Posté le 10.06.2008 par sergegrah
Jean-Jacques BECHIO, Secrétaire Général de l’ANCI
Ancien ministre de la Fonction Publique sous Houphouët-Boigny, Jean-Jacques Béchio le restera jusqu'au début des années 90. En 1994, il rejoint Alassane Ouattara dans l'opposition au sein du RDR. Il quittera la Côte d’Ivoire pendant le règne de la junte militaire pour s’installer à Dakar au Sénégal. Rentré d’exil, Jean-Jacques Béchio, quitte le RDR en juin 2007 pour l'Alliance pour une Nouvelle Côte d'Ivoire (ANCI) de Zémogo Fofana où il occupe le poste de Secrétaire Général. Dans cet entretien, il revient sur les raisons de son départ et donne le point de vue de son parti sur les faits saillants de l’actualité nationale.
Monsieur le Ministre, comment se porte l’ANCI, surtout au contact de la réalité du terrain ?
Vous ne verrez jamais quelqu’un montrer son village de la main gauche. Le parti se porte bien. Mais quand on le dit, ce n’est pas pour faire plaisir. Le parti se porte bien parce qu’il s’est donné un programme qu’il est en train d’accomplir. Tout nouveau parti qui se crée à cœur de poser des bases solides par son implantation. Et c’est un travail extrêmement important, un travail difficile qui requiert beaucoup de patience et de détermination. Et au demeurant, l’implantation d’un parti n’est jamais terminée. Chaque jour que Dieu, le parti a besoin d’être consolidé. Et nous avons raison d’être satisfaits parce que nous des sections du parti sont en train d’être installées sur toute l’étendue du territoire national. Le président Zémogo et moi-même procédons tous les jours à l’investiture de nos représentants. Nous pouvons donc dire que l’ANCI se porte bien. Il avance comme un nouveau né qui prend petit à petit de l’assurance.
Comment les Ivoiriens réagissent-ils par rapport à la Nouvelle Côte d’Ivoire que vous proposez ?
Je pense que la nouvelle Côte d’Ivoire, c’est d’abord une idée, un espoir. Cette nouvelle Côte d’Ivoire, en réalité, nous l’avons vécue. C’est la Côte d’Ivoire de la fraternité, du travail, de l’égalité. Une Côte d’Ivoire qui débout. C’est à cela que l’ANCI veut revenir. Bien évidemment, en l’adaptant à la situation actuelle, à cet environnement qui nous impose des efforts beaucoup plus importants. Hier vous aviez deux camps, les communistes et les capitalistes. Le choix était facile ; vous étiez à droite ou à gauche. Vous n’êtes plus en concurrence avec un bloc, mais avec tout le monde, y compris vous-même. Aujourd’hui, vous avez un grand village planétaire où les confrontations sont multiformes et prennent des dimensions diverses. Les défis auxquels vous êtes confrontés ne sont plus les mêmes et ne peuvent donc pas être traités dans le même état d’esprit. Ce qui veut dire qu’il faut imaginer de nouvelles façons de diriger, imaginer de nouvelles façons de traiter les problèmes. C’est à cette conscience que l’ANCI invite les Ivoiriens afin qu’on ne soit pas pris de cour. Qui veut voyager loin, ménage sa monture.
Ce que vous dîtes là, Monsieur le ministre, tous les autres partis politiques l’ont déjà dit avant vous. Finalement, qu’est-ce qui vous démarque fondamentalement des autres, qui fait que les Ivoiriens devraient vous faire confiance ?
Tout le monde joue au football avec le même ballon rond et, pourtant, il y a Didier Drogba et puis, il ya les autres. La démarcation, c’est la façon de faire, c’est notre crédibilité. Je crois qu’il n’y a aucun parti politique qui vous dira que son programme c’est d’égorger les Ivoiriens, de détruire ce qui existe comme infrastructures, de renvoyer notre société à la lampe tempête. De ce point de vue, il ne y avoir de démarcage. C’est notre façon de faire la politique qui va nous démarquer des autres. L’ANCI se veut un parti qui dit ce qu’il est capable de faire et non ce que les gens veulent entendre.
Monsieur le ministre, vous dites avoir quitté le Pdci pour des principes. Pour les mêmes raisons, vous êtes parti du Rdr. Quels sont donc les principes qui fondent votre conviction politique ?
Je n’ai jamais considéré la politique comme étant le lieu où on dire tout et son contraire en même temps. Je pense que, contrairement à l’idée généralement répandue, la politique n’est pas l’art de la roublardise ni du grandissime. Lorsqu’on fait de la politique, on doit donner l’exemple, l’exemple de la droiture, de l’honnêteté, de l’intégrité, de la justice… Regardez en Europe, avez-vous déjà vu un chef d’Etat européen qui, en fin de mandat, modifie la Constitution pour rester au pouvoir ? Avez-vous vu en Europe des élections dont on ne proclame pas les résultats ? Moi, je n’aime pas les combines. Partout où il y a des combines, je suis mal à l’aise.
On sait que vous avez beaucoup souffert pour le Rdr. C’est pourquoi on s’étonne encore que vous ayez privilégié le divorce au lieu du dialogue avec vos anciens compagnons de lutte.
Ce n’est pas de la démagogie. J’ai vraiment souffert pour le Rdr. Mais en fait, je ne faisais que défendre des idées auxquelles je crois et, c’est ce qui est important. Et c’est ce qui nous privilégions à l’ANCI. Un homme politique doit savoir assumer ses responsabilités. On ne peut vouloir le beurre et l’argent du beurre ; on ne peut vouloir une chose et son contraire ; on ne peut pas aller au paradis sans mourir. J’ai donc souffert pour le Rdr, mais j’ai surtout souffert pour les idées auxquelles je croyais. Et puisque je ne retrouvais plus ces idées-là, je suis parti. Je suis prêt à recommencer mille fois, si c’est nécessaire. Parce que je tiens à mon intégrité, je tiens à conserver l’image que les Ivoiriens ont de moi.
Est-ce vrai monsieur le Ministre que vous avez quitté le Rdr, parce que refusant de cautionner une prise de pouvoir par les armes ?
En Côte d’Ivoire, les gens aiment dire un certain nombre de choses qu’il leur faut assumer. Moi j’ai déjà expliqué pourquoi j’ai quitté le Rdr. Et je n’ai jamais dit que le Rdr voulait prendre le pouvoir par les armes.
C’est désormais chose connue, l’élection du président de la République se tiendra le 30 novembre 2008. Un commentaire ?
Il n’y a pas de commentaires. Le 30 novembre prochain, nous irons aux urnes.
L’ANCI compte-t-il présenter un candidat ?
Il ne faut jamais mettre la charrue avant les bœufs.
Que faut-il entendre par là ?
Ça veut dire que chaque chose a son temps.
Pensez-vous que la tenue des élections est une garantie suffisante pour un retour définitif de la paix en Côte d’Ivoire ?
Je pense que les problèmes qui se posent à nous sont de plusieurs ordres. Un fait est qu’un pays ne peut pas vivre continuellement dans une situation de crise institutionnelle permanente. Qu’une date ait été arrêtée pour élire un président, est une bonne chose. La preuve, tous les responsables politiques sont tous d’accord. Je suppose donc que chacun fera tout ce qui est à son pouvoir pour que tout se passe normalement à la date indiquée. Et que celui qui est élu soit reconnu et qu’il n’y ait pas de contestations inutiles.
Le professeur Francis Wodié quant à lui, suggère l’avènement de la 3e République. Autrement dit, il faut une nouvelle Constitution. Qu’en pensez-vous ?
Le professeur Francis Wodié a été mon Maître. A ce titre, je lui dois respect. Ceci étant, je ne suis pas sûr que les problèmes de la Côte d’Ivoire soient surtout et avant tout des problèmes de textes. Parce que les textes, quelle que soit la façon dont ils sont faits, si on ne veut pas les appliquer, les problèmes demeureront. 2e, 3e ou 4e République, s’il n’y a pas un changement fondamental de mentalité des hommes politiques, s’ils ne comprennent pas que le plus important c’est l’intérêt général et non les intérêts personnels et partisans, quels que soient les textes constitutionnels, on ne réussira pas à avancer. Comment expliquez-vous que des intellectuels de très au niveau aient rédigé une Constitution, et peu après, reviennent pour demander qu’on la change ? Et pourtant, ce sont les mêmes qui ont proposé ce texte. On fait des textes avec des partis-pris, on pose des pièges en pensant que c’est quelqu’un d’autre qui va y tomber, et puis finalement, c’est nous-mêmes qui y sommes pris. Les Ivoiriens doivent donc comprendre que la Côte d’Ivoire n’a pas un problème de texte... En son temps, j’avais dit que notre Constitution était une bombe à fragmentation dont personne ne pouvait imaginer les dégâts au moment de son explosion. En ce moment, personne ne parlait de 3e République. Mais dans quel état d’esprit voulez-vous aujourd’hui qu’on pense à une nouvelle Constitution ?
Les Ivoiriens, monsieur le Secrétaire Générale, se plaignent de plus en plus de la cherté de la vie. Et ils l’ont d’ailleurs bruyamment manifesté il y a quelques mois. Que vous inspire cette situation ? Quelles sont les propositions de l’ANCI ?
L’ANCI n’est pas aux affaires. Et nous n’avons pas de solutions miracles. Cependant, nous reconnaissons que ces problèmes se posent partout. C’était au Cameroun, à Haïti, aussi bien en Europe qu’en Amérique Latine. C’est un problème général, à tel point que le président de la Banque mondiale et le Directeur du FMI s’en sont inquiétés… Toutefois, si on doit reconnaître que ces problèmes ne dépendent pas du gouvernement ivoirien et qu’il est mondial, il y a quand même des choses que nous nous pouvons faire nous-mêmes. Il suffit seulement que chacun à son poste fasse bien son travail. Un pays, ce n’est pas un champ de patates où chacun peut faire ce qu’il veut. Nous avons un ministère de commerce, au niveau duquel nous avons des responsabilités à prendre. Le Président de la République a mis en place un comité de surveillance des prix… Mais vous allez voir, ils ne vont rien faire. Dans trois mois, ils seront encore à tourner en rond. Et ils seront encore surpris quand la population va descendre dans la rue. Je suis désolé d’avoir à le dire de cette façon, mais on ne gère pas un pays comme ça. Le Président Houphouët avait, de façon conscience, décidé de mettre en veilleuse l’exploitation des gisements de pétrole et toutes les richesses de notre sous-sol pour faire de l’agriculture la principale mamelle du développement de la Côte d’Ivoire. Nous avons des centaines d’hectares de bas-fonds, nous avons de la forêt, nous avons aussi des milliers de jeunes déscolarisés qui ne demandent qu’à travailler. Qu’attendons-nous pour les mettre à contribution pour cultiver ces terres ? Non seulement, nous aurons trouvé du travail pour tous ces jeunes, mais aussi nous aurons épargné à la Côte d’Ivoire une saignée de devises dans l’importation de riz. Nous avons la capacité d’être autosuffisant.
Je voudrais à présent m’adresser au diplomate que vous êtes. A l’ONU la question de l’élargissement du Conseil de Sécurité devient centrale. Les africains réclament une représentation permanente. Quelle est votre opinion sur cette question ?
Pour avoir présider bon nombre de conseils en son temps, je sais comment ça se passe. Je pense qu’il faut laisser les choses arriver à maturité. Ce problème est beaucoup plus délicat qu’on le laisse croire. Il ne faut pas oublier que l’Onu a été créée sur des bases précises et sur des intérêts précis. Après la chute du mur de Berlin, la démarcation est-ouest a disparu. Mais qui aurait cru que ça arriverait un jour ? Le monde est aujourd’hui un village planétaire… N’empêche qu’il apparaît toujours difficile d’élargir le Conseil de Sécurité à d’autres Etats. Mais qui sait si des évènements ne vont pas précipiter les choses ? Au lieu de livrer ce combat-là, les africains doivent commencer par s’organiser. On veut être membre du Conseil de Sécurité et entre nous-mêmes, on n’est pas capable de nous unir, de nous mettre d’accord. On veut aller faire une union ailleurs, alors que chez nous-mêmes, nous sommes désunis. Vous n’avez qu’à voir le nombre de candidats qu’il y a pour vous en convaincre. Personnellement, je privilégie l’organisation de l’Afrique afin qu’elle puisse se prendre en charge et offrir une meilleur vie à ses populations. L’Afrique doit chercher à trouver solutions aux nombreux problèmes de conflits, de famines, etc. qui se posent à elle que de se battre pour une place au Conseil de Sécurité.
Votre message aux Ivoiriens ?
Nous voulons vraiment que ce soit la fin de tout et le début d’une nouvelle ère. Une ère où la Côte d’Ivoire se retrouvera avec elle-même. Une Côte d’Ivoire où dorénavant, comme Houphouët nous l’a enseigné, nous n’utiliserons qu’une seule arme, celle du dialogue. Et ce, dans le seul objectif du développent de notre pays et du bonheur de son peuple.
Serge Grah
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Posté le 09.06.2008 par sergegrah
Bomou Mamadou, le Maître de la Parole
En 1985, il cofonde avec Wêrê-Wêrê Liking le Ki-Yi Mbock. Au sein de ce groupe panafricain, Bomou Mamadou démontre ses talents pluridisciplinaires de danseur, de chanteur, de comédien, de chorégraphe et de metteur en scène. Depuis 2001 qu’il vole de ses propres ailes, « Le maître de la parole » a su imprimer sa marque et imposer sa singularité par sa voix et par sa capacité à explorer les richesses du patrimoine artistique africain. Il revient ici sur les raisons de son départ du Village Kiyi. Entretien.
Le Village Kiyi a été l’univers artistique dans lequel vous avez passé une grande partie de votre vie. A quel moment décide-t-on de quitter une telle école pour voler de ses propres ailes ?
Je pense que c’est quand on s’aperçoit qu’on a plus rien à apporter à cette école et qu’il faut partir acquérir d’autres expériences. Il faut dire que depuis 1982, avec Wêrê-Wêrê Liking, nous avons créé ce grand mouvement panafricain qui est le Village Kiyi. Au-delà de l’art, c’était pour nous un prétexte pour former des hommes au sens plein du terme, c’est-à-dire, des hommes sociables. Voyez-vous, quand vous êtes dans un tel mouvement où toutes les charges sont supportées par le groupe, vous avez l’impression que tout est gratuit à tel point que vous finissez par vous déresponsabiliser. Or vous avez besoin de vous accomplir socialement, de vous responsabiliser par rapport à vous-mêmes, par rapport à votre carrière artistique... C’est tout cela qui m’a décidé à couper le cordon ombilical qui me liait au Village. J’avais maintenant besoin de me recréer socialement et artistiquement.
Mais c’est quand même regrettable, tous ces départs successifs...
Oui c’est regrettable ! Surtout quand certains partent de façon malhonnête, c’est-à-dire, désertent le groupe pendant des tournées. Moi, mon départ du Village c’est fait dans légalité. De toutes façons, nous tous qui sommes partis avons des marques : la rigueur et la responsabilité. En ce qui me concerne, je continue de collaborer avec Wêrê-Wêrê Liking. Chaque fois qu’elle me sollicite je n’hésite pas à répondre présent. Nous étions récemment au Cameroun puis à Bouaké dans le cadre de spectacles. Lorsqu’elle a fêté ses 40 ans de peinture, j’étais encore là. Ce n’est donc pas vraiment un départ, c’est une distance normale que j’ai prise. Aller à la quête d’autres formes d’expression, rencontrer de sensations nouvelles, car il est difficile pour un artiste de ne pas pouvoir s’affirmer en tant que tel.
De l’extérieur, aujourd’hui quel est votre regard sur le Village Kiyi ?
Il est clair que ce n’est plus la même chose, ce n’est plus le même engouement. Les gens qui y étaient se sacrifiaient pour nous donner de l’espoir, nous apprendre qu’avec la rigueur et le professionnalisme, on peut vivre de son art. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus un centre de formation.
En quels termes décririez-vous votre style artistique ?
Chaque fois qu’on me pose cette question, je n’ai pas de réponses exactes. Pour moi c’est l’Art de la Parole. Je refuse de m’inscrire dans un phénomène passager de mode. Moi je voudrais m’inscrire dans un art qui défie le temps, faire des œuvres intemporelles... Mon objectif est de montrer que l’art est un métier, que l’on peut en vivre en Afrique à condition de l’exercer avec toute la discipline et la rigueur requises.
Sur quel projet Bomou travaille-t-il actuellement ?
Je suis un peu cyclique… J’ai été le chorégraphe du Kiyi-M’bock, puis j’ai eu pendant 2 ans la charge du Ballet National de Côte d’Ivoire. J’ai aussi fait un clin d’œil au théâtre. J’arrive du Burkina Faso dans le cadre du Carrefour International du Théâtre de Ouagadougou où j’ai assuré la mise en scène de « Lien de sang », une pièce du Sud Africain Athol Fugar. Je suis actuellement en train de travailler sur mon prochain album qui va s’intituler « S’il nous plaît ». Ce sera encore une adresse aux africains afin qu’ils se responsabilisent par rapport à leur destin.
Vous êtes comédien, chanteur, danseur, metteur en scène, etc. La polyvalence est-elle indispensable dans votre cas ?
Oui… Tout artiste se doit d’être polyvalent à l’instar du conteur africain, parce que le conteur dit la Parole, il chante et exprime une gestuelle scénique… La polyvalence m’est donc très importante dans mon Art.
Quels sont les thèmes que vous abordez en général ?
La responsabilité de l’être humain en tant qu’élément participant à l’évolution de la vie. J’ai ce souci de permettre à l’être humain de se remettre en cause davantage. Parce que, nous devons faire le choix d’être bénéfique à la vie. Et pour le faire, il nous faut descendre en nous-mêmes afin d’identifier les éléments nuisibles et de les éliminer. Moi j’ai choisi d’être bénéfique en apportant de l’espoir à la vie… Il faut inciter les jeunes à la beauté du verbe, à la beauté de la parole, à l’importance du livre et de la lecture. Aujourd’hui, on remarque que les jeunes se délaissent, s’adonnent à l’inculture. Les jeunes doivent savoir que le livre est un temple du savoir, une tablette du savoir.
Où en êtes-vous avec la publication de « Les Paroles du Maître » ?
Effectivement, j’ai travaillé sur un livre qui résume tout ce que j’ai dit depuis septembre 2002, date du déclenchement de la crise en Côte d’Ivoire. Ce sont des messages à mon pays et à l’Afrique. Nous sommes dans un processus de paix avec les prochaines élections et je ne voudrais pas qu’on m’accuse de parti pris. Je suis donc obligé de surseoir à ce projet parce que certains passages pourraient être mal interprétés et, on pourrait me reprocher de remuer le couteau dans la plaie. Pour toutes ces raisons, je prévois la sortie du livre pour après les élections.
Comment se portent, selon vous, l’art en général en Côte d’Ivoire ?
Je pense que les anciens et héritiers n’ont pas su éduquer. Aujourd’hui, il y a beaucoup de fuite, les gens préfèrent exporter leurs talents en Occident. Les n’ont plus de repères. Il n’y que le Kiyi-M’bock et à un degré moindre le Kotéba qui s’efforcent à former les jeunes… Le Pr Zadi a presque baissé les bras, Marie-Rose Guiraud vit depuis plusieurs années aux USA, le Djolem n’existe pratiquement plus. La nouvelle génération a du mal à garder la flamme allumée. A tel point que le public aujourd’hui confond l’or et la charogne avec la même indifférence. Les artistes doivent savoir que nous partageons tous la même quête de valeurs. Ce qu'on dit peut tuer ou donner la vie : nous sommes responsables. Nous devons donc résolument travailler à redorer le blason de la Culture dans notre pays.
Le Burida, la maison des artistes, est en proie à des contradictions dues à l’interprétation des textes qui régissent la structure. Quelle est votre opinion ?
Il faut que les artistes chanteurs arrêtent de penser que le Burida leur appartient. Et je crois que c’est cela le seul et véritable problème qui occasionne tout ce désordre. Voilà des gens qui ont des difficultés pour gérer leur propre carrière et qui veulent gérer la carrière de tous les artistes. Ils font beaucoup de bruit comme des tonneaux vides pour rien. Ce sont eux qui sèment la zizanie et qui croient que le Burida doit absolument s’occuper d’eux. Ils ne savent pas que nos peintres, nos écrivains, nos cinéastes, nos comédiens, etc. sont tous sociétaires du Burida. Ils doivent comprendre que des gens ont été formés dans de grandes écoles pour administrer, pour gérer.
Bomou Mamadou, après 26 ans de pratique artistique, quelles sont les grandes avancées de votre carrière ?
Je suis fier et heureux qu’en peu de temps le public ait adhéré à mon art. Je suis respecté chez moi et sur le plan mondial on me regarde différemment. Je suis à toutes les grandes conférences, à toutes les rencontres culturelles afin de porter la preuve de ma maturité, puisse ma modestie en souffrir. Si toute parole est parole, j’ai conscience que parler est difficile. Instruit de cette vérité, je continue ma quête de la flamme originelle du verbe.
Que pensez-vous du retour de la paix en Côte d’Ivoire ?
Toutes les civilisations, tous les peuples ont connu la guerre. Le cas de la Côte d’Ivoire n’est pas nouveau, mais il fallait que notre pays passe par là. Il fallait peut-être qu’on passe par cette guerre pour que nous sachions ce que vaut la paix. En tous cas, ce qui s’est passé à Ouagadougou est formidable. Il faut encore et toujours saluer les Ivoiriens qui ont eu cette grande hauteur d’esprit et d’humilité pour avoir accepté de se parler. Aujourd’hui le processus de paix enclenché est irréversible, il a permis à chacun de nous, de nous remettre en cause et de tirer les grandes leçons de cette crise. Le plus difficile est surtout qu’on puisse garder et consolider les valeurs qui constituent notre destin commun. Ces valeurs de solidarité, de fraternité, de tolérance, d’hospitalité qui ont contribué à construire la Nation ivoirienne.
Serge Grah
Posté le 05.06.2008 par sergegrah
Frédéric Bruly Bouabré
Frédéric Bruly Bouabré à 85 ans reste un artiste aux multiples facettes. Inventeur d’alphabet, dessinateur, conteur, poète et très probablement l’un des artistes les plus imprévus de l’histoire de l’art contemporain en Afrique. A Abidjan où il est basé, Frédéric Bruly Bouabré continue de se poser des questions sur la vie de l'homme et sur l'écriture comme déchiffrement du monde humain. Entretien.
Comment doit-on vous définir ? Philosophe, savant, prophète ? Qui est Frédéric Bruly Bouabré ?
Frédéric Bruly Bouabré est le fils, spirituellement parlant, de Théodore Monod. Un européen qui a les aptitudes d’être Ghandi par sa pensée… En fait, pendant la guerre, j’étais écolier à Bingerville. Mal nourris, les élèves se sont révoltés et la direction de l’école a décidé de renvoyer les élèves « rebelles » parmi lesquels je me trouvais. C’est alors que je me suis dit : « on m’a renvoyé de l’école, mais on ne m’a pas interdit de lire. » Je me suis mis donc à lire énormément pour me former. Il faut peut-être vous dire que mon père était un polygame. Il avait 4 femmes parmi lesquelles il y avait une misérable boiteuse. C’est cette dernière qui m’a conçu. Je suis son unique fils. Et elle ne cessait de me conseiller d’être bon pour vivre heureux et longtemps.
Un évènement particulier se serait produit en 1948 et serait à l’origine de toutes vos œuvres. De quoi s’agit-il ?
Je suis un africain et je note chaque instant de ma vie. Toutes les traces du monde réel et spirituel doivent êtres consignées... Effectivement, en 1948 j’étais à Dakar au Sénégal où je travaillais comme commis. Un jour que j’allais au travail, je ne portais pas de montre et je voulais savoir l’heure qu’il était. Il faut savoir que les africains apprécient le temps par l’ombre du soleil. J’ai donc regardé le soleil qui curieusement s’est divisé en deux. La partie sud était plus grande que celle du nord. Puis le soleil s’est transfiguré pour donner naissance à 7 soleils colorés qui ont décris un cercle de beauté autour de leur Mère-Soleil. Le soir, j’ai été pris d’une terrible transe. C’est là que je suis devenu Cheik Nadro « celui qui n’oublie pas ». Je compris ce jour là que Dieu existe.
Vous avez inventé ou du moins découvert l’alphabet d’une écriture ouest-africaine. Comment cela s’est-il passé ?
Je peux vous dire que les bonnes choses comme les mauvaises nous arrivent par hasard… J’ai imité les sons et je suis arrivé à créer un alphabet. J’ai présenté cet alphabet au savant Théodore Monod qui m’a dit : « Bruly, tu as découvert un alphabet ». Mais, il faut dire que tout est lié aux pierres de Bekora. En effet, c’est en 1952 que je me suis rendu à Bekora, un petit village d’Issia où se trouvent une variété de petites pierres rouges et noires, probablement d’origine naturelle mais traditionnellement considérées comme surnaturelles. Ces pierres se présentent sous des formes très variées et portent des dessins géométriques. Dès que je les ai vues, j’ai pensée que ça devrait être le vestige d’une antique écriture. Je fais le lien avec un jeu pratiqué par les enfants dans mon village à Daloa. Ce jeu qui consiste à enchaîner des paroles à partir de signes séparés les uns des autres. On place des graines de palmier pour les lire et ça donnait par exemple : « la route, de quelque façon qu’on puisse la nettoyer, elle ne manque pas d’obstacle ». Les signes formulent des images et portent des messages. Les Hommes ont tort de se prendre pour les seuls dessinateurs au monde. Le hasard de la nature trace sur une peau de banane ou d’orange. Le vent pousse des nuages qui découpent des formes dans le bleu du ciel. Un jet de jus de cola qu’on a mâché sur une page parle. Tous les signes portent des messages que l’homme gagnerait à apprendre, à voir et à comprendre car dans la forme des signes, s’énoncent le bien et le mal.
Comment fonctionne cet alphabet ? Peut-on l’utiliser comme on utilise l’alphabet français, par exemple ?
Moi, j’ai trouvé un alphabet et je suis prêt à l’enseigner à toute personne désireuse de l’apprendre… Il s’agit de 448 pictogrammes monosyllabiques qui sont aptes à reproduire tous les sons humains. Cet alphabet appartient aux Africains, c’est à eux de se l’approprier. Il est universel et œuvre en faveur de la conservation du savoir humain.
Quel est l’enjeu pour les Africains d’avoir une écriture à eux ?
C’est important pour les Africains d’avoir une écriture à eux. Si les Européens, par exemple, nous ont dépassé, c’est bien parce qu’ils ont une écriture. L’écriture est un remède contre l’oubli, car l’oubli est un redoutable facteur de l’ignorance. On n’oublie pas ce qui est écrit. L’écriture divinise l’homme et est le creuset où vit la mémoire de l’homme. C’est pourquoi j’insiste sur la présentation de l’Alphabet Ouest-africain. Les gens qui n’écrivent pas n’ont pas de valeur.
A quel moment avez-vous rencontré Théodore Monod ?
Théodore Monod (Directeur de l'Institut Fondamental d'Afrique Noire) est un savant français vers lequel le destin m’a emmené en 1958. Quand j’ai découvert cet alphabet, je l’ai présenté à Théodore Monod qui se trouvait encore en Côte d’Ivoire. C’est lui qui a apporté la caution scientifique à ma thèse.
Et Cheick Anta Diop, l’avez-vous rencontré ?
Je l’ai rencontré en tant qu’ami, mais nous n’avons pas travaillé ensemble.
Pouvez-vous nous parler de cette exposition, Magiciens de la Terre, à laquelle vous avez participé en 1989 ?
Oui, c’était en mai 1989. En fait, c’est grâce à André Magnin Directeur de la CAAC (Collection d'Art Africain Contemporain). Il a vu mes textes et mes dessins (500) que je faisais sur de petites cartes. Il est parti en France avec 10 modèles de ces dessins afin de les présenter au comité de l’exposition. Mes dessins ont été acceptés et c’est comme ça que j’ai été invité à cette rencontre dénommée « Les magiciens de la terre ». J’ai présenté à cette exposition des manuscrits originaux, des dessins, les 448 signes de l'alphabet et des pierres de Békora.
Comment se manifeste votre foi en Dieu ?
Tout a commencé par cette vision que j’ai eue à Dakar ce jour de l’année 1948. A partir de là, le Soleil est mon Dieu. Je n’ai jamais dit à qui que ce soit de venir adorer le Soleil avec moi. Je parle seulement de moi, Cheick Nadro. Si j’avais ameuté la foule avec ça, on m’aurait pris pour un fou et je n’aurais peut-être pas survécu jusqu’à cet âge… N’a-t-on pas dit que Jésus Christ racontait des histoires ? Pour moi donc, le Soleil est un être vivant, la Terre, la Lune, les Etoiles sont tous des êtres vivants et immortels.
Qu’est-ce que vous auriez voulu faire que vous regrettez ne pas avoir fait ?
Moi je suis un autodidacte. Aujourd’hui, je suis compté parmi les écrivains, parmi ceux-là même qui éloignent l’oubli et l’ignorance. J’ai écris « On ne compte pas les étoiles » et « Domè zèzè »… Je n’ai donc aucun regret. J’ai juste un souhait, pouvoir publier « Le livre des lois divines » qui, pour moi, est un message à l’humanité.
Un processus de paix est engagé pour sortir la Côte d’Ivoire de la grave crise qu’elle a connue. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
C’est la Paix qui fait les hommes. Car, lorsqu’on n’est pas en paix, on n’est pas libre, on est menacé. Dieu n’aime pas que l’homme ôte la vie à un autre homme. Je suis heureux que mes enfants aient été inspirés par Dieu et qu’ils aient choisi le chemin de la Paix… Aux jeunes Ivoiriens, aux jeunes Africains, aux jeunes du monde entier, je dis d’être bon, de croire en Dieu, car Il existe bel et bien. Jésus Christ a dit une Vérité qui traverse le Temps. C’est « Aimez-vous les uns les autres ». Tous les hommes sont égaux. Ce n’est pas par ce que tel est blanc qu’il doit asservir le noir et, le noir ne doit pas prétexter de la couleur de sa peau pour maudire le blanc.
Serge Grah
Posté le 06.05.2008 par sergegrah
I Jahman Levi
Personnage emblématique de la Foi Rastafari, I Jahman est l’une des dernières valeurs sûres du reggae. A 62 ans, il est resté constant. Dans ses textes comme dans sa voix. A Abidjan pour un concert, nous l’avons rencontré. Il revient avec nous sur son Message Rastafari.
Les Ivoiriens ne connaissent pas grand-chose de vous. Qui est I Jahman ?
C’est vrai beaucoup de générations veulent savoir qui est I Jahman. Mais je n’ai pas choisi d’être. J’ai été créé physiquement et spirituellement par Sa Majesté Impériale. Je suis un outil au service de Jah Rastafari. Et je voudrais dire que ce qui est important ici, ce n’est pas I Jahman en tant que I Jahman. Mais plutôt le Message que je suis venu faire passer. Ijahman ne joue pas un rôle. Il ne fait que répéter et interpréter les paroles de Dieu… Je remercie Jah d’avoir permis que je sois en Côte d’Ivoire. Rastafari !
Cela fait combien de temps que I Jahman transmet son Message…
Chez Rastafari, on naît Messager… Au départ, ma famille n’était pas Rasta. C’est en fréquentant les Rastas qu’à partir de 10 ans, j’ai senti que j’avais une Mission pour Rastafari. Et ça fait un peu plus de 40 ans que I Jahman transmet le Message de Jah. « Jah Heavy Load », « Are we a warrior », je dois tout ça à Jah. Le prophète dit : Un homme n’est pas promu par ce qu’il dit ou ce qu’il fait, mais s’il fait du bon travail, Jah le gratifiera. Selassie I !
Vous parlez souvent de paix intérieure... Ça correspond à quoi ?
Il y a le corps physique qui a besoin de nourriture, mais il y a l’Esprit qui a aussi besoin d’être nourri. Si tu sais cela, tu rentres en toi-même chercher la nourriture qu’il faut pour ton Esprit. Et cette nourriture-là, c’est la Parole de Jah. Rastafari ! Je sais que partout il y a des difficultés, mais je voudrais seulement que tous nous faisions ce que Jah nous demande de faire. Il est le Maître de tous. Si ce soir vous êtes en train de m’interviewer, c’est que Jah l’a permis. Ne nous préoccupons pas des différences raciales et autres diversités. Qui que tu sois, ce qui importe, c’est que tu aies la paix dans ton for intérieur. C’est pourquoi, je voudrais dire aux Ivoiriens, d’avoir l’amour et la paix en partage et comme objectif de vie.
Vous appartenez à la tribu de Levi, qui traditionnellement, est celui des prêtres dans l'Ancien Testament. C’est une responsabilité que vous assumez ?
Vous savez, ce n'est pas grave si vous ne savez pas parler, mais lorsque vous aurez découvert la parole, votre responsabilité sera plus importante. Je suis « Levi », né dans le mois de juin, donc un Gémeaux. Quand j’ai découvert la Bible, je lisais un chapitre au moins par jour. Et en ce moment-là, j’ai appris à me connaître. Selassie I. J’ai fait la prison. Quand j’en suis ressorti, je n’étais plus Trevor Sutherland, mais I Jahman Levi. J’essai de mener à bien la mission que Jah m’a confiée. Je suis spirituel et je me sens bien comme ça. Rastafari ! Je suis sur terre pour servir mon Dieu. Prier Rastafari.
Vous avez une chanson intitulée « Ijahman Sings Bob Marley ». Le 11 mai prochain ça fera 27 ans que Bob Marley a quitté cette terre. Quelle image gardez-vous de lui ? [/b]
De Bob, je garde un grand et profond souvenir. Un homme ne vit pas par ce qu’il dit, mais par son travail. Et Bob Marley a fait un grand travail sur le plan international… Bob vit en moi. Je l’ai vu en songe. Mes titres « Africa » et « Zion » sont inspirés de ce rêve qui est pour moi, un grand message de Rasta. Bob restera Bob - Selassie I !
« Hail I hymn » et « Are we a warrior »… sont deux albums qui vous ont propulsé sur la scène internationale. Pouvez-vous nous en parler un peu ?
Quand je suis sorti de prison, j’ai rencontré Denis Harris, qui a créé Deep recording. Nous avons enregistré trois chansons. « Jah heavy load », « I'm a Levi » et « Chariot of love ». Lorsque Chris Blackwell a écouté « Jah heavy load », il m’a fait signer avec Island. En Jamaïque où je suis retourné, j’ai fait la rencontre de Geffrey Chung. En collaboration, nous avons pu réaliser 11 titres. C’est à partir de ces titres-là, qu’Island a fait deux albums : « Hail I hymn » et « Are we a warrior ». Je suis content malgré tout ce qui s’est passé d’avoir fait ces albums pour Island. Parce que beaucoup de gens considèrent ces deux albums comme faisant partie des meilleurs tubes reggae jamais réalisés. Grâce à Chris Blackwell ces deux albums ont pu être disponibles partout dans le monde. Ce que je n’aurais peut-être pas pu faire de moi-même. Je le remercie pour cela.
Où vivez-vous en Jamaïque, à Kingston ?
Non ! Kingston est trop bruyant. Je vis à Christiana à Manchester. La vie y est beaucoup plus agréable.
Avez-vous un message pour les Ivoiriens ?
Peace and Love ! Rastafari !
Réalisée par Serge Grah
Posté le 25.04.2008 par sergegrah
Le week-end dernier, les jours du président tchadien, l’un de ses plus éminents représentants, semblaient comptés. Sans la présence militaire française, Idriss Déby ne serait aujourd’hui plus qu’un mauvais souvenir. Personne ne se fait d’illusions sur les prétendants au trône. Les chefs rebelles sont soit des anciens collaborateurs de Déby, soit des marionnettes du Soudan. Au Tchad, un dictateur en cache toujours un autre et, depuis trois décennies, la France fait et défait les rois.
Au plus fort de la bataille de N’Djamena, Paris a donné l’impression d’hésiter. Alors qu’en 2006, les Mirages avaient survolé et menacé une colonne rebelle en route vers la capitale, les paras se sont, cette fois, contentés de protéger l’aéroport par lequel les ressortissants étrangers ont été évacués. Le même d’où ont décollé les hélicoptères tchadiens qui ont bombardé les rebelles.
Le gouvernement français a depuis levé toute ambiguïté sur le camp qu’il a choisi. Nicolas Sarkozy a déclaré que la France n’hésiterait pas à faire son « devoir » pour sauver le soldat Déby.
S’il restait encore un doute, le président a dépêché à N’Djamena son ministre de la Défense. Face à tant d’empressement, le président Déby s’est dit prêt à grâcier les membres de l’Arche de Zoé, condamnés au Tchad pour tentative d’enlèvement d’enfants mais qui purgent leur peine en France. S’il se confirme, ce retour d’ascenseur serait une nouvelle illustration éclatante des liens plus ou moins occultes qui unissent Paris et quelques-uns des dirigeants africains les moins fréquentables.
Le candidat Sarkozy avait promis une « rupture » avec la « Françafrique ». Mais les vieux réflexes ont la vie dure. La théorie des dominos aussi. Si le Tchad tombe, préviennent les généraux, toute l’Afrique centrale est menacée. A commencer par la République centrafricaine voisine, où les légionnaires soutiennent à bout de bras le régime chancelant de François Bozizé. La contagion pourrait gagner le Congo Brazzaville de Sassou Nguesso – un havre de paix pour le pétrolier français TotalElfFina – voire le Gabon du fidèle Omar Bongo. Les crocodiles de la « Françafrique » redoutaient l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy.
Quelques jours après son entrée en fonction, la justice ouvrait une enquête préliminaire sur le patrimoine de cinq chefs d’Etat africains en France. Le rapport d’enquête est édifiant. [1] Le président gabonais et sa famille possèdent 33 appartements, propriétés ou hôtels particuliers sur les avenues les plus chics de Paris ou sur la Côte d’Azur. Dix-huit autres biens immobiliers appartiennent à son collègue congolais. Le fils du président Obiang (Guinée équatoriale) s’est, lui, payé trois Bugatti à un million d’euros pièce... Les habitants de ces trois pays, dont l’espérance de vie ne dépasse pas 57 ans, seront heureux d’apprendre que la plainte déposée par trois associations françaises [2] a été classée pour « infraction insuffisamment caractérisée ». .
Par PETITE Simon
Source : www.lecourrier.ch
Posté le 25.04.2008 par sergegrah
Les États-Unis et l’hégémonie mondiale de PARENTI Michael
La critique de l’impérialisme made in USA
La critique de l’impérialisme américain a le vent en poupe, notamment en Europe. Pour preuve, il suffit d’ouvrir Le Monde diplomatique de novembre 2004. Sans même évoquer les résultats des élections américaines, dont les analyses paraîtront en décembre, le mensuel de référence francophone en matière d’actualité internationale ne consacre pas moins de deux articles à cette question. Signé Claude Serfati, le premier d’entre eux se focalise sur le « Retour de l’impérialisme » à travers la recension de trois ouvrages d’auteurs américains, parus en 2003, qui actualisent les « théories marxistes » de l’impérialisme. De son côté, Serge Halimi passe en revue quatre autres livres consacrés aux États-Unis dans un second article intitulé non sans raillerie : « Tous antiaméricains désormais ? ». La traduction en français de l’ouvrage que Michael Parenti, auteur et intellectuel critique américain de premier plan, consacre à l’impérialisme américain, semble donc arriver à point nommé. Le texte original, pourtant publié il y a quelques années, conserve toute sa fraîcheur et sa pertinence, et est avantageusement complété d’une mise à jour de l’auteur sur les deux principaux événements qui impliquent les États-Unis en ce début de XXIe siècle : le 11 septembre et la deuxième guerre en Irak.
L’impérialisme capitaliste
Après avoir rappelé la définition de l’impérialisme dans son double contexte géographique et historique, Michael Parenti [1] insiste sur les dégâts de sa variante moderne : l’impérialisme capitaliste, responsable, selon lui, de la pauvreté et du sous-développement dans un tiers monde pourtant intrinsèquement riche. A l’impératif territorial indispensable au colonialisme historique sans fard qui a sévi jusqu’au début du XXe siècle, a succédé celui des marchés, moins coûteux mais tout aussi efficace, du néo-impérialisme. L’injustice du marché, le poids de la dette, l’arme de l’aide étrangère et la violence figurent au nombre des méthodes permettant à l’impérialisme actuel d’asseoir une implacable domination que la mondialisation - extension logique du pouvoir impérial - vient encore renforcer. Si l’on fait abstraction du facteur territorial, il est évident que les États-Unis sont aujourd’hui à la tête du plus grand empire de tous les temps. Autant militaire et culturelle qu’économique, cette puissance impériale financée par les citoyens américains vise en premier lieu la préservation de l’ordre capitaliste mondial favorable aux entreprises américaines et à leurs riches actionnaires. Ici, la fuite en avant militariste compense l’endettement gigantesque de l’économie américaine. Parenti reconnaît aussi l’existence d’autres objectifs, stratégiques notamment. Il évoque le plus récent d’entre eux dans l’un des deux textes additionnels ajoutés judicieusement à l’édition française : la guerre au terrorisme international, lancée par George W. Bush au lendemain des attentats du 11 septembre 2001.
A empire fort, république faible
La facture que les citoyens américains honorent à leur insu est triple. La première s’adresse aux travailleurs qui paient comptant les dégâts des délocalisations en allant grossir les files des chômeurs sinon les statistiques des laissés pour compte ; la deuxième est réglée par les contribuables forcés de compenser les réductions d’impôts accordées légalement ou non aux grosses multinationales ; la troisième enfin, qui ne cesse d’augmenter avec les prix en dépit des avantages escomptés de la mondialisation, est soumise directement aux consommateurs. L’environnement est une autre grande victime de l’impérialisme et, en premier lieu, de l’armée américaine. Sans compter les morts et blessés des conflits qui embrasent la planète, l’armée, rappelle Parenti, est également responsable de nombreux accidents humains et de catastrophes écologiques. L’énorme coût que nécessitent la création, l’entretien et le développement d’une puissance militaire impériale, active dans presque chaque pays du monde, empêche les États-Unis d’assurer leur rôle d’État providence. Non seulement les États-Unis sont devenus le plus grand débiteur de la planète, mais ce pays prétendument riche compte aussi des quantités de personnes - que l’on estime aujourd’hui à plus de quarante millions - vivant sous le seuil de pauvreté.
La cohérence de la politique étrangère américaine
Contrairement à certains observateurs, Michael Parenti trouve la politique étrangère américaine tout à fait cohérente, quelle que soit d’ailleurs la couleur politique du locataire de la Maison Blanche. Derrière des prétextes tels que la défense de la démocratie, la protection des ressortissants et des intérêts américains à l’étranger, la responsabilité comme dirigeant mondial face aux supposées menaces (le communisme, aujourd’hui remplacé par l’islamisme), la chasse aux sorcières rebaptisées “terroristes” ou la protection des réserves pétrolières, la cohérence de la politique américaine est toujours de briser les révolutions populaires et de soutenir des régimes conservateurs (voire des dictatures) capitalistes. Le lecteur friand d’analyse approfondie trouvera chez Parenti non seulement quelques vraies raisons permettant d’expliquer le déclenchement de la première Guerre du Golfe, mais aussi quelques pages instructives consacrées à un autre alibi régulièrement présenté pour justifier les interventions américaines : la prétendue guerre menée au trafic de la drogue. Aux défenseurs de la pensée dominante qui avancent encore d’autres prétextes dans le but d’essayer de justifier ces interventions, comme la dissuasion de la prolifération des armements, l’exécution de missions humanitaires (le droit d’ingérence) et l’instauration de démocraties électives dans certaines parties du monde, l’auteur apporte une réponse point par point. Il n’existe tout d’abord aucune politique américaine visant à réduire de manière significative les arsenaux mondiaux et, en premier lieu, les leurs. Et en ce qui concerne les armes nucléaires, leurs campagnes de dissuasion visent seulement des pays que les dirigeants des États-Unis veulent déstabiliser. Parenti démontre ensuite que les missions américaines d’assistance servent surtout - comme le prouve, par exemple, l’intervention “humanitaire” de 1993 en Somalie - à soutenir des régimes conservateurs ou la construction d’infrastructures susceptibles d’aider les grands investisseurs américains ou amis. Évoquant dans un troisième temps l’argument des élections, l’auteur rappelle qu’elles sont régulièrement supervisées, achetées, truquées ou récusées par l’administration américaine, en fonction de son intérêt propre.
Le double système de la politique américaine
Arrivé à ce stade de son analyse, Parenti nous invite à envisager la politique américaine comme un système double, reflétant de façon générale les différences qui existent entre le gouvernement d’une part et l’État de l’autre, qui sont comparables à celles qui séparent le conseil communal et la police ou le Parlement et la CIA. Ainsi, la partie du système correspondant au gouvernement qui comprend les élections, les personnalités politiques, les discours publics, ... fait l’objet de cours scolaires, d’analyses universitaires très pointues et de commentaires prétentieux des faiseurs d’opinion. L’autre partie, beaucoup plus secrète, concerne le système coercitif du pouvoir d’État qui est utilisé pour protéger la structure dominante de l’économie politique et plus spécifiquement les intérêts nationaux et internationaux du capital financier. C’est ce qui permet d’expliquer, selon Parenti, pourquoi les élites conservatrices veulent moins de contrôle du gouvernement, mais désirent en revanche habituellement plus de pouvoir de l’État afin de limiter les effets égalitaires de la démocratie.
La tiers-mondisation des États-Unis
Quant à la politique intérieure, l’impérialisme conduit à une tiers-mondisation des États-Unis. La conclusion de Michael Parenti est-elle excessive ? Pas du tout. Il est un fait que l’Amérique capitaliste est littéralement en train de se tiers-mondiser : non seulement, elle dévalorise les emplois et réduit l’activité, mais de plus elle délocalise des industries entières en Asie, en Amérique du Sud et même en Afrique. Caractérisée par une politique économique de l’offre, une idéologie de l’infiltration goutte à goutte des richesses dans la population, ruinée par des dépenses militaires gigantesques, l’économie américaine présente d’un côté des déficits insondables et de l’autre une dette nationale galopante. Résultat de cette tiers-mondisation : un fossé de plus en plus profond se creuse entre les (très) riches et les (très) pauvres de ce pays.
L’impérialisme à l’université
Diplômé de Yale, professeur dans plusieurs collèges et universités, Michael Parenti est admirablement bien placé pour critiquer les universités américaines. Y découvrant davantage des idéologies au service de l’impérialisme et du capitalisme que des laboratoires de connaissance et des lieux de débat, Parenti démonte les mythes selon lesquels l’Université formerait une communauté indépendante de scientifiques neutres, un lieu détaché des intérêts immédiats de ce monde, voire un temple du savoir. Inscrivant son étude dans un cadre historique, l’auteur montre que la répression et les purges ont toujours existé dans l’enseignement universitaire américain. A la fin des années quarante et au début des années cinquante bien sûr, lorsque sévissaient le maccarthysme et autres chasses aux sorcières. Mais aussi au moyen de refus d’embauche, sans parler des refus d’avancement - mises à l’écart (que l’auteur connaît très bien pour en avoir été victime) qui sont encore plus nombreuses que les exclusions.
La transformation de l’empire en république
Hormis quelques tentatives cosmétiques à mettre à l’actif de l’administration Clinton contrainte de remédier au naufrage des années Reagan-Bush, Parenti ne voit guère de grande différence entre les Républicains et les Démocrates. Lorsqu’il est question de l’impérialisme tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, changer de parti politique au pouvoir ne signifie pas changer de façon significative la politique de l’État. Pour conclure son essai, Michael Parenti émet quelques propositions constructives pour le mouvement démocratique américain qu’il espère voir défendre par des parlementaires progressistes, s’il en reste. Il s’agit entre autres de la réduction des dépenses militaires, voire l’abandon de l’économie de guerre, la suppression de la CIA et d’autres agences de sécurité nationale, la fin des guerres contre-insurrectionnelles, la réduction du pouvoir des grands intérêts et groupes de pression financiers, l’adoption de la représentation proportionnelle, la démocratisation des médias, le vote de réformes fiscales au profit des petits, l’abolition des lois antisociales, l’augmentation du salaire minimum, l’instauration de la journée de 6 heures de travail ou de la semaine de quatre jours sans réduction de salaire, l’aide aux agriculteurs (biologiques), le respect de la nature, le développement de transports en commun propres, l’arrêt des centrales nucléaires, la création d’un système d’assurance des soins de santé unique, la fin de toutes les discriminations raciales ou sexistes et la protection des minorités et, enfin, la réalisation d’un nouveau “New Deal”, digne de ce nom cette fois. De tels changements ne sont pas faciles à mettre en œuvre, ils n’en restent pas moins nécessaires pour passer le plus rapidement possible, avant qu’il ne soit trop tard, de l’empire à la démocratie.
Bonus
Deux chapitres additionnels d’analyse de la politique américaine closent l’édition française. Parenti écrit le premier, intitulé « Quand l’action terroriste rencontre la réaction politique », en octobre 2001, dans la foulée des attentats de New York et Washington, et le second, « Écraser l’Irak », en mai 2003, au lendemain de l’invasion de l’Irak par les troupes anglo-américaines.
Par Patrick Gillard
Source Le Grand Soir
Posté le 25.04.2008 par sergegrah
Pour éradiquer la famine et la misère. Réflexion philosophique & pratique. Quelle plus noble tâche que de faire de ce monde une terre d’abondance pour tous ! C’est parce que nous vivons une situation alimentaire dramatique que la prise de conscience est inéluctable : dans les grandes catastrophes notre véritable nature s’est toujours révélée, pleine d’entraide et d’entrain !
Nous savons que c’est possible : il suffit de le vouloir ! C’est quand la situation paraît sans issue que des solutions inattendues surviennent. C’est ainsi que les Philippines, premier importateur mondial de riz, ont décidé de cultiver un pénitencier de 25 000 hectares pour subvenir aux besoins de la population. Partout le monde physique reprend ses droits sur le monde virtuel. Avant de détailler cela, voyons d’abord quels sont nos ressorts de base.
La compréhension de notre mécanisme fondamental
Pourquoi avons-nous créé la pénurie et comment pouvons-nous créer l’abon¬dance ? Il s’agit simplement de dépasser notre peur de manquer, elle-même reflet de notre peur de mourir. Qui nous conduit à faire des stocks, à thésauriser. Au contraire la vie, les biens, la terre existent en abondance si nous décidons d’arrêter de vouloir les posséder, les garder pour soi. « Partage ton pain il se répartit, partage ton toit il se maintient, partage ta joie elle augmente ». Comme quoi la joie de vivre est la première qualité à cultiver, avant la nourriture !
Or donc, les sociétés primitives ont toujours été des sociétés d’abondance. Marshall Sahlins, anthropologue et économiste américain de renommée internationale, l’a bien montré dans son ouvrage « âge de pierre, âge d’abondance » où il précise que l’économie primitive n’est pas une économie de misère ni de famine, mais la première et jusqu’à présent la seule société d’abondance. C’est lorsque certains réussirent à capitaliser un maximum de biens dans leurs mains que la misère se créa. Au Moyen-âge, dans l’expérience des libres cités, il n’y avait pas de mendiants, pris en charge spontanément par la communauté urbaine. Pierre Kropotkine l’a bien montré dans son ouvrage « l’entraide, un facteur de l’évolution ».
Pourquoi les sociétés primitives sont-elles des sociétés d’abon¬dance ? Ce qui semble paradoxal devient une évidence dès qu’on y réfléchit. Elles sont proches de la terre et définissent la richesse comme l’art de ne manquer de rien et la capacité à donner. C’est la clé du bonheur ! Est heureux celui dont les désirs sont comblés. C’est incompatible avec la misère mais parfaitement compatible avec une certaine pauvreté acceptée, aussi je vous invite à réfléchir au concept de simplicité volontaire (Serge Mongeau) ou sobriété heureuse (Pierre Rabhi).
Et si le premier réflexe humain, notre véritable nature, était l’entraide dans les situations difficiles ? J’en fais le pari. J’en suis même certain.
Au sujet de la situation alimentaire mondiale
Ce lundi 14 avril, 4 grands quotidiens nationaux faisaient leur une sur ce sujet (Le Monde, Libération, La Croix et L’Humanité). Ils se sont donnés le mot ou quoi ? En tous cas, voilà un parfait synchronisme pour une grande cause ! Et justement, il y a 4 grandes causes aux émeutes de la faim qui ont déjà sévi dans 37 pays d’Afrique, d’Amérique et d’Asie :
1. Mauvaises récoltes 2007 (les pires depuis 30 ans) dues au dérèglement climatique,
2. Agro-carburants squattant des terres qui autrement auraient pu être cultivées pour se nourrir,
3. Développement de la consommation de viande gaspillant ainsi beaucoup de céréales et légumineuses,
4. Spéculation sur les produits alimentaires de base utilisés comme valeur refuge après la crise de l’immobilier aux états-Unis : les spéculateurs ont acheté des stocks qu’ils revendent à vil prix.
Chacun, où qu’il se trouve sur la planète, doit veiller à ce qu’autour de chez lui, subsistent les surfaces agricoles utiles pour nourrir la population locale. Chacun est responsable de la situation d’aujourd’hui et peut, à son niveau, agir pour sortir de l’impasse actuelle. La nourriture, fonction vitale avec l’air et l’eau, doit faire partie du service public.
La situation est connue depuis cet automne et apparemment les états n’ont rien fait alors qu’ils auraient pu au moins protéger les stocks de cette spéculation mortelle et honteuse. Je ne décolère pas devant de telles pratiques. La jointure avec les nouvelles récoltes ne pourra se faire en mai-juin, effet que nous devrions ressentir même en France. Les producteurs d’OGM risquent d’utiliser cette situation pour leur promotion.
Par contre il y a prise de conscience au plus haut niveau de la nécessité d’une agriculture locale saine en France. Michel Barnier et Nicolas Sarkozy se sont exprimés sur ce sujet de façon positive au travers de courriers aux associations.
Il faut favoriser une agriculture saine et respectueuse de l’environnement. Nous lançons l’idée d’un regroupement des forces oeuvrant dans ce sens : Créamap, Kokopelli, Réseau de Cocagne, Terre de Lien, Réseaux de magasins biologiques, Amis de la Terre, Slow Food, Urgenci, Greenpeace, Via Campesina, Confédération paysanne, Locobio, Terre et Humanisme, etc.
Une fois unies, ces organisations pourront alors rencontrer les décideurs politiques avec efficacité. Nous pensons qu’il faut lancer dès cet automne un immense mouvement de cultures saines (dont les Amap, associations pour le maintien d’une agriculture paysanne). Notre sécurité alimentaire nécessite la relocalisation partielle de l’économie, et ceci partout dans le monde. Les esprits seront prêts. Nous lançons un appel vers toutes ces structures nationales afin qu’elles se réunissent le 20 septembre à Annecy (quelque chose se prépare déjà) pour profiter de la rencontre des ministres de l’agri¬culture européens, afin d’intervenir dans leur colloque, allant même jusqu’à négocier avec eux l’octroi de terres.
naturavox.fr
Source Le Grand Soir
Posté le 25.04.2008 par sergegrah
Au moment où les émeutes de la faim font rage, il est un aspect essentiel que le cas d’Haïti révèle à tous : la volonté du nord ploutocratique à contrôler le ventre des pauvres du Sud. En Haïti, le dumping des denrées étasuniennes subventionnées par l’État étasunien pour détruire la production locale sans subvention ni moyens, a fini par avoir raison de l’alimentation produite sur place.
Victime de cette concurrence déloyale éliminatrice des agriculteurs pauvres, la république haïtienne est peu à peu devenue une sorte de cloaque des produits agricoles, avicoles et piscicoles de bas étages des Etats-Unis. À un pays qui mangeait opulemment sa viande saine, ses vivres, ses fruits (bananes, oranges, corossols, melons, papayes, ananas, cachimans) et ses céréales naturelles et en exportait, on a fini par imposer les poulets aux hormones, toutes sortes d’abats d’oiseaux, des rebuts de poissons méphitiques des piscines de Miami, poissons déjà de carne que les repus malades des Usa refusent sur leur table elle-même si peu hygiénique. Il faut aussi dire ici que le homard, la langouste et le poisson haïtiens sont pêchés en haute mer par des chalutiers étasuniens qui n’en laissent que les petits aux haïtiens qui ne disposent guère de technique de pêche pouvant rivaliser avec les étasuniens violant les eaux territoriales haïtiennes en toute aisance.
Bref survol historique d’une marche au supplice.
En 1971, Bébé Doc n’a été - à la mort de son père, le cannibale François Duvalier - accepté et investi président haïtien par le département d’État étasunien, que pour initier ce genre de changements alimentaires susdits au pays, avec l’intervention du Fmi et de la Banque mondiale avec ses organismes régionaux. On s’est mis à remplacer par un cheptel porcin rose venu des Etats-Unis, le cheptel porcin noir d’Haïti tué par un certain organisme spécialisé en l’enraiement de la peste porcine africaine soi disant imminente en Haïti. Ledit organisme d’élimination des porcs haïtiens, nommé Peppadep, opérait sous l’instigation étasunienne via la banque interaméricaine de développement et avec l’appui complice d’autres pays continentaux tels le Canada, ce bon larbin en toutes basses œuvres des étasuniens, qui a fait pression sur le gouvernement haïtien selon le fallacieux prétexte de prévention de ladite peste porcine d’ailleurs jamais vérifiée au pays selon les paysans éleveurs ! C’est à croire que David Cooper avait raison de traiter de « porchumain » le bourgeois du nord, lequel bourgeois, dans cette occurrence particulière, a bel et bien évincé la race proprement porcine, sa rivale ! On a également tué la volaille haïtienne par une armée de mangoustes répandues en Haïti, encore une fois par les Usa pour combattre une prétendue dangereuse infestation ophidienne du pays ! Il faut dire qu’en Haïti, pays à forte majorité paysanne et à tradition vaudoue où l’attachement familial à la terre excède le profane pour s’ancrer dans une mystique que les paysans désignent sous le nom créole de « bitasyon », c’est-à-dire (habitation), sorte de microfundi logeant les plantations et les planteurs qui les considèrent comme domaine des esprits et des ancêtres parmi les vivants où ces planteurs paysans menaient leur dure existence besogneuse sans encadrement de l’État moloch haïtien, nourrissant alors le pays, fournissant des produits d’exportation tout en entretenant un lopin de polyculture de subsistance. La politique de Wilson de transformer les terres haïtiennes en domaines étasuniens pour les latifundi exclusivement voués à la canne à sucre et à d’autres produits d’exportation à la solde de la Banana Fruit, avait échoué même au plus fort de la première Occupation yankee du pays allant de 1915 à 1934.
La résistance paysanne, malgré les mitrailleuses et les massacres, avait empêché l’application de la politique économique de la puissance continentale qui l’avait réussi dans bien d’autres pays du continent. Alors, comme par revanche, après la mort de papa doc (François Duvalier) l’immonde et rétrograde criminel contre l’humanité néanmoins quand même nationaliste sur certains points, notamment au sujet de l’autarcie alimentaire du pays, les étasuniens ont donc sauté sur l’occasion, acceptant et adoubant à la tête d’Haïti, Jean-Claude Duvalier - fils et dauphin de François, jeune ignare de 19 ans - qui ne connaissait alors que le tir, le volant et le sexe. Ainsi, le département d’État étasunien avait, à la tête de l’État haïtien, son instrument de destruction de l’autarcie alimentaire du pays. Question de réaliser enfin le rêve étasunien de détruire quoique par un crime économique sans précédent, cette autarcie alimentaire haïtienne, ravageant triomphalistement le bastion d’autonomie voire de rébellion résistante d’un petit pays à tradition révolutionnaire qui avait mis Napoléon avec son expédition de plus de 40.000 de ses meilleurs hommes de troupe en déroute en 1803 et renvoyé bredouilles, au sujet de la transformation agraire préconisée par Wilson, des dizaines de milliers d’étasuniens pillards ayant mis à sac comme dans un western la banque nationale d’Haïti, avant la désoccupation et le départ des yankees en 1934. L’on sait par ailleurs que les présidents étasuniens Jefferson au 19ème siècle et F.D.Roosevelt au 20ème siècle ne cachaient pas leur haine pour « cette peste indépendantiste et antiesclavagiste de nègres qui ont pris leur indépendance par les armes » ! La fierté des masses haïtiennes de toujours dire non aux prédateurs colonialistes, racistes, négrophobes et affameurs de la planète avait enfin été rayée du paysage, touchant le fond de l’abysse par les assauts d’un commerce déréglementé par les Etats-Unis infligeant un supplice impitoyablement orchestré contre Haïti.
Fin de l’histoire et victoire criminelle et affameuse du dumping.
L’imposture criminelle diabolique du dumping s’est allègrement poursuivie à la chute de Jean-Claude renversé à la suite de soulèvements populaires en février 1986. Le Cng (conseil national de gouvernement) qui succéda à Jean-Claude, ouvrit le pays aux produits peu couteux des Etats-Unis - parce que subventionnés par l’État étasunien - désormais vainqueurs dans leur politique de destruction de la production agricole haïtienne. Les États-Unis purent donc poursuivre leur abomination raciste et antihaïtienne avec la bénédiction de la politique-alibi du Cng prétendant combattre sans nuance et de cette manière expéditive, la cherté de la vie. Ainsi, le riz, le pois, la farine, le lait en conserve et bien d’autres produits comme des pieds de poulets made in Usa ont bombardé les marchés publics haïtiens à des prix providentiels pour les acheteurs à faible revenu, mais enclenchaient le désastre d’aujourd’hui sans que les gouvernants haïtiens, hommes de mains des étasuniens, crient gare ou intervinssent d’une quelconque façon !
Avec la fin des années 90, le néolibéralisme et ses menus fretins dits économistes que je ne citerai pas pour ne pas leur faire de la publicité, on entendit sur les ondes de certaines radios haïtiennes comme un évangile du salut économique par la libéralisation du marché pour libérer le peuple haïtien de la misère. Ces piètres émules tropicaux d’Alain Mink, lui-même répugnant, ont convaincu les classes moyennes et petit-bourgeois que les Etats-Unis veulent du bien au pays et qu’il fallait faire pression sur le pouvoir pour qu’Haïti s’ouvre encore plus à un dumping qui se préparait déjà à se convertir en prix exorbitants une fois la mise à mort de l’agriculture et de l’élevage haïtien totalement réussie et définitive...
L’Usaid, l’usis, l’Iri, le Food for care… tous organismes étasuniens en Haïti nourrissaient et nourrissent ces sortes de mufles économistes pour mystifier intellectuellement des imbéciles des classes moyennes scolarisées, certains secteurs désinformés des masses et mythifier ce qui est en fait un mécanisme simplet de destruction d’un pays par l’escroquerie de la concurrence déloyale du plus riche pays du monde. Avec leur lugubre succès contre Haïti, non seulement les étasuniens se débarrassent de leur salissure de produits sans valeur, vendent leurs saletés rédhibitoires à prix inabordables aux haïtiens ; mais, ce qui est du terrorisme exterminateur, ils ont aujourd’hui la clef du ventre des haïtiens, le terrifiant pouvoir de créer des famines factices pour détruire tout gouvernement ou mouvement patriote voulant changer de politique pour transformer le faciès patibulaire de ce pays valétudinaire et martyrisé !
La nouvelle terreur du monde est donc la faim comme arme de destruction massive des peuples entre les mains de quelques transnationales et d’états du nord qui leur garantit leur règne de jungle où la vie des peuples du sud et des petits états de la périphérie, n’est rien qu’une marche létale au supplice planifié.
Par LOTY MALEBRANCHE Camille
Source Le Grand Soir
Posté le 25.04.2008 par sergegrah
Ce qu’il y a de bien avec Sarkozy, c’est qu’il est tellement outrancier, caricatural, “ canularesque ” qu’il a suscité ces derniers mois une masse d’ouvrages analytiques de très bon niveau. Je ne parle naturellement pas de livres publiés par des journalistes de ce que La Plan B appelle le PPA (le Parti de la Presse et de l’Argent), du style Duhamel ou Joffrin, en rapport de connivence parce que de contiguïté avec le pouvoir, donc dans l’incapacité de briser le discours du modèle auquel ils se conforment forcément un jour ou l’autre.
Je ne crois pas que l’avocat d’affaires de Neuilly ait fondamentalement innové en matière économique et sociale. Son action se situe dans la continuité de celle de Chirac II, avec ses gouvernements Raffarin et Villepin déjà pleinement au service du capitalisme financier, du CAC 40, et avec, presque quotidiennement, de sales coups portés contre la classe salariale, le peuple institué, avec mépris, la « France d’en bas ».
Sarkozy est différent en termes de présentation de discours et de sa persona, en termes d’action, de performance, de résolution (ou non) des problèmes, dans sa manière de faire croire que tout procède de lui et que tout se ramène à lui.
Philosophe et psychanalyste (des créatures que Sarkozy a en horreur), Marc-Vincent Howlett nous offre ici une étude très innovante sur le sens ultime de la geste sarkozienne, depuis sa campagne électorale à son récent mariage.
Il établit une analogie avec l’ « après-coup » de Freud, c’est-à-dire le moment retardé où des impressions, de la mnèse prennent sens. Plus et mieux que les autres dirigeants, Sarkozy vise à cristalliser en un contenu et une forme politiques un discours réactionnaire qui peut être de son cru, ou qu’il assume s’il n’est pas totalement le sien. Cet après-coup, explique Howlett « a à voir avec l’effroi, un réveil douloureux devant l’officialisation de thématiques dont on avait insuffisamment omis de dénoncer le cours mortifère, pensant, à tort, que leur fragilité théorique, leur affect haineux ne dépasserait pas leur seule énonciation. »
Le dit de Sarkozy est celui d’un homme impudique, pleinement dans la représentation glorieuse de lui-même. Il y a bien sûr de l’impudicité à affirmer (de manière impudente) que si on a « aimé Jackie Kennedy » on « adorera Cécilia Sarkozy » (que pensa la descendante d’Albeniz à l’instant précis de cette fanfaronnade ?), ou à faire se dévêtir en public sa troisième épouse mannequin. Il y a forcément de la vulgarité à suivre l’exemple de Bernard Tapie qui, à l’instar d’un Berlusconi, a fait se fondre en un tout cohérent dynamique et dialectique, réussite, argent et politique, Sarkozy ayant ajouté à ce cocktail une maîtrise remarquable des techniques de communication.
Le mode de pensée sarkozien renvoie à une expression sans sujet, même si, nous dit l’auteur, ce dit est le lieu de rencontre de toutes les paroles (« Fadela Amara est formidable », « Je serai le président de la France qui se lève tôt »). Cette parole est mise en scène, montrée. Il faut qu’elle soit simplement visible. Ces notions de visibilité, de lisibilité étant – je partage pleinement l’opinion de Howlett sur ce point – une des plus grandes escroqueries de ces vingt dernières années. Le visible (voir comment, aujourd’hui, les chercheurs universitaires se croient contraints d’élaborer leur pensée non pas grâce à, mais en fonction de Power Point) débouche sur le même, donc sur l’invisible. En Sarkosie, l’agrégat humain est un univers sans individuation, sans objet de pensée reconnaissable, sans expérience. X devient ministre parce qu’il est entraîneur de rugby, casinotier et ami du président.
Avec Sarkozy, tout devient faux. Lors de ses vacances de l’été 2007, il affirme vouloir aller à la rencontre de l’« Amérique profonde ». Outre le fait qu’il oblige sa femme à jouer la comédie de la Première Dame de France, il ne rencontre aucun Noir, aucun chômeur, aucun Wal-Mart, aucun McDonald’s. Bush et Madame lui font l’aumône d’un Hamburger. C’est le camping de Palavas-les-Flots, en plus clinquant et en plus beauf. Pitoyable course à l’existence. Tout comme sera lamentable et médiocre son discours prononcé devant le Congrès où, en pleine démagogie, il fera appel à quelques emblèmes pour lui signifiants : John Wayne, Elvis Presley et le tellement consensuel Martin Luther King. Pas un écrivain, pas un scientifique, pas même Duke Ellington. Logiquement, c’est dans l’Empire du fun et du faux, DisneyLand, que Sarkozy offrira au monde sa dernière conquête féminine, un mannequin rencontré chez un roi de la publicité, donc de la com’, du factice.
Ce pourfendeur de Mai 68 a décidé de « jouir sans entraves ». Et aussi de penser « sans tabou », comme il serine depuis des années. Comme Monsieur Homais, il sait tout : « J’inclinerai, pour ma part, à penser qu’on naît pédophile. » Donc, comme tout est joué, pourquoi tenter de changer quoi que ce soit, pourquoi tenter de s’opposer au hasard et à la nécessité ? Les hommes d’affaires ont même le droit de naître affairiste : « Comment comprendre que, dans les cas qui ne mettent en cause que des intérêts privés et pécuniaires, il puisse encore être fait recours au droit pénal ? »
Sarkozy sait tout, jusqu’au ridicule : grand expert sportif, il nous assure que le Tour de France est propre, que Christophe Moreau est un vainqueur potentiel juste avant que celui-ci ne s’écroule dans la montagne ; il affirme aux joueurs de rugby français qu’ils vont gagner la Coupe du monde ; il encourage Guy Roux (malgré son grand âge), et ce de manière dérogatoire, dans ses nouvelles fonctions d’entraîneur avant que celui-ci abandonne sa charge pour raisons de santé.
En Sarkosy, nous dit Howlett, la culture est superfétatoire. Dans ce domaine, l’agitation sarkozienne ne trompe pas : « la visite au pas de charge de l’exposition Courbet, les sites historiques de Xian en Chine découverts avec désinvolture, la vallée du Nil parcourue en parvenus et Pétra visitée en famille recomposée avec exhibition indécente du fils de Carla Bruni sur les épaules présidentielles. À force de se regarder, Sarkozy est incapable de regarder. Le narcissisme l’aveugle. »
N’oublions jamais la scolarité de ce kleiner Mann : pas “ magnifical ” pour deux sous. C’est justement parce qu’il fut un élève médiocre qu’il impose depuis des années à tous ceux qui passent sous sa coupe, les militants de l’UMP puis les Français dans leur ensemble (y compris les ministres), un système d’évaluation tous azimuts. Le ministre de la Culture sera jugé à l’aune de la fréquentation des musées (combien vaut la Joconde ?). Évaluer, c’est obliger à se conformer à des critères, peut-être arbitraires, mais surtout idéologiques. C’est aussi, nous dit Howlett, asservir, maîtriser le réel et, pour finir, infantiliser la population. L’infantiliser aussi par le leurre du travail. Howlett cite Nietzsche (Aurore) : « Au fond, ce qu’on sent aujourd’hui à la vue du travail – on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir – , c’est qu’un tel travail constitue la meilleure des polices, qu’il tient chacun en bride et s’entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l’indépendance. Ainsi une société où l’on travaille dur en permanence aura davantage de sécurité : et l’on adore aujourd’hui la sécurité comme la divinité suprême. » Le philosophe allemand avait bien vu que la morale est la conséquence d’une histoire, fondée sur la tradition, les mœurs et, en dernier ressort, sur les réflexes et les habitudes d’obéissance.
La France de cet avocat d’affaires est un pays de solitude et de paupérisation absolue. La télévision n’a malheureusement pas attendu Sarkozy pour ne plus être le reflet des Français mais pour, selon Howlett, en être le rêve. S’est-on demandé quel impact les émissions de Ruquier, d’Ardisson et autres « pouvait avoir sur les hommes et les femmes enfermés dans leur solitude, en pleine atomisation sociale, loin des feux des médias ? » La misère est programmée. On se souvient du cadeau fiscal, annuel, de 15 milliards d’euros. On n’a pas oublié, plus récemment, que « la mesure sur les droits de succession coûtera à l’État autour de 3 milliards d’Euros, alors que les mesures préconisées par Martin Hirsch en faveur des plus démunis s’élèvent à 25 millions d’euros. » Une étude de juin 2007 de Camille Landais et de Thomas Piketty (http://www.jourdan.ens.fr/~clandais...) montre une stagnation des revenus moyens déclarés (+ 0,82% en moyenne annuelle) et des revenus médians (+ 0,6% en moyenne annuelle) : en 2005, le revenu des 90% des foyers les moins riches n’est même pas supérieur de 5% à ce qu’il était en 1998.
En revanche, au sein des 5% des foyers les plus riches, les revenus déclarés ont augmenté de 11% depuis 1998 ; au sein des 1% des foyers les plus riches, ils ont augmenté de 19% ; au sein des 0,1% les plus riches de 32%, et au sein des 0,01% de près de 43%. Là où le salaire moyen des 90% de foyers les moins riches stagne avec une croissance de 4% sur 8 ans, le salaire moyen des 0,1% et 0,01% des salariés les mieux payés augmente respectivement de 29 et 41%.
Solitude, pauvreté, rejet de l’autre : on est entré dans une sorte de xénophobie d’État (et ce ne sont pas, au contraire, les Yade, Amara et Dati qui y changeront quoi que ce soit). Le Parlement a proposé depuis cinq ans quatre lois sur l’immigration (quinze depuis 1981 !).
Et, pour couronner le tout, l’ordre maintenu de manière hystérique (les centres de désintoxication pour policiers alcooliques ne désemplissent pas). Chaque fois qu’une affaire médiatique éclate, Sarkozy propose une mesure qui ne sert à rien car des textes avaient déjà prévu le cas de figure, ou alors il propose une loi inapplicable, ou enfin une loi qui sera rendue caduque par une loi plus répressive encore. L’important est que les problèmes sociaux soient criminalisés, voire communautarisés. Nous sommes prévenus.
Par JACQUES RICHAUD
Posté le 25.04.2008 par sergegrah
Reporters sans frontières (RSF) garde un silence total depuis quelques jours sur le scandale de corruption qui dégringole sur les principales sources de fonds aux Etats-Unis, le Cuban Freedom Center, de l’agent de la CIA, Frak Calzon, ami personnel du Secrétaire perpétuel et autoproclamé de l’organisation française Robert Ménard.
Le porte-parole de Bush, Scott Stanzel, a révélé il y a peu que le cas de Felipe Sixto, un conseiller présidentiel sur les questions cubaines et de Puerto Rico qui travaillait durant des années avec Calzon a été transféré au Département de la justice après qu’a été découvert que ce fonctionnaire était impliqué dans des activités de détournement de fonds.
Menard reçoit depuis longtemps de généreux subsides de l’organisation de Calzon, avec lequel il a noué des relations d’amitié. L’utilisation illicite de fonds provenant de la United States Agency for International Development (USAID) a été détecté à la fin de janvier 2008, selon la confession de Calzon dans des déclarations publiques dans lesquelles il nie désespérément toute responsabilité dans les activités criminelles de son bras droit.
Selon AP, Sixto a laissé son poste à l’organisation de Calzon et s’est incorporé au bureau des Affaires intergouvernementales de la Maison Blanche comme conseiller spécial du Président au mois de juillet dernier et « avait comme mission le contact avec les fonctionnaires hispaniques, les groupes indiens et les législateurs des états dans les affaires concernant les relations avec Cuba, Puerto Rico, l’hygiène, les questions du travail, ou du milieu ambiant ». Jusqu’à aujourd’hui, Calzon s’est abstenu d’expliquer pour quoi Sixto, qui était son plus indispensable collaborateur, a accepté subitement de quitter son organisation l’été dernier.
LE GAO AVAIT DEJA MIS LE DOIGT DANS LA PLAIE
Résidant à Washington, le Cuban Freedom Center prétend passer pour une « organisation non gouvernementale » dont la mission est de promouvoir « les droits de l4homme et la transition démocratique » à Cuba. Sixto, un cubain de Miami résidant à .Frederick, Maryland, entretient des relations assidues avec les membres connus de la mafia cubanoaméricaine.
RSF possède en Floride des liens étroits avec des individus identifiés par le FBI lui-même comme terroristes et avec des groupes qui appuient ouvertement le terrorisme contre Cuba.
« Rien jusqu’ici ne met en relation le Cuban Freedom Center et je suis sûr que rien (en plus) ne l’a impliqué ou est actuellement impliqué dans ces activités », a juré Calzon à la AFP. L’agence Française affirme dans un câble que l’organisation de Calzon et de Sixto a envoyé à Cuba « des milliers de livres, ordinateurs portables, radios ondes courtes et médicaments »
Cependant, une enquête du General Accountability Office (GAO) un bureau de contrôle du gouvernement fédéral dans un rapport de 50 pages publié il y a quelques mois note que très peu des dizaines de millions distribués pour la USAID sous la Rubrique Cuba est effectivement parvenu dans l’île.
Un nombre important des organisations parasitaires de la « dissidence » de Miami s’est approprié cette fortune quand elle a touché la Floride.
Plus de 95% , c’est-à-dire la quasi-totalité des 65,4 millions du budget Cuba de la USAID examiné par le GAO a été attribué « en réponse à des propositions non sollicitées » sans justification légale, révélait le rapport.
Parmi les grands bénéficiaires de cette opération de détournement de fonds on trouve Cuban Freedom Center, de Calzón, qui a bénéficié de plus de 5 millions entre 1996 et 2005.
Comme si cela n’était pas suffisant, la USAID a reçu des subsides également de National Endowment for Democracy (IRI) et de la International Republican Institute (IRI), deux autres pourvoyeurs de RSF. Ce n’est pas par plaisir que Robert Ménard maintient un bureau à New York, et dispose d’une signature comptable en Virginie, à quelques minutes du Bunker de la CIA, en plus d’un compte bancaire nord-américain auquel lui seul a accès.
CALZON, UN EX TERRORISTE DU GROUPE ABDALA
A la fin des années 60, Frank Calzon, alors agent spécial de la CIA, a été le dirigeant du groupe terroriste Abdala, lié au mal nommé Front de Libération National de Cuba (FLNC).
Calzon devint à être directeur exécutif de la Fundación Nacional Cubano Americana (FNCA), depuis sa création en 1981, sous la directive de la Maison blanche de Ronald Reagan. Une organisation connue pour son appui aux activités criminelles du terroriste Luis Posada Carriles.
A partir de 1987, il passa à l’organisation d’extrême droite Freedom House pour là se créer une organisation propre, le Cuban Freedom Center, qui immédiatement reçut 400 mille dollars de la part du Gouvernement des Etats-Unis.
Ménard a connu Calzon à ce moment-là par l’intermédiaire de Otto Reich, un autre haut fonctionnaire nord américain, né à Cuba de père autrichien. Durant ces années Robert Ménard nia ses relations avec Calzon.
En mars 2004, Ménard et Calzon se présentèrent en public ensemble, avec une mercenaire connue de Miami, Silvia Iriondo, dans une réunion avec les députés européens, provoquée par les alliés de José María Aznar dans l’Union Européenne.
En mai, Calzon mit la main sur 5 des 34 millions que Bush avait assignés pour la bonne marche de son plan d’annexion de Cuba. Reporters sans frontières s’est alors attribué une part du gâteau. Cependant, il fallut attendre un forum sur internet de l’hebdomadaire Nouvel Observateur, le 22 octobre 2004, pour que le chef de RSF reconnaisse ouvertement ses liens avec l’ex-agent de la CIA.
Pendant ce temps-là il développait en France des campagnes médiatiques qui montraient aux secteurs progressistes, que le chef de RSF obéissait aux directives très claires des renseignements nord-américains, Ce qui expliqua pourquoi il resta silencieux il y a peu quand d’importants médias progressistes comme la page web rebelion.org et l’Agence Bolivarienne d’Information ont été censurés par divers serveurs d’Intenet en Suisse et d’autres pays d’Europe.
Face au scandale Sixto-Calzon, Ménard a préféré éviter la question et réaliser en France une bruyante campagne contre la Chine, avec la presse française, propriété des mêmes grandes fortunes qui le soutiennent. Néanmoins à Miami, il apparaît que la cas Sixto-Calzon est seulement la pointe de l’iceberg et que de nouvelles investigations pourraient promptement révéler d’autres scandaleux chapitres de la sale guerre contre Cuba menée depuis 50 ans par le gouvernement de Washington.
Par J.G.Allard
Source Le Grand Soir