Posté le 14.07.2008 par sergegrah
Un site de rencontre sur le net
La cybercriminalité gagne du terrain en Côte d’Ivoire… Les cybercrimnels sont de mieux en mieux organisés et font preuve de beaucoup d'imagination. La quasi-totalité des cybercafés d’Abidjan sont devenus leurs repères. D’où à partir de l’Internet ils de nombreuses personnes. Notamment des européens. Et le fruit de ce vol se chiffre à des centaines de millions, voire des centaines de millions. Les escrocs utilisant des méthodes aussi ingénieuses qu’inimaginables. Ainsi, comme on pourrait être tenté de le croire, la cybercriminalité n’est pas virtuelle. Les crimes se produisent dans le monde réel, et impliquent des personnes et de l’argent tout aussi réels.
Un réseau qui opère à partir d’Abidjan
Au mois de mars dernier, Abidjan avait été couvert de l’affaire d’un réseau de voleurs de voitures. Des enquêteurs français avaient même débarqué à Abidjan pour y voir plus clair. Car le réseau qui serait dirigé par un certain Tiacoh, était soupçonné de vol de près de 300 grosses cylindrées, via Internet, à partir des chèques en bois. A ce propos, de nombreuses plaintes avaient été déposées contre la Côte d’Ivoire. L’ampleur des dégâts est donc très importante. Ce qui n’est pas sans conséquence pour la Côte d’Ivoire. En effet, cette pratique sur le territoire ivoirien vaut à notre pays d’être fichée comme l’un des pays les plus dangereux, en matière de cybercriminalité.
Pour mieux comprendre ce fléau, il faut noter que plusieurs procédés malhonnêtes sont utilisés pour gruger des associations, des amoureux ou des hommes d’affaires. Ce genre de vol organisé prospérait déjà autour des années 80 dans le milieu des immigrés africains en Europe, avec notamment des vols de cartes de crédit. La pratique va être exportée vers la Côte d’Ivoire par les Nigérians vers les années 90. Mais c’est surtout durant la période de la crise de 2002, que le phénomène va prendre de l’ampleur. Notamment, grâce au mouvement « Coupé-décalé ». Qui, faut-il le rappeler, signifie « voler puis détaler ». La police économique qui révèle que les préjudices atteignent des centaines de millions de F Cfa, avoue son impuissance à cause du vide juridique en la matière en Côte d’Ivoire.
Le « phishing » ou l’hameçonnage
Les méthodes utilisées par cybercriminels sont aussi ingénieuses les unes que les autres. Le hameçonnage consiste à exploiter la crédulité des internautes en lançant un « filet » par un envoi massif de courriels non sollicités, afin de rabattre les internautes vers de faux sites Internet bancaires ou d'achat en ligne. Si cette technique n'est pas très compliquée à mettre en place, la difficulté, en revanche, réside dans la récupération des fonds. Dans ce cas, les « malfaiteurs » ont besoin de l’intervention de quelqu’un pour servir d'intermédiaire local afin de transférer les fonds. Contacté par mail, il lui est généralement promis entre 5 % et 10 % des sommes transférées.
Le jeu du qui gagne perd
Comment gagner à un tirage au sort d’un jeu auquel on n’a jamais participé ? C’est à ce genre de « qui gagne perd » que nous invitent les différents mails qui inondent nous boites électroniques. Ces mails dont il faut se méfier, s’apparentent aux fameux scams, spams et autres hoax. Qui sont, généralement, des emails publicitaires, mais qui cachent bien des arnaques… En effet, ces jeux « organisés » par Coca-cola, Microsoft, Bill Gates Fondation, Global Lotto Promo, etc. Pour recevoir son gain, on vous demandera des informations sur votre identité et un numéro de compte bancaire afin de créditer la somme que vous auriez gagnée. Puis, on vous demandera des sommes toujours plus importantes pour les frais de dossier, les honoraires de l’avocat, du notaire, et patati et patata.
D’autres emails, sont intitulés « Urgent et Confidentiel ». Ils émanent très souvent d’une veuve de milliardaire décédé, d’un fils d’ancien chef d’Etat africain ou simplement d’un agent de la BOAD au Burkina-Faso qui vous demande de l’aide pour sortir illégalement une très grosse somme d’argent d’un pays. Il vous suffit de donner votre numéro de compte en banque afin que l’argent y soit versé. En échange, vous toucherez une commission sur cette somme.
L’arnaque, dit-on n’est pas nouvelle. Elle existait bien avant la vulgarisation d’Internet. Elle se faisait alors par courrier postal ou par fax. C’est la situation de clandestin des immigrés, notamment ouest-africains en Europe, qui les a poussé à se tourner vers le « crime économique ». Aujourd’hui, les spams qui viennent d’Afrique de l’Ouest inondent la Toile. La compagnie anglo-saxonne Brightmail, qui développe des filtres anti-spams, classe le spam nigérian et ivoirien parmi les dix plus recensés dans le monde.
« Le Mougou »
Cet autre procédé d’escroquerie consiste à se connecter sur les sites de rencontres, tels 123love.com, capfriend.com, meetic.com, rencontreserieuse.com, en se faisant passer pour une belle jeune fille afin d’avoir des correspondants à travers l’Europe Occident. Le but de l’opération est d’utiliser cette correspondance amoureuse pour soutirer de l’argent aux Blancs qui voudraient avoir des africaines comme compagnes femmes. Dès que le choix est fait, les « amoureux » décident alors de se rencontrer sur Yahoo Messenger, ou sur Msn. « Après que la communication soit ainsi établie entre ton « Blanc » et toi, tu pourras lui faire la promesse de le rejoindre en Europe. A cet effet, il suffit de lui envoyer par mail un faux passeport et un faux visas afin qu’il participe aux frais du voyage », explique avec fierté Franck, un internaute de Yopougon.
Une fois l’argent demandé expédié, le « mougousseur » a recours à une autre technique frauduleuse pour retirer l’argent. En effet, pour retirer l’argent subtilisé à son « amoureux », il va d’abord lui proposer une compagnie de transfert d’argent. Comme il est de coutume, la plupart de ces compagnies de transfert d’argent, exigent pour tout retrait d’argent de remplir certaines formalités. Notamment le nom et prénom du bénéficiaire, le code d’envoi, la question et réponse que l’expéditeur aura communiqué au préalable au bénéficiaire. L’argent ayant été transféré sous un nom féminin, il suffit au « mougousseur » pour le récupérer, de photocopier une vraie pièce d’identité. Sur la photocopie, il met la photo que connaît le blanc via le net, y inscrit le nom de « la bénéficiaire », la re-photocopie la pièce et la présente enfin à l’agent du guichet. Le plus important dans l’opération, c’est la complicité de certains agents de l’agence de la compagnie de transfert. Au parfum de la démarche, ils n’hésitent pas à faire participer la guichetière moyennant un pourcentage de 10% sur la somme à retirer.
C’est ce qui est arrivé à un français qui, croyant avoir la femme de sa vie, s’est rendu compte, après avoir été arnaqué à hauteur de 15.000 euros (environ 10 000 000 F cfa), qu’il avait plutôt affaire à des escrocs en ligne.
Ces chiffres qui font peur !
On n’arrive pas encore à quantifier les cas enregistrés dans le cadre de ce phénomène… Les réseaux constitués sont, aujourd’hui, incontrôlables. Malheureusement, l’arsenal juridique pouvant permettre de maîtriser la cybercriminalité est quasiment inexistante…
« Chaque jour, des centaines de personnes sont victimes d’arnaque, en tombant dans le piège des commerçants fictifs », révèle en substance un agent de la police économique. « Les arnaques se sophistiquent, avec la propagation des vers informatiques, sortes de programmes espions, conçus pour piller les coordonnées bancaires, des listings de clients d’entreprise ou des données d’état civil précieuses pour la confection de faux documents » nous indique l’officier de police.
Devant l’ampleur inquiétante qu’a prise cette fraude lucrative, les spécialistes en la matière ont tiré la sonnette d’alarme. Surtout que la Côte d’Ivoire, a souligné le Directeur Général de l’ATCI, Sylvanus Kla, est l’un des pays qui envoient le plus de Spam et de messages d’escroquerie sur le Net. « Les escroqueries et abus de confiance sur Internet ont augmenté de plus de 80% en une année », s’est inquiété Monsieur Sylvanus Kla. Comme on le voit, la cybercriminalité se professionnalise de plus en plus. Alors, si les Etats puissants s’unissent pour contrer le fléau de la Cybercriminalité, qu’en est-il de nos Etats africains, et plus précisément de la Côte d’Ivoire ? Un pays où cette pratique pourrait réellement tuer l’économie.
Serge Grah
--
Posté le 11.07.2008 par sergegrah
Le groupe Voggo Soutras
Les Voggo Soutras - Les vagabonds sauvés en Nouchi -, est un groupe de jeunes conteurs-rappeurs Ivoiriens qui étale la galère des jeunes de la rue. Le groupe est composé de deux frères et de leurs copains. Coco Shaka, Ibo Krakra, Best, Synthèse. Tous logés à la même enseigne : celle de la drogue, des gangs, de la prison, etc. En somme, celle de l’environnement écrasant de la rue et des rêves brisés. Aujourd’hui, les membres du Voggo Soutra ont l’Art comme chemin de rédemption. En effet, la vie des Voggo Soutras s'est éclaircie grâce à leur art. Un art de la langue, du rythme et du mouvement travaillé dans les rues d’Abobo où ils habitent. Ces anciens caïds des rues abidjanaises, aujourd’hui conteurs urbains, déclament dans une poésie, le « logobi tchatche », les tranches de vie des bas-fonds d’Abidjan.
« Théâtre urbain pluridisciplinaire », c’est ainsi qu’ils définissent leur démarche artistique. Soutenus par des textes amers, ils élaborent une gestuelle inspirée des techniques de combats. L’ensemble décline des scènes de rue, au rythme des murmures, des chants, et des cris guerriers. Leurs mots se font l'écho des quartiers populaires d'Abidjan et leurs chorégraphies nous replongent dans l'univers des enfants de la rue. Leurs objectifs : représenter la face cachée de l’expression des jeunes urbains. Vêtus, le plus souvent, de tee-shirts troués, ils affichent leur appartenance aux « gens d’en bas ».
C’est sous la férule du metteur en scène camerounais, Binda Ngazolo, qu’en 1996 les Voggo Soutra concentrent leurs vagabondages. Puis en 1998, ils sortent Abidjan Galères, un album de six titres, où ils chroniquent la vie des ghettos abidjanais. Enthousiastes, les Voggo Soutras sont convaincus d'avancer sur la bonne voie. La rue derrière eux, le succès devant. La chance est avec eux.
C’est ainsi qu’en 1999, les Voggo Soutra sont invités grâce, entre autres, à Alain Tahi à participer aux Escales de Saint Nazaire en France. En 2001, ils représentent la Côte d’Ivoire aux Jeux de la Francophonie à Otawa. Puis en 2004, « ces vagabonds » sont encore en France pour les « Rumeurs urbaines », et pour le Festival Paroles d’Hiver à Bordeaux.
Mais un projet tient à cœurs aux Voggo Soutra. Défendre les causes des enfants abandonnés dans les rues d’Abidjan, aider à leur réinsertion en les sensibilisant par le théâtre, dans la gestuelle qu’ils comprennent et dans le langage qui est le leur. « Certains jeunes, lorsqu’ils sont livrés à eux-mêmes, sombrent dans la drogue, ou le banditisme, les braquages, les vols, les viols, et ne veulent rien faire d’autre. Ceux qui sont sous autorité parentale assimilent ce qui vient de la rue à la délinquance. Parler de la rue, c’est une chose marginale, un esprit de rébellion, c’est anticonformiste. Les gens ont peur même d’évoquer la situation des jeunes de la rue, pour eux, ce sont les ratés. Et notre combat à nous c’est démontrer qu’on peut faire des erreurs et se ressaisir par ensuite » précise, Coco Shaka, le leader du groupe.
A travers un regard sans préjugé, porté sur la culture de la rue, dans sa spécificité abidjanaise, les Voggo Soutra légitiment cette expression urbaine jusqu’alors niée, parce qu’assimilée à la délinquance. « Dans l’opinion publique, les enfants de la rue sont des délinquants…Leur situation n’émeut donc personne. Mais la rue a-t-elle des enfants ? Où est donc la responsabilité de la société et des parents ? Ce sont les parents qui abandonnent leurs enfants à la rue. C’est notre société qui n’a aucun projet pour les jeunes. En Côte d’Ivoire, comme certainement dans d’autres pays africains, être jeune est un véritable handicap alors qu’en Europe, c’est un grand atout que d’être jeune », s’exaspère Ibo Krakra.
A la gare d’Abobo ou au black à Adjamé, sur un podium de fortune, les Voggo Soutra installent leurs tam-tams. Et commence leur prestation. « Dès qu’on arrive, on lance des cris de guerre pour ameuter les gens, ils arrivent peu à peu et on fait le spectacle... C’est dans ces rues malfamées que ce que nous faisons est le mieux accueilli, parce que mieux compris. On se dit que ça peut changer quelque chose dans la tête de nos jeunes frères qui sont encore dans la rue », souligne fièrement Coco Shaka.
Ces vagabonds disent donc les maux de la ville et veulent démontrer que de la rue peuvent bien sortir de choses utiles à la société. Du théâtre à la danse, de la musique, à la poésie et à la peinture. C’est de l’Art dans toute sa dimension que se réclament les Voggo Soutra. Qui malheureusement, restent encore méconnus chez eux à Abidjan.
Serge Grah
Posté le 11.07.2008 par sergegrah
Introduction
Pourquoi le mal ?… Pourquoi la méchanceté de l'homme ? Dieu est il Tout-Puissant ? Quelle est sa responsabilité dans le mal qui continue à bouleverser le monde ? Quelle est la puissance du Serpent, c'est à dire de Satan, le principe du mal et du péché ? L'homme est il animé d'un penchant incontourné vers le mal ? Dieu a t il voulu le péché de l'homme ? Pourquoi Dieu tolère t il la puissance du mal dans ce monde ? Pourquoi a t il toléré la présence et la puissance du Serpent dans le jardin d'Éden ? Pourquoi a t il toléré qu'Adam et Ève soient tentés par la désobéissance ?
Pour répondre à toutes ces questions, il faut relire les trois premières pages de la Bible. Pour aborder le problème du mal, il faut toujours revenir à cette fameuse histoire d’Adam, d’Ève et du Serpent. Comment le Serpent a t il pu amener Adam et Ève à la tentation de la désobéissance ? Pourquoi a t il pu induire le péché, le malheur et le mal dans notre monde ? Ce qui m'ennuie, c'est que Dieu a « laissé faire ». Il a laissé faire le Serpent. Il a laissé faire Ève et Adam. Il a « laissé faire » le mal, le péché, le péché originel. Et, en laissant faire, il a permis l’advenue dans ce monde des maux et des vices. (…) C’est Dieu qui a créé le Serpent (Gn 3, 1). Et c’est lui, Dieu, qui a formé Adam et Ève tels qu’ils étaient, c’est-à-dire enclins à la tentation et au mal.
(…) Dieu aurait-il créé le monde mauvais ? Aurait-il créé l’homme mauvais ? Ou bien existerait-il dans le monde un principe maléfique – la poussière du Tohu-Bohu, mais aussi le Serpent – qui n’aurait pas été créé par Dieu et qui désorganiserait ce que Dieu a fait (le monde, l'homme) ?
Alors, si cela est, Dieu est il vraiment le créateur de la totalité de notre monde ? Ou bien a t il créé notre monde à partir d'une argile (la poussière) qu'il n'aurait pas créée ? Si Dieu n'est pas le créateur de la totalité de notre monde, ce fait éclairerait qu'il y ait du mal dans notre monde sans pour autant que Dieu en soit responsable.
Une autre question encore : Pourquoi le texte biblique dit il explicitement que le Serpent est une créature de Dieu ? Pourquoi Dieu laisse t il au Serpent la possibilité d'induire Ève en tentation ? Pourquoi laisse t il cet Arbre de la Connaissance en plein milieu du Jardin d'Éden, sous les yeux d'Adam et d'Ève et ce après leur avoir interdit d'y toucher ? Pourquoi ce supplice de Tantale ?
Faut il donc franchir un pas supplémentaire ? Faudrait-il dire que Dieu tolère ou même veut le mal ? Pour aller dans ce sens, il y a ce texte tellement énigmatique de Esaïe 45, 7 : « Moi, le Seigneur, je fais la lumière et je crée les ténèbres, je fais le bien et je crée le mal. » Pourquoi Dieu créérait il le mal ? Pourquoi créérait il le monde mauvais ? Ou du moins pourquoi permettrait il que le monde reste mauvais ? (…) La création, le Bien, le Mal, la chute et le péché seraient donc absolument indissociables. Le monde pour pouvoir « exister » à l’extérieur de la pure Lumière de Dieu, doit également avoir en lui-même une part de mal. Pour se différencier de Dieu d’un côté et du néant de l’autre, il faudrait qu’il soit un « défaut ».
Alain Houziaux
Lu pour vous : Tohu-Bohu, le serpent et le bon Dieu
« Le serpent c’est la représentation du mal. Ce que je ne comprends pas, c’est que Dieu ait laissé faire le mal. Qu’il est créé le serpent. » Alain Houziaux pose ici dans son livre le Tohu-bohu, le Serpent et le bon Dieu, le problème que la religion de façon générale et spécialement la religion chrétienne a toujours défendu : Dieu est à la fois bon et créateur Tout-Puissant de l’univers. Pour l’auteur, si Dieu est créateur-tout-puissant et bon, il ne devra pas créer le mal. Or, le mal est une réalité indéniable.
L’hypothèse de Alain Houziaux se fonde sur le texte Biblique de la création du monde en 7 jours. Le texte ne dit pas que Dieu a créé le monde ex-nihilo. Au contraire, il le compare à un potier qui essaie de créer une œuvre à partir d’une masse informe qui dans la Bible est appelée le Tohu-bohu. Pour l’auteur, ce Tohu-bohu qui constitue la matière première sur laquelle Dieu travaille, « résiste, se défend » et d’une certaine manière suscite à l’intérieur de la bonne création que Dieu est en train d’essayer de former, des perturbations. Et Alain Houziaux d’affirmer que « ce sont ces perturbations qui sont à l’origine du mal ».
L’auteur dénonce dans ce livre la simplification intellectuelle et idéologique qui veut absolument que Dieu soit le créateur Tout-Puissant de tout ce qui existe dans l’univers. Or, pour lui, la plupart des cosmo-physiciens considèrent que notre univers a été créé à partir d’un pré-univers qui ressemble tout à fait aux caractéristiques du Tohu-bohu biblique. C’est-à-dire, un pré-univers instable, désordonné, qui fait une sorte d’agitation extrêmement frénétique.
Pour le Pasteur Alain Houziaux, s’appuyant sur le récit de la Genèse au chapitre 7 du verset 2, « l’homme est créé à partir de la poussière qui peut être considérée comme de la poudre du Tohu-bohu ». Dieu essaie, toujours selon l’auteur, de former l’homme à son image et selon son projet, son désir, mais à partir d’une poussière qui contient un principe de perturbation. Ce qui emmène l’auteur à dire qu’en l’homme il y a deux penchants : un penchant vers l’idéal, vers le Bien et un notre penchant vers tout ce qui détruit, désagrège, perturbe. En somme, tout ce qui est chaotique. L’homme, selon l’auteur, serait finalement l’expression d’un projet non réalisé ou en cours de réalisation.
Alain Houziaux pense que la matière première du Tohu-bohu dans laquelle le monde et l’homme sont faits, est une matière première qui les fait exister. Pour lui, si le monde était purement et simplement à l’image de Dieu, il serait aussi parfait, aussi transparent que Dieu et, il n’existerait pas à proprement parlé. L’auteur indique donc dans ce livre qu’il faut qu’il ait une part d’ombre dans le monde pour qu’il soit. Il faut également que l’homme ait en lui-même une part de caillots, de quelque chose d’opaque pour qu’il existe en étant différent de Dieu.
On ne peut pas, selon Alain Houziaux, se contenter ad vitam aeternam de l’idée que l’homme est à l’image de Dieu, Dieu est Amour, Tout-puissant et de constater qu’à côté de cela, il (l’homme) est un être enclin au mal, incapable de faire seulement du Bien. Et, que le monde lui-même est perturbé par de multiples catastrophes. Il faut d’une manière ou d’une autre, poursuit l’auteur, mettre ensemble, d’une part le fait que le mal existe dans le monde et d’autre part notre croyance en Dieu.
C’est donc à une (re)lecture du Livre de la Genèse que nous convie Alain Houziaux. Il porte un autre regard sur le récit de la création et, apporte des réponses décapantes et stimulantes aux questions que tout homme se pose : si Dieu est bon, pourquoi le mal et pourquoi la mort ? Un livre à lire pour (certainement) susciter des réponses à l’une des grandes questions de notre Foi.
Serge Grah
[i]le Tohu-bohu,
le Serpent et le bon Dieu
Alain Houziaux
Presses de la Renaissance,
1997, 200 pages[/i]
Posté le 30.06.2008 par sergegrah
Kajeem (Artiste-musicien)
Acteur de la scène musicale ivoirienne depuis 1997, Kajeem a fait son petit bonhomme de chemin. Il a conquit les cœurs du public tant ivoirien qu’européen. Artiste militant, Kajeem exprime dans ses chansons le déchirement de son pays et les maux de notre société. Il est membre d’honneur de la Croix-Rouge de Côte d’Ivoire. A l’occasion de la sortie le 4 juillet prochain de son nouvel album « Qui a intérêt ? », nous l’avons rencontré pour vous. Entretien.
Quelles sont les nouvelles ?
Les nouvelles, c’est la sortie le 4 juillet prochain de mon nouvel album. C’est un album de 10 titres qui s’intitule « Qui a intérêt ? ». Pour moi, c’est l'album le plus aboutit que j’ai jamais fait jusqu’à présent. On y retrouve du reggae roots, du ragga et des chansons à coloration africaine. Pour ceux qui ont écouté mes précédents albums, c’est tout ça en mieux. C’est une bonne conjugaison du reggae à tous les temps… Côté textes, j’ai essayé de dire les choses qu’elles sont. Parce qu’on ne peut pas dépeindre une réalité devenue dure avec des mots de berceuse. Par exemple, dans le titre « Marchand de mort », je fais allusion au scandale des déchets toxiques et de tous ceux qui ont traficoté pour rendre possible le déversement de ces déchets de la mort chez nous. « Qui a intérêt ? » A qui profite ce crime ? « Qui a intérêt » à ce que l’Afrique ne se développe pas ? On peut multiplier les questions à souhait, parce que dans beaucoup de situations, si tu ne te poses pas les bonnes questions, tu n’auras pas les bonnes réponses.
Comment identifiez-vous votre genre musical ? Reggae, du rap, du ragga, etc. ?
Celui qui n’arrive pas à me situer, c’est qu’il ne suit pas l’évolution de la musique. Moi je fais du reggae du troisième millénaire. Le reggae n’est plus celui des années 60, il a évolué. Le reggae s’est enrichi de tout ce qu’il y a comme rythmes dans le monde. Le reggae prend la couleur de l’endroit où il est pratiqué. Moi, je suis issu d’une génération qui a grandi aux sons du hip-hop, du ragga, de la soul, etc. C’est donc normal que ma musique soit enrichie de ces différentes influences. Mon reggae n’est donc pas comme celui que pratiquait Bob Marley. Mais c’est tout même du reggae.
Ce n’est donc pas vraiment du reggae que fait « Le fils de Jah » ?
Je fais du reggae. Mon prochain album est le plus roots que je n’ai jamais fait. Je ne veux pas m’enfermer, je ne veux pas travestir ma pensée. C’est-à-dire si j’ai une chanson qui me vient sous la forme d’un slow, je ne vois pas pourquoi je vais la reggaeifer sous prétexte que je suis reggae. Moi, je suis un artiste qui se laisse vivre.
Dans votre adaptation du reggae au rap ou du rap au reggae, quelles sont les priorités que vous vous imposez ?
Ce qui est prioritaire dans la musique que je fais, c’est le message. C’est vrai que j’essaie de rester fidèle au reggae, parce que c’est mon arme de combat. C’est quelque chose auquel je crois. Mais je ne veux pas être prisonnier de quoi que ce soit... Et je n’ai jamais fait d’album qui soit en rupture avec le public tant au niveau de la chanson qu’au niveau de la musique. Il y a toujours eu les mêmes rythmiques, certains en ragga, d’autres en reggae. C’est une sorte de déclinaison du reggae à tous les temps et à tous les modes.
Cette déclinaison, c’est pour vous adapter au public européen ?
Non ! Le meilleur artiste reggae 2005 au niveau mondial s’appelle Damian Marley, un des fils de Bob Marley. Ce qu’il pratique comme musique est mille fois plus hip-hop que ce que je fais. Mais personne ne lui reproche d’avoir dilué son reggae. Je veux dire que je n’ai pas besoin de travestir le reggae pour plaire au public européen. En musique, les plus belles descriptions ne valent pas la plus petite écoute. Mon nouvel album va montrer que je ne cherche pas à être autre chose que ce que je suis en réalité. Je suis un jeune africain urbain, j’appartiens aussi à une culture. Je dois intégrer tout cela à ce que je fais.
Qu’est-ce qui séduit dans votre musique ?
Ceux qui sont séduits par ce que je fais seraient plus aptes à répondre à cette question… Je pense que les gens aiment Kajeem pour ses textes, pour le message qu’il apporte. Pour moi, c’est le plus important. Voyez dans nos villages, la musique a une fonction d’éducation, d’élévation, de transmission de valeurs, avant même sa fonction de distraction. On ne peut donc pas réduire la musique à sa seule fonction de distraction. Et puis, mes fans disent que ce que je fais est différent. Or en matière d’art, la différence est la chose qui fait de vous une référence.
Quels sont les thèmes qui reviennent le plus souvent dans votre musique ?
Mes chansons sont d’abord adressées aux jeunes. Parce qu’avec les jeunes, on peut encore espérer changer les choses. C’est pourquoi j’aborde souvent les thèmes du chômage, de la confiance e soi. Je demande aux jeunes de prendre en main de son destin, etc. Et puis, il y a aussi les éternels problèmes de l’Afrique. Il y a aussi des thèmes purement reggae qui évoquent la libération des peuples.
Kajeem artiste pour le business ou engagé ?
Je suis quelqu’un d’impliqué dans tout ce qui m’entoure. Artiste engagé on pourrait donc dire. Je sais ce qui m’a valu de chanter « Sergent 2 togos » en Côte d’Ivoire. Artiste business, je ne veux même pas répondre à cette question, parce que pour moi la musique est un business. La musique, c’est ma passion, c’est mon métier. Ce serait un problème si je n’arrive pas à vendre ce que je fais, Il faut que je sois capable d’allier mon talent au business.
De 1997 à 2008, quelles sont les grandes étapes de votre carrière musicale ?
La première grande étape a été la sortie de mon premier album. C’était la matérialisation d’une idée. Chaque album a joué un rôle précis dans ma carrière. « N’gowa » a été l’album qui m’a permit d’exister physiquement en tant qu’artiste, « Revelation Time » m’a révélé au grand public, « La voix du ciel » m’a permit de faire mon premier voyage en Europe et d’entrer ainsi sur le marché international. « Positif » lui, m’a permis de tourner en Europe. Et le dernier album devra être celui de l’explosion. Chaque album est donc une forme de marche d’escalier. J’espère aller toujours plus haut.
Vous avez été un certain temps acteur de la scène hip-hop… Quel est votre regard sur ce mouvement ?
Sur mon premier album, il y a un titre rap. C’est titre là qui avait été choisi pour la promotion. C’est pourquoi bon nombre de gens croient que je suis un rappeur. Mais moi j’ai toujours fais du reggae. Seulement à l’époque, il n’y avait pas de mouvement reggae et, le seul espace où je pouvais m’exprimer c’était dans le hip-hop. Malheureusement, c’est très souvent qu’on refusait de me passer à des émissions parce qu’on me reprochait de ne pas être assez rap… Je veux dire que tout ce que j’ai appris dans la musique, je le dois au rap. Je n’ai pas fait d’école de musique. Mon école à moi c’est le rap. Sur scène, tous mes gestes sont typiquement rap… C’est pourquoi je suis très peiné de voir le rap être ce qu’il est aujourd’hui. En Afrique noire, la Côte d’Ivoire est le premier pays où le rap s’est rapidement développé. Mais au lieu de continuer de travailler, nous avons passé tout notre temps à faire des guerres de clans. Ce qui a tué le mouvement. Et aujourd’hui tous les pays qui ont commencé à faire le rap après nous, sont loin devant. Avec la nouvelle génération de rappeurs, j’espère qu’on ne va répéter les mêmes erreurs du passé.
Vous tournez beaucoup en Europe, comment réagi le public là-bas ?
C’est une bonne réaction en général partout où je suis passé. Ce qui m’oblige à continuer à travailler, afin de maintenir la confiance que le public a placée en moi. Nous avons une cinquantaine de spectacles par an. J’ai joué sur des scènes prestigieuses telles que le Montreuil Jazz Festival et le Festival Afro-System. J’ai fais également les premières de Anthony Dee, de Sean Lat et de Tiken Jah. C’est plutôt bon pour quelqu’un qui n’avait pas encore signé de contrat avec une maison de disque.
C’est beaucoup d’argent que gagne Kajeem…
Pas forcément ! Le jour où j’aurai beaucoup d’argent, vous n’aurez même pas à me le demander. Pour le moment, j’ai la chance de vivre de mon métier de musicien.
C’en est donc fini pour vos études ?
Non, je n’ai pas mis un trait sur mes études, j’ai fini mes études universitaires. C’est à la fin de mes études que j’ai décidé de faire de la musique. Je n’ai pas arrêté mes études pour la musique... Je me suis juste inscrit dans une école en Suisse pour préparer une maîtrise en musique assistée par ordinateur. A ce niveau, c’est un peu souple et ça me permet de me concentrer sur ma musique… Je voudrais dire aux jeunes que c’est terminé la musique des analphabètes. Pour faire de la musique désormais, il faut avoir été à l’école.
Kajeem, des enfants ? Marié ?
Je ne suis pas marié, mais j’ai deux enfants... Je n’aime pas parler de ma vie privée parce que pour moi, ce n’est pas le plus important. Je veux préserver mes enfants, les mettre à l’abri. Je voudrais que mes enfants aient une enfance normale. Et non une enfance de star, parce que ce ne sont pas des stars, mais des enfants.
Un message ?
Je voudrais dire aux jeunes que nul ne fera de meilleurs projets pour nous que nous-mêmes. Nous devons nous battre pour avoir une activité. C’est vrai que c’est difficile, mais nous ne devons surtout pas perdre confiance en nous. Ailleurs être jeune est un atout, mais chez nous, c’est un véritable handicap… C’est à nous que l’avenir appartient. C’est à nous de prendre notre destin en main.
Réalisée par Serge Grah
Posté le 25.06.2008 par sergegrah
« Je demande au Président Gbagbo de m’aider à construire un musée digne du talent littéraire de mon frère. » C’est en termes qu’Adé Pla Augustin, frère aîné de Jean-Marie Adiaffi, avait dans les colonnes d’un confrère, lancé un appel aux autorités ivoiriennes sur la question de la construction d’un musée à la mémoire de l’écrivain ivoirien. Longtemps attendue, on peut le dire, la construction de ce musée est aujourd’hui une réalité. En effet, depuis environ un mois, l’Etat de Côte d’Ivoire, par le ministère de la Culture et de la Francophonie, a confié à une entreprise de la place, la construction à Bettié (Abengourou) dudit musée.
Sur le site de la tombe de l’écrivain, le Musée Jean-Marie Adiaffi de Bettié s’étend sur une superficie de 2000 m². Un imposant bâtiment haut de 7,80 m et constitué de trois blocs. Un premier bloc va abriter les bureaux, le second, la salle d’exposition et le troisième, la salle de documentation et la vidéothèque. Le projet qui devrait être achevé en octobre prochain, est estimé à environ 100 millions Fcfa. Un geste de l’Etat de Côte d’Ivoire qui, sans nul doute, va permettre de pérenniser le souvenir d’un grand homme de culture qui a su marquer son époque et sa société.
Décédé le 15 novembre 1999, Jean-Marie Adiaffi, grande figure publique, était connu pour ses talents littéraires. En 1981, il obtient le Grand Prix Littéraire d’Afrique Noire avec La Carte d’Identité. Une œuvre dont le héros Mélédouman (je n’ai pas de nom) est en quête de son identité, et pose ainsi les jalons d’une réflexion sur l’aliénation africaine postcoloniale. Il faut dire que Jean-Marie Adiaffi est l’auteur de plusieurs livres à succès dont D’éclairs et de foudres (poésie), Silence, on développe et Les naufragés de l’intelligence (roman).
En Côte d’Ivoire comme ailleurs, personne ne peut dire être resté indifférent devant cet homme au verbe haut qu’on surnommait « l’insulteur public ». Un homme chaleureux à l’extrême, expansif dans ses propos comme dans ses gestes, et très souvent, majestueusement habillé de pagne kita et d’un long collier en or.
Mais le tournant dans de sa vie qui l’aura énormément absorbé, reste son projet de modernisation des religions africaines jusqu’alors qualifiées de « traditionnelles, de fétichisme ». C’est ainsi que naît alors le Bossonisme. Un néologisme formé à partir du mot boson (en langue agni), qui désigne un génie auquel est rendu un culte. Par la théologie Bossoniste, Adiaffi voulait ainsi entreprendre la construction d’une nouvelle identité africaine. Il disait que « l’aliénation spirituelle est la source des autres aliénations. Les Ivoiriens doivent se réconcilier avec leur patrimoine religieux trop longtemps dénigré par les colons et par eux-mêmes. Confondant s’occidentaliser et se moderniser ».
C’est à partir de 1993 que Jean-Marie Adiaffi entreprend la collecte des mythes et des symboles du patrimoine cultuel et culturel ivoirien et même africain. Il collectionne également, à son domicile, des statues et objets cultuels d’origine diverse. « Je suis Ivoirien jusqu’à la moelle de mon âme… Je suis ivoirien et tout ce qui est sur le territoire national ivoirien est mon héritage, mon patrimoine cher à ma sensibilité… Allez donc éclater vos limites, brisez vos résistances, allez vous nourrir chez les voisins. Ce n’est qu’ainsi que la machine d’une dialectique de détribalisation se mettra en marche pour créer une culture identitaire, un miroir où chaque ivoirien verra son image parée », ne cessait-il de proclamer.
Mais contrairement à ce qu’on peut croire, Jean-Marie Adiaffi ne se présentait pas comme le fondateur d’une religion ni comme un prophète inspiré de Dieu. Seulement comme un défenseur de la culture africaine dont la religion constitue un élément fondamental…
Serge Grah
Posté le 23.06.2008 par sergegrah
Pr Sery Bailly
Figure importante du Front Populaire Ivoirien (FPI), le Professeur Séry Bailly a réussi à se forger l’image d’un intellectuel qui maitrise les particularismes et les maux de la société ivoirienne. Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique dans le premier gouvernement de la 2e République, il en sort après Marcoussis. Aujourd’hui, le Professeur Séry partage son temps entre l’Assemblée Nationale où il est député et la Fondation Memel Fotê dont il préside le Bureau Exécutif. Dans cet entretien qu’il nous accordé, il revient sur les raisons de la récente réunion à Abidjan du comité Afrique de l’Internationale Socialiste, du réchauffement des relations France-Côte d’Ivoire et de l’élection présidentielle du 30 novembre prochain.
Professeur, une réunion du Comité Afrique de l’Internationale socialiste s’est tenue à Abidjan les 14 et 15 juin dernier. Qu’est-ce qui a justifié une telle rencontre ?
Depuis le début de la crise, le comité Afrique de l’Internationale Socialiste, a toujours été à l’écoute de la Côte d’Ivoire. Il n’y a pas eu une seule manifestation du comité Afrique, aussi bien que de l’IS dans son ensemble qui n’ait pas évoqué la situation en Côte d’Ivoire…Tel que le président du comité Afrique de l’IS, Monsieur Ousmane Tanor Dieng, l’a dit, c’était une réunion comme il en existe tous les ans, mais c’était également une manière pour les socialistes africains de marquer leur solidarité avec la Côte d’Ivoire, de s’informer de l’évolution de la situation. Les socialistes africains voulaient profiter pour bien comprendre dans quelle voie la Côte d’Ivoire s’engage, quelles sont ses chances d’arriver à bon port. Et de nous encourager à avancer sur la voie de la paix que nous avons empruntée depuis l’accord de Ouaga. Mais aussi, par rapport à la prochaine élection présidentielle, de montrer leur soutien à leurs camarades du FPI (Front populaire ivoirien).
Que faut-il retenir au sortir de cette réunion socialiste ?
Nos camarades ont été rassurés sur notre volonté d’aller à la paix. Quand je dis notre volonté, il s’agit de celle du président de la République, celle de ses adversaires qui ont saisi la main qu’il a tendue et celle des camarades du FPI. D’une manière générale, ils ont été convaincus que l’ensemble des Ivoiriens est disposé à aller à la paix. Nos camarades socialistes ont vu qu’avec la prochaine élection présidentielle, les Ivoiriens sont en train de tourner dos à la violence pour s’impliquer dans la politique qui va nous permettre de gérer sainement nos rivalités et d’avancer, non seulement sur le chemin de la démocratie, mais aussi celui du développement.
Professeur, y a-t-il aujourd’hui encore une réelle spécificité socialiste ? Sinon, en quoi la pensée des partis socialistes se distingue-t-elle de celle des autres partis politiques ?
Je pense que c’est le Président de la République qui a clarifié ce débat dans le langage imagé qui est le sien. On ne résoudra aucun problème en disant « libéralisme, libéralisme ; le marché, le marché ». Mais en même temps, on ne pourra pas se développer sans le marché. Le marché peut être inhumain, parce que le marché est une machine, un processus. C’est un rapport entre une offre et une demande. Et tenir compte du marché, c’est s’apprêter à affronter des concurrents, c’est produire dans de bonnes conditions des produits de qualité. Mais si on ne s’en tient qu’au marché, l’être humain sera écrasé, marginalisé et oublié. Puisque c’est la loi de l’offre et de la demande. Dans un tel environnement, c’est à l’être humain qu’il appartient d’apporter la justice, la solidarité, de faire en sorte que le marché ne laisse pas de côté ceux qui ne son pas compétitifs, mais qui ne sont pas moins des êtres humains. Ce que les socialistes proposent, c’est un mariage entre les exigences du marché et la solidarité humaine. Une démocratie plus complète qui ne soit pas limité à sa dimension politique (voter tous les 5 ans), mais une démocratie qui soit aussi sociale, c’est-à-dire qui puisse satisfaire les droits sociaux des citoyens. On va l’appeler la social-démocratie à la différence de la révolution. Car la révolution, c’est le fait de transformer et d’imposer à la société une voie pour la sauver sans elle ou contre elle ou malgré elle. Or la démocratie suppose qu’on négocie avec le peuple. On prend le temps de comprendre ses besoins, de les lui expliquer et de l’amener à s’impliquer. Le socialisme c’est donc l’articulation de la liberté, de la démocratie et de la solidarité. S’il y a une volonté généreuse sans la liberté, sans la démocratie, le socialisme devient inefficace. Pire, il devient un monstre qui va dévorer ses propres enfants. Ainsi, la liberté du marché certes, mais la solidarité humaine surtout. Et non pas sur la base de la simple charité. Car le capitalisme est capable, après avoir exploité le peuple, d’ouvrir des fondations et de faire des dons.
Que gagne le FPI à être membre d’une Internationale socialiste ?
On créé des Internationales pour avoir des alliés. Cela n’a pas de résultats immédiats. En parlant à l’IS, il y a au moins 130 pays qui entendent parler de notre problème. Et les socialistes du monde entier qui sont dans des positions stratégiques et d’autorité peuvent nous être utiles, ne serait-ce qu’au niveau de l’information. La guerre, on le sait très bien, on la gagne d’abord par l’information… On a des camarades qui, quelle que soit la difficulté du combat, nous sont solidaires. L’IS est donc un réseau mondial dans lequel nous pouvons profiter de l’expérience des autres, donner notre point de vue, informer nos camarades sur nos propres valeurs, nos difficultés et nos projets.
On assiste ces derniers temps à un véritable ballet diplomatique français. D’abord Jack Lang, ensuite Bernard Kouchner, etc. Pensez-vous Professeur, comme disent certains, que « Sarkozy veut réparer les torts de Chirac » ?
Il faut d’abord remonter plus loin. Parce que, quand on parle des socialistes, on ne voit que ceux qui ont été au pouvoir depuis 1981. Mais François Mitterrand, ministre de la France d’Outre-Mer, Albert Sarraut et Laurent Péchou sont des socialistes qui ont réprimé durement… Personnellement, je n’ai pas été surpris que dans ces évènements malheureux qu’on appelle la crise, nos camarades socialistes français n’aient pas compris les enjeux. Ils ont réagi, et ça se comprend, en français d’abord avant de réagir en socialistes. Et c’est ce que Aimé Césaire a dénoncé dans sa lettre à Maurice Torez. Mais ça ne concerne pas que les communistes, il s’agit de tous les partis politiques français. Ils réagissent d’abord en nationalistes. Nos camarades ne pouvaient pas comprendre que les Ivoiriens aient la même attitude. C’est pourquoi ils étaient tous persuadés que nous étions anti-français. Nos camarades socialistes français ont dit que Gbagbo n’était pas fréquentable. Ils ont estimé que c’est nous qui avions créé l’ivoirité politique. Chirac et eux avaient la même opinion. Mais c’est quoi être anti-français ? Nous, nous sommes simplement pro-ivoiriens… Ce sont tous ces excès et tous ces malentendus qu’ils sont eux-mêmes en train de corriger. Il a fallu du temps pour que la France colonialiste comprenne que l’indépendance des ex-colonies était une nécessité. Mais que de morts, des années 40 aux années 50. Il a fallu également d’autres morts en 2004 pour que la France raisonne comme dans les années 50 : « Ils peuvent bien être des Etats indépendants, nous pouvons bien les respecter et préserver nos intérêts. » C’est dans l’intérêt de la France qu’il n’y ait pas de guerre chez nous et, c’est aussi dans notre propre intérêt d’avoir des rapports avec la France. La Côte d’Ivoire ne cherche juste qu’à avoir une meilleure relation avec France.
Peut-on donc dire que le président Nicolas Sarkozy se présente comme l’homme de la rupture ?
Le président Nicolas Sarkozy a posé les actes qui le montrent. Monsieur Sarkozy a bien compris les intérêts de la France. Il faut savoir que, ce que la France décide aujourd’hui dans ses rapports avec la Côte d’Ivoire, n’est pas pour nous faire plaisir. Et le Livre blanc qui vient d’être publié par l’armée française le dit clairement. A savoir que la France va désormais mettre l’accent sur la technologie des renseignements. Ce qui compte donc, ce n’est pas des armées pléthoriques à travers le monde, mais la capacité de se projeter dans le monde par anticipation grâce aux satellites. Parce que la guerre aujourd’hui est très technologique. La France a bien compris qu’il faut se recentrer sur ce qui est essentiel… La crise ivoirienne a permis, non seulement à la France de comprendre où se trouve son véritable intérêt et comment le préserver, mais aussi aux Ivoiriens d’ouvrir les yeux. Cette crise a donc été bonne pour nous tous.
Professeur, on annonce même des actions fortes. Par exemple, fermer les bases militaires, réviser les accords de défense, proposer une autre forme de coopération, etc. Lequel des chapitres de ce programme mérite-t-il, selon vous, d’être fait dans l’urgence ?
D’abord repenser les rapports. Avoir une autre conception de la coopération. Le reste, c’est le déploiement de l’idée sur le terrain. Nicolas Sarkozy est le président de la France qui est un grand pays. Gbagbo est le président d’un petit pays. Mais en termes intellectuels et d’expérience de la vie, Sarkozy n’a rien de plus que Gbagbo. Il faut donc qu’on puisse se respecter… Je ne comprends pas le ministre Kouchner quand il dit « Je n’irai pas en Côte d’Ivoire tant qu’il n’y a pas d’élections ». Mais est-ce que nous avons besoin de lui ? Les élections ont-elles eu lieu avant qu’il ne vienne ? Maintenant, il dit « C’est avec celui qui est élu que nous allons coopérer ». Mais naturellement ! C’est ce que nous voulons. Ça va nous permettre d’avoir conscience de nos responsabilités et de ne penser qu’aux intérêts de la Côte d’Ivoire. Nos partenaires doivent comprendre que leur intérêt, c’est notre développement. La justice au niveau mondial est donc dans l’intérêt des pays pauvres et des pays riches. Et ça pourrait être une réponse efficace au problème de l’immigration clandestine.
Des indicateurs clairs et pertinents de cette rupture sont-ils perceptibles ?
Le président Sarkozy, c’est vrai qu’il fait parfois des discours malheureux, mais tout le monde salue son discours du Cap. Ce qui veut dire qu’il faut mettre les choses à plat… Il comprend où se trouvent les intérêts de la France. Il y a donc des actes qui sont posés et des signes qui sont perceptibles.
Comment croire, Professeur, qu’au moment où les Chinois, les Américains et autres s’intéressent de plus en plus à la Côte d’Ivoire, la France se retire en fermant sa base militaire ?
Il y a deux types de discours. Le premier, un peu irresponsable est « on s’en fout, prenez votre indépendance et crevez ». Le second amène à répondre à des questions principales : « Quels sont nos intérêts ? Comment les promouvoir et les protéger ? ». Et dans chaque pays qui est une grande puissance, quand des gens réagissent de cette façon subjective, leur patronat, leurs intellectuels les ramènent à l’ordre. Quand De Gaule avait dit en Algérie « Je vous ai compris », en fait il faut comprendre qu’il s’était lui-même compris, il avait compris les intérêts de la France. C’est pourquoi, à propos de base militaire française, les Ivoiriens doivent lire que la meilleure façon de rester pour les français, c’est peut-être de partir d’une certaine manière.
La Chine concurrence sérieusement les Etats-Unis et l'Europe en Afrique. Les pays africains peuvent-ils se permettre de jouer la carte de la Chine contre leurs partenaires « traditionnels » ?
La Chine met en place une politique qui correspond aux besoins de sa société. On dit que la Chine cherche du pétrole partout. Mais se développer demande beaucoup d’énergie. Aujourd’hui, l’Occident redoute la Chine, alors on critique la Chine pour les droits de l’homme, etc. Mais imaginez une révolte en Chine ! L’Occident peut faire à la Chine ce qu’elle a fait à l’Union Soviétique, l’amener à imploser. Il suffit de créer des conflits, de mener une guerre idéologique… Souvenez-vous de la guerre de l’opium au 19e siècle. Pour ce qui est des relations entre la Côte d’Ivoire et la Chine, il faut comprendre qu’un Etat n’est pas là pour choisir un ami contre un autre. C’est de savoir ce que la Chine, la France ou les Etats-Unis nous apportent. Il ne faut donc pas voir les relations internationales en termes de noir et blanc. Chaque Etat fait la promotion de ses intérêts selon les offres qui lui sont faites. La Chine est un modèle pour nous, nous nous inspirons de son expérience, parce que c’est un pays sous-développé qui a réussi à émerger. En dehors de cela, la Chine est comme tous les autres Etats. Et les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. C’est aussi valable pour la Côte d’Ivoire.
Pensez-vous que les Chinois perçoivent l’Afrique comme un nouvel Eldorado ?
Les anciennes puissances coloniales n’avaient pas d’autres motivations en venant en Afrique que le besoin de matières premières. Les français veulent notre pétrole, les chinois également veulent notre pétrole, il en est de même pour les autres Etats occidentaux. Nous discutons avec tout le monde pour voir ceux qui nous respectent et qui respectent nos intérêts. C’est la loi du marché de donner au plus offrant. Il n’y a donc aucune raison de diaboliser les chinois.
Professeur, c’est dans exactement 5 mois qu’aura lieu l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire. Comment la voyez-vous ?
Cette prochaine élection présidentielle est très importante. Car elle va mettre fin à des mythes. Parce que cette élection va permettre à chacun des hommes politiques Ivoiriens de savoir ce qu’il pèse véritablement. Mais c’est une élection qui sera difficile. A l’image de tout accouchement, la femme est entre la vie et la mort. Cependant, il faut faire en sorte que l’accouchement se passe bien… Cette élection est donc périlleuse parce que la Côte d’Ivoire arrive en bout de chute. Certains hommes politiques vont prendre leur retraite, et en effet, ils voudraient y aller dans certaines conditions. Ils vont donc jouer leur va-tout. Gbagbo également qui a résisté durant toute la crise, voudra enfin pouvoir mettre son programme en œuvre. De mon point de vue, le pouvoir qui sortira de cette élection sera légitimé. Mais ça ne veut pas dire que la crise sera résolue pour autant. Parce que cette crise n’est pas seulement une affaire politique. Il y a aussi sa dimension sociale. Il faut qu’au sortir de cette élection, il y ait un pouvoir crédible qui relance la Côte d’Ivoire. La relancer autant dans la reconstruction physique que humaine.
Mais très peu d’Ivoiriens parient pourtant sur la tenue de ce scrutin, en tous cas à la date indiquée…
C’est pourquoi j’utilise l’image de l’accouchement. Vous connaissez une femme qui va accoucher et qui n’est pas inquiète qui n’a pas peur ? C’est d’abord douloureux, ensuite il y a le risque qu’elle subisse une césarienne, qu’elle décède même. Il est donc normal que nous soyons tous angoissés. Mais un homme politique, un intellectuel ne doit pas se limiter à l’angoisse. Il doit comprendre l’angoisse et chercher les moyens de la contourner… Cette élection ne sera pas facile. Il y aura des grincements de dents, peut-être des affrontements. Mais les Ivoiriens doivent y croire, car elle est très importante pour notre histoire. Parce qu’à partir de cette souffrance, nous déboucherons sur une nouvelle Côte d’Ivoire. Et quel que soit le résultat de ce scrutin, le président Gbagbo sera déjà rentré dans l’histoire, par sa résistance et par sa générosité. Et les autres qui ont compris qu’il faut mettre fin à la rébellion, seront eux aussi rentrés dans l’histoire.
Avec du recul, cette crise ivoirienne était-elle liée à un déficit de démocratie ou était-ce un vrai problème identitaire ?
J’en suis arrivé à penser qu’il y a deux choses fondamentales. Il y a d’abord la France. Les chercheurs verront plus tard de quelle manière la France a été impliquée. Ensuite, il y a un problème sur lequel on ne s’est pas encore véritablement penché, c’est la crise de l’élite ivoirienne. Tout le reste est prétexte et alibi. Imaginez le nombre de gens qui ont occupés de hautes fonctions, c’est-à-dire ministres, directeurs de cabinets, directeurs généraux, ambassadeurs, etc. et qui ne le sont plus. Qu’est-ce qu’ils deviennent ? Ces jeunes ingénieurs, médecins, pharmaciens, économistes, enseignants, qui refusent de travailler, mais qui attendent tous d’être nommés. C’est le grand paradoxe de notre pays. Mais que fait-on d’eux ? Ces autres milliers de jeunes sans travail, que deviennent-ils ? Voilà la bombe ! Et ça, ce n’est pas PDCI, ni FPI, ni RDR. C’est un problème social. Il faut donc qu’au niveau des partis politiques, qu’on puisse dire la vérité aux jeunes, à aux cadres : « On ne peut pas tous vous nommer ». C’est cela la crise. L’inadéquation entre les aspirations des uns et des autres et ce que la société offre. Par conséquent, le ressentiment, l’aigreur, la frustration et la colère qui bouillent en tout ce monde finissent un jour par exploser. Ce sont là les problèmes que les sociologues devront regarder de plus près et que les politiciens devront aborder avec efficacité. Tous les autres éléments qui entouraient la crise n’ont été que des fabrications idéologiques, des cache-sexes. Il y avait une opportunité, il fallait donc une justification. Aujourd’hui, qui parle encore de problèmes identitaires, de l’ivoirité ? Ouattara et Bédié ne sont-ils pas alliés au sein du RHDP ? Il nous revient donc aujourd’hui de chercher les vrais problèmes et de trouver ensemble les vraies solutions.
Professeur, vous qui êtes un observateur attentif de la société ivoirienne, que pensez-vous de la corruption, du racket ? Le mal est-il si profond que ça dans notre pays ?
C’est une question de perception. On le perçoit d’autant plus aujourd’hui que la pauvreté a augmenté. A partir du moment où même le petit fonctionnaire gagnait relativement bien sa vie, il n’avait pas à envier son camarade devenu ministre. Mais aujourd’hui, la pauvreté est telle que l’écart est devenu trop choquant. Nous ressentons douloureusement ce mal parce que nous sommes de plus en plus pauvres. Sinon, ce n’est pas aujourd’hui qu’est née la corruption et ce n’est pas aujourd’hui non plus qu’elle va disparaître. Ce qui est important, c’est de comprendre que dans tous les pays en guerre, la corruption augmente, les trafics aussi. Par exemple, jusque dans les camps de concentration Nazi où les gens savaient qu’ils allaient mourir d’un moment à l’autre, il y avait la corruption… Une période de guerre est donc une période de grande anomalie, de grande confusion de valeur. Si la guerre autorise de tuer, mêmes parfois des femmes et des enfants, l’honnêteté devient une moindre valeur. Le régime étant fragilisé s’est s’appuyé sur des groupes individus, mais surtout sur ses soldats qui ont fini par croire qu’ils doivent bénéficier d’une sorte d’impunité. Et je suis heureux qu’on ait commencé par l’armée. Cela a permis au moins de savoir que s’il y a racket, c’est aussi parce qu’il les véhicules n’ont pas de pièces… Si vous observez l’ensemble de la société, dans les hôpitaux, dans les écoles, dans l’administration, etc. C’est alarmant ! Tout ça doit changer. Mais ça ne peut être fait que dans un pays normal, avec une société qui donne opportunité à chacun de gagner honnêtement sa vie. Une société qui respecte ses membres pour ce qu’ils sont. Car ce ne sont pas les villas et les voitures qui font la grandeur d’un homme.
Quel rôle souhaitez-vous pour les intellectuels Ivoiriens dans la reconstruction de notre pays ? Pérorer ou s’engager ?
Les intellectuels doivent s’engager dans ce que j’appelle la reconstruction humaine. C’est-à-dire, s’efforcer de comprendre l’impact que la crise a eu sur nous. Ecouter les raisons que les uns et les autres en donnent pour connaître la racine du problème. Et à partir de là, aider notre société à se reconstruire. Reconstruire nos liens sociaux et nous mobiliser collectivement pour affronter les défis qui sont les nôtres, en Afrique et dans le monde. On ne peut donc pas dire pérorer, c’est un peu péjoratif, mais s’engager, s’impliquer pour promouvoir les droits de l’homme, la démocratie, l’économie, la connaissance de notre histoire, de ce que nous sommes et que, l’identité ne soit pas une occasion de batailles parce que l’identité n’est pas identique, elle évolue… Une fois qu’on aura compris tout cela, ce sera l’occasion d’un nouveau départ. D’une Renaissance à ne pas confondre avec la renaît-chance comme disent Denis Jambart et Claude Allègre. La renaissance c’est par le travail, l’engagement. Et non une affaire de miracle, ni de chance. Il nous faut savoir dans quelle direction on s’engage et pourquoi. Et s’il y a une multitude de chemins, il faut au moins qu’on s’accorde sur la destination.
Dernière question Professeur, ça vous inspire quoi quand vous entendez des africains dire : « Barack Obama, un espoir pour de l’Afrique » ?
Ce n’est pas seulement l’image des noirs de l’Afrique, mais de tous les noirs du monde entier qui est rehaussée. Même si Barack Obama n’est pas élu, les noirs auront fait un grand progrès. De Toussaint Louverture à aujourd’hui, en passant par Martin Luter King, c’est un aboutissement que nous revendiquons légitimement. Ce qui veut dire que les noirs ont progressé dans une Amérique qui a progressé, qui a dépassé les préjugés raciales. En tant qu’être humains, nous sommes reconnus. Parce qu’il ne faut pas oublier la controverse de Valladolid où l’Eglise Catholique se demandait si les noirs étaient des singes ou des êtres humains. De Valladolid jusqu’à aujourd’hui, que de chemins parcourus ! Sous le rapport de la reconnaissance, oui Obama est une fierté pour tous les noirs. Mais sous le rapport politique et économique, nous serons confrontés à l’Amérique. Et l’Amérique reste l’Amérique avec des intérêts d’un Etat, d’une super puissance sur lesquels il ne faut pas que les Africains se fassent trop d’illusions. Nous devons rester lucides. Ce n’est pas parce que l’Amérique pourrait être dirigée par un noir que les choses vont être différentes.
Réalisée par Serge Grah
Posté le 20.06.2008 par sergegrah
Lucien Tapé Doh
Plusieurs dirigeants de la filière café-cacao ont été arrêtés cette semaine à Abidjan. Ils sont accusés de malversation et de mauvaise gestion du « poumon de l’économie ivoirienne ». Lucien Tapé Doh et Henri Amouzou, les plus grosses prises de cette opération devront répondre de leurs actes devant la Justice ivoirienne.
Lucien Tapé Doh, président du conseil d’administration de la Bourse du Café Cacao (BCC) a été arrêté, jeudi, à Abidjan. Avant lui, plusieurs autres acteurs de la filière café-cacao de Côte d’Ivoire, dont la gestion leur avait été confiée en 2001, ont été entendus puis écroués à la Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan (MACA).
Henri Kassi Amouzou du Fonds de Développement pour la promotion des activités des producteurs de café-cacao (FDPCC), a ouvert le bal des arrestations, lundi dernier. Entendu par le Procureur de la République, Tchimou Raymond, il a été déféré à la MACA avec ses proches collaborateurs M. Théophile Kouassi et Mme Houssou.
« Malversations, détournements de fonds, mauvaise gestion, etc. » est le sombre résumé fait de leur passage à la tête des structures agricoles qui leur avait été confiées. Ils sont appelés à répondre de leurs actes. Et selon des sources judiciaires, la vraie audition de ces différents acteurs débutera dans deux semaines. En attendant ils partagent le bâtiment des assimilés de la MACA.
Le « nettoyage » ne fait que commencer
La même vague pourrait emporter les dirigeants du Fonds de Garantie des Coopératives Café-Cacao (FGCCC) à la MACA. Aucune structure de la filière ne sera épargnée, nous a rapporté une source judiciaire. M Firmin Kouakou, Kouassi Tohouri Prosper et Mme Angeline Kili, respectivement Directeur des affaires administratives et financières et Présidente du conseil d’Administration du Fonds de Régulation et de Contrôle (FRC) sont entendus aujourd’hui. Ils ont été cités à comparaître par le Procureur de la République dans l’achat de l’usine de cacao de Fulton aux Etats Unis.
Cette série d’arrestation, selon le Procureur, n’a rien de définitif Il s’agirait plutôt d’une disposition particulière liée à la sécurité des prévenus.
L’Opération « mains propres », qui continue de faire des victimes, ne touche pas que le secteur du café-cacao. Elle a déjà « frappé » des proches collaborateurs du Président de la République les mois passés. Kuyo Téa Narcisse et Eugène Allou, son Chef de protocole qui ont été retiré de la garde rapprochée du Président de la République.
C’est une grande première en Côte d’Ivoire. La célèbre phrase « je fais, et puis il n’y a rien » qui a longtemps fait régner la gabegie dans la gestion de l’Etat de Côte d’Ivoire risque de disparaître à jamais du langage populaire. Le Président Gbagbo entend donner une correction et une leçon de bonne gouvernance à toute la Côte d’Ivoire et à la Communauté Internationale.
Afrik.com
Posté le 20.06.2008 par sergegrah
Les aides alimentaires ont un effet négatif sur les marchés locaux. Elles les fragilisent et permettent aux régimes autocrates d’éviter d’appliquer les réformes qui soulageraient leurs administrés. Il est urgent que l’Afrique dessine une stratégie pour répondre aux besoins croissants de ses populations.
De nombreux pays ont été secoués par la crise alimentaire depuis le début de cette année. Une hausse des prix des denrées alimentaires à des niveaux parfois astronomiques a accru le risque de famine, exposé plus de populations à la malnutrition et a conduit à des manifestations autour de la planète. Les dirigeants du monde, cherchant à éviter des tensions susceptibles de renverser des Etats, ont tenté de s’accorder sur la meilleure manière de nourrir les populations mondiales.
Le Président américain George W. Bush en particulier a annoncé le déblocage en urgence de 200 millions de dollars d’aide alimentaire. Et cela s’ajoute aux 770 millions de dollars pour de l’aide alimentaire qu’il avait demandé au Congrès. Au total l’aide alimentaire d’urgence des seuls Etats-Unis se monte à près de un milliard de dollars.
Historiquement, les Etats-Unis ont été le plus grand pourvoyeur en aide alimentaire. En 2007 ils ont fourni 2,5 millions de tonnes de denrées à plus de 70 pays, d’une valeur de 2,1 milliards. Et la même année ils ont fourni 1,5 millions de tonnes de denrée au titre l’aide alimentaire d’urgence à 30 pays d’une valeur de 1,2 milliard.
En dépit de son importance en cas de catastrophes naturelles (au titre du secours humanitaire), comme pour le dernier cyclone en Birmanie, l’aide alimentaire ne soulage jamais la pénurie ou les hausses des prix dans le long terme. Cette aide a aussi un effet négatif sur les marchés locaux, souvent de petite taille et faiblement compétitifs. Ces marchés sont ainsi fragilisés par des flux d’aide alimentaire gratuite ou à bas prix. Dans le long terme, des livraisons régulières d’aide alimentaire dans des zones ne connaissant pas de sécurité alimentaire permettent en réalité à des Etats menés par des autocrates de repousser encore et encore les réformes nécessaires.
« L’Afrique peut nourrir ses propres populations »
L’intérêt du président Bush pour nourrir ceux qui ont faim est bienvenu. Mais une telle compassion parait cependant avoir raté sa cible. En effet, si l’aide alimentaire américaine peut nourrir des millions d’Africains, elle a l’inconvénient de ne pas durer. L’Afrique peut nourrir ses propres populations. Le problème est qu’on ne lui a jamais permis d’essayer.
85% des africains vivent dans des communautés rurales. Ils se reposent sur l’agriculture pour nourrir leurs familles. La Politique Agricole Commune de l’Union Européenne ainsi que la politique agricole américaine consistant à subventionner les agriculteurs, ont écarté les produits agricoles africains, limitant ainsi le revenu qui aurait pu être réinvestis pour améliorer la production africaine. Ces politiques protectionnistes ont retardé la croissance de notre continent et y ont sapé la production alimentaire. Mais si la production alimentaire africaine a souffert d’un régime commercial entravé et injuste imposé par le monde développé, elle a été aussi empêchée par des politiques locales pour le moins assez peu intelligentes.
Selon la Banque Mondiale, si les Etats-Unis et l’Union Européenne supprimait ou réduisaient substantiellement les subventions qu’ils versent à leurs agriculteurs, l’impact généré se traduirait par la sortie de millions d’Africains de la pauvreté. En dépit d’appels pour remédier à ces politiques qui distordent le commerce, les Etats-Unis et l’U.E. ne changent pas vraiment de position et de politique – contrairement à l’esprit du cycle de négociations de Doha. Malheureusement, les négociations commerciales pour obtenir enfin la ratification de ces accords se sont soldées par un fiasco.
En 2001, le service de recherche du Département d’Etat américain de l’Agriculture avait mené une étude relevant que les droits de douane constituaient la distorsion la plus importante de prix (52%), suivis par les politiques de soutien aux agriculteurs (31%), et les subventions à l’exportation (13%). Le commerce avec le monde développé ne s’est donc pas effectué sur un pied d’égalité à travers un marché libre. Les pays africains font donc face à des droits de douanes élevés pour leurs exportations.
Il faut que l’Afrique dessine une stratégie pour répondre aux besoins ses populations
En même temps, les pays africains n’ont pas été capables depuis longtemps d’échanger entre eux. Un accroissement du commerce entre pays africains de moins de 5% par exemple générerait plus de 70 milliards de dollars en revenus annuels supplémentaires. Ce serait plus que ce que le continent reçoit chaque année en aide extérieure. Selon les statistiques du Fonds Monétaire International en 2005, le commerce entre pays africains représente seulement 9% de la richesse de ces pays. Par comparaison, ce chiffre est de 43 % entre les pays d’Asie. La part de l’Afrique dans le commerce mondial est passée de 6% à 2% lors des deux dernières décennies. Et encore : si l’Afrique du Sud est exclue des calculs, ce chiffre tombe à 0,6%.
La crise alimentaire actuelle a cependant mis en exergue le besoin urgent que l’Afrique dessine une stratégie pour répondre aux besoins croissants de ses populations. Relever le défi alimentaire en Afrique implique d’aller bien au-delà de l’aide du Président Bush. Ce dont l’Afrique a besoin est un engagement plus sérieux de la part des américains : un engagement à redonner de la vie aux négociations actuellement moribondes, et ce, en mettant en œuvre de manière unilatérale des réformes graduelles mais substantielles dans leur politique agricole.
Une telle démarche constituerait une pression pour que l’U.E. réduise aussi ses subventions. Cette politique permettrait une augmentation de la croissance qui serait bénéfique aux agriculteurs africains qui continuent de voir leurs produits écartés du marché mondial du fait d’une concurrence déloyale imposée par des politiques protectionnistes.
[b]Source Afrik.com
Une tribune de Thompson Ayodele, Directeur Exécutif de l’Initiative for Public Policy Analysis[/b]
Posté le 16.06.2008 par sergegrah
Wilfried N’Sondé
Invité spécial de la cérémonie de remise des prix du Concours Littéraire « Les Manuscrits d’Or » 2008, l'écrivain et musicien congolais Wilfried N'Sondé lauréat 2007du Prix des cinq continents de la Francophonie était à Abidjan le 4 juin 2008. Nous l’avons rencontré.
Vous avez été lauréat 2007 du Prix des cinq continents de la francophonie, avec votre premier roman « Le Cœur des enfants léopards ». Que représente ce prix pour vous ?
Ce prix est avant tout une reconnaissance importante, comme un sceaux de qualité sur mon travail, c’est un début rêvé en littérature. Le prix m’a donné confiance dans ma plume. Le fait que son principe soit d’emmener le lauréat à la rencontre des lecteurs dans l’espace francophone international, a été l’occasion d’expériences inoubliables et de rencontres exceptionnelles. J’ai beaucoup appris, ce fut comme une formation accélérée à la vie d’écrivain !
Vous êtes l’invité spécial de la cérémonie de remise de prix du concours littéraire « Les Manuscrits d’Or » à Abidjan. Que pensez-vous de telles initiatives ?
De telles initiatives sont importantes, surtout quand elles sont menées avec autant de professionnalisme. Je transmets encore une fois mon admiration à Vallesse Editions pour cet excellent travail. L’organisateur a su fédérer de multiples acteurs susceptibles de promouvoir la lecture et l’écriture à long terme. C’est moins l’initiative qui m’impressionne, que la manière dont elle a été menée. La cérémonie des Manuscrits d’Or a été très réussie, je suis fier d’en avoir été l’invité d’honneur.
« Le Cœur des enfants léopards » est le titre de votre roman. Que faut-il entendre par un tel titre ?
Le cœur, car il s’agit d’une introspection, un saut dans l’intime, l’idée était de mettre de l’humanité sur l’actualité, celle concernant les populations pauvres vivants en France, issues de l’immigration africaine. Les enfants léopards sont à la base, ceux du Congo, je crée une filiation mystique, au début du livre, entre le peuple des Bacongos et les léopards. En écrivant le livre, je me suis aperçu que les enfants léopards sont tous ceux qui se battent dans la vie, avec les attributs du léopard, la férocité et la noblesse dans les gestes.
Où commence la fiction dans votre œuvre ? Votre roman est-il une autobiographie ?
Le seul élément biographique du livre, est le fait que, comme moi, le narrateur est né au Congo et émigre vers la France vers 5 ans. Le reste est pure fiction, même si un peu comme en physique, rien ne se perd, rien ne se crée ! C’est un roman d’amour, j’ai eu comme beaucoup d’autres quelques expériences dans le domaine. Ce livre se veut être une plongée dans l’intime des sentiments humains, or ce n’est pas moi qui les ai inventé.
Dans votre roman les jeunes tiennent une place importante. En Côte d’Ivoire comme ailleurs certainement, ils constituent la tranche majoritaire. Que dites-vous généralement à cette jeunesse africaine ?
Cessons s’il vous plait de généraliser. Mes quelques voyages sur le continent m’ont confirmé dans l’idée que les diversités y sont grandes. Du peu que j’ai pu voir à Abidjan, je dirai simplement que les jeunes ont besoin d’emplois et d’un meilleur système d’éducation. D’ailleurs, il s’agit là d’un problème mondial. Dans d’autres pays, les jeunes ont besoin que leur pays s’ouvre davantage sur le monde. S’il est peut-être un point commun à tous, c’est le complexe récurant par rapport à l’Europe, il faut arrêter de toujours se définir en fonction des Européens, ne plus constamment attendre leur approbation et exister au-delà de leurs préjugés.
Quelles sont vos influences littéraires ?
Mes influences littéraires sont multiples. Je suis entré en littérature en lisant les romantiques du XIXe siècle, je suis d’ailleurs resté un inconditionnel de Nerval. J’ai beaucoup lu la philosophie de Nietsche, j’aime son idée de renversement des valeurs. L’un de mes ouvrages favoris est « Les méduses », de Tcikaya U’Tamsi. J’aime assez certains auteurs français contemporains, comme Véronique Olmi, Laurent Mauvignier, Virginie Langlois ou encore Carole Martinez.
Vous arrive-t-il de séjourner souvent en Afrique ?
Depuis l’année passée, j’ai fait 4 voyages en Afrique, 2 sont prévus jusqu’à la fin de l’année, notamment le retour à Brazzaville en juillet 2008. Cela va être un grand moment, difficile aussi mais riche en expériences. J’attends cela avec impatience.
Parlez-nous de votre vision de l’Afrique au vu des évènements qui l’a secoué. Je pense à la Côte d’Ivoire, au Congo, au Kenya, à l’Afrique du Sud, etc.
Ces évènements ne sont pas propres à l’Afrique, ils sont, je crois, le fruit d’une pratique mondiale, qui met l’économie avant l’humain, le profit personnel avant le partage, la jouissance de quelques uns avant l’intérêt du plus grand nombre. C’est aussi la conséquence d’une manière d’aborder l’autre, celui qui est différent. Au lieu de ce nourrir des différences pour s’enrichir, elles font peur, crée des hiérarchies absurdes entre les êtres et amènent violences et chaos. Encore une fois, ces problèmes de fond et leurs manifestations ne sont pas le triste privilège de l’Afrique, mais comme elles y trouvent leur expression la plus horrible, je crois que c’est sur ce continent que les changements essentiels d’une certaine conception de l’humanité vont apparaître.
La plupart des jeunes africains sont prêts à braver toutes sortes de dangers pour se retrouver en Europe. Que pourriez-vous leur donner comme conseil ?
Dans le cas de guerres ou de pénuries aigus, je ne peux pas me permettre de condamner un tel choix. Maintenant, je pense qu’il existe une vraie propagande mondiale, qui crée l’illusion que l’Europe est un paradis, et l’Afrique un enfer. Nombreuses Nations occidentales, notamment la France, se sont bâties sur ce mensonge, aussi c’est très difficile pour eux de tenir un autre discours. Dans cette affaire, tout est question de perception, j’aimerais dire aux jeunes que le bonheur est à trouver en soi, l’environnement est chose qui se transforme par l’action individuelle. Pour près de 90% des immigrés hors Union Européenne qui arrivent en Europe aujourd’hui, sans papiers, sans argent, sans qualification, la vie est un vrai enfer, qui ne mérite pas que l’on prenne autant de risques. Il faut, je pense, qu’il y ait une prise de conscience de la part des dirigeants politiques, des enseignants, des artistes, de tous le monde, pour que les discours sur l’Afrique changent, mais que surtout, les pratiques des Africains changent aussi, à tous les niveaux. Nous sommes maîtres de notre destin et de celui des plus jeunes d’entre nous.
Quelle est votre opinion sur les tests Adn en ce qui concerne l’immigration en France ?
Je pense que c’est une imprudence de la part du législateur français, d’avoir introduit l’ADN dans la loi. Les phénomènes humains, ne peuvent pas s’expliques ou se prouver uniquement par la biologie. C’est un malheureux coup politique qui ne résout en rien la question de l’immigration clandestine, mais qui à terme, pourra créer des problèmes importants dans la gestion par les tribunaux français de conflits familiaux.
Est-ce que vous pensez que les écrivains africains peuvent contribuer aux changements de mentalités ?
J’espère que tout le monde devrait contribuer aux changements de mentalités dans le monde.
Vous êtes francophone, vous remportez un prix de la francophonie. Comment se vit ce fait là dans une ville germanique comme Berlin ?
Ce qui est important à Berlin, c’est le fait que j’ai gagné un prix littéraire, cela donne de la crédibilité. Le reste n’intéresse pas vraiment.
Croyez-vous en la francophonie comme espace de partage de valeurs humaines ?
Le monde dans son ensemble est devenu un espace de partage de valeurs humaines, malheureusement pas toujours les meilleures.
Serge Grah
Posté le 11.06.2008 par sergegrah
Libéré de la drogue, un ancien de la pègre témoigne
O. S. est le fils d’une grande personnalité politique ivoirienne. A 45 ans, il a connu son chemin de Damas. De l’héroïne à la cocaïne, du vol à l’asile psychiatrique, en passant par la prison, etc. Aujourd’hui libéré de la drogue, O. S. veut témoigner auprès des jeunes que la drogue et toutes les perversions qu’elles véhiculent ne sont pas une fatalité. Un véritable témoignage de foi et d’espérance en la vie.
« Je m’appelle O. S. Mais j’ai aussi un autre nom, D. Hervé. Un nom que j’ai toujours détesté et que je cachais à mon entourage. En fait, je n’avais pas été reconnu par mon père biologique. J’en ai été très frustré… C’est avec beaucoup de difficultés que mon père m’a finalement reconnu à l’âge de 5 ans. Il a fallu avoir recours à la justice pour y arriver. Enfant, je n’avais aucune conscience de tout cela, mais c’est au CE2 que ça commencé à me peser.
La quête de liberté
Mon père m’a confié à sa mère et à sa petite sœur. Dans le quartier que nous habitions, on m’appelait O. S. et à l’école j’étais D. Hervé. Je détestais ce nom, car ça ne reflétait pas qui j’étais en réalité. Et j’en étais très complexé. A 13 ans, je ne supportais plus la maison. Je me sentais prisonnier d’une situation dont je n’étais pas responsable. Je voulais être libre. C’est ainsi que je suis parti de la maison. Je me suis retrouvé à Treichville dans un groupe de jeunes. Avec ce groupe de jeunes, j’ai donc connu le cannabis. On a fumé dans la rue, sans aucune réserve, sans aucun interdit. Cherchant juste une expérience, curieux de savoir ce que ça fait lorsqu’on tire sur un joint, on se croyait maîtres de nous-mêmes. On croyait participer à une aventure et, sous l'effet de cette illusion, il semblait s'établir une distance avec les réalités de notre vie. On tentait de s'y réfugier… Après un an passé dans les rues de Treichville, mes parents m’ont retrouvé et ramené à la maison. Mais pour moi, il n’était plus question de retourner à l’école. J’arrêtai ainsi mes études en classe de CM2.
Un ami à mon père me proposa d’aller au centre technique de Gagnoa. Ce que j’acceptai. En fait pour moi, ce n’était pas vraiment l’idée de retourner à l’école qui m’enchantait. Je voulais, en acceptant d’y aller, me rapprocher de mon père qui, sincèrement, ne me supportait pas. Il devait projeter sur moi tous les problèmes qu’il avait eus avec ma mère.
Je découvre l’héroïne et la cocaïne
A Gagnoa, j’ai intégré un autre groupe de jeunes qui fumaient de l’herbe. Pendant les 2 ans que je suis resté au centre technique, j’ai continué de fumer. Lorsque je suis retourné à Abidjan, les relations conflictuelles que j’avais avec mes parents, surtout ma tante, ont continué de plus belle. Je suis donc reparti.
J’avais 17 ans et c’était ma première grande fugue. Je suis resté dans la rue 3 ans durant. C’est en cette période que j’ai fait la connaissance de Marc. C’est lui qui m’a fait connaître l’héroïne. Je me souviens qu’il m’avait dit : « Le cannabis n’est pas assez fort. Je vais te montrer quelque chose qui est très bon, tu vas avoir de merveilleuses sensations. Elles sont différentes de celles que tu as d’habitude avec l’herbe. » Quand j’ai pris ma première dose d’héroïne, j’ai vomi sur le champ. Je n’ai pas supporté. Mais, j’ai aimé les sensations dont a parlé mon ami Marc. L’héroïne provoque, en effet, une sensation de bien être et d’euphorie suivie d’un état de somnolence. Dans un état d’oubli total, le consommateur d’héroïne masque un mal être psychique, une souffrance qu’il ne peut guérir seul. Pire, elle te maintient rapidement dans une forte dépendance. Trouver le produit devient vite une véritable obsession : c’est la dépendance physique.
A Abidjan, il n’y avait pas encore de petits revendeurs. C’était dans les milieux riches qu’on retrouvait l’héroïne. Mais mon ami Marc, lui, était vigile en Zone 4. Un quartier où habitaient de grands dealers. C’est là-bas que je le retrouvais très souvent pour me procurer de l’héroïne. Je ne pouvais plus rien faire sans la drogue. J’étais devenu un accro. Jusqu’à 21 ans, j’ai roulé des joints à l’intérieur desquels je déposais cette poudre jaunâtre d’héroïne. Et, il me fallait toujours trouver de l’argent pour la prochaine dose.
Puis, je rencontre Alpha Blondy. Pendant 2 ans, j’ai travaillé pour lui. Chez Alpha Blondy, je n’avais plus touché à l’héroïne. Mais je continuais de fumer le cannabis… Jusqu’à ce que je parte de chez lui. Ne sachant plus où aller, je me suis retrouvé à la gare routière d’Adjamé. Là-bas, j’ai été rabatteur, chargeur, charretier, etc. J’avais maintenant 27 ans. Dans ce milieu, j’ai encore retrouvé l’héroïne. Il faut dire qu’à cette époque, la cocaïne et l’héroïne avaient commencé à toucher tous les petits ghettos abidjanais. Tout l’argent que je gagnais à la gare, je le dépensais dans la drogue. Entre-temps, je fais la connaissance d’un jeune, Alain, qui comme moi vivait dans la rue. Pour avoir été chrétien, il me parlait très souvent de Dieu et de la Bible. Ainsi, par ses encouragements, j’ai décidé de fréquenter l’Eglise évangélique d’Adjamé. Le pasteur qui me suivait s’est même proposé de m’héberger chez lui. Ce que j’ai accepté. Mais il était difficile pour moi d’arrêter comme ça. Cette dépendance physique et psychique était si forte que, je ressentais de terribles douleurs, des courbatures, des coulées de morves et de larmes quand j’essayais de ne pas fumer. Je me cachais donc pour fumer de temps en temps. Jusqu’à ce que mon tuteur le découvre. Honteux, je me suis enfui.
Dans cette fuite, je rencontre une fille avec laquelle j’ai fini par sortir. C’est elle qui m’a initié à la cocaïne. Avec la coke, je me suis mis à voler, à agresser, à braquer. Tout ce qu’il y avait de mauvais en moi avait fait surface... J’atterri, peu de temps après, à Marcory, chez un ami qui lui était chargeur à la gare de wôrô-wôrô. Lui aussi se droguait à la coke. Ensemble, nous avons fait tout ce qui pouvait être ignoble dans la vie d’un homme.
La drogue à Abidjan
Le premier fumoir d’Abidjan est né dans la commune de Treichville. Il avait été créé par une ghanéenne du nom de code de « La vieille chinoise ». C’est elle la prêtresse de la drogue à Abidjan, et sans doute de toute la Côte d’Ivoire. « La vieille chinoise » avait des entrées à la direction générale de la police, à l’aéroport, etc. C’est elle qui approvisionnait les différents fumoirs qui ont été créés par la suite. C’est ainsi qu’à partir de 1986, la Côte d’Ivoire est devenue la plaque tournante du trafic de l’héroïne, de la cocaïne et du crack. Vers 1990, la consommation de ces drogues a explosé pour se répandre dans tous les petits quartiers d’Abidjan. Le petit détaillant achète les 5 grammes de coke à 80 000 F, qu’il va ensuite préparer avec du bicarbonate. Le résultat obtenu va être découpé en des petits morceaux qui seront vendu à 5000 F Cfa l’unité. Avec l’héroïne, c’est presque le même procédé, sauf qu’au détail, elle est vendue à 3000 Fcfa.
Aujourd’hui, on retrouve des fumoirs partout. Depuis les grosses villas aux grands murs jusqu’aux hypers maquis de la rue princesse, les bars climatisés, les discothèques, tous pour la plupart, abritent des fumoirs, mais des fumoirs VIP. La Maca (Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan) est l’un des grands marchés abidjanais de la drogue. On y vend de la coke, de l’héroïne, du cannabis, etc. Certains gardes pénitenciers, devenus de véritables dealers, ravitaillent quotidiennement les prisonniers.
Tous les propriétaires de ces « crack houses », entretiennent de très bonnes relations avec certains éléments de la police des stupéfiants. Chaque fin de mois, ces policiers viennent chercher leur part du gâteau, ce qui permet aux dealers de continuer leur business sans en être inquiétés. De temps à autre, la télévision nous montre des fumoirs démantelés à Adjamé, à Abobo, Koumassi, etc. Mais tant que certaines autorités policières continueront de participer à la prolifération de la drogue, la lutte pour résorber ce fléau va rester au stade de propagande. Parce qu’une grande partie des saisies de drogue, le plus souvent, retourne sur les marchés. Un officier de la police, m’a un jour avoué que c’est pour combattre le grand banditisme, que les autorités « autorisent » les fumoirs. Parce que dit-il, « ces fumoirs permettent de mettre la main sur les grands bandits et de démanteler leurs gangs. » Vrai ou faux ?
Une main tendue pour me sortir de l’enfer de la drogue
Lorsque j’étais à Marcory, j’ai rencontré un musicien chrétien. Vu que je m’intéressais beaucoup à la lecture biblique, il me présenta à une femme blanche qui travaillait à aider les jeunes en difficultés. La blanche a été très impressionnée par ma maîtrise de certains passages bibliques. Elle se proposa de m’inscrire dans un institut chrétien. Le fait que je m’étais résolument mis à fréquenter cet institut m’éloigna un peu de mes amis de la pègre.
J’expliquai franchement à cette dame la situation dans laquelle j’étais. En tous cas, je lui ouvris mon cœur. Et elle se présenta comme une oreille très attentive de ce que je vivais. C’est ainsi qu’elle décida de me prendre un studio dans lequel je devais habiter avec un autre chrétien auquel elle confia ma formation religieuse. Ce n’était pas facile pour moi malgré toute la volonté que j’y mettais. Deux fois, j’ai rechuté. Des crises de manques, de paranoïa, etc. Au point que j’ai séjourné à l’hôpital psychiatrique de Bingerville. La dame souffrait chaque fois que je rechutais. J’avoue que ce sont ses pleurs, sa foi et son amour qui m’ont poussé à m’accrocher à la main qu’elle m’a tendue. Encadré, guidé, réhumanisé, je n’éprouvais plus le besoin de me réfugier dans la drogue. Mais il m’a fallu beaucoup de courage…
Le chemin de l’espérance
Le fumeur d’un soir peut devenir un drogué sans le réaliser… La drogue m’a pris toute mon adolescence. Et il m'a fallu autant de temps pour cesser d'en fumer. C'est très douloureux, rien qu’à y penser. Je croyais pouvoir oublier, être un personnage d’un film plus beau que ma réalité. Je recherchais dans la drogue un moyen pour combler un manque d'amour, de dialogue, surtout avec mon père qui n’a jamais su me dire « je t'aime », mais aussi avec moi-même.
Tout drogué, à un certain moment, a envie d’arrêter. Mais comment ? Parce que la seule volonté ne suffit plus. Car une fois que tu as pris conscience du piège dans lequel tu t’es enfermé, il devient difficile de demander de l'aide. Orgueil, découragement, honte peut-être. Or, ce n’est qu’une main extérieure qui peut te sortir de là. Car tes capacités psychiques et physiques sont gravement affaiblies. Il est donc clair que la drogue ne résout rien. Au contraire, elle accroît nos difficultés à appréhender, à maîtriser et à résoudre nos problèmes. La vie est-elle si difficile à vivre qu'on ait besoin d'un filtre pour la supporter ? Nos problèmes sont-ils si graves qu'il faille les fuir plutôt que d'essayer de les affronter ?
J’exhorte tous ceux qui comme moi ont souffert ou souffrent de la drogue de lever la tête. A ceux, surtout les jeunes, qui n’y ont pas encore touché, je prie de l’éviter autant qu’ils peuvent. Car la drogue est un enfer. C’est une chose qu’on ne doit même pas souhaiter à son pire ennemi. Depuis que j’ai arrêté la drogue, j’apprécie les joies simples de l’existence, j’ai repris confiance en moi.
Je pense aussi à ces parents désespérés par leur enfant qui se drogue. Avec très souvent cette culpabilité qui les paralyse. Au point que leur souffrance s'exprime en rejet, en agressivité. La jeunesse n’est pas une maladie. Les parents ne doivent pas faire de l’égarement, souvent temporaire, de leurs enfants une maladie incurable en les enfonçant davantage. Au contraire, ils doivent leur tendre la main de ce véritable amour qui relève, qui guérit et qui sauve. Par leur présence chaleureuse, les parents doivent donner à leurs enfants qui se sont réfugiés dans l'illusion de la drogue, des raisons d'espérer en la vie.
Je voudrais terminer pour dire qu'il existe des réponses à toute détresse, une main tendue à toute souffrance et une espérance quand tout paraît humainement impossible. On dit qu'on obtient de Dieu autant qu'on en espère. J'ajouterai qu’on obtient de la vie ce qu’on en espère. Il en est de même pour l'amour ! ».
Serge Grah