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sergegrah
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LE BLOG DE SERGE GRAH POUR QUE L'AFRIQUE NE DORME PLUS JAMAIS !
Catégorie :
Blog Actualité
Date de création :
09.07.2007
Dernière mise à jour :
13.08.2008
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Je pèse des millions !

Je pèse des millions !

Posté le 09.07.2007 par sergegrah
Interview Antoinette Konan


Antoinette Konan, parlez-nous un peu de vos débuts dans la musique.
J’étais dans une école de sœurs à Bimbresso où il m’arrivait de beaucoup chanter. J’interprétais des chansons religieuses et des succès de cette époque. C’est ainsi que la directrice m’a suggéré d’envoyer une lettre à feu Fulgence Kassy. Lorsque je suis arrivée pendant les vacances, Ful m’a confiée à Manu Dibango qui était alors le chef d’orchestre de la RTI. Manu m’a permis de participer aux répétions avec mes aînés Jeanne Agnimel, Virginie Gaudji, Paul Nemlin, etc. J’ai pu ainsi rencontrer des stars comme Aïcha Koné, Bailly Spinto et François Lougah. J’avais tellement la musique dans l’âme que j’ai décidé d’aller à l’école de musique. Et c’est Thérèse Taba qui est intervenue pour que je puisse présenter le concours de l’INA (aujourd’hui INSAAC). (…) Je ne pensais pas que je serais encore aujourd’hui dans la musique. C’est mon père qui m’y a presque poussé. Parce qu'il a vu que j’étais vraiment mordue par la chose musicale. Le soutien de mon père a été le véritable déclic.

De Djouman en 1984 à Chants de souvenirs en 2004, c’est un sacré parcours… quel bilan personnel en faites-vous ?
Le bilan est agréable et très satisfaisant. Sur le trajet, j'ai rencontré beaucoup de personnes intéressantes… Des personnes qui ont toujours été prêtes à m'apporter un plus. Dans ce milieu, il faut savoir raison garder. Tout ce qui se passe doit être vu comme expérience. Quels que soient les problèmes qu'on rencontre, le succès qu'on a, il faut savoir garder la tête haute et froide... 20 ans c'est beaucoup, mais ce n'est rien. Parce que je considère que j'apprends encore.

Vous avez donc décidé de commémorer vos 20 ans de carrière musicale. C'est un effet de mode ? Qu'est-ce que ça représente pour vous ?
Ce n'est pas un effet de mode. Je veux simplement rendre hommage à tous les précurseurs de la musique ivoirienne qui m'ont inspiré et qui m'ont donné la force de continuer dans cette voie. Le 26 novembre prochain sera aussi l'occasion pour moi de dire merci au public qui m'a soutenu tout au long de cette carrière. Ce sera une fête de communion et d'échanges avec mes fans. Et puis, 20 % de la recette de ce spectacle sera destiné à un projet de construction de 3 villages pour enfants orphelins de guerre et du sida.

Ce sera avec joie que le public va vous revoir sur scène, parce que ce n'est pas souvent qu'on vous voit jouer…On ne m'a pas beaucoup vu c'est vrai, mais j'ai beaucoup vendu. Ça, il faut le dire… J'ai toujours été là en tant qu'artiste. Et pourtant, quand il s'agit de spectacles, on a appelé des personnes autour de moi et on m'a toujours laissée de côté. Pourquoi ? Je ne saurais le dire. Je pense qu'il n'est pas normal que j'ai suivi le parcours qui est le mien et que je sois pratiquement la même à être toujours laissée à l'écart. C'est toujours les mêmes qu'on voit… C'est un fait que je dénonce, mais ça ne me dérange pas, ça ne m'empêche pas de vivre. Parce que, même si je ne fais pas très souvent la scène, je vends beaucoup.

Après 20 ans, allez-vous donner une nouvelle orientation à votre musique ? Vous essayer aux nouveaux genres, le coupé-décalé, par exemple ?
Le coupé-décalé, non. Je vais continuer dans ma musique, parce que c'est ce qui m'a permis d'être là où je suis aujourd'hui… J'ai acquis une certaine valeur et, mon public refuse de me voir dans certains genres musicaux. Je suis donc condamnée à rester dans le créneau que je me suis tracé.

On pense que vous n'arrivez pas véritablement à décoller parce que votre musique est trop collée au terroir…
Ce n'est pas juste de le penser. Quand je sors une œuvre, j'essaie de ressortir toutes les colorations que j'ai acquises dans le milieu. Si ici ma musique donne l'impression de n'avoir pas décollé, ce n'est pas le cas à l'extérieur.

Antoinette Konan, on ne vous a pas encore entendu aborder des thèmes politiques. C'est dire que la politique ne vous inspire pas ?
Ce que je veux, c'est d'être une artiste impartiale. C'est mieux ainsi. Cette impartialité me permet de mieux voir les choses et de les apprécier à leur juste valeur… Je ne dis pas que chanter pour son pays est mauvais. La preuve, j'ai chanté l"Ode à la Patrie".

Quel est votre regard sur la musique ivoirienne d'aujourd'hui ?
Je pense qu'on aurait pu aller plus loin que ça si on n'était pas envahie par la musique d'ailleurs. L'Ivoirien doit prendre conscience que sa culture doit exister à travers lui. On doit pouvoir jouer notre musique sans complexe. Notre culture, j'allais dire nos cultures sont trop riches pour qu'on les laisse envahir par d'autres courants…Nous avons un seul et même problème, le manque de confiance en nous-mêmes. (..) Moi, je reste dans ma culture en y apportant chaque fois un plus. Lorsque je me retrouve à l'extérieur, en Europe par exemple, je suis très fière de présenter l'ahoco aux Européens, aux Américains, etc.

Pourtant le coupé-décalé, le zouglou se vendent très bien …
Mais pour combien de temps ? Pendant combien de temps vendent-ils ? Moi quand je sors une œuvre, elle se vend pendant au moins 5 ans. Aujourd'hui encore le public réclame Djouman… Mais les coupé-décalé et autres, c'est juste pour les vacances. On ne doit pas faire de la musique pour 3 mois.

Quel est aujourd'hui votre plus grand rêve ?
C'est de vivre en harmonie avec mes enfants et tous ceux qui m'aiment. Par exemple, finir ma vie avec celui qui voudra bien m'épouser… Je pense que quelque chose de merveilleux va se faire dans ma vie sentimentale et professionnelle d'ici peu. J'ai foi... Attendons de fêter mes 20 ans de chanson et vous verrez.

En plus d'être une artiste de talent, vous êtes considérée comme une intellectuelle sérieuse… c'est assez rare dans le milieu.
C'est peut-être pour cela qu'on évite de m'associer à certains spectacles… Je suis artiste. Je suis artiste sur scène. Et c'est comme ça qu'on doit me voir. Non pas en intellectuelle.

Vous qui êtes d'un tempérament casanier, pensez-vous sincèrement incarner le rôle de rassembleur dans ce milieu bouillant des artistes ?
Tous ceux qui me connaissent vraiment voient en moi cette fibre-là. Et depuis que j'ai décidé de sortir de ma timidité, de ma candeur, je mène un combat noble dans ma corporation.

[b]
A travers la Coaf ?... Au fait, que devient cette coalition ?[/b]
La Coaf se porte très bien. Nous avons pris attache avec une société internationale qui se propose de nous offrir un centre médical. Nous sommes en pourparler afin que nos membres aient droit à des logements. N'eut été la crise que traverse notre pays, ce projet aurait déjà pris forme… La Coaf ne dort pas, elle travaille.

Votre aînée, Aïcha Koné a semble-t-il réussi à aplanir les malentendus entre Chantal Taïba et vous.
C'est tant mieux. Elle a joué son rôle et j'en suis contente.

Qu'est-ce qui clochait ? Un problème de leadership ?
Je ne sais pas… Certainement que mon franc parler à dû déranger encore une fois. J'ai créé une association et j'ai demandé à des personnes de venir. Il y en a qui sont venues et d'autres non. Celles qui ne sont pas venues ont le droit de rester là où elles sont… Les artistes qui m'ont fait confiance savent que je me bats pour elles. Et, c'est ce qui m'importe aujourd'hui. Si demain la Coaf acquiert des structures, je veux parler du centre médical, de la cité, etc. ce sera pour tous les artistes.

Combien pèse en terme d'argent Antoinette Konan après 20 ans de métier ?
Antoinette Konan pèse une centaine de millions, mais en valeur culturelle, en intelligence, en dynamisme et en initiatives. Je suis une valeur sereine.

Comment se porte le Burida ?
Le Burida se porte bien. Je demande seulement aux artistes d'être un peu plus grands et de ne pas poser des actes qui les compromettent.

Que pense faire le Burida pour Noël Dourey qui est emprisonné au Togo ?
J'ai ouï-dire que quelque chose devait être fait. Maintenant où c'en est, je ne saurais vous le dire.

Antoinette, parlez-nous aujourd'hui, la main sur le cœur, de cette relation avec feu Thomas Sankanra.
Il n'y a eu aucune relation entre feu Thomas Sankanra et moi. Il y a eu une seule rencontre. Et elle a eu lieu devant tous les chefs d'États dans la salle où je me suis produite ce jour-là. Ensuite, on m'a demandé d'offrir mon instrument de musique à feu le Président Thomas Sankanra, ce que j'ai fait avec beaucoup de plaisir. C'est tout.

Quels sont vos projets immédiats ?
Je vais devoir beaucoup voyager, et pour la Coaf et pour la suite de ma carrière.

(In Les Echos du Matin du 19 août 2004)



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