Posté le 25.04.2008 par sergegrah
Fondateur de Médecins sans frontières, essayiste, Rony Brauman nous invite ici à réfléchir sur les risques d’instrumentalisation des droits de l’homme.
Que vous inspirent les manifestations des jours derniers au moment du passage de la flamme olympique ?
Une certaine perplexité et une certaine exaspération devant tant d’incohérence à propos des droits de l’homme. Le boycott qui avait été qualifié de honteux et de stérile lorsqu’il s’agissait de la présence d’Israël au Salon du livre, alors qu’Israël venait de tuer cent vingt Palestiniens à Gaza, ce même boycott apparaît comme un acte d’humanité et de solidarité quand c’est la Chine qui tue cent vingt Tibétains à peu près au même moment. Il y a là une incohérence qui torpille la crédibilité des organisations ayant ce regard sélectif. La deuxième réflexion concerne les appels au boycott. Cette forme d’action ne peut être utilisée que dans des circonstances exceptionnelles, et non de façon indistincte. Elle empêche de parler là où il faudrait parler. Elle crispe là où il faudrait détendre. J’étais d’ailleurs contre le boycott du Salon du livre. En se faisant plus Tibétains que les Tibétains, en identifiant la cause tibétaine aux droits de l’homme, certaines organisations, comme Reporters sans frontières (RSF), favorisent plutôt un raidissement nationaliste autour des courants les plus durs au sein de la direction chinoise. Un dosage, une approche réfléchie de ces questions font partie de la défense des droits de l’homme.
Le regard sélectif qui est souvent porté sur les droits de l’homme correspond-il à une logique ?
La sélectivité résulte déjà de l’impossibilité de parler de toutes les atteintes aux droits de l’homme. À partir de quand est-on dans l’intolérable ? Quelle économie morale organise la séparation entre ce qu’on peut accepter et ce dont on doit s’indigner ? Jacky Mamou [président du collectif « Urgence Darfour », ndlr] me rétorquait dans un débat récent qu’Israël était une démocratie. Ce qui veut dire que, pour des gens comme Jacky Mamou, la mort, la torture, l’emprisonnement n’ont pas vraiment d’importance quand c’est le fait de démocraties.
Il y aurait un « côté du manche » ?
Il y a « nous » et ce que nous faisons, et qui n’est pas grave parce que nous sommes susceptibles de nous améliorer, et il y a « les autres », qui sont prisonniers de leur sauvagerie. Or, dans ce partage entre « nous » et les « autres », il y a toute sorte de points aveugles. Un exemple : après les jeux de Pékin, la flamme ira à Londres. Il ne semble pourtant venir à l’idée de personne que l’on pose comme condition le retrait des troupes britanniques d’Irak.
Un autre exemple : au moment des Jeux d’Atlanta, a-t-on exigé l’abolition de la peine de mort aux États-Unis ? Non. Si bien que l’index est toujours pointé dans la même direction. Ce partage de la morale est de plus en plus intolérable.
Vous avez été cofondateur de RSF. Comment jugez-vous l’évolution de cette organisation ?
Je crois que cette organisation s’est emballée. Elle connaît certes des succès médiatiques, mais se perd en même temps dans une sorte d’esthétique de la performance, du happening pour le happening. Quelle crédibilité va-t-elle faire valoir pour défendre réellement les journalistes et la liberté de la presse ? Comment pourra-t-elle désormais discuter avec les autorités chinoises ?
Si la façon est critiquable, la cause, en l’occurrence tibétaine, n’est pas pour autant délégitimée...
Mais la cause tibétaine, puisque les Tibétains eux-mêmes ne demandent pas l’indépendance, c’est la cause de tous ceux qui subissent les effets de la politique sociale chinoise. C’est tout aussi bien la cause de ceux qui veulent la constitution de syndicats, ou de ceux qui revendiquent le droit de s’exprimer, par exemple dans le domaine de la santé ¬ je pense en particulier à la question du sida. Dans ce contexte-là, le Tibet occupe une place parmi d’autres.
Regardez, du côté des minorités, les Ouighours, qui ont été sévèrement réprimés [voir l’article d’Éric Drouot, page suivante]. Mais on ne leur accorde aucune attention particulière parce qu’ils sont turcophones et musulmans et qu’ils n’ont peut-être pas le charme exotique des Tibétains ou des représentations romantiques que l’on peut en avoir.
Si l’on veut aller un cran plus loin, il faut s’interroger sur les risques d’instrumentalisation des droits de l’homme. Et notamment sur l’usage qui peut en être fait dans la rhétorique de la lutte contre le terrorisme. Les organisations humanitaires ont commencé à réfléchir à ces risques d’instrumentalisation. Les organisations des droits de l’homme ¬ en tout cas, certaines d’entre elles ¬ devraient entamer cette réflexion et clarifier les enjeux. On a vu que brandir les « droits de l’enfant » peut mener à des actions de type colonial, façon Arche de Zoé. Protéger une population en butte à une tyrannie, cela peut conduire à renouer avec une rhétorique de guerre digne du XIXe siècle impérial. Tout doit donc être pensé, les objectifs et les façons de faire.
Article publié par Politis
Source Le Grand Soir
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Posté le 10.04.2008 par sergegrah
Léandre Sahiri
Léandre Sahiri dans sa dernière publication, « Le code Noir de Louis XIV », lève un coin de voile sur l’histoire de la traite négrière. Dans une pièce de théâtre en quatre actes, l’écrivain démontre comment et pourquoi, en 1685, le Code Noir a été conçu par Louis XIV. Il revient dans cet entretien sur les grands enjeux de cette loi qui faisait du Noir un objet.
« Le code Noir de Louis XIV » est le titre du livre que vous venez de publier aux Editions Menaibuc. Et, vous dites dans l’avant-propos, « je rêvais d’écrire ce livre ». Quel est l’enjeu qui sous-tend la publication d’un tel ouvrage ?
« Le Code Noir de Louis XIV » comporte un triple aspect. Le premier aspect, c’est que beaucoup d’Africains se demandent souvent pourquoi, malgré ses richesses incommensurables l’Afrique va mal et demeure sous-développée ? On entend souvent les gens se demander pourquoi les Noirs sont généralement les plus défavorisés dans la vie ? Et puis, beaucoup d’entre nous s’adonnent à l’autodestruction, allant jusqu’à conforter les autres dans leurs préjugés de mépris sur les Noirs. Par ailleurs, quelles que soient leurs zones de vie et leurs valeurs intrinsèques, quels que soient leurs degrés de réussite, les Noirs sont vilipendés, brimés, dénigrés, discriminés… Pourquoi ? Les Noirs n’ont pas la force de construire ensemble dans leurs riches diversités, ni d’entreprendre ensemble dans la complémentarité, ni de vivre ensemble dans le respect des uns et des autres, de même, nos organisations ne sont ni manifestes, ni fiables, pourquoi ? Sommes-nous maudits, à jamais condamnés ? Comment faire et que faire pour ne pas laisser perdurer ces états de servitude ? Etc. Moi, en tant que chercheur, j’ai mis tous mes efforts à trouver des réponses à ces interrogations. Et c’est après avoir lu le Code Noir que j’ai trouvé quelques éléments de réponse à nombre de ces questions brûlantes...
Le deuxième aspect, c’est que, en Occident circule une thèse selon laquelle, seuls les Africains sont responsables de la « traite négrière ». Pour les tenants de cette thèse, ce sont les Africains qui ont vendus leurs frères et, que les Européens n’ont eu, au bout du compte, qu’un rôle exclusivement passif. On va même quelques fois jusqu’à mettre sur le même plan, l’esclavage que pratiquèrent jadis les Africains, les trafics négriers que développèrent les Arabes, et le commerce triangulaire (réglementé par le « Code Noir ») qu’instituèrent les Européens, en englobant les trois, sous le même vocable : la traite. Et qui, dit-on, avec chiffres à l’appui, a généré plus d’esclaves et a été plus horrible que la traite européenne. Il s’agit là, comme dit Serge Bilé, d’un « révisionnisme dangereux » qui n’a pas manqué de susciter ma curiosité et qui m’a fait penser qu’on n’a pas encore tout dit sur l’esclavage et qu’il restait encore des zones d’ombre à éclairer...
Le troisième aspect concerne l’abolition de l’esclavage et sa commémoration. Le bicentenaire de l’abolition de l’esclavage, le 10 mai dernier, a donné lieu, ici et ailleurs, à de multiples commémorations et célébrations. Vous savez aussi que l’abolition de l’esclavage en 1886, était censé marquer l’avènement de la réintégration des « hommes et femmes de couleur » dans la famille humaine d’où ceux-ci avaient été éjectés, plusieurs siècles durant, par l’esclavage, qui fut institutionnalisé, réglementé par le Code Noir promulgué en 1685 par Louis XIV, Roi de France. Cependant, force est de reconnaître que, malgré cette abolition, l’esclavage, demeure encore de nos jours une réalité. En effet, des millions d’enfants, d’hommes et de femmes en sont encore victimes à travers le monde, sous des formes diverses.
C’est donc là ce qui vous a poussé à écrire « Le Code Noir de Louis XIV » ?
En effet, l’intérêt de mon livre c’est de faire connaître le contenu du Code Noir, pour comprendre notre humaine condition, pour appréhender les subtilités des relations Nord/Sud... En fait, il s’agit de montrer comment et pourquoi le Code Noir a été conçu. Il s’agit également et surtout d’en dévoiler la face cachée et de mettre en lumière ses incidences et ses influences dans nos vies quotidiennes.
Alors, qu'est-ce donc que le Code Noir dans ses principes et dans son fonctionnement ?
Le Code Noir est un recueil de lois. En un mot, une réglementation. Et cette réglementation concerne spécifiquement l’esclavage des Africains noirs. Elle comporte, à sa base, un principe clair et précis : « les gens de couleur et plus précisément les gens à la peau noire doivent être, pour toujours et partout, vus et traités comme des biens meubles transmissibles et négociables » (Article 44). Autrement dit, dès lors qu’on est un homme de couleur, comme ils disent, on n’est ni plus ni moins qu’un objet dont les Occidentaux peuvent et doivent disposer, à loisir, pour leurs commodités et leurs besoins. C’est ce principe-là du Code Noir qui a sous-tendu la traite négrière, la colonisation, et aujourd’hui la Françafrique.
Quel intérêt y avait-il à codifier l’esclavage des Noirs ?
C’est que le Code Noir constitue le socle pour faire des Noirs, en toute bonne conscience, les outils de travail, les instruments de production, les produits marchands des Français. Il a été promulgué, pour qu’il existe désormais, à l’image de la Bible ou du Coran, un document de référence incontournable, qui institutionnalise l’esclavage des Noirs. Le Code Noir a donc été conçu comme un document juridique qui rend légitime et normal le commerce des Noirs, étant donné que le Noir est défini, dans le Code Noir, d’abord comme une chose domestique et ensuite comme une marchandise. Et donc, comme tout objet de commerce, le Noir pouvait être soumis aux lois du marché. Codifier l’esclavage légiférait que, dès lors, il n’y a ni crime, ni délit au négoce des Noirs.
Dans quel contexte historique et politico-économique « le Code Noir » a-t-il été rédigé ?
Les raisons sont d’abord d’ordre économique. On sait qu’après avoir bâti de toutes pièces et de toute beauté le Château de Versailles et l’Hôtel des Invalides, après les multiples guerres pour étendre la suprématie de Louis XIV sur le monde, la situation économique de la France était bien critique et, partout en France, il y avait la misère et des révoltes. Et, c’est justement cela qui a conduit les Français, non seulement à promouvoir, à une très grande échelle, le commerce triangulaire des esclaves noirs, mais aussi et surtout à l’organiser et à le codifier. Car, après étude, l’on a trouvé que c’est là que résidait véritablement le salut de la France. Jean Baptiste Colbert disait à juste titre : « Il n’y a aucun commerce dans le monde qui produisît tant d’avantages que celui des Nègres. Il n’est rien qui contribuerait davantage à l’augmentation de l’économie que le laborieux travail des nègres »...
Est-ce seulement pour des raisons économiques qu’on a eu besoin de réglementer le commerce des Noirs ?
Bien sûr que non ! A ces raisons commerciales évidentes, s’ajoutent d’autres raisons d’ordre politico-démographique : il s’agissait à cette époque de limiter la puissance des Noirs, laquelle puissance résultait de leurs ressources incommensurables, de leurs activités débordantes et de leurs grandes forces de travail. En effet, à cette époque, les Africains étaient trois fois plus nombreux que les Occidentaux. Il y avait donc une puissance latente présageant la suprématie des Noirs sur les Blancs durant plusieurs siècles. On avait donc perçu cela comme une menace, voire un péril. Le professeur Elikia M'Bokolo a démontré clairement qu’au début du commerce triangulaire, l'Afrique n'était pas un continent inférieur à l'Europe. Il a aussi montré que l'ordre mondial de cette époque n'était pas une donnée naturelle, mais historique et culturelle. De ce fait, il est impossible de nier que la déstructuration provoquée par l'esclavage a été très grave et très profonde, et d’ailleurs, les conséquences sont encore visibles aujourd'hui... Et puis, aux considérations commerciales et aux préoccupations d’ordre politico-démographique dont je viens de parler, s’ajoutait également le souci capital de renforcer le pouvoir central, d’étendre le pouvoir de Louis XIV sur le monde entier. Il y avait aussi des raisons d’état, à savoir garantir la sécurité publique par la suppression des révoltes, des attentats et insurrections fomentés par les « Nègres marron » et quelques Noirs instruits dans la langue et la culture françaises. Et puis, il y avait enfin les raisons religieuses : le préambule et les dix premiers articles du Code Noir tendent à proclamer et à imposer la primauté, voire la prééminence de l’église catholique, apostolique et romaine en France et dans le monde.
Que pensez-vous des arguments bibliques auxquels certains évêques et prêtres se sont référés pour légitimer l’esclavage ?
Ces arguments n’ont aucun fondement. Il faut préciser que les évêques de l’époque étaient non seulement nommés par le Roi, mais aussi et surtout ils étaient à la charge du Roi et donc acquis, par redevance, à sa cause. De plus, leur niveau d’instruction était tel qu’ils n’avaient pas assez d’éléments pour s’élever au-dessus de certaines contingences intellectuelles ; par exemple, ils se trouvaient incapables d’expliquer ce que signifie « être fait à l’image de Dieu ».
Vous parlez du « Code Noir » comme d’un document important à connaître absolument pour la libération mentale du Noir. Et vous dites même que c’est une abomination que de l’ignorer…
C’est vrai que c’est une abomination que d’ignorer le Code Noir. Parce que l’ignorance du Code Noir favorise la continuité, voire la pérennité de l’esclavage, ne serait-ce qu’au plan mental. C’est pourquoi, de mon point de vue, nous devrions, tous absolument connaître le Code Noir, afin d’enrayer de notre mental le complexe d’infériorité pour les uns et le complexe de supériorité pour les autres. Il faut absolument connaître le Code Noir afin de tuer en nous les germes du racisme, du larbinisme, de la dépréciation et des discriminations de tous genres. En effet, c’est notre ignorance du Code Noir qui nous maintient dans des situations de défavorisés, de sous-hommes. C’est notre ignorance du Code Noir qui justifie, pour nombre de Noirs, le mépris d’eux-mêmes, au point d’en arriver à se détester. Autant j’ai compris que ce n’est pas confortable d’ignorer ce que d’autres savent, autant je déplore qu’il ne soit pas du tout fait cas du Code Noir dans la plupart de nos manuels scolaires...
Pensez-vous que le destin de l’Afrique aurait été différent si les Africains avaient eu depuis longtemps connaissance du Code Noir ?
Bien sûr que oui ! Le destin de l’Afrique aurait été totalement différent si les Africains avaient, depuis longtemps, eu connaissance du Code Noir. Parce que tout simplement les rapports entre Nord et Sud auraient été différents, on aurait instauré un autre type de relation entre la France et l’Afrique que le commerce triangulaire ou la colonisation, etc.
Qu’est-ce qui explique le lourd silence des descendants d’esclaves et des Africains au sujet du Code Noir ?
Simplement parce que le Code Noir est un document qui a été longtemps tenu secret. Car comme le dit le professeur Louis Sala-Molins, « c’est le texte le plus monstrueux que l’histoire ait jamais produit ». De ce fait, il a généralement circulé sous manteau ; on parle à ciel ouvert du Code Napoléonien, du Code de la nationalité, mais pas autant du Code Noir, eu égard à sa nocivité. On a même bien souvent tenté de noyer le poisson dans l’eau, par exemple en créant un parfum de luxe dénommé « Code Noir »... Par ailleurs, il faudrait savoir la part très importante prise dans l’esclavage des Noirs par l’Eglise qui devait « inculquer aux Noirs la soumission et la subordination sous prétexte de recevoir en échange le paradis céleste ». Il ne faut pas non plus perdre de vue les missions de pacification ou de civilisation pour sortir les Noirs de la sauvagerie, mais qui en réalité devait perpétuer l’esclavage et éviter toute velléité de prise de conscience et de révolte des Africains.
Pourquoi avoir choisi le genre dramatique pour poser ce problème ?
La plupart des textes sur le Code Noir sont des essais ou des discours. Or, comme je l’ai dit dans l’Avant-propos, je rêvais de faire quelque chose de différent. C’est non seulement l’une des originalités de mon œuvre, mais c’est d’abord et avant tout un choix idéologique et esthétique. En effet, j’ai choisi le genre dramatique, parce que, pour moi, le théâtre est primordial. Le théâtre, dans toute sa splendeur, a un pouvoir majestueux, comme le cinéma, de nous renvoyer des images fortes pour nous faire percevoir la réalité des choses, des êtres et des faits. Le théâtre a la magie des images qu’on a peine à rendre dans un roman ou dans un essai. Et puis, le théâtre, c’est le point de rencontre entre le réel et l’imaginaire. Le théâtre, c’est un art total, en tant que prolongation et synthèse de tous les arts, notamment la peinture, la décoration, la chorégraphie, la danse, la musique, la mimique, la gestuelle, etc.
A quoi correspond le fait de faire tenir les rôles des personnages noirs par des personnages blancs et vice-versa ?
Pour moi, une œuvre littéraire n’est jamais vraiment achevée. Je veux laisser la liberté au metteur en scène d’approfondir le texte et d’y apporter les innovations comme celles-ci qui sont parfois osées certes, mais nécessaires pour produire un spectacle original, grandiose, prodigieux, à la seule condition de ne pas trahir les idées de l’auteur. Et puis, au-delà de cet aspect purement chorégraphique, faire tenir les rôles des personnages noirs par des personnages blancs et vice-versa vise à donner une dimension cathartique à mon œuvre, c'est-à-dire la fonction de nous libérer des tensions psychiques, des complexes, des frustrations, des choix inconscients, etc. En d’autres termes, il s’agit, comme dit un des personnages de la pièce, en l’occurrence le propriétaire d’esclaves Willie Lynch, de savoir ce que les uns « éprouveraient eux-mêmes dans une situation d’esclavage ». Et puis, je me réfère à cette citation de Marivaux dans L’Île des esclaves : « Eh bien ! Iphicrate, on va te faire esclave à ton tour ; on te dira aussi que cela est juste ; et nous verrons ce que tu penseras de cette justice… Quand tu auras souffert, tu sauras mieux ce qu’il est permis de faire souffrir aux autres… ».
Au-delà de tout ça, quel message voulez-vous adresser aux lecteurs ?
Je voudrais préciser que mon intention n’est nullement de dresser les Noirs contre les Blancs ! Il ne s’agit pas non plus de blanchir ni d’innocenter les Africains, en ce qui concerne l’esclavage et la situation de misère que vit aujourd’hui l’Afrique ; car, nul ne saurait nier que les Africains ont effectivement pratiqué l’esclavage ou le servage, comme tant d’autres peuples de la terre… En outre, nul ne saurait nier la part de responsabilité des Africains dans la mauvaise gouvernance, les détournements des deniers publics, la corruption des régimes au pouvoir, les retournements de veste, les fraudes électorales, les rebellions, les génocides et autres guerres tribales qui, soit dit en passant, sont loin de nous honorer...
J’ai écrit ce livre pour inviter à parler de ce document, à en débattre pour combattre le mensonge, l’ignorance, la discrimination, les complexes afin de situer les responsabilités des uns et des autres… Mon objectif, c’est aussi de faire saisir la racine profonde du mépris terrible que certaines personnes portent sur les autres, ou que d’autres personnes se portent sur elles-mêmes, au point de se sous-estimer, de se détester, de se haïr, de s’abandonner au fatalisme, de vouloir changer de peau. Mon souhait, c’est, par-dessus tout, de contribuer, à mon humble niveau, à réveiller les consciences, ainsi que de participer à l’édification d’une humanité nouvelle, débarrassée de toutes les affres des idéologies négatives, néfastes.
Par Serge Grah
Directabidjan.com
Posté le 30.03.2008 par sergegrah
Voilà un document dont j'ai eu connaissance grâce au professeur Léandre Sahiri. En effet, comme millions d'africains (et aussi de non africains) j'en étais complètement et malheureusement ignorant. Un document qui, pourtant, est lié à l'Histoire de mon peuple. Un code Noir qui a consacré " le statut de bête de somme, de pur objet, de l'esclave, rejeté en dehors de toute humanité". Je voudrais l'avoir en partage avec vous. Bonne lecture et faites-en bon usage.
PROMULGUE EN 1685 PAR LOUIS XIV, LE CODE NOIR REGLEMENTE L’ESCLAVAGE DES NOIRS
Le Code noir des Colbert
Edit du roi touchant la police des îles de l'Amérique Françoise
Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre : à tous, présents et à venir, salut.
Comme nous devons également nos soins à tous les peuples que la divine providence a mis sous notre obéissance, nous avons bien voulu faire examiner en notre présence les mémoires qui nous ont été envoyés par nos officiers de nos îles de l'Amérique, par lesquels ayant été informés du besoin qu'ils ont de notre autorité et de notre justice pour y maintenir la discipline de l'Eglise catholique, apostolique et romaine, pour y régler ce qui concerne l'état et la qualité des esclaves dans nos dites îles, et désirant y pourvoir et leur faire connaître qu'encore qu'ils habitent des climats infiniment éloignés de notre séjour ordinaire, nous leur sommes toujours présent, non seulement par l'étendue de notre puissance, mais encore par la promptitude de notre application à les secourir dans leurs nécessités.
A ces causes, de l'avis de notre Conseil, et de notre certaine science, pleine puissance et autorité royale, nous avons dit, statué et ordonné, disons, statuons et ordonnons, voulons et nous plaît ce qui en suit.
Art. 1. Voulons et entendons que l'Edit du feu Roi de glorieuse mémoire, notre très honoré seigneur et père, du 23 avril 1615, soit exécuté dans nos îles; ce faisant, enjoignons à tous nos officiers de chasser, de nos dites îles, tous les juifs qui y ont établi leur résidence, auxquels, comme aux ennemis déclarés du nom chrétien, nous commandons d'en sortir dans trois mois, à compter du jour de la publication des présentes, à peine de confiscation de corps et de biens.
Art. 2. Tous les esclaves, qui seront dans nos îles, seront baptisés et instruits dans la religion C. A. et R.; enjoignons aux habitants qui achètent des nègres nouvellement arrivés, d'en avertir dans huitaine au plus tard, les gouverneurs et intendants des dites îles, à peine d'amende arbitraire, lesquels donneront les ordres nécessaires pour les faire inscrire, et baptiser dans le temps convenable.
Art. 3. Interdisons tout exercice public, d'autre religion que celui de la religion C. A. et R.; voulons que les contrevenants soient punis comme rebelles, et désobéissants à nos commandements; défendons toutes assemblées pour cet effet, lesquelles nous déclarons conventicules, illicites, séditieuses, sujettes à la même peine, qui aura lieu même contre les maîtres qui les permettront, ou souffriront à l'égard de leurs esclaves.
Art. 4. Ne seront préposés aucuns commandeurs à la direction des nègres, qu'ils fassent profession de la religion C. A. et R., à peine de confiscation desdits nègres, contre les maîtres qui les auront préposés, et de punition arbitraire contre les commandeurs qui auront accepté ladite direction.
Art. 5. Défendons à nos sujets de la religion P. R., d'apporter aucun trouble ni empêchements à nos sujets, même à leurs esclaves, dans le libre exercice de la religion C. A. et R. à peine de punition exemplaire.
Art. 6. Enjoignons à tous nos sujets de quelque qualité et conditions qu'ils soient, d'observer les jours de dimanche et fêtes, qui sont gardés par nos sujets de la religion C. A. et R; leur défendons de travailler, ni de faire travailler leurs esclaves aux dits jours, depuis l'heure de minuit jusqu'à l'autre minuit, à la culture de la terre, à la manufacture des sucres, et à tous autres ouvrages, à peine d'amendes et de punition arbitraire, contre les maîtres, et les confiscations tant des sucres, que des esclaves qui seront surpris, par nos officiers, dans le travail.
Art. 7. Leur défendons pareillement de tenir le marché des nègres et de toutes autres marchandises, lesdits jours, sur pareilles peines de confiscations des marchandises qui se trouveront alors au marché, et d'amende arbitraire contre les marchands.
Art. 8. Déclarons nos sujets, qui ne sont pas de la religion C. A. et R, incapables de contracter à l'avenir aucuns mariages valables; déclarons bâtards les enfants qui naîtront de telles conjonctions, que nous voulons être tenues et réputées, tenons et réputons pour vrais concubinages.
Art. 9. Les hommes libres, qui auront un ou plusieurs enfants de leurs concubinages avec leurs esclaves, ensemble les maîtres qui les auront soufferts, seront, chacun, condamnés en une amende de 2000 livres de sucre; et s'ils sont les maîtres de l'esclave de laquelle ils auront eu lesdits enfants, voulons, outre l'amende, qu'ils soient privés de l'esclave et des enfants ; et qu'elle et eux soient confisquées au profit de l'hôpital, sans jamais pouvoir être affranchis ; n'entendons, toutefois, le présent article, avoir lieu, lorsque l'homme libre, qui n'était point marié à une autre personne durant son concubinage avec son esclave, épousera, dans les formes observées par l'Eglise, ladite esclave, qui sera affranchie par ce moyen, et les enfants rendus libres, et légitimes.
Art. 10. Les solennités prescrites par l'ordonnance de Blois, articles XL, XLI, XLII, & par la déclaration du mois de novembre 1629, pour les mariages, seront exécutées, tant à l'égard des personnes libres, que des esclaves, sans néanmoins que le consentement du père et de la mère de l'esclave y soit nécessaire, mais celui du maître seulement.
Art. 11. Défendons très expressément, aux curés, de procéder aux mariages des esclaves, s'ils ne font apparoir du consentement de leurs maîtres; défendons aussi, aux maîtres, d'user d'aucune contrainte sur leurs esclaves pour les marier contre leur gré.
Art. 12. Les enfants, qui naîtront des mariages entre les esclaves, seront esclaves, et appartiendront aux maîtres des femmes esclaves, et non à ceux de leurs maris, si le mari et la femme ont des maîtres différents.
Art. 13. Voulons que si le mari esclave a épousé une femme libre, les enfants tant mâles que filles, soient de la condition de leur mère, et soient libres comme elle, nonobstant la servitude de leur père; et que si le père est libre et la mère esclave, les enfants soient esclaves pareillement.
Art. 14. Les maîtres seront tenus de faire enterrer en terre sainte, et dans les cimetières destinés à cet effet, leurs esclaves baptisés; et à l'égard de ceux qui mourront sans avoir reçu le baptême, ils seront enterrés de nuit, dans quelque champ voisin du lieu où ils seront décédés.
Art. 15. Défendons aux esclaves de porter aucune armes offensives, ni de gros bâtons, à peine de fouet, et de confiscation des armes au profit de celui qui les en trouvera saisis; à l'exception seulement de ceux qui seront envoyés à la chasse par leurs maîtres, et qui seront porteurs de leurs billets, ou marques connues.
Art. 16. Défendons pareillement aux esclaves appartenant à différents maîtres, de s'attrouper le jour ou la nuit, sous prétexte de noces ou autrement, soit chez l'un de leurs maîtres, ou ailleurs, et encore moins dans les grands chemins, ou lieux écartés, à peine de punitions corporelles, qui ne pourra être moindre que du fouet, et de la fleur de lys; et en cas de fréquentes récidives, et autres circonstances aggravantes, pourront être punis de mort : ce que nous laissons à l'arbitrage des juges : enjoignons à tous nos sujets de courir sus aux contrevenants, de les arrêter, et de les conduire en prison, bien qu'ils ne soient point officiers, et qu'il n'y ait contre eux aucun décret.
Art. 17. Les maîtres qui seront convaincus d'avoir permis ou toléré telles assemblées, composées d'autres esclaves que de ceux qui leurs appartiennent, seront condamnés, en leurs propres et privés noms, de réparer tout le dommage qui aura été fait à leurs voisins, à l'occasion desdites assemblées, et en dix livres d'amende pour la première fois, et au double, en cas de récidive.
Art. 18. Défendons aux esclaves de vendre des cannes à sucre, pour quelque cause, et occasion que ce soit, même avec la permission de leurs maîtres; à peine du fouet contre les esclaves, de 10 livres tournois contre le maître qui l'aura permis, et de pareille amende contre l'acheteur.
Art. 19. Leurs défendons aussi d'exposer en vente au marché, ni de porter dans les maisons particulières, pour vendre, aucune sorte de denrées, même des fruits, légumes, herbes pour la nourriture des bestiaux et leurs manufactures, sans permission expresse de leurs maîtres, par un billet ou marques connues; à peine de revendication des choses ainsi vendues, sans restitution du prix par les maîtres, et de 6 livres tournois d'amende à leur profit, contre les acheteurs.
Art. 20. Voulons, à cet effet que deux personnes soient préposées par nos Officiers, dans chacun marché, pour examiner les denrées et marchandises qui y sont portées par les esclaves, ensemble les billets et marques de leurs Maîtres, dont ils seront porteurs.
Art. 21. Permettons, à tous nos sujets et habitants des îles, de se saisir de toutes les choses dont ils trouveront les esclaves chargés, lorsqu'ils n'auront point de billets de leurs maîtres, ni des marques connues, pour être rendues incessamment à leurs maîtres, si leur habitation est voisine du lieu où les esclaves auront été surpris en délit; sinon, elles seront incessamment envoyées à l'hôpital, pour y être déposées, jusqu'à ce que les maîtres en aient été avertis.
Art. 22. Seront tenus les maîtres, de faire fournir, par chacune semaine, à leurs esclaves âgés de dix ans, et au dessus, pour leur nourriture, deux pots et demi mesure de Paris, de farine de manioc, ou trois cassaves pesant chacune deux livres et demie, au moins, ou autre chose à proportion ; et aux enfants depuis qu'ils sont sevrés, jusqu'à l'âge de dix ans, la moitié des vivres ci-dessus.
Art. 23. Leur défendons de donner aux esclaves de l'eau de vie de cannes, ou guildive, pour tenir lieu de la substance mentionnée en l'article précédent.
Art. 24. Leur défendons pareillement de se décharger de la nourriture et subsistance de leurs esclaves, en leur permettant de travailler certains jours de la semaine, pour leur compte particulier.
Art. 25. Seront tenus les maîtres de fournir, à chaque esclave, par chacun an, deux habits de toile, ou quatre aunes de toile, au gré desdits maîtres.
Art. 26. Les esclaves qui ne seront point nourris, vêtus et entretenus par leurs maîtres, selon que nous l'avons ordonné par les présentes, pourront en donner avis à notre procureur, et mettre leurs mémoires entre les mains, sur lesquelles, et même d'office, si les avis lui viennent d'ailleurs, les maîtres seront poursuivis à sa requête, et sans frais; ce que nous voulons être observé, pour les crimes et traitements barbares et inhumains des maîtres, envers leurs esclaves.
Art. 27. Les esclaves infirmes par vieillesse, maladie ou autrement, soit que la maladie soit incurable, ou non, seront nourris et entretenus par leurs maîtres; et en cas qu'ils les eussent abandonnés, les dits esclaves seront adjugés à l'hôpital, auquel les maîtres seront condamnés de payer 10 sols, par jour, pour la nourriture et l'entretien de chacun esclave.
Art. 28. Déclarons les esclaves ne pouvoir rien avoir qui ne soit à leurs maîtres, et tout ce qui leur vient par industrie, ou par la libéralité d'autres personnes, ou autrement, à quelque titre que ce soit, être acquis, en pleine propriété, à leurs maîtres; sans que les enfants des esclaves, leurs pères et mères, leurs parents ou tous autres, y puissent rien prétendre, par succession, disposition entre vifs, ou à cause de mort; lesquelles dispositions déclarons nulles, ensemble toutes les promesses, et obligations qu'ils auront faites, comme étant faites par gens incapables de disposer, et contracter de leur chef.
Art. 29. Voulons néanmoins que les maîtres soient tenus de ce que leurs esclaves auront fait pour le commandement, ensemble ce qu'ils auront géré et négocié dans leurs boutiques, et pour l'espèce particulière de commerce à laquelle leurs maîtres les auront préposés, et en cas que leurs maîtres ne leurs aient donné aucun ordre, et ne les aient point préposés, ils seront tenus seulement jusque, et à concurrence de ce qui aura tourné à leurs profits ; et si rien n'a tourné au profit des maîtres, le pécule desdits esclaves, que leurs maîtres leur auront permis d'avoir, en sera tenu, après que leurs maîtres en auront déduit, par préférence, ce qui pourra leur en être dû, sinon que le pécule consistât, en tout, ou en partie, en marchandises dont les esclaves auraient permission de faire trafic à part, sur lesquelles leurs maîtres viendront, seulement, par contribution au sol la livre, avec les autres créanciers.
Art. 30. Ne pourrons les esclaves, être pourvus d'offices, ni de commission ayant quelque fonction publique; ni être constitués agents par autres que leurs maîtres, pour gérer ou administrer aucun négoce, ni être arbitres, experts ou témoins, tant en matière civile que criminelle ; et en cas qu'ils soient ouïs en témoignage, leur déposition ne servira que de mémoire, pour aider les juges à s'éclaircir d'ailleurs, sans qu'on en puisse tirer aucune présomption, conjoncture, ni adminicule de preuve.
Art. 31. Ne pourront aussi les esclaves être parties, ni être en jugement en matière civile, tant en demandant, qu'en défendant ; ni être parties civiles dans les affaires criminelles; sauf à leurs maîtres d'agir et défendre, en matière civile, et de poursuivre, en matière criminelle, la réparation des outrages et excès qui auront été commis contre leurs esclaves.
Art. 32. Pourront les esclaves être poursuivis criminellement, sans qu'il soit besoin de rendre leurs maîtres parties, (sinon) en cas de complicité; et seront les esclaves acculés, jugés en première instance par les juges ordinaires, et par appel au Conseil souverain, sur la même instruction, et avec les mêmes formalités, que les personnes libres.
Art. 33. L'esclave qui aura frappé son maître, ou la femme de son maître, sa maîtresse, ou le mari de sa maîtresse, ou leurs enfants, avec contusion, ou effusion de sang, sera puni de mort.
Art. 34. Et quant aux excès de voies de fait, qui seront commis par les esclaves contre des personnes libres ; voulons qu'ils soient sévèrement punis, même de mort s'il y échet.
Art. 35. Les vols qualifiés, même ceux de chevaux, cavales, mulets, boeufs ou vaches, qui auront été faits par les esclaves ou par les affranchis, seront punis de peines afflictives, même de mort si le cas le requiert.
Art. 36. Les vols de moutons, chèvres (sic), cochons, volailles, cannes à sucre, pois, mil, maignoe (sic), ou autres légumes faits par les esclaves seront punis selon la qualité du vol, par les Juges qui pourront, s'il y échet, les condamner d'être battus de verges par l'exécuteur de la Haute justice, et marqués d'une fleur de lys.
Art. 37. Seront tenus, les maîtres, en cas de vol, ou d'autre dommage causé par leurs esclaves, outre la peine corporelle des esclaves, de réparer le tort en leur nom, s'ils n'aiment mieux abandonner l'esclave à celui auquel le tort aura été fait; ce qu'ils seront tenus d'opter dans trois jours, à compter de celui de la condamnation, autrement ils en seront déchus.
Art. 38. L'esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois, à compter du jour que son maître l'aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées, et sera marqué d'une fleur de lys sur une épaule; s'il récidive, un autre mois, à compter pareillement du jour de la dénonciation, il aura le jarret coupé, et il sera marqué d'une fleur de lys, sur l'autre épaule; et la troisième fois, il sera puni de mort.
Art. 39. Les affranchis, qui auront donné retraite, de leurs maisons, aux esclaves fugitifs, seront condamnés par corps, envers les maîtres, en l'amende de 3000 livres de sucre, par chaque jour de rétention ; et les autres personnes libres, qui leur auront donné une pareille retraite, en dix livres tournois d'amende, par chacun jour de rétention.
Art. 40. L'esclave, puni de mort sur la dénonciation de son maître, non complice du crime pour lequel il aura été condamné, sera estimé, devant l'exécution, par deux des principaux habitants [27] de l'île qui seront nommés d'office par je juge ; et le prix de l'estimation en sera payé au maître; et pour à quoi satisfaire, il sera imposé par l'intendant, sur chacune tête des nègres payant droits, la somme portée par l'estimation, laquelle sera régalée sur chacun des nègres, et levée par le fermier du Domaine royal d'Occident pour éviter à frais.
Art. 41. Défendons aux juges, à nos procureurs et greffiers, de prendre aucune taxe dans les procès criminels contre les esclaves, à peine de concussion.
Art. 42. Pourront seulement les maîtres, lorsqu'ils croiront que leurs esclaves l'auront mérité, les faire enchaîner, et leurs faire battre de verges ou cordes ; leur défendons de leur donner la torture, ni de leur faire aucune mutilation de membres, à peine de confiscation des esclaves, et d'être procédé contre les maîtres, extraordinairement.
Art. 43. Enjoignons à nos officiers de poursuivre criminellement les maîtres, ou commandeurs, qui auront tué un esclave étant sous leur puissance, ou sous leur direction ; et de punir le meurtre suivant l'atrocité des circonstances; et en cas qu'il ait eu à l'absolution, permettons à nos officiers de renvoyer tant les maîtres que les commandeurs absous, sans qu'ils aient besoin d'obtenir de nous lettres de grâce.
Art. 44. Déclarons les esclaves être meubles, et comme tels, entrer dans la communauté ; n'avoir point de fuite par hypothèque; se partager également entre les cohéritiers, sans préciput et droit d'aînesse; n'être sujet au douaire coutumier, au retrait féodal et lignager, aux seigneuriaux et féodaux, aux formalités des décrets, ni au retranchement des quatre quints en cas de disposition, à cause de mort, et testamentaire.
Art. 45. N'entendons, toutefois, priver nos sujets de la faculté de les stipuler propres à leurs personnes, et aux leurs de leur côté, et ligne, ainsi qu'il se pratique pour les sommes de deniers, et autres choses mobilières.
Art. 46. Seront, dans les saisies des esclaves, observées les formes prescrites par nos ordonnances, et les coutumes, par les saisies nobiliaires : voulons que les deniers en provenant soient distribués par ordre des saisies, ou, en cas de déconfiture, au sol la livre, après que les dettes privilégiées auront été payées et généralement, que la condition des esclaves soit réglée, en toutes affaires, comme celle des autres choses mobilières, aux exceptions suivantes.
Art. 47. Ne pourront être saisis et venus séparément, le mari et la femme, et leurs enfants impubères, s'ils sont sous la puissance d'un même maître : déclarons nulles les saisies et ventes qui en seront faites; ce que nous voulons avoir lieu dans les aliénations volontaires : sous peine contre ceux qui feraient les aliénations d'être privés de celui, ou de ceux qu'ils auront gardés, qui seront adjugés aux acquéreurs, sans qu'ils soient tenus de faire aucun supplément de prix.
Art. 48. Ne pourrons aussi les esclaves, travaillant actuellement dans les sucreries, indigoteries, et habitations, âgés de quatorze ans, et au-dessus jusqu'à seize ans, être saisis pour dettes; sinon pour ce qui sera dû du prix de leur achat; ou que la sucrerie, indigoterie , ou habitation, dans laquelle ils travaillent, soit saisie réellement; défendons, à peine de nullité, de procéder par saisie réelle, et adjudication, par décret, sur les sucreries, indigoteries, et habitations, sans y comprendre les nègres de l'âge susdit, y travaillant actuellement.
Art. 49. Le fermier judiciaire des sucreries, indigoteries, ou habitations, saisies réellement, conjointement avec les esclaves, seront tenu de payer le prix entier de son bail, sans qu'il puisse compter, parmi les fruits qu'il perçoit, les enfants qui seront nés des esclaves, pendant son bail.
Art. 50. Voulons, nonobstant, toutes conventions contraires, que nous déclarons nulles, que les dits enfants appartiennent à la partie saisie, si les créanciers sont satisfaits d'ailleurs, ou à l'adjudicataire, s'il intervient un décret; et à cet effet, il sera fait mention, dans la dernière affiche, avant l'interposition du décret, desdits enfants nés des esclaves, depuis la saisie réelle dans laquelle ils étaient compris.
Art. 51. Voulons, pour éviter aux frais, et aux longueurs des procédures, que la distribution du prix entier de l'adjudication conjointe des fonds, et des esclaves, et ce qui proviendra du prix des baux judiciaires, soit faite entre les créanciers, ou suivant l'ordre de leurs hypothèques, et privilèges, sans distinguer ce qui est pour le prix des esclaves.
Art. 52. Et néanmoins, les droits féodaux, et seigneuriaux, ne seront payés, qu'à proportion du prix des fonds.
Art. 53. Ne seront reçus les lignagers, et les seigneurs féodaux, à retirer les fonds décrétés, s'ils ne retirent les esclaves vendus conjointement avec les fonds; ni l'adjudicataire à retirer les esclaves, sans le fonds.
Art. 54. Enjoignons aux gardiens, nobles, et bourgeois usufruitiers, amodiateurs, et autres jouissants des fonds auxquels sont attachés des esclaves qui travaillent, de gouverner lesdits esclaves comme bons pères de famille; sans qu'ils soient tenus, après leur administration finie, de rendre le prix de ceux qui seront décédés ou diminués par maladie, vieillesse, ou autrement, sans leur faute ; et sans qu'ils puissent aussi retenir comme fruits à leur profit, les enfants nés desdits esclaves, durant leur administration, lesquels nous voulons être conservés, et rendus à ceux qui en sont les maîtres, et les propriétaires.
Art. 55. Les maîtres, âgés de vingt ans, pourront affranchir leurs esclaves, par tout acte entre vifs, ou à cause de mort, sans qu'ils soient tenus de rendre raison de l'affranchissement, ni qu'ils ayant besoin d'avis de parents, encore qu'ils soient mineurs de vingt-cinq ans.
Art. 56. Les esclaves, qui auront été faits légataires universels, par leurs maîtres, ou nommés exécuteurs testamentaires, ou tuteurs de leurs enfants, seront tenus et réputés, les tenons et réputons, pour affranchis.
Art. 57. Déclarons les affranchissements, faits dans nos îles, leur tenir lieu de naissance dans nos îles; et les esclaves affranchis n'avoir besoin de nos lettres de naturalité, pour jouir de l'avantage de nos sujets naturels de notre royaume, terres et pays de notre obéissance, encore qu'ils soient nés dans les pays étrangers.
Art. 58. Commandons, aux affranchis, de porter un respect régulier à leurs anciens maîtres, à leurs veuves, et à leurs enfants, en sorte que l'injure, qu'il leur auront faite, soit punie plus grièvement, que si elle était faite à une autre personne : les déclarations, toutefois, francs, et quittes envers eux, de toutes autres charges, services, et droits utiles que leurs anciens maîtres voudraient prétendre, tant sur leurs personnes, que sur leurs biens, et successions, en qualité de patron.
Art. 59. Octroyons, aux affranchis, les mêmes droits, privilèges, et immunités dont jouissent les personnes nées libres; voulons que le mérite d'une liberté acquise produise, en eux, tant pour leur personne, que pour leurs biens, les mêmes effets que le bonheur de la liberté naturelle causé à nos autres sujets.
Art. 60. Déclarons les confiscations et les amendes, qui n'ont point de destination particulière, par ces présentes, nous appartenir, pour être payées à ceux qui sont préposés à la recette de nos droits, et de nos revenus : voulons, néanmoins, que distraction soit faîte du tiers des dites confiscations, et amendes, au profit de l'hôpital établi dans l'île, où elles auront été adjugées.
Si donnons en mandement à nos amés et féaux les Gens tenant notre Conseil souverain établi à la Martinique, Gade-Loupe, Saint-Christophe, que ces présentes ils aient à faire lire, publier et enregistrer, et le contenu en elles garder et observer de point en point selon leur forme et teneur, sans contrevenir ni permettre qu'il y soit contrevenu en quelque sorte et manière que ce soit, nonobstant tous édits, déclarations, arrêts et usages, auxquels nous avons dérogé et dérogeons par ces dites présentes.
Car tel est notre bon plaisir ; et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous y avons fait mettre notre sel. Donné à Versailles au mois de mars mil six cent quatre-vingt-cinq, et de notre règne le quarante deuxième.
Louis, le Roi,
Colbert , Le Tellier.
Posté le 26.02.2008 par sergegrah
Face aux nombreuses crises et autres guerres qui déchirent l’Afrique et certaines parties du globe, devant les tensions qui nous opposent et nous poussent à ce fratricide insensé, je voudrais lancer ce SOS !
Je crois que nous pourrions construire des milliers de ponts pour la paix ! En 1992, Bernard Kouchner avait lancé la campagne humanitaire : « 2 kg de riz pour les enfants de la somalie ». Cette opération avait mobilisé plusieurs milliers de jeunes français et dépassé toutes les attentes… On pourrait, s’inspirant de ce vaste mouvement de solidarité, mobiliser des personnes dans divers coins du monde pour construire des ponts de la Paix.
C’est quoi construire un pont de la Paix ? C’est d'aller vers quelqu’un que je hais à cause de ses idées, de sa nationalité, de sa race, de son ethnie ou de sa religion, etc. Construire un pont, c'est construire le chemin de l’Amour vers l’autre. C'est construire une fraternité immuable ; c'est aller vers ce frère avec dans mon regard rien que l’Amour. Je suis persuadé que ça pourrait changer beaucoup de choses.
Si 10 personnes construisent chacune un pont, et que chacune de ces 10 personnes en initie 10 autres et ces 10 autres le font avec 10 en plus (comme dans Le Jeu de l’Abondance). Ou encore, 100 personnes dans un village construisent chacun un pont. 100 personnes le font dans 100 villages, ça nous fait 10 000 ponts. Si 200 personnes se mettaient à l'œuvre dans 200 villages, il y aurait 40 000 ponts. Et si l'initiative est prise dans 50 pays ou 100 pays, ça nous apporterait quelque chose de fabuleux comme un peu plus de confiance et de solidarité, un peu moins de méfiance et de violence, un peu plus d'espérance… Oui, il suffit de si peu pour la Paix. Pouvions-nous l’oser ensemble ?
A la télévision, au journal, quand je regarde avec quelle efficacité les partisans de la violence, les ennemis de la Paix, réussissent leurs actions destructrices, je me dis que ceux qui veulent la Paix doivent faire preuve d’une grande ingéniosité et être tout aussi habiles. Qu'il nous soit possible de créer les conditions pour multiplier les ponts entre les personnes et que nous soyons habiles afin de désamorcer la violence où elle est !
A vous tous, frères et sœurs, je lance cet appel ! Un pont pour la Paix dans chaque hameau de la planète ! Multiplions-les !
Un ami qui vit au Liban m’écrit ceci : « Le pays est méconnaissable à cause de la mort et de la violence. On est stressé, angoissé, on vit dans la peur constante... Mais cela ne m'empêche pas d'aller voir les voisins qui, pour la plupart, sont enfermés chez eux à cause de la violence et de la peur. Ces visites sont des moments de grande joie et d'encouragement mutuels... Je veux vivre en fidélité à l'amour et la paix que je porte. Un autre chemin est possible.»
Oui ! Je le crois. Il est urgent de construire la Paix dans le cœur des gens pour en extirper la haine et la violence !
Nous avons un besoin urgent de ces ponts construits pour la Paix. Des ponts qui permettraient de traverser toutes nos différences. Ainsi, une chaîne s'allongera-t-elle et se solidifiera. Il suffit que nous apprenions à développer une conscience sociale et une habileté dans cette initiative. Ça nous donnera la possibilité d'apprendre à éveiller, à rechercher, à susciter chez l'autre la volonté d’AIMER.
Notre pays en en a besoin… Notre Terre en a besoin.
Répondras-tu ? T'engageras-tu ?
Merci pour ce geste.
Serge Grah
Posté le 25.02.2008 par sergegrah
Sur terre il y a des corps qui ne frémissent pas
Par temps de tempêtes
Certaines saisons naissent au sommet des veillées d’armes
Et si les cigales de renommée fredonnante observent silence
Et hérissent leurs ailes sonores sur l’horizon
C’est que leurs chants qu’elles veulent mélodieux
Agacent les mauvais enchanteurs
Et que le ciel est tourmenté
Et que les fleurs ne fleurissent plus
Non je ne suis pas seul
A regarder les changements inopportuns des temps
A force de mauvais héritiers
Et les montagnes qui grimpent tellement haut
Que nul oiseau ne s’avise à y nicher ses rêves
Non je ne suis pas seul
Quand passent les chiendents des chaos forestiers
D’autres cris que les miens alerteront le ciel
Mais quelle idée de jouer à cache-cache avec le jour
Comment veux-tu sans éclairs éclairer un cœur qui souffre ?
Entends bien les lucioles
Et tu verras de temps en temps une lueur d’espoir
Non je ne suis pas seul
La bataille est âpre à qui veut changer le destin des saisons
Les mains des faiseurs de cadavres tissent sans relâche
Une toile funèbre
Et nous, que faisons-nous ?
Les ennemis de la paix pour le meilleur et pour le pire se sont unis
Non tu n’es pas seul
Non je ne suis pas seul
Viens avec moi caresser mes rêves
Ce n’est guère les ronces des chemins
Qui font saigner mon cœur
Le ciel a besoin d’un chœur
Pour donner un rythme à sa fresque
Il n’est de chanson de pluie qu’écoute
Une oreille qui ne soit brève
Non tu n’es pas seul
Non je ne suis pas seul
Non nous ne sommes pas seuls
Non nul homme n’est seul
Si demain, s’éteint ma parole
Pour avoir voulu un peu de liberté
Plus de Paix
Demain germeront d’autres libertés
D’autres partisans de la Paix
Plus terribles à caresser
Non tu n’es pas seul
Non nul homme n’est seul
Pas plus moi que toi
Pas plus toi que moi
Pas plus l’oiseau sur la branche que le ciel sans nuage
Pas plus le désert que l’homme qui s’y habitue doucement
Pas plus aujourd’hui le ciel chambre noire où
Nul ne perçoit aucun soleil ni étoile ni lune
Que demain
Non tu n’es pas seul
Des amis lointains
Des forces lointaines
Aujourd’hui se joignent à ta farouche quête
De sources génératrices de Paix
Non tu n’es pas seul
Non je ne suis pas seul
Non nous ne sommes pas seuls
Non nul homme n’est seul
Et demain au carrefour de nos amours communes
La force de notre désir prendra le regard immense
Du ciel et de la terre
Qui tant de fois nous a éclairés de leur souffle
Afin que le murmure des étoiles demeure le chant radieux
Des épis d’or
Sous lesquels nous allons abriter
Notre désir d'Humanité
S. G.
Posté le 19.02.2008 par sergegrah
J’ai un grand secret à me livrer
Aujourd’hui n’aura plus le temps
De m’écouter chanter la tristesse des choses
Et la joie de mon chant dénouera les secrets enfouis au fond des temps
Au bout de moi-même un long chemin
Qui oublie de compter le temps de sa marche vers l’homme
Je déterre au cimetière des maux
Mes mots
Et mes vers sous les dalles fleuries
Au bout de moi-même
Mon regard ne pêche que l’ennui des jours
Qui ne passent plus par le bonheur
Au bout de moi-même un vol belliqueux de vautours
Qui déchirent la quiétude du vent de leur bec lourd
Où disparaît la vie
Au bout de moi-même je regarde le sommeil passer
Pareil à un essaim migrateur
Qui se mêle de démêler l’avenir
Sur l’immensité des poids à porter
Mais pourquoi ces oiseaux affamés des champs lointains
Picorent-ils ainsi mes rêves avec cette furie des orages d’ailleurs
Ces oiseaux aux plumes hérissées de mon malheur
D’exister sans vivre
Au bout de moi-même des brûlures d’un soleil
Que j’ai planté au milieu de mon cœur un matin
A l’heure où mon sang inonda la terre
Dans un naufrage de souffrances et d’exode
Au bout de moi-même
Ma poésie que je selle
L’écho de son galop envahit forêts,
Savanes et montagnes
Et hèle le bonheur tapi dans les nuages
De tant de meurtrissures inutiles
Au bout de moi-même
Renaît l’immensité de mon espoir
La fin du règne des vampires
Et mes mots auront la force du sang sacrificiel
Qui donne vie à la Vie
Hurler ces vers pour vaincre l’impuissance
A changer les nuages en pluie
Pour fertiliser le désert à l’amour
Au bout de moi-même un autre Homme
Une autre Espérance
Posté le 19.02.2008 par sergegrah
[b]La sorcellerie et ses effets socio-économiques en Afrique moderne
dans Jazz et vin de palme de Emmanuel B. Dongala[/b]
INTRODUCTION
« Je n'en doutais plus, l'Afrique avait ses mystères… » (E.B.DONGALA, 1982 :34)
L'Afrique a vraiment ses mystères, jusqu'à ce moment dont E. B. Dongala qui devait en douter en tant que scientifique de renom à l'université de Brazzaville, en parle dans cette épigraphe. Consciemment connus ou non, ces mystères continuent de se manifester vivement, s'enregistrant ou s'imprimant sur la conscience des plus sceptiques sa réalité contemporaine en Afrique. La sorcellerie, science ou superstition, fait partie intégrante de ces réalités mystérieuses sinon mystiques d'Afrique moderne. Avec coups de surprise, la sorcellerie s'affronte aux doutes incessants venant du monde intellectuel qui la baptise superstitieuse et ses manifestations illusoires et spécieuses. Néanmoins cette science noire ne cesse également de pétrifier ou effrayer la société africaine moderne qui porte témoignage d'activités diaboliques des sorciers noirs et souffre de ses effets socio-économiques.
C'est à noter que cette pièce ne cherche pas à glorifier la sorcellerie ou les sorciers mais à démystifier, sensibiliser, et éveiller la conscience publique à sa réalité sonnante dans l'Afrique moderne. Nous tenterons de découvrir si ce n'est pas ce que cherche à faire cet auteur congolais, E. B Dongala dans l'une des nouvelles dans son recueil, Jazz et vin de palme (1982), dans laquelle se plongera cette étude. Donc il nous y faut décortiquer ces manifestations diaboliques des sorciers pour discerner leurs conséquences sociales et économiques dans la société africaine d'aujourd'hui.
Définition et évolution de la sorcellerie
Le mot sorcellerie soulève dans la mémoire une image de bizarres créatures, quasiment abracadabrantes. Mais par Chima. U (2005 :56), nous comprenons que les sorciers ne sont qu'hommes et femmes qui, s'attachant au diable par alliance, se dotent de maléfiques pouvoirs surnaturels par lesquels ils oppriment, intimident et exterminent la vie des peuples. Ils se croient posséder une connaissance mystique, spécialement magique qui leur permet de manipuler des éléments crées pour affliger. Evidemment la sorcellerie est une forme de magie. Matumba Mainga(1772 :97) ajoute que la sorcellerie fournit à l'homme une capacité d'exercer un contrôle direct sur son destin, et puis sans doute celui des autres. Il est carrément discutable de dire que la sorcellerie fait partie du patrimoine culturel des Africains, vu que Sunday Mbang, l'un des leaders méthodistes nigérians, préfacier d’Ekereobong Moses (2004) et d'autres écoles de pensée, contestent cette thèse. Evidentes qu'elles soient leurs traces, une poignée d'Africains ne sont pas d'accord avec sa réalité métaphysique. Cependant, la société ne cesse d'en souffrir. Plus les gens prétextent d'en ignorer plus sa réalité se révèle clairement et s'évolue de jour en jour. Est-ce qu'il n'y a pas un élément de vérité ? Le fait que même les clergés blancs, anciens missionnaires croient d'après Terence Ranger (1972 :233), en l'efficacité de la sorcellerie dès leur arrivée en Afrique. Si l'on n'est sourd à ne pas entendre le bruit criard du harmattan, ne peut-on pas quand même en avoir froid ?
Origine de la sorcellerie en Afrique
La sorcellerie n'est franchement pas du tout une affaire africaine seulement puisqu'elle se pratique chez les Blancs. Il faut savoir que son existence et sa croyance en Europe datent dès le Moyen Age, cela s'y fortifie publiquement jusqu'au 19-ème siècle. Cela informe pourquoi le Parlement britannique fait dans les années 1730 une abrogation de loi interdisant la sorcellerie, néanmoins sa population, lettrés ou illettrée, ne cesse de croire à sa puissance (Britannica, vol.17 ; 70). La sorcellerie blanche est encore pratiquée dans la plupart de sociétés européennes. Nous nous demandons alors si elle ne fait pas partie des héritages coloniaux européens.
Il y en a qui soutiennent cette thèse. Ils sont d'avis que la sorcellerie ni la magie ne comportent la cosmologie de la religion africaine. Parmi eux c'est Sunday Mbang.
C'est indiscutable que la maladie occultiste était introduite à nos peuples par quelques missionnaires chrétiens et hommes d'affaires quelques années passées. (Traduction la nôtre)
Et plus précisément, Ekereobong Moses (p.20) n'hésite pas de souligner que ce sont des portugais qui, hors de leurs voyages explorateurs, initient des Africains aux sciences occultes ou à la sorcellerie. Cette information ouvre les yeux à la manière dont l'occultisme pénètre l'Afrique. L'affirmation de E. Moses, lui-même prêtre, peut se collaborer du fait que la religion traditionnelle, caractéristique d'Afrique, au dire de Bolaji Idowu (cité par E. Moses, p.20), ne comporte que de croyances en Dieu suprême, en divinités et aux ancêtres. Non à la magie ni à la sorcellerie. Cela dit les Africains partagent évidemment de mêmes héritages religieux traditionnels. Dès l'arrivée des Blancs en Afrique, la sorcellerie s'établit dans la société africaine, devenant une réalité noire. Ce faisant, Dirk Kohert (2003) avoue que les intellectuels africains, leaders religieux, guérisseurs aussi bien que des hommes politiques affirment qu'ils, avec d'autres Africains, partagent en réalité une base commune de croyance occulte, c'est-à-dire que la sorcellerie est une réalité qui doit être considérée comme une partie intégrante de la culture africaine. Cette revendication est valable au fur et à mesure que les éléments civilisateurs et coloniaux constituent une réalité africaine contemporaine, grosso modo la sorcellerie devient l'un des réels africains et se mêle à la religion.
La sorcellerie et la religion
La magie et la sorcellerie appartiennent souvent à la tradition. Donc dans quelques sociétés, ils se lient presqu'inseparablement à la religion traditionnelle et moderne. Les deux domaines, sorcellerie et religion, comportent ce que Xavier Garnier (1999 :11,67) appelle le monde magico-religieux qui permet toujours d'expliquer les événements quotidiens. Il dit qu'une nouvelle façon de distinguer la magie de la religion consiste à considérer que le rituel magique n'est rien d'autre qu'un rituel religieux dont on attend des effets concrets et mécaniques. Kourouma (1990 :20) explique ce rapport dans sa société ainsi : La religion était un syncrétisme du fétichisme malinké et de l'Islam. Elle donnait des explications satisfaisantes à toutes les graves questions que les habitants pouvaient se poser et les gens n'allaient pas au-delà de ce que les marabouts, les sorciers, les devins et les féticheurs affirmaient.
L'explication que donne Kourouma nous permet de saisir le rapport social qui existe entre la sorcellerie et la religion. Nous pouvons en dire clairement que les pratiquants de la religion traditionnelle et islamique dépendent des explorateurs du monde invisible (prêtres, guérisseurs, marabouts, dibia (chez les Ibo), magiciens…), » ceux qui ont quatre yeux » d'expliquer, maîtriser, prédire les phénomènes naturels et surnaturels. Ils sont consultés parce qu'on les croit posséder une puissance thérapeutique. Mais contrairement Mutumba Mainga (p.97) voit dans la sorcellerie et la magie une trahison plus qu'une forme de la religion, néanmoins ajoute que leur même fonction est de fournir à l'homme la capacité à exercer un contrôle direct sur son destin. Pour le christianisme, la sorcellerie est associée au diable et aux activités d'esprits maléfiques et sataniques, et il condamne des sacrifices et rituels, propres à la sorcellerie ou la magie. Mais si le christianisme est la foi en Christ, il est nécessaire d'accentuer le fait qu'il y a des fois de cette Foi, provoquées par différentes conceptions de la Bible. Les unes s'appuient sur l'ancien testament donc ne voient rien de mal dans la pratique sacerdotale des sacrifices rituels, et les autres s'attachent au nouveau testament qui voit en Christ le dernier rituel, particulièrement parmi les églises pentecôtistes.
Cependant le christianisme est une croyance en la personnalité de Christ. Xavier Garnier (p.24) souligne que la religion traditionnelle n'a rien à voir avec une croyance du christianisme, qu'elle est une pratique car une croyance par les chrétiens est une réalité pour la religion traditionnelle. La plupart de sociétés modernes d'Afrique sociologiquement condamnent ces activités des sorciers à qui elles ne peuvent rien. Les chrétiens eux-mêmes qui ne nient pas à son existence se croient protégés par la puissance efficace de Christ, le fondateur de leur foi.
Les effets socio-économiques de la sorcellerie en Afrique moderne ; dans Jazz et vin de palme de Dongala
L'œuvre de Dongala, simple que stylistique, est un recueil des nouvelles à multiples thèmes qui divulguent quelques réalités contemporaines en Afrique post-coloniale. Il faut noter que l'auteur se sert de son Congo comme un microcosme d'une Afrique macrocosmique. Les mystères paradoxaux dans cet ouvrage donnent naissance évidemment aux misères qui ravagent la société africaine. Dans l'une des nouvelles intitulée « l'étonnante et dialectique déchéance du camarade Kali Tchikati », il s'agit d'un savant sceptique qui, s'attachant à son penchant marxiste-léniniste, se dérobe aux manifestations mystérieuses de sa société jusqu'à ce qu'il devienne victime de son doute, l'architecture de son malheur sociopolitique et économique.
Avant que ces mystères d'Afrique, qui vont compromettre l'idéologie sceptique de Kali Tchikati s'avérant intellectuel, il ne dissimule jamais en tant que propagandiste populaire du parti à tendance communiste au pouvoir sa haine envers la religion, traditionnelle ou moderne, qui ne lui est que « l'opium de la masse ». Persécution, punition et peine restent une manière d'exprimer littéralement son ressentiment aux féticheurs et ecclésiastiques, receveurs de son venin versé au moindre prétexte. Ce faisant, sa renommée gagne du terrain au détriment des religieux. « La petite église qui s'était mise à carillonner pour appeler ses ouailles aux vêpres » (Dongala, 1982 :21) lui passe pour avanie ou invective ! Kali se met à menacer, à hurler, fou de rage :
C'est une provocation ! Qu'ils continuent ainsi et ils sauront qui dirige ce pays ! Nous fermerons leurs églises, leurs temples et leurs mosquées et nous les transformerons en magasins de stockage de poisson fumée ou de ciment. (Dongala, p.21)
Kali ne restera pas dans cette bataille pour long temps, car il fait face aux événements fort étranges qui se produisent dans sa vie, inexpliqués et inexplicables ! Ni science ni idéologie marxiste-léniniste ne peut le sauver de cette inondation mystérieuse qui veut le submerger, et qui le submerge tragiquement. En effet, cela nous informe de ces réalités magiques africaines trado-modernes.
Une famille ensorcellée : L'ensorcellement d'un individu ou une famille fait partie intégrante de réalités métaphysiques en Afrique. Dans la nouvelle, Dongala le montre par Kali. Celui-ci, se mariant avec une compatriote très belle et intelligente de différente ethnie contre le gré de ses vieillards familiaux, n'a pas d'enfants après quelques années de mariage maudit. Les vieux de sa famille l'exècrent :
…ces paroles que nous prononçons aujourd'hui se réaliseront et ce malgré ton instruction, tes diplômes obtenus au pays des Blancs(…) Tu n'auras pas d'enfants, ta femme ne procréera pas… (Dongala, p.15)
Ces paroles de vieillards prononcées tout en versant quelques gouttes de vin de palme aux ancêtres sont toujours puissantes et enchanteresses, dont les conséquences, tarabiscotées, ne s'attardent pas à se manifester. Instantanées et immédiates. Kali remarque un effet géométrique de ce qui lui passe pour non-sens. Il en porte témoignage- après deux ans sa femme n'est pas encore grosse. Le plus ridicule, c'est que la science médicale qu'on croit capable de remédier ou obvier au problème comme tel, n'y a pas de solutions. Cette famille assaillie ou envoûtée est privée de remèdes malgré une bande de médecins gynécologiques, locaux et internationaux, consultés. L'auteur veut établir un fait, que le sort, une fois lancée, n'a pas de remèdes scientifiques ni d'explications rationnelles. Les gens qui possèdent un pouvoir mystique ; marabouts, sorciers… se voient privilégiés de lancer des sorts en Afrique. Ce qui s'y produit est un réel contemporain africain que la civilisation ne peut pas éradiquer. Kali et sa femme demanderont pardon à ces vieux illettrés qui leur enlèveront le sort, les bénissant. Et après cette neutralisation de la malédiction, il est étonné de constater que sa femme devient enceinte le mois suivant. Quelle manière de dire qu'il ne faut pas badiner avec les paroles de vieux en Afrique !
Maladie mystérieuse : Toutes les maladies en Afrique n'ont pas d'explications scientifiques ou rationnelles. Cela arrive quelque fois que les tests ou analyses de sang ne soient pas capables de diagnostiquer une maladie en dépit de ses symptômes toujours capricieux. Une telle maladie résulte du sort lancé par les sorciers pour éliminer un ennemi ou 'manger' la victime dans des sabbats ou des « repas anthropophagiques ». Kali n'hésite pas de souligner que son oncle veut le « manger » (p.12). En Afrique qu'ailleurs, il se dit que les sorciers ne tuent pas seulement, mais mangent leur victime dans une fête souterraine (Chima, P.37). Ce personnage principal, qui est en bisbille avec son oncle de sorcier, subit des expériences mystérieuses qu'il refuse net de croire comme une manifestation de la sorcellerie, grâce à sa bonne formation idéologique et dogmatique. Il attrape d'atroces migraines. Les praticiens spécialistes du cerveau consultés ne trouvent rien de mal avec lui qui meurt de douleur. Kali avoue plus tard : « J'avais été atteint à la tête par un coup de fusil mystique, métaphysique comme seuls savent le faire les sorciers chez nous. (p.25) C'est nécessaire de noter que Dongala n'est pas la seule personne parmi la bande d'écrivains africains d'expression française qui parle de cette maladie médicalement inguérissable en Afrique qu'endure Kali. Et Birahima, enfant- héro dans Allah n'est pas obligé (2002), raconte comme sa mère arrive à être victime d'une maladie mystérieuse et donc inguérissable :
Alors l'exciseuse sorcière et son fils également magicien se sont tous les deux très fâchés, trop fâchés. Ils ont lancé contre la jambe droite de ma maman un mauvais sort, un Koroté, un djibo trop fort, trop puissant… (Ahmadou Kourouma, p.24)
De cette citation nous comprenons facilement que le lancement de sortilèges provient d'une expression de la grisaille des sorciers, puisque les trois maladies susmentionnées sont de la même source. Xavier Garnier (p.88) s'avise que l'envie et la jalousie sont les motifs invariablement évoqués des sorciers ; l'envie fonctionne dans le récit comme une motivation. Nous constatons qu'à la base de la querelle entre Kali et son oncle est une vieille voiture que le dernier doit hériter de son feu père. Les auteurs ne cherchent pas à célébrer ce mal, mais l'aperçoivent comme l'une des réalités africaines.
Accident mystérieux : La méchanceté chez les sorciers noirs passe pour pratique normale puisqu'au dire de Chima (p.7), ils ont une capacité spéciale de manipuler ou manœuvrer la lune, le soleil, les étoiles et les corps planétaires à part le lancement des sorts. Donc en Afrique il est cru que la plupart d'accidents qui ont lieu sur les routes maritimes, aériens et automobilistes sont causés par ces sorciers qui cherchent toujours à « dérober, égorger et détruire » voulant du sang. Kali décrit à son ami, Kuvezo, l'accident routier qu'il vient de vivre et qui le scie : J'appuyai sur les freins, ils ne répondirent pas et la voiture continue d'avancer au pas lentement mais inexorablement, (…), elle alla percuter un palmier : tout l'avant était cabossé, le moteur bousillé ! Et pourtant je n'avais pratiquement pas senti de choc, pas une vitre n'était cassé dans le panier que J'avais dans le coffre. Avoue que ce n'était pas normal ! (Dongala, p.24)
Plus saisissant le mécanicien automobile après ce crash ( !) qui vérifie les freins devant huissier les trouve en bon état, et le volant n'est pas bloqué du tout. La victime constate que le phénomène n'est jamais naturel ni normal. Bien d'accidents sont occasionnés par d'inexplicables forces en Afrique, témoignés par des automobilistes quasiment de jour. Donc les grandes catastrophes naturelles sont le plus souvent l'entreprise de la sorcellerie.
Metamorphose en animaux : Dans l'association des sorciers, les membres en activité ne se servent pas de leur propre corps physique, mais se métamorphosent en animaux ; chat, chien, hibou, crocodile etc. Marcia Wright (1972 :156) affirme qu'en Tanzanie les autopsies sont effectuées pour savoir si un sorcier avait motivé la mort par l'envoie d'un python pour manger l'estomac de sa victime. La liaison des sorciers avec les animaux, qui n'est qu'une révélation de leur pouvoir maléfique, est une liaison avec les éléments naturels généralement. Cette transformation en animaux appartient à ces mystères aux quels Kali fait face et dont l'existence Dongala cherche à faire savoir ses lecteurs. Il raconte son expérience effroyable ainsi :
Mais dans la panique, j'ai crié, j'ai hurlé tandis que mon oncle tentait désespérément d'échapper à la crudité de la lumière et prenant des formes diverses ; chien, chat, Hibou, vieillard… (p.26-27)
Kali ne doute pas que son oncle est sorcier, ayant de preuves indéniables pour le lier aux praticiens de la sorcellerie en qu'il croit maintenant. En particulier, après son accident de chasse où il, tirant à un gros singe sur l'arbre, constate un spectacle horrible : le corps d'une femme sexagénaire gisant face contre terre et touchée dans le dos.
Ce spectacle effroyable aboutit au conflit d'idéologies de Kali qui n'hésite pas d'accuser son oncle d'être derrière de son malheur. De cela, il est facile de comprendre que la plupart de savants en Afrique qu'ailleurs repoussent avec mépris et dédaignent toutes ces activités de la sorcellerie, ne voulant pas commettre un suicide intellectuel ou passer pour superstitieux.
La science et la sorcellerie paraissent parallèles sans aucun rapport rationnel. Les scientifiques envoient toujours une philippique aux croyants en la sorcellerie. Ces deux théories sur le réel agissent dans la vie de Kali et produit en lui un scepticisme intellectuel qui, avant, doute ces mystères en Afrique. Son ancien doute n'est que pour ainsi dire une célébration de la supériorité ( ?) de la connaissance scientifique sur la magico-religieuse. L'approche quasi-synoptique employée dans ce récit nous révèle un phénomène qui refuse net de se dissiper dans la société contemporaine.
Implications socio-économiques de la sorcellerie et prise de conscience d'un sceptique.
La sorcellerie en Afrique a toujours d'indiscutables implications très graves aux niveaux socio-économiques d'une victime. D'une manière destructrice, les sorciers, jaloux et envieux, n'aiment pas le progrès ni le succès des personnes qu'ils prennent pour ennemis dont le malheur leur apporte le bonheur. Une fois le sortilège est jeté par l'oncle, Kali commence à subir ses effets catastrophiques. Il parcourt le monde (France, Berlin etc.) pour trouver des secours, médico-gynécologiques à la stérilité de sa mère, et ophtalmo-neuropathologiques à sa migraine mystérieuse, et en effet, doit régler les frais inabordables d'infécondes consultations, qui ne vont pas bien à son état financier. Mais c'est la vengeance ensorcelante du marabout, Nganga qui, naguère, subit des persécutions sous l'ordre de Kali, qui facilite sa chute sociale. Il est expulsé du parti communiste de pays, en conséquence, perd sa position glorieuse. Incapable, Kali se résigne dans la vie, en disant à son ami :
Je me suis lancé dans un petit commerce pour pouvoir vivre mais j'ai fait faillite au bout de deux mois ; cela ne m'a pas étonné outre mesure puisque mon oncle est toujours derrière moi et m'en veut désormais à mort. (Dongala, p.33)
C'est sans doute que les expériences ensorcelantes de Kali motivent sa cascade socio-économique et trompent son avenir brillant.
La prise de conscience du personnage principal vers le dénouement est symbolique et stratégique. Il est symbolique parce qu'il représente une myriade d'intellectuels noirs qui ne croient pas en l'existence réelle de la sorcellerie, et stratégique parce que l'auteur veut mettre en valeur des effets socio-économiques, très catastrophiques des activités ensorcelantes. N'est-ce pas une façon de sensibiliser le monde intellectuel de la réalité de sorcellerie ? Kali, force de se protéger contre la tempête mystérieuse qui s'efforce de bouleverser son destin, jette sa formation idéologique à la mer. Ce compromis idéologique est une manière de s'apprêter à une bagarre spirituelle avec son oncle. Il annonce sa prise de conscience ainsi :
J'ai tout de suite compris de quoi il s'agissait, car m'est immédiatement revenu en mémoire tout ce que je savais depuis ma jeunesse mais que j'avais toujours refoulé ; il s’agissait de sorcellerie car c'est ainsi que les sorciers voyagent la nuit dans leurs mystérieux aéroplanes… (p.26)
Cette renaissance tardive ne va pas l'aider, lui qui court déjà au précipice. Kali, voulant battre de mêmes armes que son oncle recourt au féticheur qui lui garde un chien de sa chienne, le laissant à poil au milieu de la nuit au cimeterre. Cette expérience ignominieuse et scandaleuse facilite la chute de son standing social et son évincement du parti. Persécuté et souffrant, Kali ne se mord pas les doigts et n'hésite pas de conclure son histoire d'un ton apologétique : « mon oncle veut me 'manger' comme le font les sorciers (…) on peut y croire ou ne pas y croire (…) une chose est sure cependant, l'Afrique a ses mystères… » (p.34)
Conclusion
De valables faits examinés hors de cette nouvelle nous indiquent que la sorcellerie ou l'ensorcellement se manifeste comme un phénomène contemporain en Afrique malgré le (post) modernisme ou le scepticisme des Africains. L'ignorance d'un fait n'influe pas sur la possibilité véridique de ce fait. Car l'incroyance de Kali en la sorcellerie, nous constatons, n'empêche pas les horribles manifestations de son sortilège qui hante sa vie. Le dénouement tragique de ce récit de sorcellerie est symbolique au fur et à mesure que la prise de conscience ne peut pas le sauver de ces attaques maléfiques. Nous nous demandons si l'auteur ne veut pas mettre en question les moyens de lutte de Kali, ni laisser quelques éléments didactiques à son public. Mais il nous convient de nous demander si la magie peut être antidote des catastrophes magiques. L'esprit maléfique, peut-il exorciser un esprit maléfique ?
Posté le 19.02.2008 par sergegrah
Il faut vraiment être d’un optimisme à toute épreuve, pour croire que la renaissance de l’Afrique se fera dans la paix et la quiétude quand on voit les multiples conflits qui la déchirent. Le Darfour, le Tchad, la RDC, la Côte d’Ivoire, le Kenya, etc. Des situations de conflits qui continuent d’endeuiller le continent. Ce qui fait dire à certains africanistes que : « La renaissance de l’Afrique sera très longue et douloureuse... Elle risque fort de se faire par césarienne, car ce n’est pas des salons feutrés des dirigeants africains qu’elle sortira ».
Depuis nos fameuses indépendances, les immenses sommes d’argent déversées sur le continent n’ont produit aucun impact positif sur les conditions de vie des populations, abandonnées à elles-mêmes, en matière de développement. Véritable catastrophe humanitaire, la plupart des centres de santé sont à l’agonie et sont le lieu de rackets, de vols et d’autres crimes liés à une scandaleuse inconscience professionnelle. Bienvenue donc au virus de l’Ébola, à la Méningite, à la Fièvre Typhoïde, à la Grippe Aviaire… et au Sida, qui évidemment, a atteint un seuil tragique. Mais fasse auquel nous demeurons insensibles à toutes sortes de campagnes de sensibilisation.
La démocratie est le plus souvent piégée, verrouillée. Les constitutions tripotées, tripatouillées pour que des dirigeants restent éternellement au pouvoir. On peut compter sur les doigts d’une seule main les pays où la démocratie semble être en progrès. La corruption, l’impunité, l’injustice, l’exclusion sont érigées en système de gouvernement dans la plupart de nos pays africains... Le nombre de nos réfugiés est astronomique ; nous montrons une incapacité à contrôler l'essor démographique ; l'urbanisation galopante nous dépasse ; la corruption est la chose sur laquelle on s’entend le plus et le mieux…
« A quand l’Afrique ? » se demandait Joseph Ki Zerbo. Une question essentielle qui se pose à la conscience de tous les Africains. Sauront-nous relever le défi ? Fascinés que nous sommes de tout ce qui vient d’ailleurs !
Je me suis toujours demandé pourquoi l’Afrique était tout le temps à la remorque des concepts, des idées et des termes pensés et conçus en Occident et, n’en proposait presque jamais. Nous avons pourtant eu des concepts chargés de sens qui ont valorisé la pensée africaine et contemporaine. Par exemple, le concept de la Négritude. En plus de l’encrage culturel que véhiculait le mot, l’Afrique a bénéficié du respect de son identité. Mais depuis, plus rien. D’autres concepts ont vu le jour : l’afro-pessimisme, le modernisme, le mondialisme, le démocratisme, le multipartisme, etc. Tous ces beaux mots avec leur suffixe en « isme » ne sont pas de chez nous. Ce sont des concepts qui nous sont parachutés tout frais payé, avec le mode d’emploi et la posologie. Malheureusement pour nous, avides consommateurs de la culture des autres, nos bienfaiteurs omettent souvent d’insérer dans la notice qui accompagne la recette, les effets secondaires. Et voici les dégâts !
C’est étonnant, cette faculté que nous avons à râper et à gober tout ce qui vole en matière de pensées venues de l’étranger. Quel est ce continent où ses fils refusent toujours de réfléchir par eux-mêmes et pour eux-mêmes ? Un continent avec des énormes ressources naturelles, mais où nous avons dépassé le seuil tolérable de la misère tant matérielle que mentale. On dit même qu’un pays comme la RDC pourrait nourrir toute l’Afrique… Mais regarder où ils en sont. Et ça, ce n’est pas un problème d’indépendance, ni de démocratie ! Regardons où en sont les premiers pays noirs à être indépendants : l’Haïti, l’Ethiopie et le Liberia.
La régression politique africaine s'est très tôt traduite par la multiplication des putschs et des dictatures militaires ou civiles. Le parti unique fut adopté au Gabon en 1963, la même année, le premier coup d'Etat éclatait au Togo… L'Etat voulant créer la Nation à partir du pouvoir s'est pris pour la Nation en l'a niant : parti unique, syndicat unique, pensée unique. La régression est aussi économique… Voilà un continent où on est toujours prompt à poser de faux problèmes qui forcément donnent de fausses solutions. Quand des chefs d’Etats se réunissent et se chamaillent pour des postes de gouvernorats et de sous-gouvernorats de leur banque (de leur Argent) - de faux débats -, laissant de côté l’essentiel, le principal, c’est-à-dire la Souveraineté Monétaire africaine, il y a vraiment de quoi désespérer…
En jetant un regard sur les mutations géopolitiques en cours en Afrique ces dernières années, on se rend compte que les facteurs de divisions sur ce genre de fausses questions sont plus nombreux que ceux de l’Unité. Au moment où le monde se reconfigure et que de nouveaux pôles émergent, les dirigeants africains continuent de s’infantiliser, de se déresponsabiliser et, d’ainsi, sous-estimer la nécessité pour l’Afrique de s’UNIR.
La régression concerne aussi l'éducation… Le système éducatif dans la plupart de nos pays est dans un état pitoyable. Si on observe nos écoles, il apparaît clairement que ces enfants, ces jeunes, au sortir de là se donneront des repères déviants vers la violence sous toutes ses formes. Et je pense que c’est là la première (peut-être la principale) entrave à la Paix. La Paix a besoin d’être concrétisée et présentée aux jeunes comme quelque chose de précieux. C’est au sein d’une société dont l’éducation de ses enfants repose sur un socle éthique, civique et moral que la Paix peut prospérer et devenir un véritable objectif à court et à long terme.
Peut-être manquons-nous de dirigeants visionnaires et sensibles aux souffrances de leur peuple ! Sinon comment comprendre ? Mais que se racontent-ils donc durant leurs multiples sommets (U.A, Cedeao...) ? On peut tout reprocher aux dirigeants occidentaux sauf de s’entourer de responsables qui analysent, prospectent et envisagent des solutions à répandre sur Afrique.
Notre société possède des caractères d’une société vaincue. Nous apparaissons souvent avoir renoncé à l’Espérance. Comment avons-nous réussi à nous inculquer un sentiment de mépris de nous-mêmes qui est, je le pense, un des facteurs déterminants de notre comportement avec nous-mêmes et avec les autres ? Que s’est-il passé ?
Nous devons, en tant que peuples africains, sérieusement envisager la Renaissance de notre continent. Si non, elle n’aura jamais lieu. Et l’Afrique continuera d’être le laboratoire de toutes les bêtises du monde : assassinats politiques (Lumumba, Um Nyobé, Sankara…), guerre civiles et ethniques (Liberia, Sierra Leone, RDC, Côte d’Ivoire, Darfour...), génocide (Rwanda), révolutions à la machette, folklorisation des religions, arche de Zoé, élections truquées et contestées, constitutions tripatouillées, Programme d’Ajustement Structurel, déchets toxiques, détournements de deniers publics, etc. (et la liste est loin d'être exhaustive). Toutes ces bêtises prospèrent avec une facilité déconcertante chez nous.
« A quand l’Afrique ? » A quand ce Grand Réveil qui nous permettra de donner une destination (redignifiée) à ce destin africain ? Voilà le véritable défi à relever pour que le RÊVE Africain, celui de Reconstruire et, par conséquent, de Bâtir un Etat fort et une Nation forte, devienne demain une réalité.
Serge Grah
Posté le 14.02.2008 par sergegrah
Ce texte est le résumé d’un mémoire de DESSIC soutenu en 2002 par Moustapha MBENGUE à l’Université Cheikh Anta DIOP de DAKAR. M. MBENGUE essaie de peser les enjeux culturels de l’Internet en Afrique. Il s’agit plus particulièrement de voir si l’Internet est une nouvelle forme d’acculturation ou d’impérialisme ? Ou s’il faut au contraire, voir en lui une chance réelle pour l’Afrique de montrer sa vraie culture, son vrai visage. Il souligne d’abord quelques dangers de l’Internet pour la culture africaine, puis présente les avantages en s’appuyant sur des cas pratiques d’usages culturels de l’Internet en Afrique. M. MBENGUE tente également de mettre en évidence les influences ou les changements induits par l’Internet sur la culture africaine.
Introduction
La culture africaine est-elle juste un accessoire ou un simple amas de choses “folkloriques” et insignifiantes par rapport à la rigueur des normes de la macro-économie ? Que non !
Il est maintenant démontré que le développement ne peut être articulé aux seuls paramètres économiques. Au-delà, il y’a d’autres paramètres liés, des paramètres culturels. Et cette culture, pour éclore et atteindre sa parfaite efficience a besoin d’un outil de promotion et de vulgarisation qui dépasse toutes les frontières afin de donner à l’Afrique sa place dans cette mondialisation. Cet outil, c’est l’Internet.
Largement tributaire de l’aide internationale, et face aux questions sociales, culturelles, économiques et politiques les plus élémentaires à régler, l’Afrique a-t-elle seulement les moyens et le temps de penser à se protéger d’un nouvel impérialisme culturel ? Doit-elle seulement cautionner un transfert de technologies qui l’expose au risque de perdre sa culture ? A t-elle à gagner à se soumettre à cette nouvelle culture de l’Internet ? L’Internet ne devrait-il pas venir seulement après que les besoins cruciaux des pays africains soient satisfaits ? Quelles solutions et quelle place pour la culture africaine sur l’Internet ?
Si la progression de l’Internet est spectaculaire dans les pays développés, elle ne l’est pas moins en Afrique. Malgré les immenses difficultés et craintes dues notamment à la faiblesse du réseau téléphonique mais également à la crainte d’une acculturation, l’Afrique cherche à se saisir de l’Internet pour rompre l’isolement, notamment en matière culturelle. Encore faut-il que l’Internet ne soit pas pour l’Afrique une trouvaille de plus dont il faut juste se servir sans servir, consommer sans produire.
Les enjeux culturels de l’Internet en Afrique se posent alors en deux termes : L’Internet, une nouvelle forme d’acculturation ou d’impérialisme ? Ou au contraire, faudrait-il voir en l’Internet une chance réelle pour l’Afrique de montrer sa vraie culture, son vrai visage.
Nous tenterons dans la première partie de notre réflexion de présenter quelques dangers de l’Internet pour la culture. Ensuite nous présenterons des avantages en nous servant de cas pratiques d’usages culturels de l’Internet en Afrique. Pour finir nous étudierons les changements induits ou influences de l’Internet sur la culture africaine.
Définition du concept de culture
Vouloir cerner un concept aussi lourd de sens que celui de la culture, c’est prendre son parti de la complexité. Peut-on en effet tenir sur ce sujet un discours objectif, qui échappe à toute catégorie préétablie, alors que la culture est, par essence, moins déterminée que déterminante, et que le mot recouvre des réalités bien ondoyantes et diverses selon les époques, s’étendant sur des champs éloignés, découvrant les domaines nouveaux ou se repliant sur des valeurs fondamentales.
Nous retiendrons juste dans le cadre de ce travaille une conception ethnologique de la culture que nous partageons d’ailleurs avec l’ethnologue britannique E. B. Taylor qui avançait en 1871 que La culture [...] est cet ensemble complexe qui inclut la connaissance, la croyance, l’art, la morale le droit, la coutume et toutes autres capacités et habitudes acquises par l’homme en tant que membre de la société. Dans cette optique, le champ culturel embrasse pratiquement tout ce qui fait de l’individu un être social.
Cette conception de la culture nous permet de mesurer et d’appréhender les enjeux réels puisque la culture définit en quelque sorte l’identité de l’individu d’où un intérêt pour tous les peuples à conserver et à promouvoir ses valeurs culturelles. L’Afrique plus que tout autre continent a besoin de retrouver, de restaurer et de promouvoir sa culture longtemps bafouée par des siècles d’esclavage suivis de la colonisation.
I - L’INTERNET, UNE MENACE POUR LA CULTURE EN AFRIQUE ?
Après quarante quatre ans d’indépendance et des décennies d’assistance, les anciennes métropoles proposent à l’Afrique, à l’aube du troisième millénaire, un nouveau type de coopération : L’intégration de l’Afrique au « village global ». Les nouvelles technologies de l’information, particulièrement l’Internet suscitent la crainte d’offrir l’Afrique comme un plateau ouvert à une occupation d’un genre nouveau.
Les Institutions internationales, les centres de recherches scientifiques et universitaires, les grandes entreprises de production manifestent un nouvel intérêt pour le continent noir où s’initient divers projets d’installation et de développement d’Internet. A la suite de la France, la Grande-Bretagne déclare aujourd’hui son intention d’asseoir et d’intensifier sa politique africaine, ouvrant même la voie à un nouveau type d’alliance que les voix autorisées ont baptisé « politique franco-britannique en Afrique » Par ailleurs il existe un lobby en faveur d’une politique africaine des Etats-Unis. Elle est sociale et culturelle. Mais dans un pays où on laisse à la libre entreprise le rôle d’assurer le développement des NTIC, elle ne peut se définir que comme une nouvelle avancée de l’économie de marché, avec à la clef, l’abolition ou l’absorption des frontières idéologiques et culturelles, l’uniformisation des comportements et des idées. Ainsi que le souligne Nelson THALL, disciple de Marshal MacLUHAN, le projet inavouable de l’Internet est d’amener le monde entier à penser et à écrire comme les Nord-américains. C’est à dire une globalisation de l’ « Américan way of life » qui s’érigerait en modèle culturel. Il ne s’agit dés lors plus d’intégration mais d’assimilation culturelle.
Il convient d’ajouter à cela que l’Internet est également un « lieu » ou sévissent malheureusement des réseaux pervers de prostitués, de pédophiles, de terroristes et autres idéologies sectaires qui peuvent causer des dérapages au sein d’une jeunesse africaine avide de modèles sociaux. Le parent ne pouvant pas contrôler sa progéniture, il est à craindre une perversion de la jeunesse africaine qui s’expose au risque de perdre ses repères culturels. L’absence ou la faiblesse de la régulation autorise ainsi des dérives préjudiciables au bien être social et le problème des dérapages reste entier. La liberté de l’information qui est un principe de base de l’Internet pourrait donc entraîner au libertinage.
Une attitude protectionniste ne résistera certainement pas au vent de l’histoire ni au désir de la jeunesse africaine de prendre sa place dans le village planétaire. Il appartient donc aux africains de faire de l’Internet un outil de promotion et d’affirmation de l’identité culturelle africaine. L’Internet n’est et ne sera juste qu’un outil de communication au même titre que le téléphone, le Fax, le journal, le livre etc. Il serait donc vain de voir en lui une forme d’acculturation. Malgré le spectre de la mondialisation et de l’impérialisme américain eu égard à la forte présence de la langue anglaise force est de constater avec J-C GUEDEON que Le cyberspace ne constitue jamais un jeu à solution nulle. En d’autres mots, l’espace occupé par les sites de langue anglaise n’enlève nullement de place aux autres langues1. Promu de la sorte, l’Internet cesse d’être une menace pour la culture africaine. En est-il pour autant un terreau d’expression fertile ?
II- L’INTERNET UNE CHANCE POUR LA CULTURE AFRICAINE ?
S’il est vrai qu’en apparence l’Internet, porte en lui des signes d’acculturation, il est aussi un puissant outil de promotion de la culture. Appréhendé à son sens primaire d’outil et de réseau, l’Internet ne fait pas courir le risque d’une acculturation. C’est l’argument majeur de beaucoup d’auteurs qui considèrent que l’Internet n’est qu’un médium, certes polymorphe, mais simple médium tout de même. C’est ce que soutient Jean Claude GUEDEON en affirmant : Internet, rappelons-le une fois de plus, ne crée rien par lui-même. Porteur d’une nouvelle donne, il conduit les granularités humaines à se reconstituer au détour de courses, de concurrences, mais aussi de nouvelles formes de collaboration qui vont traverser pays, institutions et comportements individuels
C’est dire que l’Internet est un outil qui peut influencer les différentes formes de culture qui préexistent off line. Et si on pose le débat en termes d’acculturation, la première chose à remarquer est que l’Internet n’est pas un espace unifié. On peut considérer, finalement, qu’il n’y a pas de notion de « public » sur Internet et donc, sous sa forme informationnelle, l’Internet ressemble plus à une bibliothèque qu’a une station de télévision. Ceci à moins de l’écarter, réduit fort bien les risques d’une acculturation par le biais de l’Internet.
Cela ne suffit pas pour autant pour faire de l’Internet un outil de promotion de la culture africaine. Il appartient dés lors au Africains de donner un corps à cette coquille vide qu’est l’Internet et d’en faire usage de façon rationnelle pour jouir de toutes les chances que l’Internet offre à la promotion et à la conservation de la culture.
II.1 - Les Usages de l’Internet au Service de la culture en Afrique
Les usages de l’Internet à des fins culturelles sont nombreux, nous les scinderons alors en trois grandes catégories en fonction des résultats ou des effets qu’ils produisent. Il s’agit surtout, pour nous, de la promotion de la culture, de sa conservation mais également un outil d’échange sur la culture africaine. Il est également à noter que l’Internet a entraîné de nouvelles pratiques, une nouvelle façon de vivre qui influence les pratiques culturelles.
II.1.1- Promouvoir et diffuser la culture africaine
L’Internet met au même niveau de visibilité les petites structures culturelles et les grandes ce qui constitue en soi un terrain de compétition loyale. C’est donc une chance pour les petites entreprises culturelles qui n’ont pas forcément la chance de participer aux foires, rencontres et autres expositions qui nécessitent des moyens énormes. Il s’est agit pour les Africains de mettre en place des sites Web de promotion culturelle qui sont la vitrine culturelle de l’Afrique. Ces sites Web sont pour l’essentiel, des portails. Ils ouvrent l’Afrique à l’extérieur et lui permettent d’exporter sa culture, la mener à la rencontre d’autres sensibilités et d’autres cultures. Ils présentent également une valeur ajoutée en ce sens qu’ils peuvent valoir aux pays africains un marché touristique à grande échelle. Ils sont pour l’essentiel constitués de sites de vente de produits culturels, de sites d’artistes africains, d’exposition et de galeries culturelles, de sites de centres culturels nationaux ou bilatéraux.
L’Internet permet aujourd’hui à tous les Africains du monde de rester en contact avec les cultures de l’Afrique. Nous pouvons tous, aujourd’hui, nous informer, sur les manifestations culturelles (festivals, folklore, et expositions), les sorties littéraires de nos pays. Nous pouvons nous informer sur les micro-cultures (géographique) et les peuples dits indigènes, des choses qui étaient jadis inimaginables.
Exemple : Le site taf taf http://www.tataftaf.com. Ce site Web initié par un couple d’expatriés français installés au Sénégal, présente 300 produits artisanaux sénégalais sur la toile et constitue un lieu d’échange culturel qui propose à la fois des bijoux ; des vases, des tableaux d’art, des modèles de couture qu’il est possible de commander en ligne. Le portail refuse de n’être qu’un catalogue d’artiste et affiche selon les initiateurs la volonté de pourvoir une juste rémunération du travail de leur contractant avec des prix fixés au départ et d’accord parti, mais également un préfinancement des matériaux nécessaires à la fabrication des articles. La livraison des produits commandés en ligne est assurée par DHL. Les initiateurs du site sont souvent invités à des foires et des rencontres internationales pour présenter leur trouvaille.
[b]II.1.2 - Sauvegarder la culture africaine
II.I.2.2 - Les sites de monuments et vestiges historiques[/b]
L’Internet est en effet un outil de conservation du patrimoine culturel en ce sens qu’il présente à l’humanité la richesse des vestiges culturels de l’Afrique. C’est ainsi qu’il est possible maintenant à partir de n’importe quel point du monde de tout savoir sur les pyramides d’Egypte, l’île de Gorée, les Mosquées de Tombouctou et tous les grands sites qui ont marqué l’histoire du continent et qui étaient peu connus du grand public. Les musées africains sont aujourd’hui connus de tous et de plus en plus on assiste à des regroupements régionaux de promotion et de conservation des musées d’Afrique. C’est le cas du WAMP (West African Museums Programme) qui a mis en place une base de données sur les archives photographiques de l’Afrique de l’Ouest qu’il compte mettre en ligne.
Il n’est aujourd’hui point besoin d’aller au Bénin pour visiter le musée d’Abomey, de partir au Mali pour voir les mosquées de Djenné et de Tombouctou ou de se rendre en Egypte pour admirer la beauté des pyramides.
II.I.2.3 - Les Sites Web de langues africaines
Ils sont de deux sortes. Il y’a tout d’abord les sites en langues africaines et ensuite, les sites d’apprentissage des langues africaines.
Les sites en langues africaines ont pour objectif d’impliquer les populations d’un niveau d’instruction faible à comprendre et à s’intéresser à l’Internet et à leur culture quel que soit l’endroit ou elles se trouvent. Ces types de site ne sont pas encore nombreux.
Les sites d’apprentissage des langues africaines suscitent de plus en plus un intérêt chez les Africains de la Diaspora. Ces derniers sont aujourd’hui animés d’une certaine fierté d’appartenir à un peuple au passé glorieux et qui a su conserver ses langues malgré une histoire assombrie par la traite des noirs suivie de la colonisation. On trouve ainsi sur l’Internet des dictionnaires français Wolof, des sites Web en Swahili, des sites Web pour apprendre le Fon etc. Nous pouvons donc lire aujourd’hui sur le Web du Swahili du Xosa, de l’Ikan à côté du Français et de l’Anglais. De plus en plus les langues africaines sont enseignées dans les grandes Universités américaines et européennes et l’Internet y est grandement pour quelque chose.
Ces sites Web sont pour l’essentiel des textes écrits, le plus souvent sans images ni son. Ils restent cependant, encore peu connus de bon nombre d’africains. La civilisation africaine étant fortement ancrée dans l’oralité, le contenu des sites de langues gagnerait à exister en version sonore et avec plus d’images pour atteindre le maximum d’africains.
II.I.2.4 - Les sites sur les Peuples et les pratiques culturelles
L’Internet nous permet aujourd’hui de mieux nous connaître en tant qu’individu membre d’une société. A l’école primaire il revenait à grand-père de répondre à nos enquêtes sur nos villes et nos coutumes. Il est aujourd’hui possible à tout jeune africain de savoir le rôle d’un Jaraf (chef coutumier) dans la société Lébou (peuple du Sénégal) Il est possible par une simple interrogation de connaître le mode d’administration de la société Dogon, de comprendre l’héritage chez les Bassaris, l’initiation chez les Diolas. Une expérience personnelle nous conforte dans cette idée.
Nous n’avons jamais accordé un intérêt particulier aux pratiques culturelles lébou telles que le « NDEUP1 », le « TOUROU2 » le « GOUMBE 3 » Un jour, il nous a été demandé dans le cadre d’un concours de création de site web de décrire une expérience spécifique à notre pays, à notre culture. C’est alors que nous avons commencé à faire des enquêtes sur ces phénomènes, à interroger des pratiquants de NDEUP, et finalement à croire à la réalité de l’ "éthnothérapie" chez le lébou. Ce travail accompli avec des jeunes sénégalais nous a valu la récompense du meilleur site web de ce concours. Nous avons alors compris trois choses de cette expérience :
- Ce qui intéresse les autres en nous c’est ce qui nous différencie d’eux et c’est cela notre culture. C’est dans le même temps cette culture qui nous rapproche des autres puisqu’en la comprenant ils nous comprennent et nous respectent malgré nos différences.
- Nous nous sommes réellement intéressés à ce que nous sommes à partir du moment où nous avons compris que cela pouvait intéresser les autres.
- Nous avons alors compris que toutes les cultures se valent et il y’en a pas une qui soit supérieure ou inférieure à l’autre.
L’Internet nous a, pour ainsi dire, rapproché des nôtres, de notre culture et de celle des autres. Sans l’Internet nous continuerions peut être à parler de NDEUP comme d’un simple Folklore, nous en aurions encore eu la vision étriquée d’un simple étudiant de faculté qui n’en saurait pas plus que les deux paragraphes qu’il aurait lus dans un roman. Nous regarderions encore les guérisseuses de notre quartier traditionnel comme de simples comédiennes qui se servent d’une parodie de connaissance mystique pour arnaquer des gens à coup de tam-tam, de bœufs immolés à la plage et de lait caillé. Aujourd’hui nous croyons à ce phénomène tout comme nous croyons à une formule mathématique et cela nous le devons bien à l’Internet.
La perception que nous avions de ce phénomène et qui a changé grâce à notre intérêt pour le Web a changé notre vision sur d’autres pratiques culturelles telles que le sacre du masque Dzangbeton (Bénin), la vénération du Moro Naba chez les Mossis. D’autres jeunes de ces pays ont présenté des sites Web sur leurs particularités culturelles ce qui nous a permis aujourd’hui de mieux comprendre ces peuples et d’accepter leur altérité culturelle.
II.1.3 -Echanger sur la culture africaine
Le web est le service d’Internet le plus connu, c’est pourquoi il est souvent assimilé au réseau Internet lui-même alors qu’il n’en est qu’une application. La messagerie électronique est cependant devenue l’outil de communication par essence sur l’Internet, l’Afrique n’est pas exempte à ce phénomène.
Du point de vue purement culturel, toutes les associations de promotion culturelle possèdent une boite à lettres ou utilisent celle d’un de leurs membres basés dans les grandes villes. C’est le cas de l’Association des ressortissants de NDEFLENG1 qui arrive à maintenir le contact avec les Sérères de la diaspora. Il convient de souligner par ailleurs le fait que les artistes et artisans africains disposent à titre individuel ou associatif de boites électroniques qui leur permettent d’entretenir des relations à la fois commerciales et culturelles avec des partenaires nationaux ou étrangers. Il en est de même pour les musées, galeries d’art, troupes et compagnies théâtrales, ballets, groupes musicaux, cinéastes etc.
L’email est pour ainsi dire devenu un attribut social de compétence : posséder un e-mail signifie qu’on appartient à la classe des intellectuels avertis.
En plus du mail des listes de diffusion et des foras spécifiques permettent d’échanger et de partager des expériences sur la culture africaine. C’est également le cas des journaux « webzine » sur la culture.
III - L’INFLUENCE DE L’INTERNET SUR LA CULTURE AFRICAINE
L’avènement des NTIC et de l’Internet en particulier a fortement modifié ou influencé les habitudes de vie chez beaucoup d’Africains. L’influence de l’Internet sur la culture n’est pas toujours positive, même si par ailleurs l’outil présente pour l’Afrique des atouts de taille.
III.1 - Les langues africaines et la civilisation de l’oralité
La particularité de la civilisation africaine est qu’elle est fondée sur le verbe, l’oralité. Ce facteur a été un fondement de la culture africaine mais la colonisation et la civilisation de l’écrit ont grandement affaibli la communication orale pour imposer à l’Afrique une autre culture, celle de l’écrit. L’Internet, pour peu que les Africains y prennent garde, peut entraîner une seconde révolution de la communication qui de l’oral à l’écrit passera finalement à l’hypertexte ou l’hypermédia.
Quel jeune africain n’a jamais envoyé un mail à un ami pour lui souhaiter un joyeux anniversaire (avec une carte virtuelle), une bonne fête ou même un simple bonjour ? Toute cette sympathie se manifestait autrefois par un déplacement chez les parents ou l’ami à qui l’on présentait de vive voix ses vœux pour tous les événements de la vie. Qui parmi nous n’a pas encore participé à une discussion en ligne en direct, parfois juste pour dire bonjour, même à sa femme avec qui on partage la même maison ? Cette communication plus qu’un besoin d’informer est une façon de montrer à quelle catégorie on appartient. Nous voulons tous montrer que nous sommes des « cybercitoyens » que nous appartenons à la « cyberculture » que nous ne sommes pas de « cyberanalphabètes ». Nous constatons déjà que les plus farouches défenseurs des langues africaines et même européennes empruntent des termes anglais pour véhiculer leurs messages.
III.2 - La Démocratisation de l’ordre socioculturel
La gérontocratie a pendant longtemps été le mode de gouvernement des sociétés africaines. Même dans les sociétés africaines les plus démocratiques le respect de l’ancien demeure une vertu. La gérontocratie repose sur le respect de l’ancien, ou plutôt celui de l’âge. Le pouvoir pour ce mode d’administration étant entre les mains du plus âgé à qui revient le droit de décider au nom de la communauté.
Le fondement de cette organisation sociale est le fait que la personne âgée, de par son vécu et les expériences acquises soit détentrice d’un capital de savoirs et de connaissances que tout le monde ne possède pas. Tout comme on respecte son maître d’école par ce qu’il a des connaissances, on respecte également la personne âgée à cause de son savoir et de sa sagesse. Ce qu’Amadou Hampathé Bâ traduit par sa célèbre pensée un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle. Cet adage, n’est-il pas à relativiser aujourd’hui ? Le vieillard en sait t-il davantage que son petit-fils ? L’âge est-elle toujours synonyme de savoir et de pouvoir ?
Avec l’Internet la transmission verticale du savoir tend à disparaître en Afrique. Autrefois les connaissances se transmettaient de père en fils, avec l’Internet la transmission des connaissances devient transversale. Les jeunes ont la possibilité de voyager sans quitter leur pays. L’Internet nous fait visiter le monde, découvrir, des paysages et d’autres contrés qui n’existaient que dans l’imaginaire et les récits des anciens aux soirs de veillée. Le réflexe du jeune écolier aujourd’hui, n’est plus d’interroger grand-père pour répondre à des enquêtes sur l’histoire de sa ville. Il pense d’abord à interroger son ordinateur. Grand-père si savant, si puissant qu’il soit, n’est consulté que pour de brefs compléments de l’information livrée par le serveur. Il y’a donc lieu de se demander si en perdant son savoir, grand-père ne perd-il pas en même temps son pouvoir qui lui a valu tout le respect de la communauté ?
L’Internet a donc quelque peu modifié l’ordre social établi, le savoir étant synonyme de pouvoir, la gérontocratie tend à devenir « cybercratie » La force le pouvoir revient donc à celui qui est à même de fournir une information, un savoir à travers l’internet.
III.3 - Une nouvelle façon de communiquer et de communier
En Afrique comme partout dans le monde, la messagerie électronique demeure le service le plus usité de l’Internet. Il est cependant impossible de déterminer avec exactitude le nombre d’abonnés ou de personnes qui possèdent une adresse électronique en Afrique. La particularité de l’Afrique est que les boîtes à lettre électronique sont souvent partagées et que certains usagers possèdent plusieurs boîtes. L’Internet renforce le partage, et la solidarité qui sont jusqu’ici