crise a eu sur nous. Ecouter les raisons que les uns et les autres en donnent pour connaître la racine du problème. Et à partir de là, aider notre société à se reconstruire. Reconstruire nos liens sociaux et nous mobiliser collectivement pour affronter les défis qui sont les nôtres, en Afrique et dans le monde. On ne peut donc pas dire pérorer, c’est un peu péjoratif, mais s’engager, s’impliquer pour promouvoir les droits de l’homme, la démocratie, l’économie, la connaissance de notre histoire, de ce que nous sommes et que, l’identité ne soit pas une occasion de batailles parce que l’identité n’est pas identique, elle évolue… Une fois qu’on aura compris tout cela, ce sera l’occasion d’un nouveau départ. D’une Renaissance à ne pas confondre avec la renaît-chance comme disent Denis Jambart et Claude Allègre. La renaissance c’est par le travail, l’engagement. Et non une affaire de miracle, ni de chance. Il nous faut savoir dans quelle direction on s’engage et pourquoi. Et s’il y a une multitude de chemins, il faut au moins qu’on s’accorde sur la destination.

Dernière question Professeur, ça vous inspire quoi quand vous entendez des africains dire : « Barack Obama, un espoir pour de l’Afrique » ?

Ce n’est pas seulement l’image des noirs de l’Afrique, mais de tous les noirs du monde entier qui est rehaussée. Même si Barack Obama n’est pas élu, les noirs auront fait un grand progrès. De Toussaint Louverture à aujourd’hui, en passant par Martin Luter King, c’est un aboutissement que nous revendiquons légitimement. Ce qui veut dire que les noirs ont progressé dans une Amérique qui a progressé, qui a dépassé les préjugés raciales. En tant qu’être humains, nous sommes reconnus. Parce qu’il ne faut pas oublier la controverse de Valladolid où l’Eglise Catholique se demandait si les noirs étaient des singes ou des êtres humains. De Valladolid jusqu’à aujourd’hui, que de chemins parcourus ! Sous le rapport de la reconnaissance, oui Obama est une fierté pour tous les noirs. Mais sous le rapport politique et économique, nous serons confrontés à l’Amérique. Et l’Amérique reste l’Amérique avec des intérêts d’un Etat, d’une super puissance sur lesquels il ne faut pas que les Africains se fassent trop d’illusions. Nous devons rester lucides. Ce n’est pas parce que l’Amérique pourrait être dirigée par un noir que les choses vont être différentes.

Réalisée par Serge Grah





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