Publié le 06/03/2009 à 12:00 par sergegrah
Un rêve à deux
(A Honorine)
Nous sommes deux
Nous sommes deux oiseaux perdus sur
L’immensité du vol
du rêve
De traverser le ciel par temps d’orage
Nous sommes deux
Nous sommes deux tempêtes perdues
Comment oser achever ce soir
Toutes ces beautés qui jalonnent
Ton corps
Ce corps si grand
Qu’à le suivre
Une nuit de caresses peinte d’audace
De ma marche au bout du monde
N’aurait suffit
Nous sommes un duvet perdu
Sur l’éparpillement des regards du temps
Qui chuchotent à tort et à travers
Mon amour
Frappe plus fort ta joie que le sceau de ta douleur
À passer au tamis tous les vents
Qui se lèvent irrespirables
Et le caméléon
Accroupi au bord du chemin
Pour écrire les changements de couleurs
Que ta beauté offre aux choses
Pour les diviniser
Je confie tous les matins
Mon destin à l’éclat de l’avenir
De s’habiller de l’illumination
Des couleurs que répand ton sourire
Je t’aime de ta liberté
Et je te dis
Un rêve
Un seul rêve à deux
Pour bâtir l’amour
Demain encore
Nous rêverons ensemble
Et tu choisiras la couleur de nos draps
Tu écouteras la dernière volonté de nos nuits
Le testament de nos noces
La dernière parole de notre amour
Il y a tant d’idées perdues
Tant de belles idées perdues dans la tristesse
Des rêves mal énoncés
Des rêves mal compris
Tant d’idées se sont trompées de chemin
Tant d’idées n’ont rimé qu’avec souffrance
Tant de belles idées n’ont servi à rien
A personne
De fausses questions
De fausses réponses
Je plante ô Femme
Dans les sillons des nouvelles semences des futures moissons
Ta Beauté que je dédie à la postérité
Cette beauté que j’arrose de mon espoir
Revêtira le secret d’une autre prospérité
Et notre rêve à deux
Laissera pousser les fleurs de ma passion
Pour sceller mon espérance
Serge Grah
Extrait de « Une saison au purgatoire », recueil de poèmes inédits.
Publié le 06/03/2009 à 12:00 par sergegrah
Des Comians de Tanguelan (Agnibilékro)
Avant de s'envoler pour le Burkina-Faso à l' occasion de la 21e édition du FESPACO, Mohamed Dazelor, réalisateur du film « Comian, la voie des génies » a accepté de se prêter à nos questions. Un entretien exclusif dans lequel il affiche son optimisme...
Dites nous quelle a été votre réaction lorsque vous avez appris votre sélection pour le FESPACO ?
Mohamed Dazelor : Comian « La Voie des Génies » est un documentaire qui a nécessité sept ans de production. Ce film est avant tout la passion de la petite équipe que nous sommes, pour le cinéma et en particulier pour le genre documentaire. C’est un projet que nous avons porté à bout de bras, à travers la crise militaro politique que notre pays, la Côte d’Ivoire, a connue. Notre sélection au FESPACO est un véritable baume au cœur pour nous et pour les Comian, qui nous ont fait confiance et qui nous ont accompagnés tout le long de cette aventure.
Est-ce votre première participation en sélection officielle à ce festival ?
Oui, c'est notre première participation en sélection officielle à ce festival.
Le sujet que vous avez choisi ne manque pas d'intérêt. Pouvez-vous nous dire comment il a suscité votre curiosité ?
J'ai travaillé pendant 16 ans dans l'institutionnel, avec le Système des Nations Unies. Les documents de plaidoyer que je réalisais me mettaient très souvent en contact avec les populations rurales, avec leurs coutumes, leurs préoccupations et leurs rêves. Lorsque l'idée a germé de produire des documents en tant qu'indépendants, nous avons commencé, Jacques MILLA, ADJE Evariste et moi, à cerner les sujets que nous pourrions traiter. Nous ne connaissions pratiquement rien des COMIAN. Agnès ADINGRA, la Comian qui nous a servi de fil conducteur était une amie de la famille ADJE, et nous avons appris fortuitement qu’elle avait une école de formation de COMIAN. Découvrir que cette pratique ancestrale continuait, de se perpétuer dans des cadres formels de formation nous a intrigué. Et lorsque nous avons entamé la préparation, nous avons découvert un environnement qui nous a conquis et nous amené à une certaine élévation. Nous y avons découvert le respect et l'humilité, la crainte de Dieu, la division du monde entre le bien et le mal, et surtout la magie du monde des Comian.
Avec "Comian La Voie des Génies" vous êtes de plain-pied dans la tradition. Pourquoi un tel choix ?
La majorité des pays africains gardent, quelque soit leur niveau de développement, les pieds dans la tradition. Certaines sont néfastes et ne respectent pas les droits fondamentaux de la personne humaine. L'excision par exemple. Beaucoup d'autres représentent une véritable richesse, tant au niveau des enseignements qu'elles véhiculent, qu'au niveau de l'impact sociologique qu'elles ont sur les communautés qui en perpétuent l'existence. Notre rôle en tant que cinéaste est de consigner ce patrimoine culturel et de faire un plaidoyer général sur l'importance de ces pratiques, dans l'affirmation de notre identité africaine.
Avec la mondialisation, pensez vous que la valorisation de nos cultures est d'actualité ?
Les Comian ne sont pas un simple fait culturel. Le Comian se recrute aujourd'hui au niveau des jeunes scolarisés ou déscolarisés. Dans le cadre de mon tournage, j'ai rencontré un jeune apprenti Comian qui avait le niveau du BAC. Il ne regrettait pas du tout le fait que les génies l'aient détourné du cursus qu'il voulait suivre. Pour lui, la Côte d'Ivoire avait déjà atteint un certain niveau de développement, et pourtant il n’y avait pas encore de chômage dans le milieu des Comian. Au-delà de la valorisation de nos cultures, il s'agit pour nous de les connaître et de les respecter en tant que fondement et non comme valeur marchande touristique.
Quel est le message que vous souhaitez faire passer à travers cette réalisation ?
Lever la crainte et la suspicion qu'il y a autour des Comian. Ces pratiques ancestrales n’entrent aucunement en conflit avec les grands courants religieux du 20è siècle. Adingra Agnès appartenait à la chorale de l’église avant d’être possédée par les génies et d’être obligée de danser « l'Awè ». Le prêtre lui a dit « Agnès, suis ton destin, mais n'oublie pas l'Eglise ». Aujourd'hui, Agnès est une Comian confirmée, mais elle se rend à l'Eglise les vendredis saints ou lors des fêtes religieuses chrétiennes. Lors d’une cérémonie, nous avons pu voir des populations du nord, musulmanes, entrer dans le cercle de kaolin pour féliciter les Comian. Cette acceptation de l'autre quelque soit ses croyances et ses pratiques religieuses est une véritable leçon d'humanisme pour nous tous.
Réaliser un tel sujet suppose que vous avez passé un moment d'hibernation avec les acteurs. Comment avez-vous vécu cette période ?
L'hibernation suppose que j'aurais passé un temps relativement long à leurs côtés. Cela aurait été un luxe pour nous Nous avions au niveau de l'équipe de production, les préoccupations récurrentes des cinéastes du sud. Comment concilier la mise en œuvre d'un projet de ce genre avec les soucis de survie au quotidien dans un environnement de plus en plus difficile. Cette immersion était en fait une communication de proximité facilitée aujourd'hui par le téléphone cellulaire. La régularité dans les rapports que nous avions avec les Comian, nous a permis d’être présents pour les cérémonies importantes. Le contact reprenait avec les Comian là où nous l’avions laissé trois ou quatre mois plus tôt. Ensuite la magie opérait et la connexion se faisait entre l’équipe technique et les maîtres de cérémonie.
Avec Comian c'est un hommage que vous rendez à Jean-Marie Adiaffi, ardent défenseur de la tradition Africaine. Avez-vous un lien avec le défunt ?
Adiaffi Jean Marie est une référence dans le milieu de la recherche en Afrique et dans le monde. Son œœuvre est sans exagération, gigantesque. Ce film est un hommage d'un cadet à un aîné, sans qu'il n y ait aucun lien de parenté ou d’amitié. Durant la production du film j'ai rencontré et je suis devenu ami avec Olivier Adiaffi, son fils.
Pensez-vous déjà au sacre avec ce documentaire ?
Restons humble dans une compétition où ce sont les meilleurs du continent qui se rencontrent. Souvent, j’ai mal au cinéma de mon pays. Il est difficile de faire le Paris Dakar avec une deux chevaux. Rejoindre le camp de base est déjà une victoire. Le cinéma, ce n'est pas que des bonnes idées ou de bons sujets. C'est aussi l'accompagnement avec des moyens qui n'obligent pas le réalisateur à être chauffeur de production, cadreur, photographe et preneur de son. Le cinéma ivoirien arrivera avec confiance et sérénité dans ce genre de rencontres lorsque les autorités auront pris conscience de certaines valeurs qui pour le moment ne sont pas des priorités. A ce moment là, nous ne craignons pas d'être tournés en ridicules pour des problèmes techniques qui ne devraient pas en être, si un minimum de moyens était mis à la disposition effective de la création cinématographique.
Votre mot de fin ?
Cette participation officielle au FESPACO, nous la dédions avant tout à tous les Comian d'ici et d'ailleurs. Ensuite à la Paix. L'ivoirien est fatigué de la guerre et des compromis et compromissions politiques, qui agissent chaque jour, un peu plus sur les indicateurs de santé, d'éducation et de pauvreté. Encouragements à l'équipe du FESPACO.
Par Raymond-Alex LOUKOU
Source : Rezo-ivoire
Publié le 06/03/2009 à 12:00 par sergegrah
« Nous n’avons rien, nous Africains, à demander à Obama ». Cette réaction pleine de sagesse est venue, comme bien souvent, du Président du Sénégal, Abdoulaye Wade. Au fond, rien de très original dans cette déclaration : le Président des Etats-Unis veille aux intérêts de son pays. Oui, mais voilà… à en croire certains, Barack Obama ne serait pas qu’un Président des Etats-Unis ! Certes, la portée de l’élection est incommensurable, quarante ans après la mort de Martin Luther-King. Le ouf de soulagement de voir Bush et consorts « plier les gaules » s’accompagne de la renaissance d’un rêve américain que l’on disait en perdition. Mais au-delà de ces symboles et de l’émotion que son élection a suscitée, que penser de l’Amérique de Barack Obama ? Une fois passée la phase d’euphorie légitime, les espoirs démesurés ne laisseront-ils pas la place à une réalité brutale ?
À la fois héros d’une Europe avide de multilatéralisme, symbole pour les Africains transcontinentaux et espoir des démocrates usés par deux mandats néoconservateurs aux États-Unis, Barack Obama a catalysé des attentes diverses et variées, entre espoir de paix, espoir d’égalité raciale et espoir de relance économique. Sans doute trop pour un seul homme ! L’intéressé ne s’y est d’ailleurs pas trompé le soir de l’élection en déclarant d’emblée qu’il ne pourrait pas tout régler.
Disons-le clairement : la politique étrangère américaine ne changera pas du tout au tout, l’égalité des peuples risque de rester davantage un symbole qu’une réalité, car l’Afrique demeurera toujours aussi isolée, et le prochain Président des États-Unis n’aura qu’une prise modeste sur l’économie du monde ; quand bien même son plan de relance et le choc de confiance dans les foyers américains qu’a suscité son élection pourraient créer un électrochoc. Quant à la politique étrangère, bien que les démocrates et Barack Obama se détourneront d’une vision du monde manichéenne et binaire, les États-Unis resteront malgré tout les « gendarmes de la planète » (avec l’idéologie messianique en moins), et agiront en redresseur de torts en Iran, au Pakistan ou en Afghanistan. D’autre part, aussi bien intentionné soit Barack Obama, le lobby américain pro-israélien pèsera lourdement pour une inflexibilité dans le dossier israélo-palestinien quand, dans le même temps, le complexe militaro-industriel plaidera pour que la production d’armes aux États-Unis, ressort historique de la croissance outre-Atlantique, ne freine pas. Durant la campagne, Obama a tenu un double discours sur le conflit au Proche-Orient, influencé en ce sens par son conseiller Dennis Ross, et a nommé comme Secrétaire général de la Maison Blanche, Rahm Emmanuel, dont le tropisme israélien n’est un secret pour personne. Ne nous attendons donc pas à une révolution qui n’aura pas lieu, mais à des ajustements suffisamment importants pour être relevés : la fermeture de Guantanamo, une politique plus souple en Amérique Latine (et au contraire plus rigide à l’égard du Président colombien Alvaro Uribe), une posture plus ouverte à l’égard de l’Iran ou de la Russie et un retrait d’Irak d’ici quelques années. Toutefois, cette ligne-là fut en partie celle adoptée par le gouvernement Bush depuis fin 2007… Quant à l’Europe, elle sera sans doute mise face à ses responsabilités. Les relations avec les États-Unis se raffermiront, mais le Président américain ne bradera pas les intérêts de son pays, bien au contraire ! Il appellera à un renforcement de la présence européenne en Afghanistan, et saura de nouveau s’opposer à EADS comme il l’a fait durant la campagne présidentielle pour sauvegarder les emplois américains… En somme : un Président des États-Unis avec ses intérêts propres.
Et l’Afrique dans tout ça ? Durant la campagne, Obama a, comme l’a remarquablement montré Sylvie Laurent (« Barack Obama : de l’Afrique en Amérique »), constamment joué sur la double identité africaine : à la fois afro-américaine attachée à la mémoire de l’esclavage et très ancrée dans la communauté noire à Chicago, et en même temps « frère africain » qui ne vient pas des ghettos, identité qui plaît davantage à l’électorat blanc américain. Le nouveau Président américain adopte le discours afro-américain ambiant, qui appelle, sur fond de paternalisme, les Africains à se responsabiliser. Ces deux identités ont jusqu’à maintenant été relativement opposées. Or la synthèse opérée par Barack Obama pourrait raviver l’idéal panafricain qui réunit « les fils exilés de l’Afrique au continent mère » (Sylvie Laurent). Une illustration de cette synthèse se lit à travers son programme de campagne : Obama s’oppose à tout dédommagement des descendants noirs d’esclaves (pour satisfaire « l’électorat blanc »), mais veut toutefois faire oublier les affres de l’Histoire en offrant des conditions décentes aux plus démunis (en l’occurrence les Afro-Américains). En d’autres termes, ménager la chèvre et le chou pour enrôler les deux pans électoraux. Pour beaucoup, c’est précisément le métissage d’Obama qui confère à son élection un caractère universel. Mais au-delà du symbole, reste à savoir comment cela se matérialisera…
Dans ce contexte, comment interpréter la vague d’engouement qui a traversé l’Afrique, du Liberia au Mozambique ? Les capitales africaines ne parlent que de ça, les groupes de soutien à Obama se démultiplient partout en Afrique et le Kenya a déclaré férié le jour qui a suivi son élection. Cet enthousiasme met, selon moi, en lumière le besoin qu’a l’Afrique de trouver sa place dans une mondialisation qui la laisse sur le bord de la route. L’ubiquité de ce monde exacerbe l’intensité des émotions vécues à quelques milliers de Kms jusqu’à oublier que Barack Obama n’a pas été élu en Afrique. Qu’importe, il suscite un espoir et l’espoir permet de vivre. Ceci étant, les déceptions ne proviennent que d’espoirs non concrétisés, et Obama ne pourra pas faire grand-chose pour l’Afrique. On lui prête d’avoir œuvré pour l’Afrique au sein de la Commission des Affaires étrangères, en appelant à la tenue d’élections transparentes en RDC ou à la traduction de Charles Taylor devant le CPI. Bilan bien mince pour le Président de l’Afrique… Que peut-on très concrètement attendre de l’effet Obama en Afrique ? On peut au mieux espérer que l’Aide publique au Développement soit rehaussée (bien que la crise économique rende caduque cet espoir à court terme), qu’Obama soit le porte-parole d’une meilleure représentation de l’Afrique aux Nations-Unies et plus largement dans la définition de l’agenda international, ou bien encore, en rêvant un peu, qu’il mette fin aux subventions agricoles américaines… Mais sur le plan sécuritaire, Obama s’inscrira-t-il dans la continuité de l’Initiative Pan-Sahel et de l’installation d’Africom sur le continent noir ? Au niveau énergétique, la volonté du Président démocrate de renforcer l’indépendance énergétique des États-Unis ne risque-t-elle pas de marginaliser une Afrique qui ne suscitait malheureusement l’intérêt que par ses matières premières ?
Autant de questions auxquelles il est difficile de répondre pour le moment. Mais le plus grand espoir que cette élection permet pour l’Afrique provient peut-être de l’Afrique elle-même, rejoignant ainsi les propos initiaux de Wade. L’Afrique est en carence de symboles, a besoin d’affirmer son identité et de la revendiquer fièrement. C’est ce qui mûrit sur le continent africain depuis quelques semaines. « L’exemple Obama » suscitera des vocations, servira de précédent pour des peuples africains qui ont soif de démocratie, de liberté et d’espoir. « Si notre frère Obama l’a fait, pourquoi pas nous ? ».
Par Mathieu PELLERIN
Publié le 06/03/2009 à 12:00 par sergegrah
« Avec la disparition de Diégou Bailly, la Côte d'Ivoire perd l'une de ses meilleures plumes. » Jérôme Diégou Bailly, président du Conseil national de la communication audiovisuelle (CNCA), s'est éteint. Journaliste dont tout le monde reconnaît la qualité de la plume, Diégou Bailly, commence son expérience à l’hebdomadaire Ivoire Dimanche (ID). Figures de proue de l’émergence d’une presse libre en Côte d’Ivoire, il participe au début des années 90 à la création du « Nouvel Horizon » (journal du FPI), avant de se retrouver directeur de publication de « Notre Temps », puis du quotidien « Le Jour ».
Auteur prolifique, Diégou Bailly a publié plusieurs livres dont « La fille du silence », « Secret d'Etat » et « La traversée du guerrier » pour lequel il a obtenu le grand prix Littéraire Bernard DADIE 2001. Il est aussi un dramaturge talentueux, dont les pièces Monoko Zohi et Heremankono ont été montées avec par Sidiki Bakaba.
Décédé le 1er février dernier dans un hôpital de Tunis, Diégou Bailly sera porté en terre le 14 mars 2009 à Gbassi-Bayékou, dans la sous-préfecture de Ouragahio. Qu'il repose en paix dans la grâce du Seigneur.
Interview Diégou Bailly : « Je n’ai plus droit à l’erreur »
Après vos trois premières œuvres qui sont presque passées inaperçues, vous faites « une traversée du guerrier » (sans jeu de mots) et vous obtenez le grand prix littéraire Bernard Dadié 2001. C’est un succès auquel vous vous attendiez ?
« Secret d'État », mon premier roman, a quand même connu un succès relatif, le deuxième livre, « Restauration du multipartisme » est un essai, mais là aussi, l'essai a son public. C’est surtout « La file du silence » qui a connu quelques difficultés parce que ce livre est sorti dans une période de crise. Et puis, il y a eu « La traversée du guerrier ». Maintenant dire que je m'attendais au prix n'est pas juste dans la mesure où on n'écrit pas spécialement pour avoir un prix. On a un besoin d'écrire et on écrit Mais quand on a un prix, on ne boude pas son plaisir parce que c'est quand même des lecteurs privilégiés qui ont apprécié l'œuvre... J'ai donc été tout à fait ravi de recevoir ce prix, œ d'autant plus qu'il porte le nom d'un illustre écrivain, Bernard Dadié. C'est un prix qui me donne beaucoup plus de responsabilité. On m'attend désormais au tournant, je n'ai plus droit à l'erreur.
L’unanimité s'est faite autour de ce livre : l'écriture est originale et sobre, l'histoire est croustillante. Comment vous est-il venu l'idée d'écrire une histoire dans une histoire ?
L'histoire de ce livre est réelle. C’était en 1994, j’étais avec le cinéaste Jean-Louis Koula qui m'a demandé de coécrire un scénario de film avec lui. Nous nous sommes retirés pendant deux jours à Jacqueville pour nous mettre au travail. Pendant qu'on écrivait le scénario, j'ai proposé à mon ami d'écrire un roman à partir du scénario du film... L'idée d'écrire une histoire dans une histoire est donc venue de cette anecdote. « La fille du diamant », le titre du film, existe bien dans le livre. Et la couverture du livre est illustrée par une image de guerre qui a été prise dans les rôles du film parce que le film a déjà commencé à être tourné. Voilà un peu comment est venu l’histoire d'entremêler les tournages du film avec un récit.
On s'en doute, « La traversée du guerrier » est un acte téméraire. Mais au-delà, que cache ce titre ?
Le titre de l'ouvrage n'a rien à voir avec la guerre en tant que telle. Le titre est donné par ce jeu périlleux de Jeunes abidjanais qui consiste à traverser le boulevard les yeux bandés... Tout compte fait et en réfléchissant bien, on se demande si la vie elle-même n'est pas une traversée du guerrier. Parce qu'il est vrai que sans la foi, tout le monde va à l'aventure. Il n’y a que l'éclairage de la foi qui peut nous guider. C’est donc tout cela qui m'a orienté vers ce titre.
On a entendu dire que « La traversée du guerrier » est un livre très ivoirien. Qu'est-ce qui a rendu nécessaire l'utilisation de la langue nouchi dans le texte ?
En écrivant le livre, j'avais l'intention de montrer les différents niveaux de langue qu’il y a en Côte d’Ivoire. Je me dis qu'une personne qui enseigne à l'université ne parlera pas le même niveau de langue à ses étudiants et à des commerçants au marché d'Adjamé. Comme le président du jury l'a dit, chaque personnage intervient dans le roman comme il est dans la vie avec son langage, son niveau d'instruction. On n'a pas besoin de travestir son langage.
Dans votre livre, vous faites dire à un de vos personnages que pour comprendre la religion, il faut avoir connu la déchéance, il faut être pauvre. Y a-t-il un rapport entre la foi et le statut social ?
Malheureusement oui ! Souvent, quand on est à l'aise, on ne se pose pas trop de questions sur la religion. Lorca, pour revenir dans le texte, tu lui aurais parlé de religion quand il avait encore l'argent qu'il ne t'aurait pas écouté. Sa déchéance l'a emmené progressivement vers la religion. Evidemment la question qui se pose est de savoir s'il faut connaître la déchéance pour venir vers Dieu. Je pense que non ! On n'a pas forcément besoin d'être pauvre pour croire en Dieu. Plutôt que d'attendre la déchéance, il vaut mieux vivre dans la foi.
Quelques semaines seulement après la sortie de « La traversée du guerrier », vous publiez « Monoko-Zohi », une pièce de théâtre. Cette place d'écrivain, vous la vouliez à ce point ?
Non… Il faut peut-être relativiser les choses. « La traversée du guerrier » est sortie en avril 2004. Mais c'était quand même chez l'éditeur depuis un certain moment. Ce qui a été directement inspiré, je dis bien inspiré, puisque c'est une relation directe de la guerre, c'est « Monoko-Zohi ». Cette œuvre a été écrite durant la période de guerre, un peu dans tout ce que nous vivons... Et comme la guerre est une tragédie, j'ai pensé que la meilleure forme, c'était de la traduire en une pièce de théâtre.
Pour beaucoup d'Ivoiriens, vous demeurez l'une des grandes plumes de ce pays. Vous arrive-t-il d'éprouver une certaine nostalgie, un certain regret depuis que vous vous êtes éloigné des salles de rédaction ?
Oui... De temps en temps, l'envie me prend. Mais je pense quand même que dans toute vie, il faut faire chaque chose en son temps. Et puis, quand je regarde la presse ivoirienne aujourd'hui, il n'y a plus tout à fait les gens de mon âge, c'est-à-dire des gens avec qui j'ai commencé. Mais le problème aussi, c'est de connaître d'autres expériences pour voir la maturité. Parce que, en ce qui concerne la presse, c'est toujours de la faire en ayant des idées mûres. C’est vrai que de temps en temps, j'ai un pincement au cœur, mais là où je suis, je sers aussi à quelque chose... La presse, c'est mon métier, je pense toujours y revenir un jour ou l'autre.
Les Ivoiriens auraient quand même aimé avoir le point de vue de Diégou Bailly au sujet de la crise que nous vivons.
Il ne faut pas avoir une vision messianique des choses. Ceux qui animent la presse aujourd'hui le font comme ils peuvent. Il y a quand même de grands éditorialistes. C’est vrai que j'aurais apporté ce que je peux. Mais le dénouement des crises que nous avons vécues et de celle que nous vivons aujourd'hui ne dépend pas forcément de l'éclairage d'un journaliste. C'est une situation beaucoup plus complexe.
Les journalistes sont tenus pour responsables, ils sont sur le banc des accusés…
Les journalistes ont une part de responsabilité, on ne peut pas le nier. Quand on écrit ce qu'on lit dans les journaux, les journalistes, s'ils sont des gens conscients, ne peuvent pas dire qu'ils n'ont pas leur responsabilité dans ce qui nous arrive. Lorsqu'on dit que les journalistes attisent le feu par leurs articles, c'est vrai que œ n'est pas eux qui l'allument ils ne font que l'attiser. Et quand ils le font, c'est parce qu'ils veulent que ça brûle. Ils doivent donc assumer la responsabilité de l'incendie, même si ce n'est pas eux qui ont allumé le feu. Chacun à son niveau a une part de responsabilité. Et le grand hic, c'est que les journalistes donnent l'impression de faire les choses sans conscience. Or, ce qui caractérise un homme, c'est d'assumer les conséquences des actes qu'il pose... On a choisi de faire la presse d'une certaine façon, et cette façon-là provoque des conséquences, il faut donc les assumer. Les gens jouent toujours de la duplicité. Ils se servent du journalisme pour remplir d'autres desseins. Et lorsqu'on les touche, ils pleurent en journaliste. C’est bien dommage quand on frappe un journaliste, c'est bien dommage quand un journaliste meurt. Mais encore faut-il qu'un journaliste reste un journaliste (...) Le problème de la presse pour moi, au stade où nous sommes arrivés, est d'abord économique. C’est un secteur qui, sur le plan économique, ne peut retenir le personnel, c’est un secteur qui n'est pas rentable. A partir du moment où il n'est pas rentable, les journalistes qu'on forme n'y restent pas. Quand on forme un journaliste et qu'il émerge, un secteur plus rentable le happe. On le retrouvera comme chargé de communication dans une structure privée ou dans un cabinet ministériel. Ainsi, ceux qui devaient servir de référence, de modèle, ne sont pas là. Finalement, c'est un perpétuel recommencement. Aujourd’hui, tous les gens de ma génération qui aurait pu rester dans la presse, être des éditorialistes, n'y sont pas. Or, un métier, c'est certes le talent, mais c'est surtout l'expérience... Il faut donc stabiliser économiquement le secteur de la presse. Tant qu'on ne l'aura pas fait, tous les efforts de formation tomberont toujours à l'eau.
Certains intellectuels ivoiriens ont récemment décidé de ne plus parler. Quel est votre point de vue sur cette opinion qui tranche avec le rôle des intellectuels ?
Sur cette question, chacun a son approche. Peut-être vaut-il mieux se taire pour parler après ? Moi, j'estime que j'ai encore envie de parler donc je parle. Il faut dire son fait. Je pense qu'un écrivain, un intellectuel, sait dire son fait quelle que soit la situation. Nous devons prendre le risque de parler même quand on ne nous écoute plus. Toujours prendre le risque de parler pour ne pas se taire. Parce que le silence peut être interprété de plusieurs façons : comme la complicité, comme l'indifférence. Or, si tu parles, on ne pourra qu'interpréter ce que tu dis. Mais avec le silence, tu laisses la porte ouverte à beaucoup de choses.
Réalisée par Serge Grah
à Abengourou le 15 mai 2004
Publiée dans les colonnes de Les Echos du Matin
du 22 mai 2004.
Publié le 05/03/2009 à 12:00 par sergegrah
Après son indépendance de façade vis-à-vis des empires européens, l’Afrique a été pillée et dévastée pendant des décennies par les cartels anglo-néerlandais du pétrole, des minerais stratégiques et des diamants. Ces cartels se sont servis des changements de régimes ; ils ont élaboré des guerres dans lesquelles leurs armées privées, ainsi que les forces spéciales britanniques et autres "irréguliers" criminels furent impliqués.
Ces dernières années, sous la couverture d’un mouvement de réforme guidé par cette même force impériale, dont l’objectif est de mettre fin aux souverainetés nationales et, finalement, d’effacer tous les gouvernements africains rétifs, la destruction s’est intensifiée. Mené dans une collaboration ouverte avec les cartels eux-mêmes par le spéculateur milliardaire, George Soros, accessoirement promoteur de la drogue[1], ce mouvement conduit le continent africain au chaos, à la guerre perpétuelle, à l’arriération forcée, aux pandémies incontrôlées et à la famine.
L’Open Society Institute[2] et les entreprises de Soros qui lui sont liées financent et rassemblent un nombre incalculable de groupes privés et d’agences mondialistes, qui cherchent, au nom du combat contre la tyrannie et la corruption, à renverser les gouvernements africains et à mettre la main sur les ressources naturelles [de ce continent].
L’Extractive Industries Transparency Initiative (EITI)[3] est une face de ce cauchemar. Elle a commencé lorsque l’organisation de George Soros connue sous le nom de Publish What You Pay, soutenue par une propagande de la part de Global Witness, une organisation financé par Soros, a exigé des nations disposant de ressources naturelles précieuses qu’elles remettent aux cartels multinationaux et au gouvernement britannique toutes les archives de leurs transactions sur ces ressources – et ceci, en vue de mettre fin aux pots-de-vin !
En 2002, à Johannesburg, le Premier Ministre Tony Blair a annoncé qu’il avait accepté cette proposition de Soros. En 2003, Blair a créé l’EITI, en tant qu’agence mondiale basée à Londres, qui chercherait à attirer les Etats-Unis et tenterait d’imposer une domination ouverte sur les ressources mondiales. Menées au départ par Anglo-Dutch Shell Oil, DeBeers et Anglo American, les sociétés participant à l’EITI incluent désormais des sociétés minières comme AngloGold Ashanti, Barrick Gold, BHP Billiton, DeBeers, Freeport-McMoRan Copper & Gold, Gold Fields, Katanga Mining Limited, Newmont, Rio Tinto et des compagnies pétrolières comme Chevron, ConocoPhilips, Eni, ExxonMobil, Hess, Pemex et Petrobras.
En 2006, le secrétariat directeur de l’EITI a été établi en Norvège et placé sous la gestion de Soros, avec de l’argent de l’Open Society Institute et des administrateurs de l’EITI provenant des agences de Soros Publish What You Pay, Revenue Watch Institute et Global Witness. Pour lancer l’EITI en tant que filiale de Soros, le président de la Banque Mondiale d’alors, Paul Wolfowitz (l’un des architectes de la catastrophe irakienne) s’est rendu en Norvège et a donné une conférence de presse sur la nécessité de diriger le "flux des revenus des industries d’extraction" à l’intérieur des "pays en développement". [Conférence de presse de l’EITI, 16 octobre 2006, Oslo]
"Les diamants du conflit" ont apporté la puissance de propagande derrière l’initiative de Soros.
Au fur et mesure que l’opinion mondiale était révulsée par les comptes-rendus sur les guerres de génocide pour les diamants africains, pierres précieuses utilisées comme devise par les mafias, les mercenaires, les milices, le groupe de Soros, Global Witness, a modelé la question des "diamants du sang" en faveur des objectifs de Londres, en tandem avec les sociétés diamantaires les plus importantes.
En 2000, le World Diamond Council était établi à Bruxelles et dirigé par DeBeers (historiquement Cecil Rhodes/Rothschild), de Londres et d’Afrique du Sud, par son agent Maurice Tempelsman, patron de la société diamantaire Lazare Kaplan basée à New York, et par le milliardaire israélien du diamant Dan Gertler et sa famille. Les "réformes" du Conseil Mondial du Diamant sur le pillage par l’industrie sont approuvées par Global Witness et font partie intégrante du programme de l’EITI.
Maurice Tempelsman, qui est né en Belgique, a fait ses débuts au Congo-Belge. Après le meurtre en 1961 du Premier Ministre nationaliste, Patrice Lumumba, Tempelsman a embauché comme officier de liaison auprès du gouvernement intérimaire l’ancien chef de station de la CIA au Congo, Larry Devlin, qui avait reçu l’ordre d’assassiner Lumumba – celui-ci soutient que se sont d’autres qui l’ont fait. Depuis sa base au Congo, Tempelsman a participé à la préparation du coup d’Etat britannique contre le président national du Ghana, Kwami Nkruma. Tempelsman est devenu le numéro un de la filiale américaine de DeBeers, le cartel mondial du diamant à Londres. Templesman a vécu avec la veuve du Président John Kennedy, Jacqueline Kennedy Onassis, depuis le milieu des années 70 jusqu’à la mort de celle-ci, en 1994. Puissance du Parti démocrate post-Kennedy en compagnie de Félix Rohatyn et de George Soros, Templesman est directeur au National Democratic Institute, un composant du National Endowment for Democracy qui finance Global Witness et beaucoup d’autres façades de Soros.
Israélien d’extrême droite, Dan Gertler est le petit-fils de Moshé Schnitzer, le fondateur de l’industrie diamantaire israélienne, et il est le neveu de Samuel [Schmuel] Schnitzer, vice-président du Conseil Mondial du Diamant, en charge de la liaison entre le Conseil et les gouvernements et l’ONU. Durant l’ère Bush-Cheney, Gertler a repris le rôle qu’endossait Maurice Templesman, de représentant officieux du gouvernement américain au Congo. En association avec d’autres milliardaires israéliens et avec des politiciens d’extrême droite, comme Avigdor Lieberman, Gertler s’est mis d’accord avec l’ancien président congolais Laurent-Désiré Kabila pour établir un monopole du diamant en échange d’armes israéliennes et de formation militaire. En 2006, Gertler a remis 60 millions de dollars [env. 80 millions d’€] au trafiquant d’armes londonien/zimbabwéen/sud-africain John Bredenkamp en échange de propriétés minières au Congo, peu de temps avant que la police n’investisse par la force le logement et le bureau de Bredenkamp en Angleterre, à l’occasion de l’enquête (rapidement interrompue) pour corruption en Afrique du Sud sur le contrat d’armement passé par BAE Systems. Le contrat Bredemkamp permettait à Gertler de devenir le premier actionnaire de la Camec de Londres, géant minier du cuivre et du cobalt au Congo. Avec cet appareil derrière lui, George Soros fait en Afrique ce qu’il a fait dans sa Hongrie natale en 1944, lorsqu’il aida l’occupant nazi dans l’extermination des Juifs.
Article original : "Death by Diamonds: Soros Pushes Africa's Apocalypse"
Notes du traducteur :
[1] Lire : Brésil : George Soros veut légaliser la drogue, 16 août 2008.
[2] L’Open Society Institute (OSI) a été fondé en 1993 par le spéculateur George Soros, afin de soutenir ses fondations établies en Europe centrale et orientale et dans l’ancienne Union Soviétique. Ces fondations, dont l’établissement a commencé en 1984, avaient pour but affiché d’aider les pays à faire la transition après le communisme. Par la suite, l’OSI a étendu les activités du réseau de fondations Soros [Soros Fondations Network] à d’autres régions du monde, où la transition vers la démocratie revêt une préoccupation particulière. Le réseau que constituent les fondations de Soros englobe plus de 60 pays, dont les Etats-Unis. Parmi les projets controversés de l’OSI, celui du Lindesmith Center et d’autres, qui s’occupent de réformes relatives à la drogue. Officiellement, l’OSI, une fondation privée qui accorde des subventions, a pour but de modeler la politique publique, en vue de promouvoir la gouvernance démocratique, les droits de l’homme et les réformes économiques, juridiques et sociales. Au niveau local, l’OSI met en place une gamme d’initiatives pour soutenir l’état de droit, l’éducation, la santé publique et les médias indépendants. En même temps, l’OSI travaille à construire des alliances transfrontalières et transcontinentales sur des questions telles que la lutte contre la corruption et les atteintes aux droits de l’homme. L’un des objectifs de l’OSI est le développement d’organisations de la société civile (associations caritatives, groupes communautaires et syndicats) pour encourager la participation dans la démocratie et dans la société.
[3] Officiellement, l’EITI a pour vocation d’établir une norme mondiale pour que les sociétés qui exploitent des gisements ou des mines publient le montant que ce qu’elles versent et que les gouvernements révèlent ce qu’ils perçoivent. Selon l’EITI, 3,5 milliards d’êtres humains vivent dans des pays riches en pétrole, en gaz et en minerais. Avec une bonne gouvernance, l’exploitation de ces ressources pourrait générer des revenus importants pour alimenter la croissance et réduire la pauvreté. Toutefois, lorsque la gouvernance est mauvaise, cela peut avoir pour conséquence la pauvreté, la corruption et les conflits. L’Initiative de Transparence des Industries Extractives a pour objectif de renforcer la gouvernance en améliorant la transparence et la responsabilité dans le secteur extractif.
Voici ce que l’EITI déclare à propos de la République Démocratique du Congo (candidate au programme de l’EITI) : 16 % de la population congolaise (10 millions de personnes) sont directement ou indirectement dépendants de l’exploitation minière à petite échelle. Dans les années 80, le secteur minier contribuait à 25% des recettes fiscales totales, à 75% des exportations totales et à 25% du PIB. En 2005, le gouvernement congolais a fait état de recettes fiscales auprès du secteur minier pour un montant de 27 millions de dollars (2,4% des recettes fiscales totales). Qui plus est, ce secteur a contribué pour [seulement] 0,24% du PIB. La RDC est souvent citée en exemple de ce que l’on appelle le "paradoxe de l’opulence". Extrêmement riche en ressources naturelles (80% des ressources mondiales de colombo-tantale, 10% des réserves mondiales de cuivre), la population souffre d’extrême pauvreté (80% de la population congolaise vit avec moins de 0,20 dollar par jour).
La République Démocratique du Congo a été acceptée comme pays candidat à l’EITI lors de la réunion du conseil d’administration qui s’est tenue à Accra le 22 février 2008. Le pays a désormais jusqu’au 9 mars 2010 pour entreprendre sa validation.
A l’occasion du 2ème symposium qui s'est tenu à Londres en mars 2005, le Vice-Président de la République Jean Pierre BEMBA avait exprimé, au nom du Gouvernement congolais, la volonté de la RDC de souscrire aux principes et critères de l’EITI. A la suite de cet engagement, il a été décidé d’organiser à Kinshasa en mai 2005, un forum international ayant pour mission de réfléchir aux modalités d’application des principes et critères de l’EITI en République Démocratique du Congo. A l’issue de ce forum, plusieurs recommandations ont été formulées, notamment, la mise sur pied d’un groupe de travail. Après les élections nationales de 2006 et la formation d’un gouvernement en février 2007, le Président Joseph Kabila a signé l’Ordonnance No 07/065 du 3 septembre 2007, relative à la création, à l’organisation et l’opération du comité national de l’EITI, suivi, les 12 octobre et 10 décembre 2007, de deux décrets ministériels, désignant les membres de la commission politique et technique et du secrétariat permanent. Le 12 décembre a été publié un programme de travail et en janvier 2008, la Commission Nationale a organisé un forum international de l’EITI à Kinshasa.
Cependant, la RDC risque d’être écartée du processus de l’Initiative pour la transparence de l’industrie extractive, le pays n’ayant fourni aucun rapport sur la transparence dans l’industrie extractive en trois ans. C’est ce que Jean-Pierre Muteba, le président du comité consultatif de cette structure en RDC, a fait savoir le 14 octobre 2008, à l’occasion d’une journée portes- ouvertes.
Publié le 05/03/2009 à 12:00 par sergegrah
Serge Bilé et Audifac Ignace (Pascal Galaudé Editeurs)
Quinze euros la messe, cinquante la passe. La vie est dure pour les religieux et religieuses venus d'Afrique poursuivre des études de théologie à Rome ou y servir la papauté. Nombre d'entre eux, envoyés au Vatican par leur évêque afin d'étudier, attendent en vain la bourse promise. Pour survivre, ils doivent multiplier les messes, payées entre 15 et 50 euros la séance, au détriment de leurs études. Sans diplôme après la durée normale de leurs recherches, ils se voient retirés leur titre de séjour par le Vatican, et se retrouvent sans papiers dans Rome. Certains sont clochards. D'autres survivent en donnant des messes privées aux impotents des familles aisées.
Pour les religieuses c'est pire. Racolées en Afrique par des congrégations vieillissantes, elles débarquent à Fiumicino pour faire la boniche dans les maisons de retraite et les établissements gérés par la très sainte Eglise. Leur seul salaire se limitant au gîte et au couvert (la bourse promise au départ n'était, également, que fictive), nombre d'entre elles louent leurs charmes pour survivre ou envoyer de l'argent au village. Elles seraient, à en croire les auteurs, plusieurs dizaines à proposer la botte, avec pour principaux clients en Italie les "padri" de l'Eglise.
Ce sort réservé aux ecclésiastiques de la "diversité" résume assez bien les haut-le-cœur que les Noirs inspirent parfois aux dignitaires de l'Eglise. Quand le cardinal béninois Gantin est arrivé à Rome, en 1971, il ne s'est trouvé personne pour venir l'accueillir à l'aéroport, ce qui révolta Paul VI en personne. Chaque nuit, ce proche collaborateur du pape recevait des coups de fil anonymes le traitant de "saleté africaine". Sept ans plus tard, il était cité parmi les "papabili". Mais sa candidature fit long feu. La fumée blanche s'éleva pour l'éphémère Jean-Paul Ier. Il n'aurait pourtant pas été le premier black à s'asseoir sur le trône d'évêque de Rome. Trois Africains ou noirs l'ont précédé dans les premiers siècles de la chrétienté, mais l'iconographie religieuse les représente en Blancs. Blanchi également sur les tableaux officiels, saint Maurice, le patron noir du Valais.
C'est que les nègres ont mauvaise réputation : aux yeux des Monsignori, ils copulent comme des lapins. Pie XII, qui, pourtant, publia quelques écrits antiracistes demanda même aux troupes alliés qui s'apprêtaient à libérer Rome qu'elles n'introduisent pas un seul militaire "de couleur" dans la Ville éternelle afin d'éviter les viols. L'état-major refusa sèchement. Et lorsque, quelques décennies plus tard, des tentatives d'assassinat furent perpétrées contre des religieux noirs, y compris le plus proche collaborateur de Jean-Paul II - un évêque zaïrois -, laissé pour mort dans la résidence d'été de Castel Gandolfo, les enquêtes policières furent promptement étouffées. Mais au moins les religieux noirs ont une consolation : certains de leurs sacrés collègues détestent encore plus les Juifs.
Alain Guédé
In Le Canard Enchaîné
n° 4608 du 18 février 2009, page 6.
Publié le 02/03/2009 à 12:00 par sergegrah
Joao Bernardo Vieira, le président bissau-guinéen, a été tué ce lundi matin, à Bissau, la capitale du pays. Il a succombé lors des représailles d’un groupe de militaires qui lui reprochait d’être l’un des responsables de la mort, dimanche soir, du chef d’état major de l’armée, le général Batista Tagme Na Wai. L’armée promet de respecter les institutions démocratiques.
« Le président Vieira a été tué par l’armée au moment où il tentait de fuir sa maison attaquée par un groupe de militaires proches du chef d’état-major Tagmé Na Waié ce matin (lundi) vers 4h (GMT) ». C’est en ces mots que Zamora Induta, capitaine de frégate, responsable des relations extérieures de l’armée, a annoncé la mort du président bissau-guinéen, ce lundi matin. Joao Bernardo Vieira, dit « Nino », 69 ans dont les 23 à la tête du pays, « a été fauché par des balles tirées par ces militaires ».
Dans un communiqué publié ce lundi, l’état-major des forces armées a affirmé avoir la situation en main. Le commandement de l’armée a promis de respecter les institutions démocratiques. Selon les propos de Zamora Induta, le président a fait les frais de la mort du chef d’état major de l’armée, le général Tagmé Na Waié, tué dans un attentat à la bombe, dimanche soir. Nino Vieira est « l’un des principaux responsables de la mort de Tagmé », a-t-il indiqué. Tagmé Na Waié était dans son bureau au moment de l’explosion de la bombe. « Il a été grièvement atteint et n’a pas survécu à ses blessures », a indiqué à l’AFP son chef de cabinet, le lieutenant-colonel Bwam Nhamtchio. L’engin, de forte puissance, aurait été caché sous l’escalier conduisant au bureau du général Na Waié, et aurait été activé quand celui-ci a monté les premières marches.
Une rivalité entre le président et le chef des armées serait donc à l’origine de ce coup de force. Les deux hommes se sont mutuellement défiés ces derniers mois. En janvier, le général Na Waié, avait indiqué avoir été visé par une tentative d’assassinat fomentée par les proches du président Vieira. Des soldats en poste à la présidence auraient tiré sur sa voiture alors qu’il passait devant le palais présidentiel. Ils ont voulu me « liquider », avait-il indiqué. Le 23 novembre dernier, des mutins de l’armée régulière avaient tiré à l’arme lourde sur la résidence de Joao Bernardo Vieira. Deux gardes du corps avaient été tués. Le président Vieira avait alors reproché au chef d’état major le général Tagmé Na Waié de ne pas être intervenu.
« C’est la démocratie qu’on assassine »
Ce lundi, après l’annonce de la mort de Nino Vieira, le capitaine Zamora Induta a affirmé que « le pays va démarrer maintenant. Cet homme a bloqué tous les élans dans ce petit pays ». Joao Bernardo Vieira, a passé au total 23 ans à la tête du pays. Il a été réélu, en 2005, six ans après la fin de la guerre civile de 1998-1999 qui l’avait chassé du pouvoir.
Jean Ping, le président de la Commission de l’Union africaine, a qualifié ces derniers événements survenus en Guinée Bissau, d’actes « odieux et lâches ». Il a indiqué avoir « pris contact avec des dirigeants de la région pour étudier les meilleurs moyens de faire face à la situation », ajoutant que « des consultations sont également en cours pour organiser une réunion d’urgence du Conseil de paix et de sécurité de l’UA. » La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), par la voix de Mohamed Ibn Chambas, son secrétaire exécutif, a également condamné ce coup de force. « C’est la démocratie qu’on assassine », a-t-il déclaré.
Avant la mort de Ninon Vieira, le Premier ministre Carlos Gomes Junior avait réuni le gouvernement, dans la nuit de dimanche à lundi, et créé une cellule de crise pour « suivre la situation », rapporte l’AFP. La Guinée Bissau, ancienne colonie portugaise qui a accédé à l’indépendance en 1974, a souvent été le théâtre de conflits. Depuis quelques années, le pays est devenu la plaque tournante du trafic de cocaïne de l’Amérique du Sud vers l’Europe.
Par Stéphane Ballong
Source : Afrik.com
Publié le 25/02/2009 à 12:00 par sergegrah
Partout où il y a un souffle de vie, s’observe un principe. Que chacun des éléments d’un groupe contribue à la vie et à la prospérité du groupe tout entier. Car les différents éléments sont complémentaires. Et chacun bénéficie de la participation des autres. C’est ce qu’on pourrait appeler l’intérêt général.
En prenant l’exemple de l’organisme humain, si ses différents organes fonctionnent de manière anarchique et individuelle, au lieu de se compléter dans une logique de l’intérêt général, l’organisme à coup sûr ne survivra pas. Il serait privé de cohésion. Le cancer le démontre assez bien. Il s’agit d’une cellule qui se multiplie anarchiquement, ne se souciant que de son intérêt. Au bout d’un certain temps, il (le cancer) va mourir avec l’organisme qu’il a détruit. En s’opposant à une organisation dans un esprit de l’intérêt général, il a provoqué son autodestruction.
Autre exemple. Si dans un espace donné, des herbivores proliféraient au point de dévorer toutes les herbes avant même qu’elles aient eu le temps de pousser, ils périraient tous de faim. Il en irait de même pour les prédateurs, s’ils massacraient aveuglément leurs proies au lieu de ne tuer que pour se nourrir.
Si nous considérons la vie d’une plante, on remarquera qu’il y a certains éléments qui vont capter l’énergie solaire, d’autres vont puiser l’eau et les aliments nutritifs. Mais chacun de ces éléments participe à la vie et à la prospérité de la plante dans son ensemble. Il y a une organisation conçue pour coordonner les intérêts particuliers dans une logique d’intérêt commun. Aucune des parties - des racines aux feuilles - n’est exclue des « bénéfices » engendrés par le « travail » de chacun. Cette organisation est, par sa nature, non-discriminatoire. Chacune des parties a donc égoïstement intérêt à participer au fonctionnement harmonieux du groupe.
En analysant cette logique, on est fasciné par l’extraordinaire intelligence de l’intérêt général. On constate, en effet, qu’il contient implicitement les notions de solidarité, d’équité, de liberté, etc. Nous sous-estimons les propriétés que présente cette logique de l’intérêt général. Au point qu’elle nous paraît tout simplement « normale ». Au même titre que l’existence de la pluie et des arbres. A force de l’avoir devant les yeux, nous n’y faisons plus vraiment attention. Pourtant, il suffit d’imaginer une société sans ordre. Sans loi. Une société sans organisation pour nous rendre à l’évidence des avantages extraordinaires qu’offre l’intérêt général.
Cette la logique implique que les éléments d’un organisme s’adaptent entre eux, mais aussi que l’organisme lui-même s’adapte à l’évolution de la réalité de son environnement… A sa naissance, le bébé est parfaitement adapté à la réalité de l’environnement dans lequel il va évoluer. Il va respirer l’air qui existe, boire l’eau qui existe, etc. Il ne s’est pas développé pour respirer ou boire quelque chose qui n’existe pas en réalité.
Pour reprendre l’exemple de la plante, supposons que les éléments qui la composent soient totalement indépendants les uns des autres. Dans cette hypothèse, il est évident que chacun de ces éléments devrait assumer seul toutes les fonctions qui étaient auparavant partagées : capter l’énergie solaire, puiser les éléments nutritifs, se reproduire, etc. Ces éléments indépendants n’auraient plus aucun motif de s’associer pour former une plante, et la plante elle-même n’aurait plus de raison d’être.
On constate donc que l’intérêt général assure une plus grande efficacité, un meilleur rendement. Une meilleure survie. Au contraire d’une organisation qui n’est pas régie par la logique de l’intérêt général.
Lorsqu’un élément dans un milieu évolue indépendamment des autres, il cesse de se conformer à la logique de l’intérêt général. Pareil au comportement d’une cellule devenue cancéreuse et qui n’obéit plus à la logique de l’intérêt général. Ayant « choisi » d’évoluer de manière individuelle. Sans tenir compte de la réalité au sein du groupe.
La logique de l’intérêt général s’oppose donc au chaos. Elle en est l’antithèse. On pourrait la comparer à un maître de chœur dans une chorale. En effet, le maître de chœur veille à ce que chacun des choristes joue sa partition en même temps que tous les autres. Même si chaque élément de l’ensemble évolue dans une voix spécifique. Les choristes n’ont même pas besoin de s’accorder entre eux. Il suffit seulement à chacun de respecter le rythme indiqué par le maître de chœur. Et sa voix se trouve alors automatiquement en symbiose avec toutes les autres. Le maître de chœur est la référence pour tous. Cette coordination des choristes, par une référence commune, fait que l’ensemble de la chorale produit une harmonie. Au lieu d’une cacophonie. Sans maître de chœur, cette harmonie serait extrêmement difficile à atteindre. Et presque impossible à faire durer. Parce qu’il n’y aurait aucun principe de stabilité pour s’opposer aux tendances cacophoniques de chacun des choristes.
Comme on le voit, l’équilibre dans une société ne résulte pas d’un hasard. Il est organisé et coordonné par des relations de cause à effet. Chaque individu ne doit pas se préoccuper que de son intérêt personnel. Tous les intérêts de tous les individus doivent coordonnés par une logique qui doit viser à promouvoir l’Intérêt Général.
Ne serait-ce pas la solution pour sortir de cette crise morale, éthique, culturelle et, finalement économique et politique qui nous consume lentement mais sûrement ?
Publié le 24/02/2009 à 12:00 par sergegrah
Antoinette Konan (artiste-chanteuse)
Le Bureau Ivoirien des Droits d’Auteurs (Burida) fait peau neuve. Les candidats au poste de Président du Conseil d’Administration se déclarent et affûtent leurs armes. Parmi ceux-ci, Antoinette Konan, la reine de l’ahoco. Elle se donne pour mission d’améliorer l’image et les conditions de vie des artistes. Dans cet entretien qu’elle a bien voulu nous accorder, l’artiste, sans ambages et dans le langage soutenu qu’on lui connaît, donne les motivations de sa candidature.
Vous êtes candidate à la présidence du Conseil d’Administration du Burida. Qu’est-ce qui justifie une telle candidature ?
Plusieurs raisons justifient ma candidature au PCA du Burida. Au nombre de celles-ci, il y a le souci de faire de la santé des artistes une préoccupation prioritaire. Nous allons trouver un mécanisme qui permette aux artistes d’avoir accès à des soins médicaux sans difficulté. Il y a aussi la piraterie qui va de plus en plus croissante. Nous devons sensibiliser non seulement les gens qui s’adonnent à la piraterie, mais aussi l’ensemble de la population au civisme. Car pirater une œuvre de l’esprit est un acte d’incivisme. C’est pourquoi la lutte contre la piraterie ne doit pas être la préoccupation des seuls artistes. Il faut que le gouvernement mette un holà. Des autorités étatiques doivent taper du poing sur la table pour mettre fin à l’impunité dont semble jouir les pirates. C’est une situation qui donne l’impression que l’Etat n’a pas de solution au problème de la piraterie. Et pourtant, c’est une des causes de la misère que vivent les artistes. Nous allons aussi permettre aux artistes de la diaspora de participer pleinement à la vie artistique en Côte d’Ivoire.
Quels sont les moyens et les atouts dont vous disposez pour atteindre cet objectif ?
C’est d’abord ma foi et ma conviction. Ensuite la passion et le dynamisme de l’équipe qui m’accompagne. Il y a aussi le programme que nous allons proposer qui, en à point douter, va insuffler une dynamique dans toute la communauté artistique ivoirienne. Nous allons organiser les artistes de sorte que tous, nous nous comportions de façon responsable afin que nous imposions le respect et l’admiration partout où nous serons. De cette prise de conscience responsable va découler notre épanouissement. Nous allons, par ailleurs, travailler à la mise en place d’un fonds de solidarité dont la gestion ne doit souffrir d’aucune suspicion. Il y a aussi de trouver un mécanisme clair et fluide dans la gestion des droits d’auteurs afin que les artistes vivent dignement de leur art. Il nous restera aussi de faire en sorte que les artistes ivoiriens puissent facilement exporter leur talent. Car, si vous remarquez, des artistes d’ailleurs profitent bien de notre plate-forme internationale, mais nous, nous avons toujours des difficultés pour sortir nous exprimer ailleurs.
Des candidats déclarés vont s’appuyer sur des associations pour essayer de gagner cette élection. Mais vous, vous êtes seule !
C’est à tort qu’on croit que je suis seule. Mon équipe est constituée d’hommes de valeurs. Notamment, Adama Dahico et N’guessan Santa. Des hommes matures qui veulent le changement et donc qui proposent des idées neuves. Il y a aussi mon expérience personnelle. J’ai fait mes preuves. Et les artistes savent que pour ce Burida nouveau, il faut non seulement de la rigueur dans la gestion, mais aussi de l’imagination dans des actions pour le bien-être des artistes en Côte d’Ivoire. La présidence du Conseil d’Administration du Burida ne sera pour notre équipe rien d’autre qu’un sacerdoce... Mais une chose que les artistes doivent retenir, c’est les nouvelles donnes dans l’élection au PCA du Burida. En effet, pour cette élection, ne prendront effectivement part au vote que 170 personnes dont 95 artistes musiciens.
N’empêche ! Mais si on dit que vous êtes seule, c’est peut-être parce qu’on ne sait plus où vous en êtes avec votre coalition, la Coaf et votre Organisation Régionale des artistes francophones…
Ecoutez, les artistes veulent être responsables aujourd’hui… C’est vrai que j’ai essayé humblement d’apporter ma petite contribution en organisant des artistes féminins en coalition et en créant le réseau panafricain des artistes. Je reconnais l’utilité de se regrouper par affinité, etc. Mais ça ne suffit plus pour se faire élire comme PCA du Burida. Il s’agit ici de ne voir que l’intérêt commun à l’ensemble des artistes, toutes disciplines confondues. Et non de compter sur une quelconque association.
Combien de membres revendiquez-vous à ce jour ?
Pour la coalition, nous étions une soixantaine. En ce qui concerne le réseau, il est vaste parce que panafricain. Et à ce titre, les adhésions continuent de se faire… Mais encore une fois j’insiste pour dire que le nombre de membres d’une association quoi qu’elle soit, n’est pas décisif. Je ne pense pas que des artistes vont choisir un représentant juste parce que celui-ci les entretient de temps en temps ou simplement parce qu’ils mangent ensemble. C’est un grand tort de penser qu’on doit infantiliser les artistes.
Le Burida a pendant longtemps été agité, avec de violents antagonismes. Pensez-vous que les choses seront différentes avec le nouveau Burida, entièrement aux artistes ?
C’est déjà fait et on ne peut plus revenir là-dessus. Même si je pense que l’Etat aurait dû encore superviser un certain nombre d’aspects avant de se retirer totalement. Maintenant, que c’est fait, il reste aux artistes eux-mêmes de choisir les hommes qu’il faut à la place qu’il faut. De sorte que cette structure ne retombe pas dans les batailles rangées d’où elle est sortie.
Mais les artistes ont toujours montré qu’ils ne sont d’accord sur rien…
Le contexte a changé… Si on élie quelqu’un qui transcende les divergences, un rassembleur en quelque sorte, il n’y aura aucun blocage. Et c’est ce rôle-là que je souhaite jouer. Moi, j’ai le mérite de n’appartenir à aucun clan.
Est-ce qu’il n’aurait pas mieux valu une seule et même union regroupant tous les artistes en Côte d’Ivoire ?
C’est possible ! C’est même une chose à laquelle je rêve. Que les artistes arrivent à dépasser les problèmes de personnes qui polluent dangereusement leur environnement afin d’être unis dans un seul objectif : leur bien-être. Mais cela passe par surtout par l’assainissement du milieu. Il faut mettre de l’ordre dans tous ceux qui gravitent autour des artistes et, proposer une gestion efficiente du Burida nouveau. Je suis convaincue que ça va arriver. Quand ? Ça dépendra de la manière dont la personne qui sera élue va s’y prendre. C’est vrai qu’on ne peut pas plaire à tout le monde. On ne peut pas être d’accord sur tout. Mais que les artistes prennent conscience aujourd’hui qu’ils doivent se mettre d’accord sur le minimum qui les rassemble, c’est-à-dire leur intérêt général.
Antoinette Konan, qu’est-ce qui vous oppose à l’Unartci ?
M’opposer, c’est trop dire… Je n’ai jamais été opposée à l’Unartci. J’ai juste pris mes distances.
On vous assimile à un oiseau de division. Avez-vous le sentiment d’être incomprise ?
Chacun dans la société fait ce qu’il a à faire. Il y en a dont le travail peut-être consiste à dénigrer gratuitement les autres. Moi, mon travail est de réfléchir à ce qui peut me faire avancer, ce qui peut être utile à l’ensemble du monde culturel… Pour tout dire, je crois que j’ai toujours raison sur ceux qui croient devoir me vilipender. Les faits observables finissent toujours par me donner raison.
25 ans de carrière musicale, 13 albums… Quels sont les hauts faits qui ont marqué cette carrière ?
Tout au long de ma carrière, des personnes me font l’amitié de m’accepter dans leur cœur. Même sur le plan international. Aujourd’hui quand on dit la reine de l’ahoco, ça dépasse les frontières de la Côte d’Ivoire. C’est une richesse inestimable. Et je rends grâce à Dieu pour tout cela…
Des regrets ?
Oui... Mais je reste positive dans l’ensemble.
Votre passage à l’Insaac vous a, semble-t-il, laissé un arrière-goût. Que s’est-il passé qui vous rend si amère ?
C’est un épisode dont je n’aime pas parler pour ne pas mettre en mal certaines personnes. Mais je ne suis pas amère. Bien au contraire, j’ai acquis une bonne expérience à l’Insaac. Mon passage y a été très remarqué… En fait, pendant que j’y étais, parallèlement, je chantais avec Maestro Bocana Maïga. Ce qui ne plaisait pas du tout à mes supérieurs. Ça a créé des évènements qui m’ont poussée à claquer la porte. Je suis partie sans rancune. La preuve est que mes chefs, s’étant rendus compte de leurs propres erreurs, m’ont rappelé pour que je donne des cours dans l’établissement. Je ne suis donc pas amère. C’est vrai que j’avais été choquée. Je n’avais pas du tout apprécié la façon dont on s’employait à me créer des problèmes sans que je ne sache exactement ce qu’on me reprochait. Mais c’est fini tout cela. La vie continue.
On ne peut pas parler d’Antoinette Konan sans se référer à son « ahoco ». Comment s’est fait votre rencontre avec cet instrument ?
Le nom scientifique de cet instrument est l’idiophone à raclement. J’ai choisi ahoco parce que c’est plus facile à retenir. L’ahoco m’a donc été présenté par Monsieur Amédée Koko Tanoh. C’est lui qui m’a conduite chez une dame qui jouait avec dextérité de cet instrument afin qu’elle m’apprenne à en jouer. J’allais prendre des cours chez cette dame jusqu’au jour où elle a commencé à faire des difficultés. Toute désespérée, je me suis confiée à ma mère, qui fort heureusement, savait aussi jouer de l’ahoco. C’est ainsi que finalement, ma mère est devenue mon professeur. Ce sont ses notes musicales qui m’ont aidée dans la préparation des cours que j’ai été emmenée à donner à l’Insaac.
On vous a récemment vu aux côtés des femmes atteintes du cancer du col de l’utérus. Qu’est-ce qui explique cet engagement ?
D’abord parce que je suis une femme. Ensuite, j’ai eu beaucoup de problèmes avant d’avoir mes enfants. Pour moi, c’est une grâce de Dieu. C’est donc pour remercier le Seigneur que je suis solidaire de la douleur de mes sœurs. L’amour est gratuit. La chaleur humaine est gratuite. J’en dispose et, par la grâce de Dieu, je suis bien portante, je ne saurais donc faire autre chose que d’être avec mes sœurs. C’est mon modeste soutien à leur souffrance.
Plusieurs mois après la sortie de « Grande est sa Miséricorde », produit et distribué par votre propre structure, comment réagi le public ?
Le public a bien réagi. C’est vrai qu’au niveau de la distribution, Ankardi (sa structure) a eu quelques difficultés au départ. Maintenant ça va. Le véritable problème se situe au niveau de la RTI. Quand je suis sollicitée à la télévision, on m’exige de jouer des rétros. Mais je ne suis pas une artiste rétro. Pourquoi veut-on forcément m’appliquer cette étiquette ? Je sors une nouvelle œuvre que je dois promouvoir, malheureusement on me demande de jouer mes anciennes chansons. C’est un vrai problème.
Antoinette Konan, je m’en voudrais de ne pas vous demander ce qu’a été l’apport du charismatique Thomas Sankara dans votre carrière musicale ?
(Un peu exaspérée)… Je lui suis très reconnaissante. C’est tout ! Il a fait connaître l’idiophone à raclement (ahoco). C’est un instrument qu’il aimait beaucoup. L’ahoco faisait partie des pièces d’art qui décoraient son bureau. Le Président Sankara prenait même beaucoup de plaisir à en parler autour de lui. Ça été un soutien de taille.
Par Serge Grah
Publié le 16/01/2009 à 12:00 par sergegrah
(A la Palestine… et à tous ceux qui souffrent dans leur liberté d’exister dans Paix)
Sur terre il y a des corps qui ne frémissent pas
Par temps de tempêtes
Certaines saisons naissent au sommet des veillées d’armes
Mais si les cigales de renommée fredonnante arrêtent le soleil
Et hérissent ainsi leurs ailes sonores sur l’horizon
Quand leurs chants mélodieux agacent les bellicistes
C’est que la Terre est tourmentée
Et que les fleurs ne fleurissent plus
Non je ne suis pas seul
A dompter les sources inopportunes
Et les montagnes qui grimpent si haut
Que nul oiseau ne s’avise à y nicher ses rêves
Quand passent les chiendents des chaos forestiers
D’autres cris que les miens donneront l’alarme
Non je ne suis pas seul
Sur terre il y a l’autre aux mains de poudrière
Mais quelle idée de jouer à cache-cache le jour
Comment veux-tu sans éclairs éclairer le cœur de l’orphelin
Entends bien les lucioles
Et tu verras de temps en temps une lueur d’espoir
Non je ne suis pas seul
La bataille est âpre à qui veut changer le destin des saisons
Les mains des bâtisseurs de cadavres que nous veillons
Se tissent sans relâche avec la funèbre complicité des rapaces
Les riches pour le meilleur et pour le pire se sont unis
Non tu n’es pas seul
Non je ne suis pas seul
Viens avec moi caresser les ronces de mes rêves
Et ce n’est guère les épines des chemins
Qui font saigner mon cœur
La peinture du ciel a besoin d’un chœur
Pour donner un rythme à sa toile
Non tu n’es pas seul
Non je ne suis pas seul
Non nous ne sommes pas seuls
Non nul homme n’est seul
Si je meurs aujourd’hui
Pour avoir voulu vivre libre
Demain germeront d’autres libertés
Plus terribles à caresser
Non tu n’es pas seul
Non nul homme n’est seul
Pas plus moi que toi
Pas plus toi que moi
Pas plus tes rêves que mes cauchemars
Pas plus le désert que l’homme qui s’y habitue doucement
Pas plus aujourd’hui le ciel sombre où
Nul ne perçoit aucun soleil ni étoile ni lune
Que demain
Non tu n’es pas seul
Des amis lointains
Aujourd’hui se joignent à ta farouche quête
De liberté
Non tu n’es pas seul
Non je ne suis pas seul
Non nous ne sommes pas seuls
Non nul homme n’est seul
Et aujourd’hui
Si la haine embrase l’Amour
Si la mort prend le pas sur la Vie
Demain
Au carrefour de nos amours communes
La force de notre Foi prendra le regard immense de l’Univers
Afin que le murmure des étoiles demeure le chant radieux
Des Cœurs d’Or de l’Humanité
Serge Grah