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Le kunyaza ou le secret de l’orgasme au féminin

Publié le 31/07/2008 à 12:00 par sergegrah
Le kunyaza ou le secret de l’orgasme au féminin
Nsekuye Bizimana

Des experts affirment que 70% des femmes n’atteignent pas l’orgasme avec la seule pénétration vaginale. Pour qu’elles prennent enfin du plaisir dans l’intimité, Nsekuye Bizimana a décidé de faire découvrir aux hommes une technique sexuelle africaine : le kunyaza. Dans Le secret de l’amour à l’africaine (Leduc.S Editions), il révèle comment se pratique cette méthode ancestrale répandue en Afrique Centrale et de l’Est. Nsekuye Bizimana est convaincu que l’Afrique détient le secret de l’orgasme féminin. Ce passionné de sexualité africaine a étudié des années durant une technique ancestrale employée dans son Rwanda natal, ainsi qu’au Burundi, dans l’Est de la République Démocratique du Congo et dans l’Ouest de l’Ouganda et de la Tanzanie. Transmis de façon orale, l’art du « kunyaza », comme on l’appelle en terre rwandaise, serait si efficace que la plupart des femmes pourraient avoir de multiples orgasmes et même une éjaculation. Nsekuye Bizimana donne aux hommes les détails pratiques du kunyaza - illustrations à l’appui - dans Le secret de l’amour à l’africaine, un ouvrage publié en Allemagne, où il est installé, en France et bientôt aux Etats-Unis. Nsekuye Bizimana, à la tête d’un institut de recherches dédié au kunyaza, estime que son livre permettra de vulgariser la « caresse magique » à travers le monde. Les hommes ne devraient alors plus avoir d’excuse pour ne pas combler les femmes, dont 70%, selon certains experts, n’atteignent pas le septième ciel via la seule pénétration vaginale.


Comment se pratique le kunyaza ?

La méthode est basée sur une stimulation intense du sexe de la femme. L’homme tapote avec le bout de son pénis la région ou la partie interne du sexe de sa partenaire en faisant des mouvements verticaux ou horizontaux. La façon la plus simple est de se concentrer sur la région du clitoris et de tapoter de gauche à droite. Si le tapotement est douloureux, on peut mettre de la salive ou attendre que le sexe de la femme se lubrifie. Quand l’homme se débrouille bien, la femme peut avoir un orgasme au bout de cinq minutes.

Cinq minutes de « tapotement », ce doit être fatiguant pour le poignet de l’homme, non ?

Si l’homme est fatigué, la femme peut prendre le relais. La femme peut aussi exposer ce que l’on appelle le vestibule pour que l’homme atteigne les parties les plus sensibles, dont la prostate de la femme, située derrière le point U (méat urinaire, ndlr). A propos, c´est plus fatiguant pour l´homme d´employer le cunnilingus que le kunyaza ! La nuque et les mâchoires se fatiguent très vite…

Vous expliquez que le kunyaza se révèle aussi très efficace pour les femmes excisées…

En général, c’est une petite partie du clitoris qui est coupée. La partie interne est préservée, de même que le méat urinaire, qui est une zone très érogène. Donc on peut essayer de satisfaire ces femmes. On pense souvent qu’elles ne peuvent pas jouir or, elles le peuvent ! J’ai interrogé des femmes excisées qui m’ont dit que la méthode fonctionnait pour elles.

Le kunyaza serait aussi utile en cas de problèmes d’érection…

Lorsque les hommes ont un léger problème d’impuissance, ils peuvent tout de même stimuler le sexe de la femme. Et, à force de tapoter, le pénis de l’homme peut même durcir et permettre une pénétration. Je connais plusieurs hommes qui m’ont dit que cette méthode avait été efficace.

Selon vous, le kunyaza pourrait devenir aussi populaire que le French kiss. Comment ça ?

Quand j’étais jeune, le French kiss était peu répandu. Seule une minorité l’utilisait. Mais, actuellement, la plupart des africains utilisent le French kiss. Tout comme les Européens qui, il y a cent ans, n’embrassaient pas de cette façon à grande échelle. C’est la preuve que, quand une méthode a des bienfaits, elle se répand ! Et comme je suis convaincu que le kunyaza est une très belle méthode, je suis sûr qu’il se répandra. Avec la sortie l’année prochaine de la version anglaise, les gens vont l’essayer, trouver qu’il est bien et le bouche à oreille fera le reste. On pratique d’ailleurs déjà le kunyaza en Namibie où les gens, au contact des Ougandais, ont bien accepté la technique.

Lors de vos ateliers sur le kunyaza, vous indiquez que ce sont surtout des Blancs qui font le déplacement. Comment l’expliquez-vous ?

Je ne connais pas exactement les causes qui font que les Africains viennent peu, je ne peux que spéculer. A mon avis, de ce que j’observe en Allemagne, beaucoup d’Africains ne s’intéressent pas aux discussions ou aux conférences politiques. On les retrouve plutôt à la messe en train de prier. C’est ce que j’ai constaté. Mais je pense que ça va changer car, depuis la version française du livre, beaucoup de gens m’ont écrit pour recevoir le livre.

Avez-vous eu des retours de sexologues quant à votre ouvrage ?

Il faut s´attendre à des réactions quand les sexologues auront lu le livre parce que j´ai comparé les méthodes qu´ils prônent au kunyaza. Les sexologues en général n’ont pas réellement progressé sur le sujet de l’orgasme féminin, sinon les gens n’auraient pas tant de problèmes. Je pense que ce que je propose aidera les gens.

Quelle a été la réaction de votre maison d’édition avant la publication ?

Avant de publier mon livre, on m´a dit qu´on était très impressionné et qu´on trouvait que je donnais des conseils très aidant. Ma maison d´édition a déjà publié plusieurs livres sur la sexualité, notamment des livres du célèbre sexologue français Gérard Leleu. C´est-à-dire que c´est une maison compétente en la matière.

Connaissez-vous d’autres méthodes africaines efficaces pour donner du plaisir aux femmes ?

Non, sinon j’aurais aussi écrit là-dessus !

Diriez-vous que votre ouvrage est féministe ?

Ce n’est pas un livre militant en tant que tel. Mais un problème, celui de l’insatisfaction sexuelle des femmes, se pose et j’essaye d’y donner une solution. J’ai simplement envie que les femmes se réjouissent aussi quand elles font l’amour.

Vous envisagez de coordonner une étude sur le kunyaza à l’Institut de recherche sur la sexualité et la médecine sexuelle d’Allemagne pour prouver l’efficacité de cette méthode. Avez-vous les financements ?

En Allemagne, les travaux privilégiés sont ceux sur les maladies sexuelles ou les problèmes psychologiques des pédophiles ou des violeurs, par exemple. Ils ne connaissent pas bien les techniques sexuelles mais ça va venir. Ca prendra du temps pour que le livre suscite de l’intérêt mais je pense que les Français vont s’y intéresser. Je rechercherai alors des financements auprès d’eux.

Source Afrik.com

« La drépanocytose est un enfer »

Publié le 29/07/2008 à 12:00 par sergegrah
« La drépanocytose est un enfer »
Pr Sanogo Ibrahim

La drépanocytose touche environ 2 millions d’ivoiriens. Pourtant, rares sont ceux qui connaissent son existence ou simplement savent même qu’ils en sont atteints… Une maladie qui tue dans la plus grande indifférence. Le Professeur Sanogo Ibrahim, Chef du service Hématologie du CHU de Yopougon, dresse ici le portrait de cette maladie génétique et tire la sonnette d’alarme.

Professeur Sanogo, dites-nous ce que c’est que la drépanocytose ?

Avant de répondre à votre question, je voudrais vous remercier de l’opportunité que vous nous offrez de parler de la drépanocytose qui est une maladie qui touche par prédilection les hommes de races noires et qui, malheureusement est peu connue de la population. Qu’est ce que c’est que la drépanocytose ? C’est une maladie du sang qui est transmise de façon héréditaire et qui se manifeste par deux signes : la douleur osseuse et l’anémie.

Quelle est la combinaison génétique qui peut donner naissance à un drépanocytaire ?

Les deux manifestations les plus fréquentes sont les formes hétérozygote et homozygote. Dans la première, un individu naît avec un gène sain (A) et un gène malade (S). Il n’aura aucun signe clinique de la maladie. Par contre, il pourra transmettre la déficience génétique à son enfant. Si son conjoint est aussi AS, l’enfant a 50% de l’être, 25% d’avoir deux gènes normaux (AA) et autant de venir au monde avec deux gènes malades (SS). C’est la forme homozygote. Dans ce cas, la maladie est très souvent un enfer.

Professeur, comment se fait-il que la drépanocytose ne touche essentiellement que les sujets de races noirs ?

C’est une maladie qui n’est pas exclusive aux noirs mais, les fréquences les plus élevées se retrouvent en Afrique subsaharienne. Il y a une zone désignée par la 15e latitude nord et la 15e latitude sud qu’on appelle la ceinture cyclénique de Liman, du nom de l’auteur. Dans cette ceinture cyclénique, tous les pays ont une fréquence au-delà de 10% de la population. Et lorsqu’on observe bien, on voit que de l’ouest à l’est, les fréquences augmentent, si bien que dans les grandes régions de l’Afrique équatoriale appelée la région de la forêt congolaise, les fréquences vont entre 20 et 40 % de la population… Il y a aussi des théories qui expliquent que le gène de la drépanocytose est né d’une mutation génétique due au paludisme. La deuxième théorie, est ce qu’on appelle le phénomène d’endogamie, c'est-à-dire lorsqu’une anomalie apparaît dans une aire géographique donnée et que les sujets de cette aire se marient entre eux, l’anomalie se perpétue.

Quel lien y a-t-il entre le paludisme et la drépanocytose ?

Lorsque vous considérez une population dans laquelle on retrouve l’anomalie de la drépanocytose, et si vous essayez de la classer selon le type de l’anomalie, vous trouverez 3 grands groupes ; vous avez les sujets qui sont « AA » qui ont l’hémoglobine normale et qui ne sont pas drépanocytaires, vous avez un groupe de sujets qui sont « SS » c'est-à-dire qui font la maladie. Ensuite vous avez un troisième groupe de sujets « AS ». Ces sujets « AS » qui ne font pas la maladie mais, qui vont la transmettre à leurs descendants. Si vous classez la population dans laquelle il y a l’anomalie il y a ces trois sous groupes : les « AA » tout à fait normaux, les « SS » malades et les « AS » qui servent de moyen de perpétuer la maladie. Ceux sont des vecteurs. Et le paludisme se trouve de façon endémique dans les zones où se trouve la drépanocytose. Les sujets « AA » meurent beaucoup du paludisme, les « AS » résistent plus au paludisme. On va donc avoir une proportion de « AS » qui va augmenter progressivement dans la population. C’est pour cela que le lien entre le paludisme et la drépanocytose permet d’expliquer la prédilection de la race noire avec cette maladie.

Quel est le taux de drépanocytaires en Côte d’Ivoire ?

Les chiffres que nous avons découlent des enquêtes effectuées par nos maîtres (Les Professeurs Kaba, qui est le premier professeur d’hématologie en Cote d’Ivoire et Sangaré, Paix à leurs âmes) autour des années 70. Ces deux professeurs ont travaillé sur la drépanocytose à l’échelle nationale. Ils ont fait des prélèvements dans différentes régions et ont trouvé que la drépanocytose, toute forme confondu, est à 12% de la population. Et parmi ces 12%, il y avait 10% de « AS » et 2 % de « SS ». A cette époque-là, la population était estimée à 7 millions d’habitants. Aujourd’hui, il faut compter environ 20 millions d’habitants. La fréquence a certainement augmenté parce que récemment, nous avons réalisé une enquête dans la commune d’Attécoubé où le taux est de 24% d’anomalie hémoglobine.

A quel moment doit-on pratiquer le dépistage de la drépanocytose ?

S’il y a eu mariage entre sujets « AS » et que par conséquent vient à naître un enfant qui manifeste la forme « SS », c’est autour de 6 mois qu’on va commencer à voir les premiers signes. Il va sentir des douleurs aux poignets et aux pieds. Ces 4 régions du corps vont s’enfler et être très douloureux. Ceux sont ces premiers signes qui vont attirer l’attention des parents. En plus, il y a aussi le fait que l’enfant va présenter une anémie chronique, il va être fatigué, il n’aura une propension à s’isoler, à ne pas jouer… On peut également faire des prélèvements chez la femme enceinte pour faire des analyses afin de déterminer la maladie. Mais malheureusement, ce ne sont des techniques qui ne sont pas encore disponibles en Côte d’Ivoire.

Quels sont les facteurs déclenchant de la crise chez un drépanocytaire ?

Chez un drépanocytaire, les globules rouges ont une durée de 20 jours, contre 120 pour un individu sain. Lorsque l’oxygène vient à manquer, les globules rouges perdent progressivement leur forme ronde pour prendre celle d’une faucille. Il arrive qu’ils se durcissent et provoquent des bouchons dans les artères. Ils ne peuvent donc plus assurer leur fonction première : délivrer de l’oxygène aux organes. Des crises de douleur chroniques, mais quasi imprévisibles, se manifestent. Dans les cas extrêmes, les crises sont si violentes qu’elles touchent les os et les organes. Mais cette douleur connaît des facteurs déclenchant qui premièrement sont le froid. Les malades vous diront qu’ils ont mal en saison pluvieuse et pendant l’harmattan. Deuxième facteur déclenchant, la fièvre. Il faut éviter que le drépanocytaire ait la fièvre. Troisième facteur, l’effort physique. Et quatrième facteur déclenchant, la grossesse. Il faut noter que chez la femme drépanocytaire, la grossesse un est grand risque. Parce que dans cet état, la fréquence des crises augmente autour du 3e trimestre. Le risque d’avoir un enfant hypotrophique, c'est-à-dire de faible poids de naissance est alors élevé, il y a aussi le risque d’avortement, celui d’accouchement prématuré, et enfin le risque d’avoir une mort prénatale… Un autre facteur déclenchant est l’anesthésie. Quand on endort un drépanocytaire, on le met dans une situation favorisant de crises. Ce qui fait que l’intervention chirurgicale chez le drépanocytaire est très délicate.

Professeur tout à l’heure en parlant des principaux facteurs déclenchant, vous avez insisté sur l’état de grossesse. Est-ce qu’on pourrait déconseiller à une drépanocytaire d’avoir un enfant, vu les risques auxquels elle s’expose ?

On ne devrait pas le lui déconseiller. Mais insister sur le fait qu’elle doit être rigoureusement suivie. Des grossesses bien espacées et bien suivies. Nous avons déjà suivi des femmes qui ont eu 2 voire 3 enfants.

Est-ce qu’il y a une alimentation particulière pour un drépanocytaire ?

On ne peut pas dire qu’il y ait une alimentation particulière. Mais ce qu’il faut conseiller en matière d’alimentation, c’est les aliments nutritionnels dont le corps a besoin pour compenser l’anémie. Le malade doit consommer suffisamment de viande et de poisson. Il doit consommer surtout beaucoup de crudités, des haricots verts et des fruits. C’est ça qui va permettre de remplacer le sang qui se détruit. Et de maintenir le taux d’hémoglobine... Aussi, est-il conseillé qu’il ait des repas fractionnés au lieu de manger beaucoup en une fois. Puisque quand tu manges beaucoup, la digestion est difficile et peut provoquer une crise localisée au niveau du ventre.

Quelle est l’espérance de vie d’un drépanocytaire en Côte d’Ivoire ?

Je dirai que l’espérance de vie dépend du malade lui-même. Si la maladie est vite dépistée et que le malade est régulièrement suivi, il va avoir une maladie plus calme et par conséquent, son espérance de vie sera plus longue. Maintenant ça permet de répondre à la question de déterminer une espérance de vie précise. Avant, les enfants qui souffraient de la drépanocytose vivaient entre 10 et 12 ans. Mais ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, un drépanocytaire peut vivre longtemps. Nous en avons qui sont allés jusqu’à 55 ans.

Le suivi a quand même un coût…

Oui, effectivement le suivi a un coût. C’est sûr… Et ça dépend aussi de la forme de la maladie. S’il s’agit de la forme « SS », cela va nécessiter une consultation mensuelle. Tous les mois on va examiner le patient, lui prélever du sang pour voir jusqu’à quel niveau il est anémié et, c’est ce qui va permettre d’ajuster le traitement. Au moins 300 000 F CFA par an. Et ça, c’est en dehors de toute crise.

Professeur, on présente le VK500, comme un médicament « miraculeux » dans le traitement de la drépanocytose. Qu’en pensez-vous ?

C’est un médicament dont j’ai entendu parler. Mais je ne le connais pas pour ne l’avoir jamais utilisé... Je ne sais même pas s’il est vendu en Côte d’Ivoire ou pas. En fait, j’ai entendu parler de ce médicament pour la première fois par un malade qui me disait qui m’apprenait qu’il est vendu au Togo. Pour nous médecins, il y a des voies officielles pour diffuser un produit. Le médicament doit faire l’objet d’une expérimentation thérapeutique et les résultats doivent être présentés au cours de travaux scientifiques. Or dans le cas du VK500, il n’a pas été présenté à la communauté médicale et scientifique par les voies officielles de présentation des médicaments.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans le cadre du traitement de la drépanocytose ?

Les difficultés que nous rencontrons sont de 3 ordres : l’environnement du travail, la maladie elle-même, et la politique nationale de santé publique. Pour les difficultés liées à la maladie, il faut noter que la drépanocytose une maladie chronique et incurable. Ce qui nécessite une prise en charge particulière. Notamment une assistance sociale et psychologique pour soutenir le malade. En ce qui concerne l’environnement du travail, il faut reconnaître que l’Etat a beaucoup fait. Depuis 1989, il y a désormais au CHU de Yopougon, un service d’hématologie clinique où désormais on peut garder des malades en observation. Parce qu’auparavant à Cocody, c’était juste un laboratoire... Mais tout n’est pas rose pour autant. Parce que la prise en charge des malades doit se faire dans un laboratoire capable d’évaluer le taux d’hémoglobine. Il y a beaucoup d’autres examens qui doivent être faits dans le cadre du suivi et de la recherche des anticorps irréguliers. Pour ainsi dire que les locaux existent, mais le système de pérennisation de la réalisation de ces examens doit être effectif afin que le plateau technique puisse être adapté à nos besoins… A cela, il faut ajouter les difficultés liées à la politique nationale de santé. Une maladie qui atteint 10 à 12 % de la population est une maladie qui ne devrait plus être seulement de la seule responsabilité du médecin. Parce que 10% de 20 millions, c’est 2 millions de patients potentiels. Il faut donc une véritable politique nationale de sensibilisation, d’information à large échelle de la population pour que désormais, on évite de mettre au monde des enfants drépanocytaires. Chaque sujet doit connaitre son électrophorèse, son type d’hémoglobine pour qu’on évite les mariages à risque entre « AS ». Mais pour cela, il faut que l’examen qui permet de connaître le type d’hémoglobine soit vulgarisé, de telle sorte que chacun de nous connaisse son groupe. Etant donné que nous sommes dans une aire géographique où la maladie est fréquente, on pourrait, au même moment qu’on recherche son groupe sanguin, faire notre électrophorèse et qu’il soit mentionné sur la carte de groupe sanguin... La drépanocytose ne doit pas continuer de tuer silencieusement et dans l’indifférence.


Comment expliquez, Professeur, que pour une maladie aussi grave que la drépanocytose, il n’y a aucune documentation à part cette petite brochure du professeur Sangaré ?

Oui, malheureusement il n’y a pas de documentation à l’attention du grand public. Cependant, il existe des écrits qui sont restés dans la sphère de la communication scientifique. C’est pour quoi, nous entendons faire de la communication notre cheval de bataille afin de sensibiliser la population.

Quelles sont les structures de prise en charge des malades drépanocytaires en Cote d’Ivoire ?

Notre souhait est qu’il n’y ait même pas de structures mais que la prise en charge se fasse partout, compte tenu des caractéristiques épidémiologiques de la maladie. Cela ne devrait pas être l’affaire de spécialistes. Aujourd’hui on est arrivé à faire en sorte que le SIDA ne soit plus l’affaire de spécialistes. C’est un peu la même chose. Nous nous battons pour qu’il y ait des formations postuniversitaires afin de rappeler aux médecins les données de bases pour que chacun puisse à son niveau prendre en charge un malade pendant la crise ou en dehors de la crise.

Professeur Sanogo, que faut-il faire selon vous, pour que la drépanocytose soit vue comme une priorité de santé publique ?

Aujourd’hui on parle du Sida. Mais le Sida a trouvé ces maladies-là chez nous... Aujourd’hui grâce aux efforts du Ministère chargé de la lutte contre le Sida, on est à 4% de prévalence au plan national. Et la drépanocytose 12%. Ce qui veut dire que nous devons maintenant penser à des efforts pour lutter contre cette maladie. Il faut que le Ministère de la Santé travaille à mettre en place un comité national de lutte contre la drépanocytose. Car, faut-il le souligner, la sensibilisation en vue de la prévention primaire de la maladie est une mesure sanitaire…

Serge Grah




Les Noirs ne lisent pas et resteront toujours nos esclaves

Publié le 25/07/2008 à 12:00 par sergegrah
Les Noirs ne lisent pas et resteront toujours nos esclaves
Cet article diffusé, par Dee Lee, sur les ondes d’une radio New Yorkaise (USA) avait suscité en son temps une vive réaction des intellectuels Africains et des Noirs de la diaspora. Mais malheureusement, quoiqu’on dise, l’article dépeint une certaine réalité. Lisez plutôt. Et laissez vos commentaires. A partir de là on pourra ouvrir le débat sur « Pourquoi les africains ne lisent-ils pas ? Est-ce vraiment un problème culturel ou celui du coût du livre ?

Nous pouvons encore continuer à profiter des Noirs sans aucun effort de notre part. Voici les trois piliers qui soutiennent le maintien dans l’esclavage qu’ils s’imposent à eux-mêmes :

IGNORANCE, PROPENSION A TOUT CONSOMMER ET EGOÏSME

1. Leur ignorance

Elle constitue le premier socle de leur maintien en esclavage. Un grand homme déclara une fois que : « La meilleure façon de cacher quelque chose à un Noir est de la mettre dans un livre ». Nous vivons actuellement à l’âge de l’Information et de la communication tous azimuts. Ils ont l’opportunité de lire n’importe quel livre, traitant de tout sujet, mais surtout en rapport avec lutte pour la liberté et l’indépendance. Mais, ils refusent de lire. Il y a d’innombrables livres facilement disponibles chez Borders, Barnes & Noble ou sur Amazon.com sans mentionner les librairies spécialisées pour Noirs qui fournissent des œuvres de grande valeur, susceptibles de leur permettre d’atteindre tous les niveaux d’instruction et de formation. Mais peu d’entre eux acceptent de lire. Seulement quand ils vont au petit coin (chez nous, il y a toujours de la lecture dans ces endroits-là... Et si jamais ils lisent, ils refusent de partager les connaissances qu’ils acquièrent. Pire, ils n’écrivent pas pour les générations futures. Quant à ceux des villages, ils préfèrent cacher les valeurs ancestrales qu’ils détiennent (médecine par exemple), préférant mourir avec.

2. Leur propension à tout Consommer

Les Noirs, depuis l’abolition de l’esclavage ont eu de grandes sommes d’argent à leur disposition. L’an dernier, seulement pour la période des fêtes de Noël et de fin d’année, ils ont dépensé 10 milliards de dollars des 450 milliards de dollars qui représentent leur revenu annuel (2,22%). N’importe lequel d’entre nous peut les (Noirs) utiliser comme un marché cible. Ils viendront toujours consommer. Étant principalement des consommateurs, ils agissent par avidité, poussés par le plaisir et le désir de toujours posséder. Ils veulent toujours en posséder davantage sans penser le moins du monde à épargner ou à investir pour les générations à venir. Au lieu de démarrer une entreprise, ils penseront de préférence à s’acheter de nouvelles paires de chaussures très chères. Certains d’entre eux vont jusqu’à négliger leurs propres enfants pour se procurer les tout derniers modèles... TOMMY ou FUBU. Ils pensent jusqu’à présent que rouler en Mercedes et vivre dans une grande maison leur octroie un certain « statut » ou qu’ils ont réalisé le Rêve Américain. Ils sont fous ! Qu’ils soient en Europe, aux USA, en Afrique ou ailleurs... Ils sont tous les mêmes ! La majorité de leurs frères croupissent encore dans la misère parce que leur avidité les empêche de constituer un lobby financier au service de la communauté.

Avec l’aide de BET (Black Entertainment Tonight), une chaîne de télévision pour Noirs (ndlr), et d’autres media télévisés du même genre, ils peuvent recevoir toute sorte d’images qui finissent toujours par les détruire.

Nous continuerons à tirer d’eux d’immenses profits comme ceux gagnés par TOMMY et NIKE. Les Noirs continueront de se donner tristement en spectacle, pendant que nous autres (Blancs) nous construisons une communauté plus forte et toujours plus solidaire.

3. Leur égoïsme

Il est enraciné en eux depuis les temps de l’esclavage et l’époque coloniale. L’un des leurs, Dubois, disait dans un livre, « le Dixième des Talents », qu’il existait dans leur culture un manque de solidarité. L’auteur a été très précis à ce sujet. Cependant, comme il fallait s’en douter, les Noirs n’ont lu que le 1/10 de « le Dixième des Talents ». Alors que ce livre aurait pu leur donner les moyens de comprendre leur situation afin d’aider les 9/10 à avoir une meilleure qualité de vie. Au contraire, ces éléments ont crée une nouvelle catégorie de classe, la classe Buppie (que nous traduirions par parvenus). Ils regardent de haut les leurs ou bien les aident avec condescendance.

La seule culture qu’ils comprennent c’est celle de ramassage et de cueillette. Tel Caen qui est nourrie par la semence de son frère d’Abel : Le « nivellement vers le bas ». Leur égoïsme ne leur permet pas de travailler ensemble sur des projets communs. Ils ne réaliseront jamais ce que nous avons accompli. Quand ils se mettent ensemble ils laissent leur ego dominer leurs objectifs communs. Ainsi, leurs prétendues organisations d’aide et de charité (...) ne semblent seulement promouvoir des individus au lieu d’apporter de réels changements dans leur communauté. Ils sont heureux de siéger dans des conférences ou des conventions dans nos hôtels (Sheraton, Intercontinental..., discutant au sujet de ce qu’ils projettent de faire tout en félicitant par des titres ronflants les meilleurs orateurs et non les meilleurs entrepreneurs (ceux qui en fait agissent). Quand est-ce que tout cela va s’arrêter ?

Ils refusent obstinément de se rendre compte que unis ils pourraient accomplir beaucoup plus : Together Each Achieves More (TEAM). Ils ne comprennent pas qu’il n’y a pas mieux que des entités individuelles mises ensemble pour contribuer à une œuvre commune. En réalité beaucoup de ces Buppies (parvenus) ne se rendent pas compte qu’ « une seule signature suffit pour qu’ils redeviennent pauvres » et que deux chèques de paie les séparent de la pauvreté (ils sont à deux mois de salaire de la pauvreté). Et que tout cela est contrôlé par les plumes des Blancs. Une simple signature suffit !!

Ainsi donc nous continuerons à les maintenir dans cet état :
- Aussi longtemps qu’ils refuseront de lire et de partager l’information,
- Aussi longtemps qu’ils continueront d’être une communauté de consommateurs,
- Et aussi longtemps qu’ils continueront de penser qu’ils « aident » leurs communautés en payant des cotisations à des organisations qui ne font rien d’autres que tenir d’extravagantes conventions dans nos hôtels.

En passant, ne vous inquiétez pas qu’ils puissent lire cet article. Rappelez-vous : Ils ne lisent pas. Et ils sont amnésiques.

Côte d’Ivoire : La France choisit déjà ses immigrés

Publié le 22/07/2008 à 12:00 par sergegrah
Côte d’Ivoire : La France choisit déjà ses immigrés
Il est presque huit heures quand Serge arrive devant le consulat de France. Abidjan transpire déjà de chaleur mais Serge ne s’en plaint pas. Ce matin, il est déterminé, presque heureux. Enfin il a réussi à avoir un rendez-vous avec l’indispensable intermédiaire pour l’obtention d’un visa professionnel. Serge est éditeur. Dernièrement, il a publié le roman d’une Française et il compte bien partir là-bas, dans ce lointain pays qu’il n’a jamais vu, pour en assurer la promotion. Il est confiant car, dans sa besace, il y a tous les papiers exigés qu’il a pris soin de vérifier mille et une fois. Son certificat de travail, son ordre de mission, ses trois derniers bulletins de paie, ses trois derniers relevés bancaires, son attestation d’immatriculation à la CNPS, la lettre d’invitation que celle qui va le loger à bien voulu lui faire parvenir, accompagné de l’attestation d’accueil de la mairie où se situe son domicile, l’attestation d’assurance contracté spécialement pour le voyage, la réservation de son billet d’avion avec Air France – tout le monde l’a engagé à choisir cette compagnie, ayant apparemment la faveur du consulat ! –, autant de travel chèque à 25 euros que durera son séjour : 15 jours, 15 chèques… Et puis il a aussi quatre photos d’identité qu’il a fait faire dans un de ces rares photoservices agréés par le consulat. Déh ! ça fait beaucoup et il a dû débourser près de 420 000 FCFA pour tout cela mais ce n’est pas grave. Il est certain de partir. Il tâte la poche de sa chemise. C’est bon. Il a l’argent, les 40 000 FCFA pour payer le visa. Il n’a pas été aisé de réunir les fonds nécessaires. Il a fallu économiser pendant plusieurs mois car Serge n’a pu compter sur sa maison d’édition, trop récente, trop indépendante, trop pauvre. Mais ça va aller, d’autant que le fameux Président Sarkozy a récemment promis de faciliter la venue des acteurs de la culture oeuvrant pour la francophonie. Une aubaine !

Comme lui, une cinquantaine d’autres personnes se pressent devant le portail du consulat. Arrivent huit heures et un grand vigile du coin, un Ivoirien, qui se met à beugler « Faîtes le rang ! ». Les gens, disciplinés, un peu surpris par ce ton autoritaire, se placent les uns derrière les autres. Le vigile continue « Sortez les documents demandés ! ». Alors, il vérifie que chacun ait son dossier complet puis donne la permission de franchir le portail. Ensuite, il faut passer sous le portail-décteur-de-métaux-attention-au-terroriste. Tout le monde avance, toujours en file indienne. Serge comprend qu’ici personne ne lui dira « Akwaba, bonne arrivée » comme il est de coutume en Côte d’Ivoire. Puis les hommes et les femmes venus ce matin pénètrent dans une salle. Là encore un vigile : « On ne parle pas, on ne pose pas de question, préparez vos 40 000 francs. ». Serge se demande bien pourquoi il est obligé de subir un tel traitement ! Enfin il est appelé pour déposer son dossier. On n’appelle pas son nom, non ! Mais on appelle son numéro, celui qu’on lui a fourni lorsqu’il a téléphoné au consulat pour demander un rendez-vous… Il s’avance vers une vitre fermée derrière laquelle on ne distingue que deux yeux, deux yeux de femme. Serge glisse son dossier par la seule ouverture laissée à cet effet et se baisse pour murmurer un « Bonjour Madame ! ». Le vigile aux aguets gueule encore « On ne paaaarllle paaaas ! ». Serge se redresse. Par l’ouverture, une main blanche lui glisse un papier sur lequel il est indiqué qu’il doit revenir à 17 heures récupérer son passeport.

À 17 heures il est là, de nouveau. Cette fois-ci, on n’est plus autorisé à s’asseoir dans la salle, les gens restent en rang jusqu’au bout. L’un après l’autre, on leur distribue leur passeport et on leur ordonne de sortir immédiatement. Serge prend le sien et n’a même temps de voir ce qu’il en est qu’il se retrouve dehors…

La fin de l’histoire dit que ce soir-là, une femme s’est agenouillée devant le consulat pour remercier Dieu de sa grande mansuétude. Une autre à tant pleurer et crier au malheur qu’on a évité de peu l’attroupement public. Heureusement, les vigilants vigiles ont eu tôt-fait de la dégager manu militari ! Quant à Serge, il est rentré dans son quartier précaire de Yopougon. Il le sait maintenant : l’avion décollera sans lui. Car dans son passeport, en lieu et place du visa attendu, on a glissé une petite feuille sur laquelle est écrit « Le visa que vous avez sollicité vous a été refusé. ». Mais avec ce papier, il n’y a pas ses 40 000 FCFA ni le remboursement de tout la somme dépensée…

Par Manue Eymard
In Le Gri-Gri International, juin 2008

« Je me bats pour la survie de la mode africaine »

Publié le 21/07/2008 à 12:00 par sergegrah
« Je me bats pour la survie de la mode africaine »
Pathé O. (Styliste-Créateur)

Ainé Pathé Ouédraogo dit Pathé O. démarre sa carrière en 1969 à Abidjan. Très vite, il s’impose comme l’une des grandes figures de la mode africaine. Modeste et chaleureux, Pathé O. est aujourd’hui fier de la ligne vestimentaire qu’il a su maintenir. Il continue inlassablement de démontrer ce que l’Afrique a de meilleur en matière de création. Son combat ? Faire découvrir aux africains la beauté et l’élégance des créations des couturiers africains.

Comment êtes vous venu à la couture ?

Moi je suis un enfant du village. Un enfant du village qui arrive à la ville n’a même pas de choix. Pour lui, la ville est immense et fait peur… Ce qui ne lui permet pas d’orienter son choix. C’est donc par nécessité que j’ai choisi quelque chose à faire pour survivre. Et il s’est trouvé que le métier qui se présentait à moi, était la couture. C’est comme ça que j’y suis arrivé.

Avec du recul, pensez-vous avoir fait le bon choix en venant à la couture… ?

Je ne sais pas si j’avais vraiment le choix. Peut-être que j’aurais pu faire autre chose. Mais me trouvant face à la couture, je devais me battre pour aimer ce que je faisais et essayer de gagner ma place dans ce milieu. C’est donc longtemps après que je me suis rendu compte que la couture pouvait m’apporter beaucoup.

Et c’est ainsi que vous avez été le premier lauréat de « ciseaux d’or » en 1987…

Oui bien sûr… Dans chaque évènement de la vie, il y a toujours un souvenir qui te reste. Le thème des Ciseaux d’or 1987 était « L’élégance, l’harmonie et la créativité ». Et s’il y a une chose qui ne vous trompe pas, c’est la mode. Parce que c’est visible. Vous ne pouvez pas dire à quelqu’un que vous savez coudre si ce n’est pas vrai… Je me suis donc lancé dans ce concours qui était le premier auquel je participais. Il me fallait créer quelque chose qui sorte de l’ordinaire. J’ai gagné et ça m’a encouragé à faire mieux. A la suite de ce prix, j’ai été coopté comme habilleur officiel de Miss Côte d’Ivoire, de 1988 à 1998. Et puis également de Miss CEDEAO.

Comment pourrait-on définir la ligne Pathé 0 ?

C’est peut-être ceux qui portent la ligne Pathé O qui pourraient la définir. Ce qui est certain, c’est que j’aurais pu au départ choisir de travailler comme la plupart des couturiers africains, c’est-à-dire, copier les catalogues occidentaux, les revues de mode et gagner ma vie. Mais, quand j’étais encore apprenti, j’ai eu un modèle comme Chris Seydou (Paix à son âme !) qui a été le premier africain à utiliser la matière africaine pour en faire des vêtements modernes. Ce style m’a inspiré. Mais il faut souligner que c’est réellement avec le Wax que j’ai beaucoup travaillé. Ensuite, j’ai moi-même créé ma matière, tout en continuant avec le Wax. Ceux sont des pagnes tissés, des pagnes faits main, des indigos. Il m’arrive quelquefois de faire des mélanges avec des matériaux européens comme la gabardine, le lin et la soie. C’est donc tout cela qui pourrait constituer la ligne Pathé O.

Vous comptez parmi les plus célèbres stylistes africains. Quel est le secret pour arriver à un tel niveau de succès ?

C’est un travail que je fais. Si les gens aiment ce que je fais, c’est une grâce, une bénédiction. Pour ce qui du secret, je ne crois pas qu’il en est. Je pense que dans tout travail, on ne doit pas être surpris de là où est. Parce que, en tous cas pour ce qui est de la mode, ce n’est pas une loterie où intervient la chance. La mode est un travail acharné de recherche, de persévérance, etc. Il ne faut donc pas qu’on parle de succès et qu’on oublie les difficultés du parcours. Je suis dans ce métier depuis 1969. Je ne connais rien d’autre que ça… C’est vrai qu’en Afrique, imposer une ligne vestimentaire consommée par des gens depuis des années n’est pas évident. D’autant plus que nos marchés sont envahis par tout ce qui vient de l’extérieur. Ici en Côte d’Ivoire, si les hommes résistent encore, environ 70% des femmes portent des vêtements faits ici avec de la matière locale. Mais ce n’est pas venu comme ça, il a fallu des années de batailles pour faire accepter que les africains peuvent bien être beaux et élégants dans des vêtements de chez nous. Je ne suis donc pas à un niveau de succès, mais dans un processus qui n’est pas encore achevé. Je me bats pour la survie de la mode en Afrique. Pour qu’il existe en Afrique des consommateurs et des personnes qui croient en elle.

Est-ce qu’on peut dire qu’il existe une mode africaine ?

La mode est universelle. Mais il existe bien une mode africaine faite dans des matières africaines. La chemise, le pantalon, la robe, jupe, etc. gardent toujours la même structure quel que soit l’endroit du monde où on n’est. L’essentiel pour nous africains que cette mode soit faite dans nos matières, des matières qui conviennent à notre climat, à la couleur et surtout à nos mœurs. Il ne faut pas l’oublier. Nous avons une culture. Et nous ne devons pas admettre, sous prétexte de mode, d’exhiber les seins et les fesses des femmes. Ce n’est pas ça la mode. Ceux sont plutôt des singeries de ce qui vient d’ailleurs. Lorsqu’on est en Afrique, il ne faut pas s’imaginer qu’on est à Paris, à Tokyo ou à New York. Sinon, nous allons continuer de porter des manteaux et des gants comme si nous étions sur les Champs-Élysées. L’Afrique doit consommer Afrique pour que la mode ne meure pas et qu’elle soit demain une industrie.

Que faut-il faire concrètement pour la promotion de la mode africaine ?

La promotion de la mode africaine est liée à plusieurs paramètres. Il y a certes le créateur, mais il y a surtout les consommateurs. Il faut que les africains prennent conscience que personne ne viendra porter ce qu’ils font chez eux à leur place.

Qu’attend le styliste que vous êtes des gouvernants africains afin de valoriser la mode africaine ?

Rien du tout… Nous n’allons pas nous apitoyer sur notre sort pour demander quoi que ce soit. Nous avons des atouts qu’il nous faut mettre en valeur. La seule aide qu’on peut apporter à la mode africaine, est entre les mains des créateurs eux-mêmes. Il nous suffit de produire des choses de qualité, vendables ici comme ailleurs.

Pathé’O, on est quand même étonné de constater que vous n’ayez aucune boutique sur le marché européen…

Pour le moment, ma capacité de production ne me permet pas d’affronter le marché européen. Car c’est un marché qui demande beaucoup plus d’organisation, de possibilité de distribution et de suivi. Il ne faut pas oublier que le marché européen est saisonnier… Mais pour être plus franc avec vous, mon objectif est d’abord d’envahir le marché africain. C’est vrai que j’ai des boutiques dans quelques capitales africaines. Mais il faut que je trouve le moyen de satisfaire le vaste marché que constitue l’Afrique. Pour cela, il faut résoudre le problème du coût des produits. J’étais récemment à Nairobi au Kenya où j’ai visité un super marché qui représente Pathé O. La chemise y est à 250 dollars (125 000 F CFA). Ce coût est excessif. Je pense qu’il faut faire en sorte que le coût sur le continent des produits des créateurs africains soit accessible aux populations. La solution à ce problème, est qu’on soit nombreux sur le marché. Ce n’est donc pas que Pathé O. soit partout, mais que tous les créateurs africains soient eux aussi partout en Afrique. Ce qui aura non seulement l’avantage de diversifier les choix, de baisser les prix, mais surtout de détourner les africains des produits occidentaux.

On le voit, la plupart des jeunes couturiers ivoiriens et certainement africains aussi, copient vos modèles. Comment vivez-vous ce phénomène de la piraterie ?

Pour être franc, le fait que vous évoquez n’est pas un handicap pour moi. C’est même une excellente chose que des jeunes couturiers africains copient ce qui est fait en Afrique par des africains. Cela aurait été très dramatique si ces jeunes ne copiaient que ce qui vient de l’extérieur. Et puis, le volume des copies Pathé O ne représente peut-être que 20 chemises. Dans tous les cas, ce sera toujours une publicité à Pathé O… Sinon, je crois qu’on ne parlera de piraterie que si le volume des copies atteint des centaines de milliers d’exemplaires. Et Dieu merci ce n’est pas encore le cas.

Comment se sent-on quand on habille des personnalités comme Nelson Mandela, Laurent Gbagbo, Alpha Omar Konaré, Paul Kagamé, etc. ?

Pour moi, vous auriez dû demander pourquoi il n’y a que ces quelques personnes là qui portent des vêtements faits en Afrique ? Pourquoi les autres chefs d’Etats et les africains en général ne portent-ils pas ce qui est fait chez eux ? Sinon, un africain qui habille un autre africain, fut-il une personnalité médiatique, ne devrait pas étonner. Qui devrait les habiller à votre avis ? N’est-ce pas notre devoir de le faire ? Regardez dans les grandes villes africaines, combien sont-ils qui portent des vêtements africains ? Et il n’y a pas que dans la mode. Dans la construction, la décoration, la peinture, la tapisserie, etc. on n’arrive même pas à se faire confiance, préférant tout importer. C’est là tout le drame. Il faut que les Africains prennent conscience que tout ce qui est fait en Afrique n’est pas médiocre.

Comment êtes-vous arrivé à pénétrer l’univers de ces personnalités ?

Je ne pense pas que ce soit un univers difficile à pénétrer. Ces personnalités-là ont tout simplement réalisé la qualité du travail des couturiers africains. Ils ont constaté le progrès qui est fait dans le domaine de la mode africaine... Et je pense aussi qu’il faut croire à ce qu’on fait pour obtenir ce qu’il faut. Grâce au sérieux que je mets dans mon travail, j’ai toujours facilement obtenu mes rendez-vous avec eux.

Parlez-nous de votre première rencontre de couturier avec le président Laurent Gbagbo…

Ma rencontre avec le président Laurent Gbagbo ne date pas d’aujourd’hui. C’est une longue histoire. Regardez cette photo (Il nous montre une photo de lui avec Laurent Gbagbo), elle a été prise devant ma boutique à Ouagadougou où il a acheté sa première chemise Pathé O. C’était lors du Silmandé en 1993. Je crois qu’il faut féliciter le Président Gbagbo d’être resté fidèle à un couturier africain, d’être resté fidèle à sa conviction de croire en l’Afrique.

Réalisée par Serge Grah

Sous le pouvoir des blakoros (Amadou Koné)

Publié le 16/07/2008 à 12:00 par sergegrah
Sous le pouvoir des blakoros (Amadou Koné)
Traites, Amadou KONE, NEA, 1980

Traites est le premier des trois romans qu'Amadou Koné a écrits sous le titre général de « Sous le pouvoir des Blakoros », les deux autres étant : Courses et Fuites.

Qui sont ces « blakoros » auxquels l'auteur des « Frasques d'Ebinto » a consacré tant de pages et contre lesquels, il dresse un réquisitoire impitoyable tout en leur vouant un mépris quasi souverain ?

Chez les Bambaras, « blakoro » désigne un individu non circoncis, non encore initié, qui n'a pas encore atteint l'âge d'homme. Un individu immature au sens physique et moral. « Blakoro » est le contraire de « kamelikoro », c'est-à-dire l'homme qui a subi toute son initiation et donc confirmé dans les différents rites initiatiques. En principe, des « blakoros », on ne devrait en trouver que chez les garçonnets. Car, c'est cette classe d'âge qui renferme en majorité le genre d'individus qui attendent d'accéder, par le biais de la circoncision et d'autres cérémonies, à la classe des hommes. Erreur ! semble nous dire Amadou Koné. Parmi les circoncis et les initiés, on dénombre désormais une fraction importante de « blakoros ». Leur lieu de résidence, les villes et centres urbains. Il existe même une capitale qui se nomme « Blakorodougou » ! La classe à laquelle ils appartiennent ? Celles des petits bourgeois africains. Cette affirmation une fois faite, Amadou Koné, n'hésite plus à franchir le dernier pas qui va permettre au lecteur de mieux cerner la silhouette de ces « blakoros-nouvelle-manière ». Dans Traites, c'est le vieux Mamadou, père de Lassinan - le héros de ce roman - qui explicite la pensée de l'auteur. En interprétant les paroles de ce vieux homme dont l'attachement aux traditions paraît indiscutable, A. Koné se montre plus précis sur la nature des hommes et des femmes qui composent l'univers de ces « blakoros ». Il dit à ce propos : « Ils vivaient sous un pouvoir que le vieux Mamadou appelait le pouvoir des blakoros et des filles de petite vertu. Tout semblait déréglé. Impitoyablement, régnaient les fonctionnaires, les riches commerçants des villas et les usuriers des villages, des prophètes de peu de poids ». Les voilà donc les « nouveaux blakoros » dont Amadou Koné dénonce le pouvoir despotique.

On imagine sans peine la portée de l'injure et les grincements de dents qu'elle peut susciter. Mais pour l'auteur, il n'y a pas d'autre qualificatif pour caractériser ces hommes et ces femmes qui ont succédé au pouvoir colonial et qui ne pensent qu'à profiter au maximum de leurs fonctions, foulant aux pieds les valeurs traditionnelles de l'Afrique profonde. Le règne de ces « blakoros » est à l'origine de la disparition progressive de l'humanisme africain. Ce pouvoir menace dangereusement l'avenir de l'Afrique.

A cette espèce de jeu de massacre auquel se consacrent les « blakoros », échappent quelques individus pourtant éduqués à l'école occidentale. Dans Traites, cet individu exceptionnel se nomme Lassinan. Il a fréquenté l'école française comme d'autres enfants du village. Mais à la fin de ses études du premier cycle, au lieu d'aller s'installer dans un quelconque « blakorodougou » à l'instar de nombreux jeunes, Lassinan choisit de rester auprès de son vieux père qu'il va aider de son mieux, en prenant notamment en charge ses petits frères. L'un deux, Abou, réussira brillamment dans ses études comme le démontre la suite de l'histoire intitulée « Courses ». En restant au village, Lassinan veut « lutter contre la traite perpétuelle du peuple » qui attend des mois durant, d'encaisser ses traites du café destinées à « effacer quelques soucis matériels ». Pour cela, pense Lassinan, il faut mettre sur pied une coopérative susceptible d'aider les villageois à contrer le pouvoir des « blakoros » et, à la longue, à se libérer de lui. L'intention est généreuse et très courageuse l'initiative. Mais c'est sans compter avec les mentalités inculquées aux villageois par le pouvoir de ces redoutables « blakoros ». La concrétisation du projet de Lassinan va se heurter au mur de l'incompréhension et de la peur. L'échec sera très cuisant. D'autant plus qu'à cause de la situation créée par ce fameux pouvoir qui dirige et contrôle tout, Issa, le petit frère de Lassinan tombé gravement malade, va trépasser, faute de soins à l'hôpital où il a été mal admis. Ceux chargés de lui prodiguer ces soins, exigeaient d'être soudoyés ! Le vieux Mamadou devenu pauvre, n'a pu faire face à cette exigence...

C'est ce drame familial qui pousse surtout Lassinan à rester auprès des siens et à s'engager dans l'enseignement pour seconder l'institutrice du village qui l'a d'ailleurs beaucoup encouragé. Cette femme est aussi un autre exemple des citoyens conscients qui rejettent le « pouvoir des blakoros ».

Ce faisant, Amadou Koné a retrouvé en Lassinan, le portrait de son héros favori déjà esquissé dans les « Les frasques d'Ebinto». Pour l'auteur, l'homme nouveau dont l'Afrique post-coloniale a besoin, est celui qui, malgré l'éducation et l'instruction reçues dans les écoles occidentales, ne fuit pas devant ses responsabilités, ne tourne pas le dos aux valeurs fondamentales auxquelles notre continent reste solidement attaché. Et parmi ces valeurs, viennent en premier lieu celles de la famille qu'Amadou Koné s'attache à mettre en exergue dans son œuvre romanesque, dans Traites en particulier.


Courses, Amadou Koné, NEA, 1982.

Suite logique de Traites dont il prolonge en quelque sorte l'action en faveur des valeurs familiales et dont il souligne davantage l'examen approfondi de la société africaine d'après indépendance, le deuxième ouvrage d'Amadou Koné placé sous le titre général « Sous le pouvoir des blakoros », observe rigoureusement la démarche de l'auteur et la ligne de conduite qu'il a sciemment adoptée dans son œuvre romanesque, à savoir : dresser un constat objectif de la dépravation de la société africaine moderne qui, par « blakoros » interposés, a profondément porté atteinte aux valeurs traditionnelles et à l'humanisme africain. Et, en même temps, montrer, sinon donner la preuve que malgré tout, malgré la puissance des « blakoros », il existe dans cette société de remarquables et courageuses individualités décidées à préserver et à sauver ce qui peut encore l'être. Les enfants du vieux Mamadou en font partie. C'est Lassinan dans Traites et maintenant Abou dans Courses.

Ce roman nous transporte en plein cœur de « Blakorodougou », autrement dit, au sein même de l'univers cosmopolite des « blakoros ». Nous avons quitté la brousse qui a servi de cadres à Traites pour la grande ville, la capitale. On pense ici à Abidjan, mais ce pourrait bien être aussi Bamako, Dakar, Douala, Kinshasa, Lomé, etc. tant il est évident que l'univers des « blakoros » se rencontre partout en Afrique avec les mêmes caractéristiques et le même genre d'individus. L'héritage colonial ne s'exprime-t-il pas partout dans les mêmes termes à quelques exceptions près ?

Suivons le guide qui, ici, a des allures d'un « métis culturel » comme bon nombre d'Africains de sa génération. Ce guide, c'est Abou de retour d'un long séjour en Occident où il est allé poursuivre ses études commencées au pays. Et armons-nous de patience et de bonnes chaussures car il y a de la course dans l'air. Des courses devrions-nous dire. En effet, tout court dans cette ville qui, elle-même court dans le mouvement général de la course entamée par le pays et le continent tout entier. Ça fait beaucoup de courses ! Voilà pourquoi l'auteur a mis ce mot au pluriel.

Pour en savoir un peu plus sur Abou, notons encore que là-bas, en Europe, il n'a pas fait que de brillantes études ; il y a aussi rencontré l'amour avec une fille blanche. Une belle page dans sa vie sentimentale, une page qu'il n'oubliera pas de si tôt même s'il n'a pu l'écrire jusqu'au bout pour des raisons indépendantes de sa volonté. D'ailleurs, dans l'ensemble, du côté européen comme du côté africain, la vie sentimentale d'Abou n'est pas une réussite. En effet, une fois de retour au pays, Abou retrouve sa petite amie qu'il avait laissée au village avant son départ. Que constate-t-il ? Que Nda Bra l'amie en question, ne l'a pas attendu pour refaire sa vie. Elle l'en avait du reste prévenu trois ans auparavant au moment de la séparation. Ce qui surprend Abou, c'est le ton qu'utilise Nda Bra et les mobiles qu'elle invoque pour expliquer son refus catégorique de renouer avec lui : elle n'aime plus Abou parce qu'il a changé, parce qu'il a eu certainement « une fille blanche comme la plupart des autres », mais surtout parce qu'on en a fait « une machine à gagner des diplômes ». Nda Bra ne porte certainement pas dans son cœur ce genre de « métis » ni les familles qui acceptent cet état de chose. Et elle le dit avec une moue à la bouche que l'on devine facilement : « Je te méprise toi, et je hais tes parents ! » Aux yeux de la jeune fille, la famille d'Abou est responsable de la situation dans laquelle se trouve le jeune homme. En le poussant à aller étudier à l'étranger, ils ont suscité cette séparation devenue irréparable. Devant ces imprécations, Abou garde la tête froide. Il réalise simplement qu'être Africain et en même temps « un produit » de l'Occident vous plonge dans un sacré dilemme. Un dilemme qui donne d'ailleurs l'occasion à A. Koné de poser, de manière originale, l'épineux problème des rapports entre les Africains et les Occidentaux, entre ceux qui, en Afrique, sont demeurés attachés aux us et coutumes ancestrales, s'en sont éloignés ou cherchent à s'en éloigner. En fait, « Courses » est le roman dans lequel Amadou Koné aborde en profondeur les problèmes inhérents à la culture africaine dans son ensemble. C'est aussi le lieu où est posée clairement la question du choix entre demeurer ou ne pas demeurer membre de la communauté villageoise, reconnaître ou méconnaître les valeurs familiales. On sait comment réagissent en général les héros d'Amadou Koné ; ils n'hésitent pas un instant : ils choisissent de demeurer au sein de la communauté et de reconnaître l'autorité de la famille. Hors d'elles, pense l'auteur, point de salut.

Aussi n'est-il pas étonnant de constater que c'est cette voie que choisit de suivre Abou pour prendre la relève de Lassinan qui, lui-même avait engagé son pas dans le sillage du père et des autres aînés da la communauté. Ce faisant, Abou souscrit aux exigences de ce que les Bambaras nomment la « mogoya » et les Kongo - le « Kimuntu » - c'est-à-dire la mise en pratique de l'enseignement et des principes fondamentaux de l'humanisme africain, l'observation stricte d'une certaine règle de vie dont le fondement repose parfois sur la mystique. Eh oui ! la mystique qui reste si forte en Afrique et ailleurs aussi comme le dit si bien Amadou Koné lorsqu'il écrit à la page 43 de « Courses » : « Et puis d'ailleurs, la mystique n'est morte nulle part, même pas dans les pays marxistes »...

Source Notre librairie n° 86 de janvier-mars 1987

« Je suis influencé par la musique de mon terroir »

Publié le 16/07/2008 à 12:00 par sergegrah
« Je suis influencé par la musique de mon terroir »
César Bolly (Artiste-Musicien d’Afro-Jazz)


César Bolly est guitariste et chef d’orchestre du groupe « Gowa » d’Oslo en Norvège. César a étudié la guitare et les percussions de Jazz au conservatoire de Paris et l'académie norvégienne de musique. Comme guitariste et percussionniste, il a accompagné bon nombre d’artistes de Jazz. Avec le « Gowa », César chante essentiellement en langue Dida. Une musique hybride, influencée par divers horizons : l'Afrique, l'Amérique et l'Europe. Il nous parle ici de sa carrière d’artiste, mais aussi de son nouvel album « Ewame ». (A écouter sur http://www.myspace.com/cesarbolly)

Qui est César Bolly ?

César Bolly est un guitariste compositeur et arrangeur qui vit en Norvège depuis 18 ans. Il faut préciser que je suis ivoirien, né à Digako, dans la sous-préfecture de Zikisso (Lakota).

Comment êtes-vous venu à la musique ?

J’ai baigné dans la musique dès mon enfance. Mon père était musicien, compositeur. Il a notamment été le bassiste d´Amédée Pierre dans les années 60 et a composé pour quelques musiciens Ivoiriens dont François Lougah. Je ne pensais pas particulièrement faire de la musique mon métier quand j´étais jeune. J’étais plutôt attiré par les arts martiaux. Mais mon père un jour a composé une chanson dont j´aimais la ligne de guitare. Et je lui ai demandé de me l´apprendre. C´est là que tout a commencé. Je passais des heures dans ma chambre à écouter et décortiquer tout ce que je trouvais intéressant sur des disques. La passion pour la guitare et la musique n´a fait que grandir depuis cette époque-là… Il faut préciser que les choses se sont passées de façon graduelle. Des concerts par ci et par là, des gens t´entendent jouer, apprécient ton travail. Et aujourd’hui, j’ai 25 ans de musique.

Quelles sont vos influences musicales ?

La musique folklorique Ivoirienne. En particulier celle du terroir Dida (Aloukou, Gbegbe, les chants funéraires Dida et Bété). J´adore la musique folklorique ! C´est la musique à l´état pur. Chacun de nous devrait s´en approprier pour la rendre moderne... En plus, j´apprécie beaucoup le jazz pour sa richesse harmonique. J´ai aussi un sentiment très particulier pour la musique brésilienne et cubaine. J´y retrouve l´Afrique. J´aime essentiellement le « Son ». Une musique très similaire à la musique des akans chez nous. Je suis en fait très curieux et ouvert à toute forme de musique. Je suis toujours à la recherche de nouveaux « Sons ».

Comment s’est formé ce groupe dont vous êtes le lead ?

Le nom du groupe est « Gowa » qui en fait est le nom de mon village... Bernard Margarit et moi, nous nous sommes rencontrés au festival de Gnawa au Maroc. C’est l´un des meilleurs guitaristes français. Il a accompagné des artistes comme Johnny Hallyday, Patrick Bruel… Nous avons décidé de faire quelque chose ensemble. Ce qui a donné le groupe « Gowa ».

Comment se sont faites les rencontres avec les autres membres du groupe ?

Håvard Fossum est un saxophoniste Norvégien très connu dans le milieu « Jazz « scandinave. Nous nous étions déjà retrouvés sur des scènes. Quand je lui ai demandé d’intégrer le groupe, c’est avec plaisir qu´il a accepté. Quant à David Bouad, je l´ai connu par Bernard. C’est un grand bassiste français. Son père était le chef d´orchestre chez Johnny Hallyday dans les années 70 et 80. Pour Stevie Jones, nous nous sommes rencontrés au Festival de Jazz « Jazz Plazza » à Cuba. C’est une virtuose américaine du piano qui sort de l´école Berkeley (USA). J´ai été très flatté quand il a accepté de faire partie de mon projet. Soro Mamadou, quant à lui, est un batteur ivoirien qu’on ne présente plus. Il a joué avec Alpha Blondy, Tiken Jah, etc.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre vie de musicien en Norvège...

En Norvège, j´ai d´abord commencé par faire de la musique de théâtre. J´ai composé, arrangé et interprété pour des pièces de théâtre. Peu après, j’ai été sollicité dans des studios comme arrangeur et guitariste, chanteur ou percussionniste... Depuis quelques années, j’ai mon propre studio. Ce qui me facilite les choses. J´aime bien travaillé comme guitariste indépendant. C´est toujours un challenge. Être techniquement prêt à tout moment pour exécuter tout ce qu´on me demande.

Vous venez d'enregistrer un nouvel album, « Ewamé ». Pouvez-vous nous en parler ?

Moi je fais de la musique moderne africaine. Parce que je suis africain, mes fondations musicales sont ivoiriennes et, je chante en Dida. Évidemment à l’heure de la mondialisation, il est impossible de ne pas être influencé par d´autres formes musicales. C’est pourquoi, je reste ouvert à tout style de musique. « Ewamé », le titre de l’album, signifie « Je t´aime » en Dida. J’y traite de l´amour du prochain, de l´amour des enfants, de l´amour de sa Terre, et des rapports difficiles que certaines personnes ont avec l´argent.

Quelles ont été vos sources d’inspiration ?

L´Afrique et l´Amérique latine. Pour leur richesse rythmique. L´Amérique du nord et l´Europe pour leur richesse harmonique et mélodique. J´ai surtout la chance d´avoir un oncle comme René Babi. René est un homme d´une culture inouïe. Il est comme un mentor pour moi. C'est l'une source de mes sources d´inspiration.

Avez-vous déjà joué en Afrique, notamment dans votre pays la Côte d’Ivoire ?

J´ai joué au Maroc et en Egypte, mais pas encore en Côte d´Ivoire. J´espère avoir cette chance bientôt.

Quel regard portez-vous sur la musique en Côte d’Ivoire ?

Nos musiques traditionnelles sont divines ! Notre musique moderne est en perpétuel mouvement. C´est fou ce que certains artistes arrivent à faire avec le peu d´équipement qu´ils ont. La musique ivoirienne arrive à s´incruster dans le monde. En Europe et aux USA avec la diaspora Ivoirienne et africaine, mais aussi aux Antilles. Dernièrement au Mexique, quand je disais aux gens que j´étais Ivoirien, ils me disaient « premier gahou » ou Coupé décalé.

Quels artistes vous ont marqué et continuent de vous inspirer ?

Oh, il y en a beaucoup et ils ne sont pas tous connu du grand public. Mais pour en mentionner quelques-uns je dirais : Charlie Christian, Bud Powell, Chick Corea, George Benson… Mais surtout François Lougah, Ernesto Djédjé, Boni Gnahore et feu Lohoré du groupe Sakoloh. Je suis en train de terminer un album dans lequel je rends un hommage particulier aux artistes ivoiriens. Un album dans lequel Lohoré chante lui-même des titres de François Lougah. Il y aura aussi des compositions inédites de Lohoré dont l’enregistrement a été fait peu avant sa disparition.

Par Serge Grah

Vol et arnaque sur Internet : un réseau opère à partir d'Abidjan

Publié le 14/07/2008 à 12:00 par sergegrah
Vol et arnaque sur Internet : un réseau opère à partir d'Abidjan
Un site de rencontre sur le net

La cybercriminalité gagne du terrain en Côte d’Ivoire… Les cybercrimnels sont de mieux en mieux organisés et font preuve de beaucoup d'imagination. La quasi-totalité des cybercafés d’Abidjan sont devenus leurs repères. D’où à partir de l’Internet ils de nombreuses personnes. Notamment des européens. Et le fruit de ce vol se chiffre à des centaines de millions, voire des centaines de millions. Les escrocs utilisant des méthodes aussi ingénieuses qu’inimaginables. Ainsi, comme on pourrait être tenté de le croire, la cybercriminalité n’est pas virtuelle. Les crimes se produisent dans le monde réel, et impliquent des personnes et de l’argent tout aussi réels.

Un réseau qui opère à partir d’Abidjan

Au mois de mars dernier, Abidjan avait été couvert de l’affaire d’un réseau de voleurs de voitures. Des enquêteurs français avaient même débarqué à Abidjan pour y voir plus clair. Car le réseau qui serait dirigé par un certain Tiacoh, était soupçonné de vol de près de 300 grosses cylindrées, via Internet, à partir des chèques en bois. A ce propos, de nombreuses plaintes avaient été déposées contre la Côte d’Ivoire. L’ampleur des dégâts est donc très importante. Ce qui n’est pas sans conséquence pour la Côte d’Ivoire. En effet, cette pratique sur le territoire ivoirien vaut à notre pays d’être fichée comme l’un des pays les plus dangereux, en matière de cybercriminalité.

Pour mieux comprendre ce fléau, il faut noter que plusieurs procédés malhonnêtes sont utilisés pour gruger des associations, des amoureux ou des hommes d’affaires. Ce genre de vol organisé prospérait déjà autour des années 80 dans le milieu des immigrés africains en Europe, avec notamment des vols de cartes de crédit. La pratique va être exportée vers la Côte d’Ivoire par les Nigérians vers les années 90. Mais c’est surtout durant la période de la crise de 2002, que le phénomène va prendre de l’ampleur. Notamment, grâce au mouvement « Coupé-décalé ». Qui, faut-il le rappeler, signifie « voler puis détaler ». La police économique qui révèle que les préjudices atteignent des centaines de millions de F Cfa, avoue son impuissance à cause du vide juridique en la matière en Côte d’Ivoire.

Le « phishing » ou l’hameçonnage

Les méthodes utilisées par cybercriminels sont aussi ingénieuses les unes que les autres. Le hameçonnage consiste à exploiter la crédulité des internautes en lançant un « filet » par un envoi massif de courriels non sollicités, afin de rabattre les internautes vers de faux sites Internet bancaires ou d'achat en ligne. Si cette technique n'est pas très compliquée à mettre en place, la difficulté, en revanche, réside dans la récupération des fonds. Dans ce cas, les « malfaiteurs » ont besoin de l’intervention de quelqu’un pour servir d'intermédiaire local afin de transférer les fonds. Contacté par mail, il lui est généralement promis entre 5 % et 10 % des sommes transférées.

Le jeu du qui gagne perd

Comment gagner à un tirage au sort d’un jeu auquel on n’a jamais participé ? C’est à ce genre de « qui gagne perd » que nous invitent les différents mails qui inondent nous boites électroniques. Ces mails dont il faut se méfier, s’apparentent aux fameux scams, spams et autres hoax. Qui sont, généralement, des emails publicitaires, mais qui cachent bien des arnaques… En effet, ces jeux « organisés » par Coca-cola, Microsoft, Bill Gates Fondation, Global Lotto Promo, etc. Pour recevoir son gain, on vous demandera des informations sur votre identité et un numéro de compte bancaire afin de créditer la somme que vous auriez gagnée. Puis, on vous demandera des sommes toujours plus importantes pour les frais de dossier, les honoraires de l’avocat, du notaire, et patati et patata.

D’autres emails, sont intitulés « Urgent et Confidentiel ». Ils émanent très souvent d’une veuve de milliardaire décédé, d’un fils d’ancien chef d’Etat africain ou simplement d’un agent de la BOAD au Burkina-Faso qui vous demande de l’aide pour sortir illégalement une très grosse somme d’argent d’un pays. Il vous suffit de donner votre numéro de compte en banque afin que l’argent y soit versé. En échange, vous toucherez une commission sur cette somme.

L’arnaque, dit-on n’est pas nouvelle. Elle existait bien avant la vulgarisation d’Internet. Elle se faisait alors par courrier postal ou par fax. C’est la situation de clandestin des immigrés, notamment ouest-africains en Europe, qui les a poussé à se tourner vers le « crime économique ». Aujourd’hui, les spams qui viennent d’Afrique de l’Ouest inondent la Toile. La compagnie anglo-saxonne Brightmail, qui développe des filtres anti-spams, classe le spam nigérian et ivoirien parmi les dix plus recensés dans le monde.

« Le Mougou »

Cet autre procédé d’escroquerie consiste à se connecter sur les sites de rencontres, tels 123love.com, capfriend.com, meetic.com, rencontreserieuse.com, en se faisant passer pour une belle jeune fille afin d’avoir des correspondants à travers l’Europe Occident. Le but de l’opération est d’utiliser cette correspondance amoureuse pour soutirer de l’argent aux Blancs qui voudraient avoir des africaines comme compagnes femmes. Dès que le choix est fait, les « amoureux » décident alors de se rencontrer sur Yahoo Messenger, ou sur Msn. « Après que la communication soit ainsi établie entre ton « Blanc » et toi, tu pourras lui faire la promesse de le rejoindre en Europe. A cet effet, il suffit de lui envoyer par mail un faux passeport et un faux visas afin qu’il participe aux frais du voyage », explique avec fierté Franck, un internaute de Yopougon.

Une fois l’argent demandé expédié, le « mougousseur » a recours à une autre technique frauduleuse pour retirer l’argent. En effet, pour retirer l’argent subtilisé à son « amoureux », il va d’abord lui proposer une compagnie de transfert d’argent. Comme il est de coutume, la plupart de ces compagnies de transfert d’argent, exigent pour tout retrait d’argent de remplir certaines formalités. Notamment le nom et prénom du bénéficiaire, le code d’envoi, la question et réponse que l’expéditeur aura communiqué au préalable au bénéficiaire. L’argent ayant été transféré sous un nom féminin, il suffit au « mougousseur » pour le récupérer, de photocopier une vraie pièce d’identité. Sur la photocopie, il met la photo que connaît le blanc via le net, y inscrit le nom de « la bénéficiaire », la re-photocopie la pièce et la présente enfin à l’agent du guichet. Le plus important dans l’opération, c’est la complicité de certains agents de l’agence de la compagnie de transfert. Au parfum de la démarche, ils n’hésitent pas à faire participer la guichetière moyennant un pourcentage de 10% sur la somme à retirer.

C’est ce qui est arrivé à un français qui, croyant avoir la femme de sa vie, s’est rendu compte, après avoir été arnaqué à hauteur de 15.000 euros (environ 10 000 000 F cfa), qu’il avait plutôt affaire à des escrocs en ligne.

Ces chiffres qui font peur !

On n’arrive pas encore à quantifier les cas enregistrés dans le cadre de ce phénomène… Les réseaux constitués sont, aujourd’hui, incontrôlables. Malheureusement, l’arsenal juridique pouvant permettre de maîtriser la cybercriminalité est quasiment inexistante…
« Chaque jour, des centaines de personnes sont victimes d’arnaque, en tombant dans le piège des commerçants fictifs », révèle en substance un agent de la police économique. « Les arnaques se sophistiquent, avec la propagation des vers informatiques, sortes de programmes espions, conçus pour piller les coordonnées bancaires, des listings de clients d’entreprise ou des données d’état civil précieuses pour la confection de faux documents » nous indique l’officier de police.

Devant l’ampleur inquiétante qu’a prise cette fraude lucrative, les spécialistes en la matière ont tiré la sonnette d’alarme. Surtout que la Côte d’Ivoire, a souligné le Directeur Général de l’ATCI, Sylvanus Kla, est l’un des pays qui envoient le plus de Spam et de messages d’escroquerie sur le Net. « Les escroqueries et abus de confiance sur Internet ont augmenté de plus de 80% en une année », s’est inquiété Monsieur Sylvanus Kla. Comme on le voit, la cybercriminalité se professionnalise de plus en plus. Alors, si les Etats puissants s’unissent pour contrer le fléau de la Cybercriminalité, qu’en est-il de nos Etats africains, et plus précisément de la Côte d’Ivoire ? Un pays où cette pratique pourrait réellement tuer l’économie.

Serge Grah

Les Voggos Soutras : Des vagabonds sauvés par l’Art

Publié le 11/07/2008 à 12:00 par sergegrah
Les Voggos Soutras : Des vagabonds sauvés par l’Art
Le groupe Voggo Soutras


Les Voggo Soutras - Les vagabonds sauvés en Nouchi -, est un groupe de jeunes conteurs-rappeurs Ivoiriens qui étale la galère des jeunes de la rue. Le groupe est composé de deux frères et de leurs copains. Coco Shaka, Ibo Krakra, Best, Synthèse. Tous logés à la même enseigne : celle de la drogue, des gangs, de la prison, etc. En somme, celle de l’environnement écrasant de la rue et des rêves brisés. Aujourd’hui, les membres du Voggo Soutra ont l’Art comme chemin de rédemption. En effet, la vie des Voggo Soutras s'est éclaircie grâce à leur art. Un art de la langue, du rythme et du mouvement travaillé dans les rues d’Abobo où ils habitent. Ces anciens caïds des rues abidjanaises, aujourd’hui conteurs urbains, déclament dans une poésie, le « logobi tchatche », les tranches de vie des bas-fonds d’Abidjan.

« Théâtre urbain pluridisciplinaire », c’est ainsi qu’ils définissent leur démarche artistique. Soutenus par des textes amers, ils élaborent une gestuelle inspirée des techniques de combats. L’ensemble décline des scènes de rue, au rythme des murmures, des chants, et des cris guerriers. Leurs mots se font l'écho des quartiers populaires d'Abidjan et leurs chorégraphies nous replongent dans l'univers des enfants de la rue. Leurs objectifs : représenter la face cachée de l’expression des jeunes urbains. Vêtus, le plus souvent, de tee-shirts troués, ils affichent leur appartenance aux « gens d’en bas ».

C’est sous la férule du metteur en scène camerounais, Binda Ngazolo, qu’en 1996 les Voggo Soutra concentrent leurs vagabondages. Puis en 1998, ils sortent Abidjan Galères, un album de six titres, où ils chroniquent la vie des ghettos abidjanais. Enthousiastes, les Voggo Soutras sont convaincus d'avancer sur la bonne voie. La rue derrière eux, le succès devant. La chance est avec eux.

C’est ainsi qu’en 1999, les Voggo Soutra sont invités grâce, entre autres, à Alain Tahi à participer aux Escales de Saint Nazaire en France. En 2001, ils représentent la Côte d’Ivoire aux Jeux de la Francophonie à Otawa. Puis en 2004, « ces vagabonds » sont encore en France pour les « Rumeurs urbaines », et pour le Festival Paroles d’Hiver à Bordeaux.

Mais un projet tient à cœurs aux Voggo Soutra. Défendre les causes des enfants abandonnés dans les rues d’Abidjan, aider à leur réinsertion en les sensibilisant par le théâtre, dans la gestuelle qu’ils comprennent et dans le langage qui est le leur. « Certains jeunes, lorsqu’ils sont livrés à eux-mêmes, sombrent dans la drogue, ou le banditisme, les braquages, les vols, les viols, et ne veulent rien faire d’autre. Ceux qui sont sous autorité parentale assimilent ce qui vient de la rue à la délinquance. Parler de la rue, c’est une chose marginale, un esprit de rébellion, c’est anticonformiste. Les gens ont peur même d’évoquer la situation des jeunes de la rue, pour eux, ce sont les ratés. Et notre combat à nous c’est démontrer qu’on peut faire des erreurs et se ressaisir par ensuite » précise, Coco Shaka, le leader du groupe.

A travers un regard sans préjugé, porté sur la culture de la rue, dans sa spécificité abidjanaise, les Voggo Soutra légitiment cette expression urbaine jusqu’alors niée, parce qu’assimilée à la délinquance. « Dans l’opinion publique, les enfants de la rue sont des délinquants…Leur situation n’émeut donc personne. Mais la rue a-t-elle des enfants ? Où est donc la responsabilité de la société et des parents ? Ce sont les parents qui abandonnent leurs enfants à la rue. C’est notre société qui n’a aucun projet pour les jeunes. En Côte d’Ivoire, comme certainement dans d’autres pays africains, être jeune est un véritable handicap alors qu’en Europe, c’est un grand atout que d’être jeune », s’exaspère Ibo Krakra.

A la gare d’Abobo ou au black à Adjamé, sur un podium de fortune, les Voggo Soutra installent leurs tam-tams. Et commence leur prestation. « Dès qu’on arrive, on lance des cris de guerre pour ameuter les gens, ils arrivent peu à peu et on fait le spectacle... C’est dans ces rues malfamées que ce que nous faisons est le mieux accueilli, parce que mieux compris. On se dit que ça peut changer quelque chose dans la tête de nos jeunes frères qui sont encore dans la rue », souligne fièrement Coco Shaka.

Ces vagabonds disent donc les maux de la ville et veulent démontrer que de la rue peuvent bien sortir de choses utiles à la société. Du théâtre à la danse, de la musique, à la poésie et à la peinture. C’est de l’Art dans toute sa dimension que se réclament les Voggo Soutra. Qui malheureusement, restent encore méconnus chez eux à Abidjan.

Serge Grah

Lu pour vous : Le Tohu-Bohu, le serpent et le bon Dieu

Publié le 11/07/2008 à 12:00 par sergegrah
Lu pour vous : Le Tohu-Bohu, le serpent et le bon Dieu
Introduction

Pourquoi le mal ?… Pourquoi la méchanceté de l'homme ? Dieu est il Tout-Puissant ? Quelle est sa responsabilité dans le mal qui continue à bouleverser le monde ? Quelle est la puissance du Serpent, c'est à dire de Satan, le principe du mal et du péché ? L'homme est il animé d'un penchant incontourné vers le mal ? Dieu a t il voulu le péché de l'homme ? Pourquoi Dieu tolère t il la puissance du mal dans ce monde ? Pourquoi a t il toléré la présence et la puissance du Serpent dans le jardin d'Éden ? Pourquoi a t il toléré qu'Adam et Ève soient tentés par la désobéissance ?

Pour répondre à toutes ces questions, il faut relire les trois premières pages de la Bible. Pour aborder le problème du mal, il faut toujours revenir à cette fameuse histoire d’Adam, d’Ève et du Serpent. Comment le Serpent a t il pu amener Adam et Ève à la tentation de la désobéissance ? Pourquoi a t il pu induire le péché, le malheur et le mal dans notre monde ? Ce qui m'ennuie, c'est que Dieu a « laissé faire ». Il a laissé faire le Serpent. Il a laissé faire Ève et Adam. Il a « laissé faire » le mal, le péché, le péché originel. Et, en laissant faire, il a permis l’advenue dans ce monde des maux et des vices. (…) C’est Dieu qui a créé le Serpent (Gn 3, 1). Et c’est lui, Dieu, qui a formé Adam et Ève tels qu’ils étaient, c’est-à-dire enclins à la tentation et au mal.

(…) Dieu aurait-il créé le monde mauvais ? Aurait-il créé l’homme mauvais ? Ou bien existerait-il dans le monde un principe maléfique – la poussière du Tohu-Bohu, mais aussi le Serpent – qui n’aurait pas été créé par Dieu et qui désorganiserait ce que Dieu a fait (le monde, l'homme) ?

Alors, si cela est, Dieu est il vraiment le créateur de la totalité de notre monde ? Ou bien a t il créé notre monde à partir d'une argile (la poussière) qu'il n'aurait pas créée ? Si Dieu n'est pas le créateur de la totalité de notre monde, ce fait éclairerait qu'il y ait du mal dans notre monde sans pour autant que Dieu en soit responsable.

Une autre question encore : Pourquoi le texte biblique dit il explicitement que le Serpent est une créature de Dieu ? Pourquoi Dieu laisse t il au Serpent la possibilité d'induire Ève en tentation ? Pourquoi laisse t il cet Arbre de la Connaissance en plein milieu du Jardin d'Éden, sous les yeux d'Adam et d'Ève et ce après leur avoir interdit d'y toucher ? Pourquoi ce supplice de Tantale ?

Faut il donc franchir un pas supplémentaire ? Faudrait-il dire que Dieu tolère ou même veut le mal ? Pour aller dans ce sens, il y a ce texte tellement énigmatique de Esaïe 45, 7 : « Moi, le Seigneur, je fais la lumière et je crée les ténèbres, je fais le bien et je crée le mal. » Pourquoi Dieu créérait il le mal ? Pourquoi créérait il le monde mauvais ? Ou du moins pourquoi permettrait il que le monde reste mauvais ? (…) La création, le Bien, le Mal, la chute et le péché seraient donc absolument indissociables. Le monde pour pouvoir « exister » à l’extérieur de la pure Lumière de Dieu, doit également avoir en lui-même une part de mal. Pour se différencier de Dieu d’un côté et du néant de l’autre, il faudrait qu’il soit un « défaut ».

Alain Houziaux


Lu pour vous : Tohu-Bohu, le serpent et le bon Dieu


« Le serpent c’est la représentation du mal. Ce que je ne comprends pas, c’est que Dieu ait laissé faire le mal. Qu’il est créé le serpent. » Alain Houziaux pose ici dans son livre le Tohu-bohu, le Serpent et le bon Dieu, le problème que la religion de façon générale et spécialement la religion chrétienne a toujours défendu : Dieu est à la fois bon et créateur Tout-Puissant de l’univers. Pour l’auteur, si Dieu est créateur-tout-puissant et bon, il ne devra pas créer le mal. Or, le mal est une réalité indéniable.

L’hypothèse de Alain Houziaux se fonde sur le texte Biblique de la création du monde en 7 jours. Le texte ne dit pas que Dieu a créé le monde ex-nihilo. Au contraire, il le compare à un potier qui essaie de créer une œuvre à partir d’une masse informe qui dans la Bible est appelée le Tohu-bohu. Pour l’auteur, ce Tohu-bohu qui constitue la matière première sur laquelle Dieu travaille, « résiste, se défend » et d’une certaine manière suscite à l’intérieur de la bonne création que Dieu est en train d’essayer de former, des perturbations. Et Alain Houziaux d’affirmer que « ce sont ces perturbations qui sont à l’origine du mal ».

L’auteur dénonce dans ce livre la simplification intellectuelle et idéologique qui veut absolument que Dieu soit le créateur Tout-Puissant de tout ce qui existe dans l’univers. Or, pour lui, la plupart des cosmo-physiciens considèrent que notre univers a été créé à partir d’un pré-univers qui ressemble tout à fait aux caractéristiques du Tohu-bohu biblique. C’est-à-dire, un pré-univers instable, désordonné, qui fait une sorte d’agitation extrêmement frénétique.

Pour le Pasteur Alain Houziaux, s’appuyant sur le récit de la Genèse au chapitre 7 du verset 2, « l’homme est créé à partir de la poussière qui peut être considérée comme de la poudre du Tohu-bohu ». Dieu essaie, toujours selon l’auteur, de former l’homme à son image et selon son projet, son désir, mais à partir d’une poussière qui contient un principe de perturbation. Ce qui emmène l’auteur à dire qu’en l’homme il y a deux penchants : un penchant vers l’idéal, vers le Bien et un notre penchant vers tout ce qui détruit, désagrège, perturbe. En somme, tout ce qui est chaotique. L’homme, selon l’auteur, serait finalement l’expression d’un projet non réalisé ou en cours de réalisation.

Alain Houziaux pense que la matière première du Tohu-bohu dans laquelle le monde et l’homme sont faits, est une matière première qui les fait exister. Pour lui, si le monde était purement et simplement à l’image de Dieu, il serait aussi parfait, aussi transparent que Dieu et, il n’existerait pas à proprement parlé. L’auteur indique donc dans ce livre qu’il faut qu’il ait une part d’ombre dans le monde pour qu’il soit. Il faut également que l’homme ait en lui-même une part de caillots, de quelque chose d’opaque pour qu’il existe en étant différent de Dieu.

On ne peut pas, selon Alain Houziaux, se contenter ad vitam aeternam de l’idée que l’homme est à l’image de Dieu, Dieu est Amour, Tout-puissant et de constater qu’à côté de cela, il (l’homme) est un être enclin au mal, incapable de faire seulement du Bien. Et, que le monde lui-même est perturbé par de multiples catastrophes. Il faut d’une manière ou d’une autre, poursuit l’auteur, mettre ensemble, d’une part le fait que le mal existe dans le monde et d’autre part notre croyance en Dieu.

C’est donc à une (re)lecture du Livre de la Genèse que nous convie Alain Houziaux. Il porte un autre regard sur le récit de la création et, apporte des réponses décapantes et stimulantes aux questions que tout homme se pose : si Dieu est bon, pourquoi le mal et pourquoi la mort ? Un livre à lire pour (certainement) susciter des réponses à l’une des grandes questions de notre Foi.

Serge Grah

[i]le Tohu-bohu,
le Serpent et le bon Dieu
Alain Houziaux
Presses de la Renaissance,
1997, 200 pages[/i]





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