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LE BLOG DE SERGE GRAH POUR QUE L'AFRIQUE NE DORME PLUS JAMAIS !
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09.07.2007
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« L’Europe n’est pas un paradis »

« L’Europe n’est pas un paradis »

Posté le 16.06.2008 par sergegrah
Wilfried N’Sondé

Invité spécial de la cérémonie de remise des prix du Concours Littéraire « Les Manuscrits d’Or » 2008, l'écrivain et musicien congolais Wilfried N'Sondé lauréat 2007du Prix des cinq continents de la Francophonie était à Abidjan le 4 juin 2008. Nous l’avons rencontré.

Vous avez été lauréat 2007 du Prix des cinq continents de la francophonie, avec votre premier roman « Le Cœur des enfants léopards ». Que représente ce prix pour vous ?

Ce prix est avant tout une reconnaissance importante, comme un sceaux de qualité sur mon travail, c’est un début rêvé en littérature. Le prix m’a donné confiance dans ma plume. Le fait que son principe soit d’emmener le lauréat à la rencontre des lecteurs dans l’espace francophone international, a été l’occasion d’expériences inoubliables et de rencontres exceptionnelles. J’ai beaucoup appris, ce fut comme une formation accélérée à la vie d’écrivain !

Vous êtes l’invité spécial de la cérémonie de remise de prix du concours littéraire « Les Manuscrits d’Or » à Abidjan. Que pensez-vous de telles initiatives ?

De telles initiatives sont importantes, surtout quand elles sont menées avec autant de professionnalisme. Je transmets encore une fois mon admiration à Vallesse Editions pour cet excellent travail. L’organisateur a su fédérer de multiples acteurs susceptibles de promouvoir la lecture et l’écriture à long terme. C’est moins l’initiative qui m’impressionne, que la manière dont elle a été menée. La cérémonie des Manuscrits d’Or a été très réussie, je suis fier d’en avoir été l’invité d’honneur.

« Le Cœur des enfants léopards » est le titre de votre roman. Que faut-il entendre par un tel titre ?

Le cœur, car il s’agit d’une introspection, un saut dans l’intime, l’idée était de mettre de l’humanité sur l’actualité, celle concernant les populations pauvres vivants en France, issues de l’immigration africaine. Les enfants léopards sont à la base, ceux du Congo, je crée une filiation mystique, au début du livre, entre le peuple des Bacongos et les léopards. En écrivant le livre, je me suis aperçu que les enfants léopards sont tous ceux qui se battent dans la vie, avec les attributs du léopard, la férocité et la noblesse dans les gestes.

Où commence la fiction dans votre œuvre ? Votre roman est-il une autobiographie ?

Le seul élément biographique du livre, est le fait que, comme moi, le narrateur est né au Congo et émigre vers la France vers 5 ans. Le reste est pure fiction, même si un peu comme en physique, rien ne se perd, rien ne se crée ! C’est un roman d’amour, j’ai eu comme beaucoup d’autres quelques expériences dans le domaine. Ce livre se veut être une plongée dans l’intime des sentiments humains, or ce n’est pas moi qui les ai inventé.

Dans votre roman les jeunes tiennent une place importante. En Côte d’Ivoire comme ailleurs certainement, ils constituent la tranche majoritaire. Que dites-vous généralement à cette jeunesse africaine ?

Cessons s’il vous plait de généraliser. Mes quelques voyages sur le continent m’ont confirmé dans l’idée que les diversités y sont grandes. Du peu que j’ai pu voir à Abidjan, je dirai simplement que les jeunes ont besoin d’emplois et d’un meilleur système d’éducation. D’ailleurs, il s’agit là d’un problème mondial. Dans d’autres pays, les jeunes ont besoin que leur pays s’ouvre davantage sur le monde. S’il est peut-être un point commun à tous, c’est le complexe récurant par rapport à l’Europe, il faut arrêter de toujours se définir en fonction des Européens, ne plus constamment attendre leur approbation et exister au-delà de leurs préjugés.

Quelles sont vos influences littéraires ?

Mes influences littéraires sont multiples. Je suis entré en littérature en lisant les romantiques du XIXe siècle, je suis d’ailleurs resté un inconditionnel de Nerval. J’ai beaucoup lu la philosophie de Nietsche, j’aime son idée de renversement des valeurs. L’un de mes ouvrages favoris est « Les méduses », de Tcikaya U’Tamsi. J’aime assez certains auteurs français contemporains, comme Véronique Olmi, Laurent Mauvignier, Virginie Langlois ou encore Carole Martinez.

Vous arrive-t-il de séjourner souvent en Afrique ?

Depuis l’année passée, j’ai fait 4 voyages en Afrique, 2 sont prévus jusqu’à la fin de l’année, notamment le retour à Brazzaville en juillet 2008. Cela va être un grand moment, difficile aussi mais riche en expériences. J’attends cela avec impatience.

Parlez-nous de votre vision de l’Afrique au vu des évènements qui l’a secoué. Je pense à la Côte d’Ivoire, au Congo, au Kenya, à l’Afrique du Sud, etc.

Ces évènements ne sont pas propres à l’Afrique, ils sont, je crois, le fruit d’une pratique mondiale, qui met l’économie avant l’humain, le profit personnel avant le partage, la jouissance de quelques uns avant l’intérêt du plus grand nombre. C’est aussi la conséquence d’une manière d’aborder l’autre, celui qui est différent. Au lieu de ce nourrir des différences pour s’enrichir, elles font peur, crée des hiérarchies absurdes entre les êtres et amènent violences et chaos. Encore une fois, ces problèmes de fond et leurs manifestations ne sont pas le triste privilège de l’Afrique, mais comme elles y trouvent leur expression la plus horrible, je crois que c’est sur ce continent que les changements essentiels d’une certaine conception de l’humanité vont apparaître.

La plupart des jeunes africains sont prêts à braver toutes sortes de dangers pour se retrouver en Europe. Que pourriez-vous leur donner comme conseil ?

Dans le cas de guerres ou de pénuries aigus, je ne peux pas me permettre de condamner un tel choix. Maintenant, je pense qu’il existe une vraie propagande mondiale, qui crée l’illusion que l’Europe est un paradis, et l’Afrique un enfer. Nombreuses Nations occidentales, notamment la France, se sont bâties sur ce mensonge, aussi c’est très difficile pour eux de tenir un autre discours. Dans cette affaire, tout est question de perception, j’aimerais dire aux jeunes que le bonheur est à trouver en soi, l’environnement est chose qui se transforme par l’action individuelle. Pour près de 90% des immigrés hors Union Européenne qui arrivent en Europe aujourd’hui, sans papiers, sans argent, sans qualification, la vie est un vrai enfer, qui ne mérite pas que l’on prenne autant de risques. Il faut, je pense, qu’il y ait une prise de conscience de la part des dirigeants politiques, des enseignants, des artistes, de tous le monde, pour que les discours sur l’Afrique changent, mais que surtout, les pratiques des Africains changent aussi, à tous les niveaux. Nous sommes maîtres de notre destin et de celui des plus jeunes d’entre nous.

Quelle est votre opinion sur les tests Adn en ce qui concerne l’immigration en France ?

Je pense que c’est une imprudence de la part du législateur français, d’avoir introduit l’ADN dans la loi. Les phénomènes humains, ne peuvent pas s’expliques ou se prouver uniquement par la biologie. C’est un malheureux coup politique qui ne résout en rien la question de l’immigration clandestine, mais qui à terme, pourra créer des problèmes importants dans la gestion par les tribunaux français de conflits familiaux.

Est-ce que vous pensez que les écrivains africains peuvent contribuer aux changements de mentalités ?

J’espère que tout le monde devrait contribuer aux changements de mentalités dans le monde.

Vous êtes francophone, vous remportez un prix de la francophonie. Comment se vit ce fait là dans une ville germanique comme Berlin ?

Ce qui est important à Berlin, c’est le fait que j’ai gagné un prix littéraire, cela donne de la crédibilité. Le reste n’intéresse pas vraiment.

Croyez-vous en la francophonie comme espace de partage de valeurs humaines ?

Le monde dans son ensemble est devenu un espace de partage de valeurs humaines, malheureusement pas toujours les meilleures.

Serge Grah



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