Réponse à Tiburce Koffi
« Dans la société ancienne, c'était vers la voix des oracles que se tournait le clan ou la tribu quand la communauté menaçait ruine. Dans les temps modernes, c'est vers ceux qui ont l'art de dire la parole belle et profonde que se tourne le corps social. L'oracle et l'écrivain opèrent dans le même registre et fonctionnent de la même manière : ils ont, sous la langue et dans la plume, les mots pour dire notre mal et les notes d'espoir. Pour la Côte d'Ivoire d'aujourd'hui en crise, Bernard Dadié est cet oracle, cette voix des Dieux qui gronde, interpelle, parle et remue nos certitudes... » (In Notre Aurore n° 088 du 30 juin 2003)
Celui qui a pondu ces lignes, s’appelle Tiburce Koffi ! Il était alors Directeur de Publication d’un médiocre et éphémère (Dieu merci) quotidien dénommé Notre Aurore, qui paraissait par intermittence. Avant que ce journal ne déclare faillite, et qu’il ne mette la clé sous le paillasson, l’un des rares intellectuels qui trouvait grâce à ses yeux, était le Doyen Bernard Dadié. Vous avez bien lu ! Mais les temps changent. Même trop vite ! Et voilà que le 22 janvier dernier, cet électron dérangé de l’houphouétisme (il devra un jour nous expliquer ce que recouvre cette idéologie qu’il défend bec et ongles !), a osé tirer à boulets rouges sur Dadié. Qu’il invite même à engager avec lui niaisement « un débat sur deux sujets : la crise que connaît notre pays, (et) la lecture de l’action du Premier président de la Côte d’Ivoire, Félix Houphouët-Boigny »
Pour qui se prend donc Tiburce Koffi, pour engager un tel débat avec Dadié ? Croit-il que ce Grand Homme s’abaisserait à répondre au coup de pied d’un âne ? Le lecteur qui ne connaît l’homme, aurait du mal à croire que pareilles divagations puissent être publiées, a fortiori par un conseiller spécial du Premier ministre chargé de la Culture ! Mais, la Côte d’Ivoire est devenue ce qu’elle est. Et, Tiburce Koffi peut donc se permettre de reprocher à Dadié son patriotisme et son soutien à la légalité Républicaine en éructant des inepties du genre : « Depuis l’éclatement de cette crise, tous vos actes de communication sont des diatribes inouïes contre la colonisation, la France et ses dirigeants actuels (…) Que Tiburce Koffi ou César Etou ou Ferro Bally… se livrent ou se soient livrés à de tels exercices peut se comprendre : nous n’avions pas l’expérience du passé et de l’histoire (…) Nos comportements exaltés étaient, en réalité, ceux de néophytes. »
A qui Tiburce Koffi veut-il faire croire, qu’à plus de 45 ans, (il est né en 1955) il était encore « néophyte» ? A un âge où la quasi-totalité des hommes vrais portent des projets, se déterminent sur le socle de convictions durement éprouvées. Les affirmations puériles de Tiburce Koffi ne peuvent qu’être le fruit des masturbations d’un esprit agité, versatile, fantasque et superficiel, qui tourne comme une girouette au gré du vent.
C’est dans cette logique que se trouve le « Camarade » Tiburce qui, autrefois combattait (?) pour la légalité, avec ténacité pour se dédire et se renier. Il milite aujourd’hui pour la Patrie, version MPCI. Triste époque que la nôtre ! Il l'a fait d'une manière qui ne laisse traîner aucun malentendu sur l'interprétation qu'il convient de donner à sa nouvelle mission : il combat le méchant, le hideux, le gueux, le barbouze, partout où il se trouve. Il déterre les cadavres de l’histoire, enfin pas tous ! Seulement ceux qui peuvent servir sa cause. Les autres peuvent bien encore attendre qu’on veuille bien réhabiliter leur mémoire.
Voici quelqu’un qui se vit parachuté, Directeur de la Bibliothèque Nationale de Côte d’Ivoire, sans aucune qualification dans le domaine (l’une des grosses bêtises qui a tué cette maison !) Le sieur Tiburce resta si peu imaginatif qu’il ne trouva rien de mieux qu’une grève de la faim pour « réhabiliter » cette bibliothèque qui s’écroulait sous ses yeux. Mais après avoir « mangé », il se retrouva subitement « ami personnel » du Président Gbagbo, puis Conseiller de l’homme qu’il criblait pourtant dans les coulisses de diatribes à côté desquelles certaines saillies verbales d’un Koné Zacharia sont des bluettes.
Est-il révolu le temps où les hommes pouvaient s’affronter et se respecter en dehors des autodafés ? Car, s’il peut être aisé de combattre le fondamentaliste sur le terrain de la raison, il est plus compliqué de batailler contre les thuriféraires déguisés en libre-penseur. Le nouveau gardien de l’axe houphouétiste français, condamne, anathémise Dadié qui ose contrevenir aux ordres de soumission béate de la France !
Est-ce bien de Bernard Binlin Dadié dont parle notre cher Tiburce Koffi avec cette rare légèreté? Personnalité exceptionnelle par la puissance de ses convictions, la singularité de son talent et l’étendue de sa culture, Dadié a marqué son histoire et notre histoire politique et culturelle. Il a exercé une influence positive sur plusieurs générations d’Africains qui ont admiré et admirent encore en lui, la force de caractère, la qualité d’écriture, la fermeté des idées, la générosité dans l’engagement et la passion pour le combat qu’il mène en faveur d’une Afrique plus souveraine, plus digne et plus solidaire.
Aussi Dadié, à 91 ans, est-il resté constant dans sa lutte ! Tiburce feint d’ignorer l’histoire du PDCI et de l’houpouétisme qu’il défend si piteusement. Qu’il compulse donc les archives du vieux parti et lise les textes de Bernard Dadié, pour se rendre compte qu’à l’âge que lui Tiburce a aujourd’hui, Dadié avait déjà énormément contribué au rayonnement de la culture africaine, il avait une vision claire des choses, un combat noble à mener : dénoncer le colonialisme et l'arbitraire sous toutes ses formes ! Le doyen Dadié n’a pas varié d’un iota ! Il en a vu d’autres. Il a traversé les époques. Il ne détient pas la vérité. Il est faillible et le reconnaît humblement.
Est-il franchement honnête d’affirmer comme Tiburce Koffi, que Dadié n’a rien fait pour la culture ivoirienne, sans se couvrir de ridicule ? Tiburce Koffi se fouette avec son propre fouet ! N’est-ce pas grâce au Festival National de Théâtre Scolaire initié par le Ministre Dadié que Tiburce Koffi s’est découvert et forgé une âme de dramaturge ? N’est-ce pas dans ce cadre-là que notre « éminence grise » a fait ses premiers pas dans les provinces de l’écriture dramatique, grâce à « Chut, ça couronne », co-écrite avec Hyacinthe Kakou ? Les meilleurs textes du répertoire théâtral ivoirien ne proviennent-ils pas de ce rendez-vous culturel ? N’est-il pas vrai que la quasi-totalité des dramaturges et comédiens ivoiriens sont issus du Théâtre Scolaire et de Vacances Culture ? Notamment, Tiburce Koffi, lui-même, Hyacinthe Kakou, Thiam Abdul Karim, Liazéré Elie, Gbizié Zoumana, Doh Kanon, Assandé Fargas, Adrienne Koutuan ?… Tiburce Koffi qui se flatte du passage de son maître Zadi Zaourou au Ministère de la Culture est d’une incroyable mauvaise foi ! N’est-ce pas, l’administration Zadi avec Tiburce Koffi comme disciple et Directeur Régional de la Culture, qui a réussi la prouesse de supprimer ces rencontres culturelles ? Qu'a-t-il proposé ? Qu'a-t-il fait pour les Arts en Côte d'Ivoire ? Que dalle !
D’autre part, Tiburce Koffi pousse le ridicule jusqu’à accuser Dadié de s’être servi de son passage au ministère de la Culture pour jouer et éditer ses propres œuvres. Balivernes ! L’Institut National des Arts, avec des comédiens professionnels chevronnés comme Bitty Moro, Kodjo Ebouclé et autres Bienvenu Néba, ont monté des pièces primées dans le cadre du Festival de Théâtre Scolaire et Universitaire et ont fait la promotion des dramaturges ivoiriens comme Hyacinthe Kakou, avec « On se chamaille pour un siège ? », Tuyo Nalourgo, « Le Dêguê », etc. En ce qui concerne les publications de Dadié, est-il besoin de rappeler que la plupart des œuvres du pionnier de la littérature ivoirienne, voire de l’Afrique francophone, ont été éditées avant 1975, donc, bien avant sa nomination au Ministère des Affaires Culturelles ?
Au fait, le militantisme de Dadié contre la françafrique date-t-il de l’avènement de Laurent Gbagbo au pouvoir ? Ses critiques contre Houphouët-Boigny datent-elles de la naissance du CNRD ? Tiburce Koffi, qui est un piètre (c’est connu) critique littéraire affirme que Le Nahoubou 1er , « le personnage bouffon » et tyrannique, dans « Les Voix dans le Vent » publié chez Clé (pour sa première édition en 1970, et non « dans les années 80 » comme il le soutien) n’est autre que Houphouët-Boigny ! Alors pourquoi est-ce seulement maintenant que le défenseur de l’houpouétisme dénonce les « dérapages » de l’écrivain Dadié ? Et puis, la présence de Dadié à la tête de cette structure de résistance, le CNRD, a-t-elle changé sa vie ? Roule-t-il sur de l’or ? De quoi bénéficie-t-il au juste qui rend Tiburce Koffi si aigri et si haineux ? Croyez-vous vraiment que le doyen Dadié a besoin de militer pour que la Côte d’Ivoire l'honore ou le soigne ? Qu’a-t-il reçu d’Houphouët auquel il n’avait pas droit ? Mais lui Tiburce Koffi, que n’a-t-il pas eu qu’il méritait vraiment ?
Tiburce Koffi, a-t-il jamais réussi quelque chose ? Qui ne se souvient encore de son album « Kunta Kunté », ce flop retentissant d’une nullité sans pareil ?.... Pire, il a passé le clair de son temps à dénigrer des artistes comme Jimmy Hyacinthe. Mais à sa mort, Tiburce n’a pas hésité à lui découvrir le génie artistique qu’il lui a toujours nié. Quel homme ! Est-il à une incohérence près ? Que non !
Et puis Tiburce énonce des choses d’une stupéfiante légèreté : « Vous n’avez jamais eu de compagnie théâtrale propre à vous (…) au contraire de tous les autres dramaturges (…) » Est-ce à dire que tous les auteurs dramatiques doivent posséder forcement une troupe ? Aimé Césaire en a-t-il ? Corneille a-t-il eu une troupe ? Tous les auteurs compositeurs dans le domaine de la chanson doivent-ils avoir des orchestres ? Tous les auteurs de scénarios devraient-il être obligatoirement réalisateurs ?
Son discours cache de sordides intérêts, au détriment de la plus élémentaire répulsion à l’égard des crimes odieux que les rebelles ont impunément commis derrière leur rideau de fer. Ivre de son poste de conseiller et de son statut auto proclamé de « lumière intellectuelle », il a finalement décidé de soutenir, lui, ouvertement la division de la Côte d’Ivoire… et la souffrance des Ivoiriens. Tant pis pour lui ! Tant mieux pour les Ivoiriens !
Mais à la lecture pénible de cette « Lettre ouverte à Dadié », on est abasourdi par tant de bêtises, affligé par ce que peut écrire un cul terreux, gonflé d’importance et pétri de ses absences de convictions. Ce qui fait que, de quelque manière qu'on le lise, même en lui faisant crédit d'une once de bonne foi, le discours de Tiburce Koffi illustre un schéma de pensée où puent une myopie intellectuelle et une malhonnêteté sans vergogne. Rien donc de bien nouveau. Sauf que les esprits naïfs découvrent aujourd’hui Tiburce Koffi tel qu’il est. Mieux vaut tard que jamais.
Mais il y a plus grave au-delà du vitriolage : il s'agit d’une mixture nauséabonde, mijotée dans les arrière-cuisines tribales pour donner une caution à sa nouvelle mission. Le tout sur fond trompeur de clairvoyance intellectuelle. En réalité ce qu’il reproche à Dadié, sans avoir le courage de le dire, c’est qu’il ne mette pas sa plume et son aura au service de ses nouveaux patrons. Parce qu’il y a bien chez nous des « arrières grands-pères » qui prennent position dans la crise (ce qui est normal), sans que cela ne dérange notre « illuminé » de Tiburce koffi.
Comment un akan de l’aura de Dadié peut-il soutenir ce « gueux » de Gbagbo ? Voilà le vrai enjeu. La vraie question à laquelle il faut donner une réponse appropriée. En effet, Tiburce n’arrive pas à se départir de son tribalisme dérangeant et de sa cécité inacceptable à l'égard d'Houphouët qu'il adore littéralement et qu’il veut canoniser par un tour de passe-passe… C’est ce qui traverse de bout en bout le désespérant texte du Conseiller spécial de Banny.
Quoi qu'il en soit, on ne tarde pas à réaliser qu'en dehors de l'enflure narcissique, la laborieuse tentative de Tiburce Koffi de canoniser Houphouët est désespérément vaine. Car les Ivoiriens savent que la majeure partie des problèmes socioéconomiques et politiques que nous avons aujourd'hui prennent bien leur source dans la vision monolithique, donc antidémocratique qu'Houphouët avait de la gestion d'une Nation. A lire le pamphlétaire, la Côte d’Ivoire n’aurait jamais existé sans Houphouët. A l’en croire, nous devrions tous vouer un culte tribal à Houphouët et « préférer l’injustice au désordre ». Pauvre Tiburce !
Combien d’intelligences et de talents, supposés ou réels, follement engagés dans les tourbillons de la politique du ventre plein, ont préparé, provoqué ou aggravé les drames qui leur fournissent aujourd’hui matière à tant d’invectives et d’élucubrations ? Ils en sont mêmes fiers alors qu’on n’en finit pas de déplorer leur action de gribouille. Ce qu'il faudrait donc fournir à Tiburce Koffi, c'est l’adresse d’un bon psy. Car il souffre d’une maladie bien plus grave que l’hystérie. C’est un schizophrène qui n’a de goût que pour les contorsions et autres revirements spectaculaires à cent quatre vingt degrés !
Il n'est donc plus loin le moment où Tiburce Koffi va se glisser dans la peau d’un persécuté et crier à qui voudra l’entendre, qu’il est « menacé » et demander « asile politique » à la France de Chirac et de Sarkozy ! Si ce n’est déjà fait ! Dadié et son militantisme anti-colonial n'étaient en fait qu'un gros prétexte tout trouvé.
J'aimerais pouvoir lire l'article de Tiburce pour comprendre cette réponse qui lui est adressée dans des termes presque haineux (entre autres exemples : "on est abasourdi par tant de bêtises, affligé par ce que peut écrire un cul terreux, gonflé d’importance et pétri de ses absences de convictions") !!!