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LE BLOG DE SERGE GRAH POUR QUE L'AFRIQUE NE DORME PLUS JAMAIS !
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09.07.2007
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« La Côte d’Ivoire n’a pas un problème de Constitution »

« La Côte d’Ivoire n’a pas un problème de Constitution »

Posté le 10.06.2008 par sergegrah
Jean-Jacques BECHIO, Secrétaire Général de l’ANCI

Ancien ministre de la Fonction Publique sous Houphouët-Boigny, Jean-Jacques Béchio le restera jusqu'au début des années 90. En 1994, il rejoint Alassane Ouattara dans l'opposition au sein du RDR. Il quittera la Côte d’Ivoire pendant le règne de la junte militaire pour s’installer à Dakar au Sénégal. Rentré d’exil, Jean-Jacques Béchio, quitte le RDR en juin 2007 pour l'Alliance pour une Nouvelle Côte d'Ivoire (ANCI) de Zémogo Fofana où il occupe le poste de Secrétaire Général. Dans cet entretien, il revient sur les raisons de son départ et donne le point de vue de son parti sur les faits saillants de l’actualité nationale.

Monsieur le Ministre, comment se porte l’ANCI, surtout au contact de la réalité du terrain ?

Vous ne verrez jamais quelqu’un montrer son village de la main gauche. Le parti se porte bien. Mais quand on le dit, ce n’est pas pour faire plaisir. Le parti se porte bien parce qu’il s’est donné un programme qu’il est en train d’accomplir. Tout nouveau parti qui se crée à cœur de poser des bases solides par son implantation. Et c’est un travail extrêmement important, un travail difficile qui requiert beaucoup de patience et de détermination. Et au demeurant, l’implantation d’un parti n’est jamais terminée. Chaque jour que Dieu, le parti a besoin d’être consolidé. Et nous avons raison d’être satisfaits parce que nous des sections du parti sont en train d’être installées sur toute l’étendue du territoire national. Le président Zémogo et moi-même procédons tous les jours à l’investiture de nos représentants. Nous pouvons donc dire que l’ANCI se porte bien. Il avance comme un nouveau né qui prend petit à petit de l’assurance.

Comment les Ivoiriens réagissent-ils par rapport à la Nouvelle Côte d’Ivoire que vous proposez ?

Je pense que la nouvelle Côte d’Ivoire, c’est d’abord une idée, un espoir. Cette nouvelle Côte d’Ivoire, en réalité, nous l’avons vécue. C’est la Côte d’Ivoire de la fraternité, du travail, de l’égalité. Une Côte d’Ivoire qui débout. C’est à cela que l’ANCI veut revenir. Bien évidemment, en l’adaptant à la situation actuelle, à cet environnement qui nous impose des efforts beaucoup plus importants. Hier vous aviez deux camps, les communistes et les capitalistes. Le choix était facile ; vous étiez à droite ou à gauche. Vous n’êtes plus en concurrence avec un bloc, mais avec tout le monde, y compris vous-même. Aujourd’hui, vous avez un grand village planétaire où les confrontations sont multiformes et prennent des dimensions diverses. Les défis auxquels vous êtes confrontés ne sont plus les mêmes et ne peuvent donc pas être traités dans le même état d’esprit. Ce qui veut dire qu’il faut imaginer de nouvelles façons de diriger, imaginer de nouvelles façons de traiter les problèmes. C’est à cette conscience que l’ANCI invite les Ivoiriens afin qu’on ne soit pas pris de cour. Qui veut voyager loin, ménage sa monture.

Ce que vous dîtes là, Monsieur le ministre, tous les autres partis politiques l’ont déjà dit avant vous. Finalement, qu’est-ce qui vous démarque fondamentalement des autres, qui fait que les Ivoiriens devraient vous faire confiance ?

Tout le monde joue au football avec le même ballon rond et, pourtant, il y a Didier Drogba et puis, il ya les autres. La démarcation, c’est la façon de faire, c’est notre crédibilité. Je crois qu’il n’y a aucun parti politique qui vous dira que son programme c’est d’égorger les Ivoiriens, de détruire ce qui existe comme infrastructures, de renvoyer notre société à la lampe tempête. De ce point de vue, il ne y avoir de démarcage. C’est notre façon de faire la politique qui va nous démarquer des autres. L’ANCI se veut un parti qui dit ce qu’il est capable de faire et non ce que les gens veulent entendre.

Monsieur le ministre, vous dites avoir quitté le Pdci pour des principes. Pour les mêmes raisons, vous êtes parti du Rdr. Quels sont donc les principes qui fondent votre conviction politique ?

Je n’ai jamais considéré la politique comme étant le lieu où on dire tout et son contraire en même temps. Je pense que, contrairement à l’idée généralement répandue, la politique n’est pas l’art de la roublardise ni du grandissime. Lorsqu’on fait de la politique, on doit donner l’exemple, l’exemple de la droiture, de l’honnêteté, de l’intégrité, de la justice… Regardez en Europe, avez-vous déjà vu un chef d’Etat européen qui, en fin de mandat, modifie la Constitution pour rester au pouvoir ? Avez-vous vu en Europe des élections dont on ne proclame pas les résultats ? Moi, je n’aime pas les combines. Partout où il y a des combines, je suis mal à l’aise.

On sait que vous avez beaucoup souffert pour le Rdr. C’est pourquoi on s’étonne encore que vous ayez privilégié le divorce au lieu du dialogue avec vos anciens compagnons de lutte.

Ce n’est pas de la démagogie. J’ai vraiment souffert pour le Rdr. Mais en fait, je ne faisais que défendre des idées auxquelles je crois et, c’est ce qui est important. Et c’est ce qui nous privilégions à l’ANCI. Un homme politique doit savoir assumer ses responsabilités. On ne peut vouloir le beurre et l’argent du beurre ; on ne peut vouloir une chose et son contraire ; on ne peut pas aller au paradis sans mourir. J’ai donc souffert pour le Rdr, mais j’ai surtout souffert pour les idées auxquelles je croyais. Et puisque je ne retrouvais plus ces idées-là, je suis parti. Je suis prêt à recommencer mille fois, si c’est nécessaire. Parce que je tiens à mon intégrité, je tiens à conserver l’image que les Ivoiriens ont de moi.

Est-ce vrai monsieur le Ministre que vous avez quitté le Rdr, parce que refusant de cautionner une prise de pouvoir par les armes ?

En Côte d’Ivoire, les gens aiment dire un certain nombre de choses qu’il leur faut assumer. Moi j’ai déjà expliqué pourquoi j’ai quitté le Rdr. Et je n’ai jamais dit que le Rdr voulait prendre le pouvoir par les armes.

C’est désormais chose connue, l’élection du président de la République se tiendra le 30 novembre 2008. Un commentaire ?

Il n’y a pas de commentaires. Le 30 novembre prochain, nous irons aux urnes.

L’ANCI compte-t-il présenter un candidat ?

Il ne faut jamais mettre la charrue avant les bœufs.

Que faut-il entendre par là ?

Ça veut dire que chaque chose a son temps.

Pensez-vous que la tenue des élections est une garantie suffisante pour un retour définitif de la paix en Côte d’Ivoire ?

Je pense que les problèmes qui se posent à nous sont de plusieurs ordres. Un fait est qu’un pays ne peut pas vivre continuellement dans une situation de crise institutionnelle permanente. Qu’une date ait été arrêtée pour élire un président, est une bonne chose. La preuve, tous les responsables politiques sont tous d’accord. Je suppose donc que chacun fera tout ce qui est à son pouvoir pour que tout se passe normalement à la date indiquée. Et que celui qui est élu soit reconnu et qu’il n’y ait pas de contestations inutiles.

Le professeur Francis Wodié quant à lui, suggère l’avènement de la 3e République. Autrement dit, il faut une nouvelle Constitution. Qu’en pensez-vous ?

Le professeur Francis Wodié a été mon Maître. A ce titre, je lui dois respect. Ceci étant, je ne suis pas sûr que les problèmes de la Côte d’Ivoire soient surtout et avant tout des problèmes de textes. Parce que les textes, quelle que soit la façon dont ils sont faits, si on ne veut pas les appliquer, les problèmes demeureront. 2e, 3e ou 4e République, s’il n’y a pas un changement fondamental de mentalité des hommes politiques, s’ils ne comprennent pas que le plus important c’est l’intérêt général et non les intérêts personnels et partisans, quels que soient les textes constitutionnels, on ne réussira pas à avancer. Comment expliquez-vous que des intellectuels de très au niveau aient rédigé une Constitution, et peu après, reviennent pour demander qu’on la change ? Et pourtant, ce sont les mêmes qui ont proposé ce texte. On fait des textes avec des partis-pris, on pose des pièges en pensant que c’est quelqu’un d’autre qui va y tomber, et puis finalement, c’est nous-mêmes qui y sommes pris. Les Ivoiriens doivent donc comprendre que la Côte d’Ivoire n’a pas un problème de texte... En son temps, j’avais dit que notre Constitution était une bombe à fragmentation dont personne ne pouvait imaginer les dégâts au moment de son explosion. En ce moment, personne ne parlait de 3e République. Mais dans quel état d’esprit voulez-vous aujourd’hui qu’on pense à une nouvelle Constitution ?

Les Ivoiriens, monsieur le Secrétaire Générale, se plaignent de plus en plus de la cherté de la vie. Et ils l’ont d’ailleurs bruyamment manifesté il y a quelques mois. Que vous inspire cette situation ? Quelles sont les propositions de l’ANCI ?

L’ANCI n’est pas aux affaires. Et nous n’avons pas de solutions miracles. Cependant, nous reconnaissons que ces problèmes se posent partout. C’était au Cameroun, à Haïti, aussi bien en Europe qu’en Amérique Latine. C’est un problème général, à tel point que le président de la Banque mondiale et le Directeur du FMI s’en sont inquiétés… Toutefois, si on doit reconnaître que ces problèmes ne dépendent pas du gouvernement ivoirien et qu’il est mondial, il y a quand même des choses que nous nous pouvons faire nous-mêmes. Il suffit seulement que chacun à son poste fasse bien son travail. Un pays, ce n’est pas un champ de patates où chacun peut faire ce qu’il veut. Nous avons un ministère de commerce, au niveau duquel nous avons des responsabilités à prendre. Le Président de la République a mis en place un comité de surveillance des prix… Mais vous allez voir, ils ne vont rien faire. Dans trois mois, ils seront encore à tourner en rond. Et ils seront encore surpris quand la population va descendre dans la rue. Je suis désolé d’avoir à le dire de cette façon, mais on ne gère pas un pays comme ça. Le Président Houphouët avait, de façon conscience, décidé de mettre en veilleuse l’exploitation des gisements de pétrole et toutes les richesses de notre sous-sol pour faire de l’agriculture la principale mamelle du développement de la Côte d’Ivoire. Nous avons des centaines d’hectares de bas-fonds, nous avons de la forêt, nous avons aussi des milliers de jeunes déscolarisés qui ne demandent qu’à travailler. Qu’attendons-nous pour les mettre à contribution pour cultiver ces terres ? Non seulement, nous aurons trouvé du travail pour tous ces jeunes, mais aussi nous aurons épargné à la Côte d’Ivoire une saignée de devises dans l’importation de riz. Nous avons la capacité d’être autosuffisant.

Je voudrais à présent m’adresser au diplomate que vous êtes. A l’ONU la question de l’élargissement du Conseil de Sécurité devient centrale. Les africains réclament une représentation permanente. Quelle est votre opinion sur cette question ?

Pour avoir présider bon nombre de conseils en son temps, je sais comment ça se passe. Je pense qu’il faut laisser les choses arriver à maturité. Ce problème est beaucoup plus délicat qu’on le laisse croire. Il ne faut pas oublier que l’Onu a été créée sur des bases précises et sur des intérêts précis. Après la chute du mur de Berlin, la démarcation est-ouest a disparu. Mais qui aurait cru que ça arriverait un jour ? Le monde est aujourd’hui un village planétaire… N’empêche qu’il apparaît toujours difficile d’élargir le Conseil de Sécurité à d’autres Etats. Mais qui sait si des évènements ne vont pas précipiter les choses ? Au lieu de livrer ce combat-là, les africains doivent commencer par s’organiser. On veut être membre du Conseil de Sécurité et entre nous-mêmes, on n’est pas capable de nous unir, de nous mettre d’accord. On veut aller faire une union ailleurs, alors que chez nous-mêmes, nous sommes désunis. Vous n’avez qu’à voir le nombre de candidats qu’il y a pour vous en convaincre. Personnellement, je privilégie l’organisation de l’Afrique afin qu’elle puisse se prendre en charge et offrir une meilleur vie à ses populations. L’Afrique doit chercher à trouver solutions aux nombreux problèmes de conflits, de famines, etc. qui se posent à elle que de se battre pour une place au Conseil de Sécurité.

Votre message aux Ivoiriens ?

Nous voulons vraiment que ce soit la fin de tout et le début d’une nouvelle ère. Une ère où la Côte d’Ivoire se retrouvera avec elle-même. Une Côte d’Ivoire où dorénavant, comme Houphouët nous l’a enseigné, nous n’utiliserons qu’une seule arme, celle du dialogue. Et ce, dans le seul objectif du développent de notre pays et du bonheur de son peuple.

Serge Grah




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