Publié le 27/10/2009 à 11:39 par sergegrah
En deux CDs et 33 chansons, Côte d’Ivoire - West African Crossroads, ce nouveau volet de la série African Pearls consacré à la Côte d’Ivoire revient sur une période marquée par les chansons d’Ernesto Djedjé, Bailly Spinto ou Amédée Pierre, lorsqu’Abidjan occupait une fonction clé dans le développement de la musique contemporaine en Afrique francophone.
« La réussite ivoirienne est une exception en Afrique. » Voici le genre de phrase que les lycéens français pouvaient lire dans leurs manuels d’histoire géographie, il y a encore une quinzaine d’années. Stabilité politique, développement économique : la Côte d’Ivoire faisait figure de modèle sur le continent.
Abidjan, la capitale d’alors, a fonctionné comme un aimant dans toute la sous-région. On y trouvait du travail, des opportunités, y compris dans le milieu artistique. Du Sénégal au Congo, en passant par le Mali, le Cameroun, nombre de chanteurs et instrumentistes de premier plan s’y sont retrouvés dans les années 1970.
Si ce rôle de carrefour culturel est aujourd’hui bien connu, en revanche on en sait nettement moins sur le bénéfice que la scène locale a tiré de cette synergie créatrice. C’est cet éclairage qu’apporte la compilation Côte d’Ivoire - West African Crossroads, avec des titres enregistrés entre 1966 et 1985 par les vedettes ivoiriennes de l’époque.
L’évolution, durant cette période, est nettement perceptible : tiraillés entre la variété à la française et les rythmes cubano-congolais très en vogue dans les pays voisins, les orchestres tels que Les Abidjanais cherchent d’abord à résoudre cette impossible équation. Progressivement, à l’image d’Amédée Pierre, les artistes intègrent leurs propres éléments culturels, tout en restant perméables aux nouvelles sonorités en vogue dans les années 1970.
Funk, soul, parfois même disco : les dosages sont différents mais les ingrédients sont là, que ce soit sur Pecoussa de François Lougah ou Ntelesse du crooner Bailly Spinto, deux personnages incontournables. Jimmy Hyacinthe a lui aussi joué un rôle moteur en modernisant le folklore. Guitariste, arrangeur et chanteur ici d’Amouin Souba, il a souvent mis son talent au service des autres avant de monter le groupe ivoiro-voltaïque Bozambo, auteur de quelques albums de grande valeur.
Cette capacité à innover s’entend également sur Bliwana et Zouzoupale d’Ernesto Djédjé, en donnant davantage de poids à la basse. Disparu à 36 ans, empoisonné, celui qui était surnommé « le roi du ziglibithy » mériterait à lui seul une compilation.
Publié le 22/10/2009 à 10:50 par sergegrah
Lettre de Honorat Dé Yédagne
AFRIQUE COMPETENCES, le premier magazine panafricain de l’intelligence s’internationalise. Après deux éditions exclusivement vendues en Côte d’Ivoire nous voilà donc partis pour la grande aventure internationale : un pari sur l’avenir et sur l’Afrique que nous voulons gagner avec l’ensemble des africains qui se sont débarrassés à jamais de tout doute à l’égard de leur propre positivité.
Notre ligne éditoriale est sans concessions et notre identité cardinale clairement réaffirmée : AFRIQUE COMPETENCES est un magazine panafricain qui veut illustrer, défendre, promouvoir, valoriser les expertises, les talents, les savoir faire et les compétences africains, s’attacher au développement du capital humain et au renforcement des capacités, sacraliser la culture de l’excellence, béatifier la formation et l’éducation, avec pour seule et unique ligne d’horizon : la sanctification du travail comme valeur refuge.
C’est dire que nous serons au cœur de la gouvernance africaine à travers le regard porté sur nos administrations publiques… Nous serons attentifs à la qualité de la formation et des diplômes délivrés par nos systèmes éducatifs : pour nous, de la qualité des élites dépend l’avenir de la nation. Et l’Afrique doit être un acteur décisif du marché du savoir et de la connaissance. Il va sans dire que nous serons des plus critiques à l’égard de notre capacité à fédérer nos intelligences organisationnelles pour faire fonctionner de vrais ensembles régionaux. Bref ! Ensemble nous allons construire et promouvoir des lieux d’exemplarité par le miroir reluisant de nos valeurs marquantes : ces Africains dont les réussites chez eux et à travers le monde viennent renforcer l’image du continent. Vous l’avez compris ! Pour nous, l’Afrique doit cesser d’être un cimetière de talents, d’idées et de personnalités valables. Aussi, nous voulons nous un lieu de mépris souverain contre tous ces complexes qui inhibent et contribuent à la ruine de l’intelligence africaine. Nous voulons garder la main pour ne jamais plus perdre l’initiative historique en redonnant d’abord confiance à nous-mêmes. Et ajouter ainsi, notre pierre, fût-elle modeste, à l’édification de la renaissance africaine que l’ensemble des fils et filles du continent appelle de tous leurs vœux. La force de notre conviction est telle que nous croyons que l’avenir de l’Afrique est encore devant elle. Disons le autrement : ce que notre passé et notre présent nous refusent aujourd’hui, notre futur nous l’offre demain à bras ouverts. Un futur à réinventer avec de nouveaux modes de régulation sociopolitiques qui favorisent les meilleurs, c’est-à-dire ceux d’entre-nous à même de tirer la société africaine par le haut, dans toutes les sphères de la vie nationale et continentale : économique, sociale, politique et culturelle.
Quand la Côte d’Ivoire se réveille! Par cette initiative, notre pays montre que la terre d’Eburnie est toujours habitée par sa part de rêve, sa part d’Afrique. Sans doute, sortie de cette quincaillerie politique que lui sert son élite politique nationale, réduite, somme toute, à ériger en système moral et en mode de gouvernance le nivellement des cimes et des bas fonds, saura-t-elle s’élever au-dessus de la déficience du temps présent pour être au rendez-vous de l’Histoire.
A l’orée du cinquantenaire des indépendances africaines, nous pensons que le temps est venu pour les générations actuelles et à venir de prendre le parti de la grandeur et de l’excellence, en travaillant à faire éclore une nouvelle Afrique qui consacre, célèbre et plébiscite l’Imagination, l’Intelligence, la Raison et …l’Organisation. A notre façon et avec votre soutien, nous voulons y contribuer. Hardiment et ardemment.
Afrique Compétences s’adresse donc à cette Afrique « inattendûment debout », pour reprendre l’expression d’Aimé Césaire, qui se refuse souverainement à se rendre au festin de l’Universel, accroupie sur son propre destin, dans l’attente naïve d’une invitation d’honneur des prétendus «maîtres du monde». D’autant que les leçons d’un passé encore récent nous enseignent qu’à ce genre de festin royal, nous serons toujours reçus dans la basse cour de l’Histoire où nous attendent la portion congrue et un avenir en haillons. Nous nous devons d’être le moteur de notre propre accomplissement.
Aussi, AFRIQUE COMPETENCES veut-il être le réceptacle de ce souffle conquérant et libérateur qui habite les peuples qui croient en eux, et témoigner, avec engagement et passion, d’une Afrique sans complexe, définitivement réconciliée avec ses valeurs sûres. Une Afrique qui gagne et se présente au Monde avec une nouvelle destinée, telle que l’ont toujours rêvée ses authentiques fils et filles : forte, libre et prospère.
Pour concrétiser ce rêve avec nous et pour l’Afrique, si vous êtes dirigeants et cadres d’entreprises (publiques et privées), fonctionnaires et agents de l’Etat, enseignants, chercheurs, consultants, opérateurs de formation (Etablissements publics et privés, cabinets de formation), GRH, directeurs de la formation, membres des professions libérales, Leaders d’opinion (ONG, civile, organisations syndicales et politiques), de l’élite des diasporas africaines, Femmes actives, Jeunes cadres dynamiques, étudiants... devenez dès aujourd’hui un lecteur régulier d’AFRIQUE COMPETENCES, en vente dans tous les kiosques et librairies.
Honorat De Yédagne
Publié le 20/10/2009 à 15:09 par sergegrah
Jean Sarkozy
Quand les fils à papa du continent reçoivent le pouvoir sur un plateau
La tendance est à la dynastie politique, craignent les médias français face au cas de Jean Sarkozy. Bien moins frileux, un certain nombre de dirigeants du continent africain organisent de manière active leur succession. Certains « fils de » sont déjà parvenus au pouvoir, et beaucoup échafaudent des plans pour y parvenir. Mais la tâche n’est pas aussi facile qu’il y paraît…
Tempête blonde sur la France… La chevelure de Jean Sarkozy, fils du Président français Nicolas Sarkozy, est à la une de tous les médias en France. La chronique de son élection annoncée à la tête de l’Epad, organisme de gestion du quartier d’affaire de La Défense, lui vaut une critique acerbe, y compris d’une partie de la majorité parlementaire. Les accusations de népotisme se sont faites en quelques jours de plus en plus vives, et la presse internationale s’est à son tour emparée du sujet pour moquer le « prince Jean ». Nicolas Sarkozy, qui a lui-même dirigé l’EPAD de 2005 à 2006, se retrouve dans une situation difficile à gérer.
Jean Sarkozy n’est pas le premier fils de président français à entrer en politique. La moitié des enfants de présidents français de la Ve République, et même l’intégralité de leurs descendants mâles ont sauté le pas vers l’action publique, selon le décompte de Slate.fr. Ils n’ont pas toujours réussi à percer pour autant.
Des exemples de réussite
L’ambition de Jean Sarkozy est comparée, par un certain nombre d’acteurs médiatiques et politiques, avec le comportement de plusieurs fils de présidents africains. Actualité oblige, Ali Bongo est l’exemple le plus cité. Son lien de filiation avec feu le Président gabonais Omar Bongo est certes contesté par certains, à l’image du candidat Bruno Ben Moubamba sur son blog, mais Ali a bien bénéficié de son nom pour prendre le pouvoir. Selon l’opposition, il a de plus été aidé pour convaincre les juges constitutionnels de son bon droit par sa belle-mère, également présidente de la Cour constitutionnelle. Comme souvent avec les « fils de », Bongo fils est considéré par beaucoup comme une pâle réplique de son père.
Ali rejoint ainsi le Président de RDC Joseph Kabila dans le club très fermé des « fils de » aux affaires. Kabila fils suit les pas de son père, Laurent-Désiré, en devenant son conseiller militaire lors de la guerre civile contre le dictateur Mobutu Sese Seko. Il reprend le flambeau en 2001, après l’assassinat de Kabila père, et n’est officiellement élu que 5 ans plus tard, en 2006. Il reste critiqué comme un relatif étranger, car, à l’image d’Ali Bongo, il parle français mais ne pratique pas les langues vernaculaires.
Faure Gnassingbé a lui aussi de qui tenir : son père, Gnassingbé Eyadéma, a pris la tête du Togo en 1967, alors que Faure n’était âgé que d’un an. En 2002, Eyadéma modifie la constitution, afin de permettre à son fils, alors âgé de 35 ans, de pouvoir prétendre à la présidence. Il agit ainsi en bon père de famille puisqu’il meurt en effet d’une crise cardiaque en 2005. Tout comme son père 38 ans plus tôt, Faure prend le pouvoir par un coup d’Etat militaire. Une simple accélération du processus de désignation, selon ses vues.
Des candidatures en attente de validation
Nombreux sont ceux, parmi les présidents africains, qui planifient d’ors et déjà leur succession de façon dynastique. Et on sait que la période de transition post mortem n’est pas facile. Il suffit pour s’en convaincre de voir l’opposition farouche apparue au Gabon entre les anciens « frères », Ali Bongo et André Mba Obame, après la mort d’Omar. Les ambitions personnelles se font hélas plus fortes que le respect de la mémoire du chef, aussi vaut-il mieux bien préparer son départ.
En Lybie, la famille de Mouammar Kadhafi est sacrée. Le guide libyen est ainsi entré dans un violent conflit diplomatique avec la Suisse suite à l’arrestation de son fils Hannibal, soupçonné d’avoir molesté des employés de l’hôtel où il résidait. Mais c’est le moins médiatique Seif al-Islam Kadhafi qui semble promis à la succession, parmi les huit enfants de Mouammar. Relativement critique du bilan de son père, il s’est engagé depuis 2007 dans une démarche de réformes. Mouammar Kadhafi s’est ému début octobre du fait que Seif al-Islam ne possède pas encore de poste officiel, estimant que son propre travail s’en trouvait perturbé. Le guide libyen devrait sous peu retrouver la paix de l’esprit.
Le voisin égyptien semble également sur une pente monarchique. L’opposition est persuadée que Gamal Moubarak, fils du Président, se présentera en 2011. Hosni Moubarak laisse tout de même planer un savant doute : peut-être se représentera-t-il lui-même pour un huitième mandat… En 2005, Gamal a dirigé la campagne de réélection de son père. Il occupe par ailleurs un poste au sein du Parti national démocratique (PND).
Le Président sénégalais Abdoulaye Wade manie, avec la même subtilité qu’Hosni Moubarak, l’ambiguïté quant à l’échéance de 2012. Peut-être briguera-t-il un troisième mandat, à l’âge de 87 ans… à moins qu’il ne laisse son ministre de fils, Karim Wade, candidater à sa place. Idrissa Seck et Macky Sall, anciens Premiers ministres, avaient un temps espéré obtenir l’intronisation. Mais le sang importe, pour « Gorgui » (le « vieux » en wolof).
A Brazzaville, le Président congolais Denis Sassou Nguesso pense sérieusement à suivre l’exemple de feu son beau-fils Omar Bongo. Son enfant Denis Christel Sassou Nguesso, responsable du pétrole congolais, est passionné par la sape. Il aime plus largement à impressionner en dilapidant l’argent public. « Kiki » prépare, à la direction du Pôle des jeunes républicains (PJR) un brillant avenir à la tête de son pays.
Quant à Ousmane Tandja, il est encore discret mais devrait bientôt s’afficher au palmarès des « fils de ». C’est du moins l’avis de l’opposition, après le coup de force constitutionnel du président nigérien Mamadou Tandja en août. Selon Libération, il s’occupe depuis Shanghai de développer les relations avec le deuxième partenaire économique du Niger. Il semble que la société Trendfield, dirigée par un Hongkongais et un Français, serve de porte d’entrée aux investissements chinois.
Considérations techniques et morales
Il est important de préciser qu’avant de préparer son héritier à accéder au trône, le dirigeant autoritaire se doit d’assoir sa propre position par la pratique du « tripatouillage de constitution », afin de se libérer de la contrainte d’un nombre limité de mandats. Ce n’est qu’une fois confortablement installé qu’il peut commencer à penser à ses enfants. D’aucuns diront que ce palmarès manque cruellement de femmes. Il semble en effet que la loi salique s’applique de manière implicite dans les tractations de succession.
La pratique népotique n’est bien entendu pas l’apanage des dirigeants africains, et on peut la retrouver sous une forme ou sous une autre dans un certain nombre de pays du Nord, même parmi les plus démocratiques. Pour ne prendre qu’un exemple récent et marquant, George W. Bush doit une majeure partie de sa carrière politique à celles de son père George H. W. Bush, président avant lui, et de son frère Jeb Bush, gouverneur de Floride au moment de l’élection présidentielle de 2000.
Même s’il n’est pas question ici de prétendre établir de comparaisons trop hasardeuses, un point commun remarquable mérite d’être mis en avant dans la défense des « fils de ». Dans une tribune sur les fils Wade et Sassou Nguesso parue sur Afrik.com, au point de vue par ailleurs respectable, Bedel Baouna avance que « c’est un déni de démocratie que de les disqualifier d’avance, sous prétexte qu’ils sont fils de présidents ». Dans une entrevue au Figaro ce vendredi, le Président Nicolas Sarkozy défend son fils Jean en ces termes : « 45 conseillers […] élus au suffrage universel […] ont […] le droit de postuler à un poste d’administrateur à l’Epad. Sauf un ! Et pourquoi ne le peut-il pas ? Parce qu’il est mon fils ».
Quand les « fils de » d’Europe et d’Asie ciblent l’Afrique
Fils aîné de l’ancien Président français François Mitterrand, Jean-Christophe Mitterrand fait ses armes africaines comme journaliste de l’AFP en Afrique de l’Ouest, avant de rejoindre l’équipe de son père à la cellule africaine de l’Elysée en 1983. Il en prend la tête entre 1986 et 1992 et gagne le surnom de « Papamadi », qui moque sa filiation. Il est depuis 1993 confronté à sa participation présumée dans le trafic d’armes de l’Angolagate. Le tribunal correctionnel de Paris rendra à ce sujet son verdict le 27 octobre.
Fils de l’ancien Premier ministre britannique Margaret Thatcher (1979-1990), Mark Thatcher est arrêté en 2004 en Afrique du Sud. La justice l’accuse d’avoir aidé au financement d’une tentative avortée de coup d’Etat en Guinée équatoriale, visant à renverser le Président Teodoro Obiang Nguéma pour le remplacer par un opposant en exil, Severo Moto. Après des aveux partiels, il est condamné en 2005 à 3 millions de rands d’amende (380 000 euros) et quatre ans de prison avec sursis. En 2008, lors du procès en Guinée équatoriale du cerveau de l’opération, Simon Mann, ce dernier affirme que Thatcher fils avait été bien plus qu’un simple financeur.
Les « fils de » occidentaux ne sont pas les seuls à trouver leur bonheur en Afrique. Hu Haimeng, fils du Président chinois Hu Jintao, a dirigé de 1997 à 2008 la société Nuctech, basée en Chine, quittant ses fonctions avant que n’éclate l’année suivant en Namibie un scandale de détournement de fonds. Si rien ne permet pour le moment d’accuser directement Hu Haimeng, l’affaire est du moins soigneusement étouffée par la censure chinoise.
Denis Carlier
Source : afrik.com
Publié le 20/10/2009 à 11:32 par sergegrah
Selon vous, Louis Sarkozy, 12 ans, doit-il être nommé ambassadeur de France aux Etats-Unis ? Ou président de France Télévisions (il regarde souvent la télé) ? Ou ministre de l'Education (il va tous les jours à l'école) ? Cette pertinente question est posée par Le Nouvel Obs.com. J'ai vraiment besoin de connaître votre avis sur cette question qui "déchire" la terre de nos "Ancêtres les gaulois".
Serge Grah
Publié le 13/10/2009 à 18:47 par sergegrah
Les poèmes de Serge GRAH sont accomplis : ils se font « chant, parole et musique en même temps », comme dirait Senghor. Ils se donnent comme témoignage et arme de combat, le combat d'un homme courageux et passionné qui, en « voyant » comme Rimbaud, s'engage dans l'action pour mettre un terme à l'enfer que nous vivons, pour en finir avec cette « saison au purgatoire », pour, en effet, « sortir de ce temps dégénéré/Qui dégénère la vie jusque dans ses racines (et pour)…accueillir/L'Aube Nouvelle ».
Pr Léandre Sahiri
« Une saison au purgatoire ». Un titre plein de sous-entendus. Des poèmes aux résonances mystiques qui plongent le lecteur dans un espace mouvementé, tourmenté autant que torturé. Un espace où l'on navigue entre l'envers et l'endroit. Un espace où le lecteur se voit voyager à travers des métaphores, des figures cosmiques qui s'y succèdent par saccades. Douleurs et regrets s'entremêlent. Désespoir et espoir s'entrechoquent. Rêve et réalité s'entrecoupent. Réel et irréel s'entrelacent. Les images se heurtent, se culbutent et se bousculent. Tourment de l'esprit. C'est le lieu où les âmes expirent les fautes avant d'être admises au paradis. Catharsique. Les âmes tourmentées doivent se purifier, se libérer de ses passions. Le poète, comme nous pouvons le constater, cherche à constituer une nouvelle épopée de l'Afrique. Épopée où l'on célèbre la vie. Épopée où l'on célèbre la renaissance de l'Afrique. L'œuvre poétique de Serge GRAH, à bien des égards, appartient à un autre genre de poésie africaine ; celui qui s'inspire profondément de la poésie néo-orale. Cela n’étonne guère car il a grandi à l'ombre d'un grand romancier, poète et conteur ivoirien : Jean-Marie Adiaffi.
Auguste GNALEHI
Critique Littéraire
Publié le 13/10/2009 à 18:39 par sergegrah
Peut-on être noir et enseignant en France ? La question a de quoi surprendre. Et pourtant nombreux sont les profs antillais et africains, de la maternelle à la terminale, qui se la posent chaque matin en se rendant dans leur salle de classe.
Confrontés à des élèves qui moquent leur accent ou leur couleur, des parents qui les déconsidèrent et des collègues qui doutent de leur compétence, ils doivent également surmonter bien des obstacles pour obtenir leur titularisation.
Un quotidien que ces enseignants vivent particulièrement mal d’autant que l’Education nationale ne fait rien, selon eux, pour les aider. Bien au contraire ! Elle les envoie en priorité dans les banlieues chaudes à majorité black et beur.
Profs noirs dévalorisés pour élèves noirs défavorisés. S’achemine-t-on vers des ghettos, comme au Canada ou en Angleterre, où existent déjà des écoles pour Noirs dans lesquelles élèves et professeurs se retrouvent entre eux ?
Ce livre, véritable plongée au cœur du système scolaire, donne la parole, pour la première fois, à des hommes et des femmes qui souffrent de ne pas être reconnus à leur juste valeur dans un monde toujours persuadé que le savoir est blanc.
Publié le 13/10/2009 à 18:25 par sergegrah
Comment vous vous définissez-vous ?
Je suis journaliste, écrivain et documentariste et par dessus tout un homme assoiffé de vérité
Que répondez-vous à ceux qui pensent que vous n’êtes qu’un écrivain à polémique ?
Qu'ils sont ridicules ! Qu'un seul d'entre eux vienne me prouver que ce que je dis ou écris est faux ! Et, même mieux, qu'il porte plainte contre moi ! On vit dans un monde où on a peur de la vérité et quand quelqu'un cherche à la connaître et à la dévoiler, on fait tout pour le disqualifier en avançant qu'il fait de la polémique.
Qu’est ce qui vous pousse justement vers les sujets que vous avez jusque-là traités ?
Moi, c'est le hasard, rien que le hasard qui m'a fait découvrir tous les sujets dont j'ai parlés. Des rencontres, des échanges, des mails que je reçois. Bref, des gens qui m'interpellent sur leur situation ou des situations inacceptables dont ils ont connaissance. A partir de là, j'enquête et si j'estime que c'est crédible, je fouille plus avant et je publie.
A quel moment vous est-il venu l’idée d’écrire un livre sur le racisme au Vatican ?
C'était en 2005, je présentais mon livre Noirs dans les camps nazis à Turin. J'ai rencontré une vieille dame italienne qui m’a remis la photocopie d’un télégramme rédigé en janvier 1944 par l'ambassadeur de Grande Bretagne près le Saint-Siège. Ce télégramme a été adressé, à la demande expresse du pape Pie XII, au commandement des forces alliées qui préparait la libération de Rome, occupée alors par les nazis. Il exigeait en clair qu’aucun soldat noir, africain, antillais, ou américain, ne soit déployé aux portes du Vatican. Ça a été le point de départ de l'enquête. J'ai cherché à savoir, avec Ignace Audifac, le journaliste camerounais qui a travaillé avec moi sur ce livre, ce qu'il en était du racisme non seulement à cette époque mais également aujourd'hui au Vatican.
Comment l’église catholique a-t-elle réagi face à « Et si Dieu n’aimait pas les Noirs ? » ?
Paradoxalement, à Rome où le livre est sorti et a beaucoup fait parler notamment dans les cercles africains, les autorités vaticanes n'ont rien dit. Bien au contraire, un mois après la sortie du livre dans lequel les prêtres africains qui enseignent à l'université du Vatican se plaignaient de leur sort, eh bien un geste important a été fait. Un prêtre nigérian a été nommé vice-recteur de cette université. C’est la première fois qu’un Noir accède à ce poste. Ca me conforte dans ma démarche. C'est quand on revendique et proteste qu'on est entendu. Or, nous, nous préférons généralement subir et ne rien dire. Pire, on s'en prend aux gens qui comme moi dénoncent alors que c'est pour le bien collectif. L'archevêque de la Martinique par exemple a cru bon de m'insulter et a fait lire un texte dans toutes les églises de l'île demandant aux fidèles de ne pas lire ce livre. Manque de chance pour lui, c'est tout le contraire qui s'est produit. Les gens se sont rués sur l'ouvrage parce qu'ils ont soif eux aussi de vérité et ne veulent plus se laisser dicter leur conduite par des prélats qui ne donnent pas forcément l'exemple notamment sur le plan des mœurs.
Vous dites être chrétien catholique. Comment le vivez-vous ?
Je suis catholique mais je ne pratique plus depuis bien longtemps. Quand j'étais à Poitiers où j'ai grandi, un de mes grands amis était Évêque. C'était Monseigneur Rozier à qui je donnais des cours de guitare et qui souhaitait que je devienne prêtre. J'ai également enseigné le catéchisme, d'abord à Poitiers, puis à mon retour à Abidjan en 1986, à Saint-Jean de Cocody aux côtés de mon ami l'abbé Lucien Kima qui nous a quitté depuis, paix à son âme. Tout ce parcours religieux, je l'ai raconté en long et en large dans mon livre Sur le dos des hippopotames. Donc, quand je vous parle de ces choses-là, ce n'est pas avec le verbe du mécréant qui crache sur la religion, mais avec le regard de celui qui connaît et veut tenir sa lampe allumée pour qu'elle continue de l'éclairer et d'éclairer les autres. Tout ça pour dire que, ce n'est pas parce que je suis catholique, que je ne m'autorise pas à voir ce qui ne va pas dans cette Église. D'une manière générale, je mets un point d'honneur, en raison de mon métier, à prendre de la distance avec tout ce qui m'entoure, ma famille religieuse, politique, sociale et autres. Je fais également une distinction entre la Foi qui est une démarche personnelle et l'Eglise qui est une construction humaine, donc faillible.
Au-delà de l’enquête que vous avez réalisée sur le racisme Vatican, quel est le regard que vous portez sur l’Église Catholique ?
C'est une vieille maison qui a besoin d'être rénovée. Quand on a dit ça, on a tout dit. Il y a tellement de problèmes dans l'Église qu'on n'ose pas aborder en face, qu'une interview ne suffirait pas à tout dire. L'Église est encore prisonnière de certains dogmes hérités du passé alors que le monde a changé et qu'elle peut faire bouger les lignes sans pour autant se renier. Sur la question du célibat des prêtres et du vœu de chasteté par exemple, il y aurait beaucoup à dire. Je note néanmoins qu'il y a de timides avancées notamment sur les enfants de prêtres avec une reconnaissance possible à court terme par le Vatican.
En une décennie, vous êtes devenu un auteur à succès. Notamment en France. Comment l’expliquez-vous ?
Je n'ai pas d'explication et je n'ai pas recherché ce succès. Je travaille sur les mêmes questions depuis 1994. Tout le monde se souvient de mon engagement avec les Boni de Guyane que j'avais fait venir ici cette année là. J'ai continué de la même manière à travailler avec bonheur dans l'ombre jusqu'à ce que le succès m'attrape en 2005 alors que je n'avais rien demandé.
Avec le grand succès que vous connaissez, pourquoi les grandes maisons d’éditions ne s’intéressent-elles pas à vous ?
J'espère que vous plaisantez ! Mon premier livre Noirs dans les camps nazis a été publié au Rocher qui est une grande maison d'édition française. Après le succès de ce premier livre, une autre grande maison d'édition, Calmann Lévy, m'a fait un pont d'or. J'ai publié là-bas mon le livre Sur le dos des hippopotames. Finalement, mon premier éditeur avec qui je m'entendais bien a fondé sa propre maison d'édition et m'a demandé de le rejoindre. J'aime la façon dont nous travaillons ensemble. On est proche malgré que je me trouve, moi, en Martinique, et lui, à Saint-Malo. On s'appelle toutes les semaines alors que dans les grandes boites, c'est difficile de parler au PDG. En plus, comme je suis celui qui vend le plus de livres chez lui, il m'offre toutes les facilités financières pour mener à bien mes enquêtes. Que demander de plus ?
Vous venez de publier un autre livre « Au secours, le prof est noir ». De quoi s’agit-il encore ?
J'ai été alerté par des enseignants antillais et africains qui se plaignaient de discriminations au sein de l'Education nationale en France. J'ai donc enquêté avec un journaliste martiniquais, Mathieu Méranville, et ça a donné ce livre. Une soixantaine de professeurs antillais et africains ont accepté pour la première fois de témoigner courageusement. Certains n’ont d’ailleurs pas hésité à nous fournir des documents qui montrent qu’on a trafiqué des rapports d’inspection pour recaler des enseignants noirs qui n’ont par conséquent pas été intégrés sur la base de faux. C’est horrible et ça se passe en France. On a vraiment été effaré par tout ce qu'on a découvert dans ce milieu. J’espère que ce livre les aidera à se faire davantage respecter tant il est vrai que plus on se tait plus on nous écrase.
Quelle est l’attitude la plus raciste dont vous avez été victime en France ?
J'ai cette chance d'être passé entre les gouttes du racisme... J'ai quitté la Côte d'Ivoire en 1973. J'avais 13 ans. J'ai été dans une ville de province à Poitiers dans une famille française, où j'étais bien. Du coup, ça m'a toujours donné de la force pour ne jamais me laisser marcher sur les pieds à l'école. Le seul acte de racisme qui m'ait vraiment marqué, c'est, quand j'étais au collège, un garçon qui a refusé de me serrer la main. Vous voyez, ce n'est pas bien méchant, comparé à ce que d'autres ont vécu.
Le racisme est-il si profond dans la société française ?
Ce serait mentir que de dire que la France est engoncée dans un racisme de la pire espèce. Non, mais le racisme existe au quotidien sous des formes feutrées. Tout le contraire des Etats-Unis où les choses sont dites clairement. Du coup, comme le racisme est caché en France, on ne le combat pas vraiment. Les discriminations perdurent par conséquent et le plafond de verre qui empêche les Noirs et les Arabes d'accéder aux plus hauts postes est toujours là. Alors, face à ça, moi j'ai choisi d'agir avec mes livres. Je pense que pour comprendre le racisme et les discriminations aujourd'hui, il faut expliquer les mécanismes qui les ont engendrés, et donc remonter dans le passé avec l'esclavage et la colonisation qui ont produit tous les clichés négatifs qui nous affectent encore. Parallèlement à ça, je dis aussi une chose. Il faut que nous nous ressaisissions et que nous nous prenions en charge. Rien ne nous empêche aujourd'hui de mettre en place des solidarités et de mutualiser nos moyens pour créer des entreprises en France plutôt que d'attendre d'être embauchés par les autres. C'est en prenant pied dans la sphère économique qu'on se fera respecter et qu'on fera aussi reculer le racisme. On vit dans un monde qui fonctionne comme ça, sur un rapport de force économique. Nous devons l'admettre et en finir avec nos bons sentiments.
Pensez-vous que c’est pour demain un président noir en France ?
Non. Trois fois non.
Quel votre regard sur la crise ivoirienne ?
J'ai été peiné, comme tous ceux qui vivent hors de Côte d'Ivoire, par ce drame. J'ai, comme vous le savez, à ma modeste place, réuni des chanteurs antillais pour l'opération Nou la épi zot afin d'aider les déplacés. Mais au-delà, ce qu'il faut bien retenir, c'est que tout cela était prévisible. Aujourd'hui, on a beau jeu d'accuser les autres d'être responsables de nos malheurs. C'est irresponsable ! Nous devons, nous les Ivoiriens, assumer ce que nous avons engendré, même s'il est évident que des forces extérieures ont également contribué à la déstabilisation de notre pays. Or, si nous n'assumons pas cette responsabilité et si nous n'extirpons pas ce qui gangrène ce pays, eh bien ce qui s'est passé se reproduira. Le plus important aujourd'hui, c'est de faire les élections et d'offrir une nouvelle rampe de lancement à la Côte d'Ivoire. J'avoue qu'à titre personnel, je ne suis pas rassuré par la façon dont les choses s'annoncent. Je regrette que ce soit les trois mêmes « boulangers » qui nous ont mis dans le pétrin qui tiennent encore le haut du pavé. Gbagbo, Allassane et Bédié ont trop de rancœur et de haine recuite entre eux pour que celui qui l'emporte ne déclenche pas les foudres des deux autres. Aujourd'hui, ce qu'il faudrait à ce pays, c'est une relève. Mais voilà, les prétendants sérieux ont peur de sortir du bois de crainte de se faire... ratiboiser.
La RTI a refusé de diffuser votre film documentaire « Une journée dans la vie de Marie-Madeleine ». Comment vous avez ressenti cela ?
Ça m'a surtout fait de la peine pour les téléspectateurs ivoiriens qui sont, une fois de plus, à cause de la bêtise de quelques-uns, privés du droit de participer à un débat et de s'ouvrir l'esprit. Pour autant, je n'ai pas à mener le combat à leur place. Ce sont eux qui paient la redevance. C'est donc à eux de réclamer et de faire respecter leurs droits s'ils estiment que la télévision qu'on leur donne chaque jour n'est pas la hauteur de leurs attentes. Moi, j'ai fait ma part. J'ai fait mon travail. Et, je continuerai à le faire en toute liberté.
Réalisée par Guehi Brence
Publié le 10/10/2009 à 13:12 par sergegrah
On vote vendredi prochain au Botswana pour renouveler la représentation nationale, qui élira, dans la foulée, le président de la République. Botswana ! Ce nom ne dit peut-être rien de très concret à certains d’entre vous. Mais il mérite d’être connu, davantage en tout cas que nombre de pays qui occupent indûment le devant de la scène africaine.
On vote au Botswana, mais c’est toujours l’appétit de pouvoir de Dadis Camara, en Guinée, qui tient le haut du pavé médiatique, avec les querelles intestines de la classe politique malgache, où chacun tente de briser les ambitions des autres.
Dans notre Afrique (francophone), l’actualité du Botswana intéresse moins que les péripéties du fichier électoral en Côte d’Ivoire, où les électeurs attendent toujours de savoir quand, précisément, ils vont pouvoir voter. Même les consternantes législatives programmées au Niger par Mamadou Tandja parviennent à éclipser le Botswana. Les cancres ont décidément la fâcheuse manie de toujours se faire remarquer !
Le Botswana en question est un des pays les plus stables du continent, la plus ancienne démocratie multipartite, plutôt épargné par la corruption, avec des références très honorables, en matière d’état de droit. Chaque élection, depuis l’indépendance, en 1966, a été libre, transparente et pacifique, même si, jusque-là, c’est toujours le Parti démocratique du Botswana qui l’a emporté.
Certes, ce pays a ses problèmes, et même ses tares : le sida, l’alcoolisme, la marginalisation des bushmen… Mais il y fait face avec courage et méthode, dans le respect du droit. Et les dirigeants ne s’accrochent pas au pouvoir.
Les milieux d’affaires, comme les institutions financières internationales, ont salué comme un modèle du genre les négociations que l’Etat botswanais a menées avec les géants miniers pour que le diamant, principale richesse nationale, rapporte le maximum à leur pays.
La différence entre les dirigeants de ce pays et d’autres, que nous connaissons tous, est que les Botswanais négocient en ayant à l’esprit les intérêts de leur peuple, tandis que la plupart des responsables des autres pays miniers n’ont aucun état d’âme à sacrifier l’intérêt national sur l’autel de substantiels avantages personnels. Ou de clans ! Aussi, sur le plan de l’enrichissement personnel, les dirigeants du prospère Botswana peuvent paraître de véritables indigents, à côté de leurs homologues de pays économiquement mal en point.
Si les peuples de « notre » Afrique s’intéressaient un peu plus au Botswana, à la Zambie, à la Tanzanie, au Mozambique, au Cap-Vert ou au Ghana, ils découvriraient à quel point ils sont avilis par ceux qui prétendent faire leur bonheur.
Par Jean-Baptiste Placca
(Source : RFI - Chronique du 10/10/2009)
Publié le 05/10/2009 à 18:41 par sergegrah
Monsieur Lescure, comment pourrait-on vous présenter à nos lecteurs ?
Ceux de vos lecteurs qui gravitent ou ont gravité dans le monde de l’édition ivoirienne depuis la fin des années 70 me connaissent puisque depuis cette période jusqu’en 2005, j’ai été l’adjoint de Monsieur Venance KACOU, Président Directeur Général du CEDA. A ce titre, j’ai été amené à y exercer diverses fonctions : commerciales, éditoriales, de fabrication et surtout de gestion. Depuis 2005 j’ai quitté le CEDA et je m’efforce de faire profiter de mon expérience de jeunes maisons d’édition autant en Côte d'Ivoire que dans divers autres pays africains qui ont besoin de structurer ou restructurer leur paysage éditorial.
Professeur d’anglais à l’origine, qu'est ce qui vous a conduit à l’édition ?
Je considérais déjà, à l’époque où j’enseignais (en France, puis Congo Brazzaville) que l’enseignement n’était qu’une étape pour moi sans savoir vraiment dans quelle voie j’allais me diriger. Après 5 années d’enseignement, j’ai eu l’opportunité d’avoir une formation commerciale sans savoir encore ce qui pourrait me motiver professionnellement pour le reste de ma vie. Une petite annonce dans un quotidien a été le déclencheur : un important éditeur (Hatier qui avait alors encore le dynamisme d’une structure familiale) recherchait un jeune cadre dont le profil serait similaire au mien. J’ai postulé à ce poste et depuis je n’ai plus jamais quitté le monde de l’édition : délégué régional, directeur régional Afrique Centrale et Océan Indien, Conseiller Technique au CEDA, Directeur des filiales pour les Pays en voie de Développement, Directeur Général Adjoint du CEDA, puis brièvement Directeur du Développement pour l’Afrique anglophone… Un long parcours de près de 35 ans dans le livre…
Quelles sont les difficultés que vous rencontriez ?
Être éditeur est relativement complexe puisque vous devez être simultanément gestionnaire financier, administratif, responsable des ressources humaines, responsable marketing, responsable commercial, logisticien, correcteur, maquettiste, informaticien, etc. Et par-dessus tout, il importe de coordonner toutes ces activités dans une stratégie globale qui assure à votre entreprise de remplir les fonctions qui lui sont assignées (appui au système éducatif, outil culturel, maintien d’un équilibre financier constant, même dans les périodes de difficultés économiques, satisfaction des actionnaires, privés ou public, etc.) Tout cela pour vous dire la complexité globale de la fonction d’éditeur dans une structure comme le CEDA. Mais si je devais ne retenir qu’UNE difficulté, je dirais que trouver un juste équilibre entre les attentes de l’actionnaire historique, les contraintes de l’actionnaire étatique et les légitimes aspirations des petits actionnaires privés a toujours été un dilemme dont la Direction du CEDA a souvent eu du mal à sortir indemne.
Quelles sont vos plus belles réussites dans ce parcours ?
Avec Monsieur Venance Kacou et le personnel qui composait alors l'entreprise, nous avons fait en son temps du CEDA, la plus belle (en termes de résultats, de qualité et d'exigence professionnelle) maison d'édition d'Afrique francophone. Et ma grande fierté est de constater que nous avons pu instiller chez nos jeunes collaborateurs le feu sacré qui nous animait puisque plusieurs d'entre eux sont maintenant à la tête de maisons d'édition ivoiriennes.
Comment percevez-vous le bouillonnement que connaît l’édition en Côte d’Ivoire ?
Je perçois ce bouillonnement comme une chance pour le pays. Tous ces éditeurs ne réussiront peut être pas, mais il y en a tellement que je suis persuadé que parmi eux figurent ceux qui deviendront les acteurs majeurs de l'édition ivoirienne dans les décennies à venir. On peut effectivement penser que, faute d'avoir su jouer une politique nationale effective au tournant de la dévaluation du franc CFA, les éditeurs historiques n'ont pas su saisir leur chance et ont ainsi favorisé l'émergence de nouveaux acteurs. Ceux-ci font encore plus ou moins leurs gammes mais leur talent est indéniable et ils sauront le prouver. Décideurs politiques, auteurs et distributeurs commencent à le comprendre et le mouvement ne pourra aller que s'amplifiant.
Pensez-vous, en dépit de tout, qu'il y a quand même une industrie du livre et un marché du livre en Côte d’Ivoire ?
Bien sûr. Plus de 80% des livres vendus dans le pays y sont conçus et fabriqués : donc l'industrie existe. Par ailleurs, le marché existe lui aussi comme il a existé de tous temps, même comme à l'époque où tous les livres étaient importés. Il existe un marché scolaire et universitaire, mais il existe aussi un marché pour la littérature, les livres d'érudition et techniques. Maintenant la bonne question serait, me semble-t-il, l'industrie du livre est elle adaptée au marché, ou bien encore, les livres publiés dans le pays sont ils bien en adéquation avec le marché, que ce soit en termes de contenu ou de prix ? Et cette fois ma réponse serait moins catégorique.
A ce propos, en tant que spécialiste de l’édition, quelle thérapie pourriez-vous proposer pour le secteur du livre en Côte d’Ivoire ?
Je ne veux pas jouer les donneurs de leçons, et de plus, je ne connais pas la solution. Néanmoins une piste intéressante consisterait en une étude nationale sur l'industrie du livre en Côte d'Ivoire, menée par une entité extérieure au pays et indépendante (tant des multinationales de l'édition que de la Banque Mondiale), et qui ferait un bilan et proposerait les options qui s'offrent au pays, garantissant un développement harmonieux, équilibré et indépendant pour la chaîne du livre dans le pays.
Comment réagissez-vous alors quand on dit que l'Africain ne lit pas ?
Statistiquement il lit peu et cela tient à des raisons mille fois débattues (pouvoir d'achat, structure sociale et familiale, tradition orale etc.). Je crois cependant qu'il y a une évolution positive en la matière, les efforts entrepris par les pouvoirs publics via les systèmes éducatifs, les ONG spécialisées et les politiques nationales en faveur de la lecture ayant fini par porter leurs fruits. Comme l'a dit le sage « il faut laisser le temps au temps »...
Pensez-vous que le coût du livre est un motif de découragement des lecteurs ?
Cette question, entendue régulièrement depuis que je connais la Côte d'Ivoire m'interpelle toujours. Pose-t-on la même question à propos d'automobiles, de téléviseurs ou de réfrigérateurs ? Certainement pas, parce que pour ces objets le public estime que chaque objet a son prix. Pourquoi n'en est-il pas de même pour le livre ? Certainement parce que pendant longtemps les livres scolaires étaient fournis par l'État, ce qui a conduit le public à assimiler livre à la gratuité… Maintenant je crois à la liberté du marché, les prix s'ajustant à la demande, même si l'État doit jouer un rôle de régulateur pour les manuels scolaires, mais ce point devrait faire l'objet d'une attention particulière.
Pour les éditeurs en Afrique, en général, la seule porte de survie semble être le livre scolaire. Êtes-vous, aussi, de cet avis ?
Oui, sauf à imaginer un système où l'édition serait largement subventionnée. Certains pays s'y sont essayés (et ont unanimement échoué). Maintenant il faut distinguer le scolaire, le parascolaire, les modalités d'adoption des manuels obligatoires. L'idéal serait certainement la mise en concurrence équitable, comme certains pays d'Afrique australe ont su le faire.
On parle de plus en plus du livre numérique. Quelles pourraient être les conséquences d’une telle technologie sur les acteurs du livre imprimé ?
Dans un pays comme la France où le paysage éditorial est pléthorique l'arrivée du livre numérique n'apparaît que comme un épiphénomène et les conséquences ne pourraient émerger que dans un futur lointain. Je pense qu'il en est au moins de même en Côte d'Ivoire et la prise en compte de cette menace pour l'édition traditionnelle ne relève, de mon point de vue, que d'une pure et inutile spéculation intellectuelle.
Monsieur Lescure, vous étiez au lancement du concours littéraire « Les Manuscrits d’Or ». Quelle signification donnez-vous à de telles initiatives ?
Ce type de manifestation correspond bien au bouillonnement de l'édition en Côte d'Ivoire. Au-delà du dynamisme de Vallesse Editions, initiatrice de ce concours, c'est par dessus tout le nombre important et croissant de participants à ce concours que je note. Et qui donne, je le crois, la note définitivement positive au futur de l'édition ivoirienne.
Par Serge Grah
Publié le 24/09/2009 à 17:21 par sergegrah
Une réaction du Dr Kobé à la censure du film documentaire de Serge Bilé...
Monsieur le Directeur Général de la RTI,
A l'heure où la liberté d'expression semble être un droit acquis et où la censure dans notre pays a pris sa place dans les livres d'histoire, on apprend avec effroi que vous avez décidé de « frapper » le film documentaire de notre compatriote Serge Bilé intitulé « Une journée dans la vie de Marie-Madeleine ». Son crime, rompre le silence sur la prostitution des religieuses africaines au Vatican ». La justification que vous donnez à cette censure n’est pas à une incohérence près, puisque vous dîtes, Monsieur le Directeur Général, que « la télévision, service public, a pour missions de rapprocher les peuples et de concilier les divergences… (et) notre pays qui sort d’une profonde crise sociopolitique doit s’appuyer sur la RTI pour réconcilier les esprits et éviter de créer d’autres scissions… (et qu’il) n’est pas sain de mettre sur la place publique la vie des hommes et des femmes qui, malgré leurs faiblesses humaines, ont décidé de se consacrer à Dieu.». Le fait, Monsieur le DG, que vous repreniez ce genre de clichés, sans le moindre esprit critique, constitue non seulement une grave faute professionnelle, mais aussi un vrai délire. Car un tel argumentaire apparaît comme un signal désastreux envoyé aux Ivoiriens. Tant il est ridicule et ne résiste à aucune analyse sérieuse.
La télévision est un média public (sic) dans un État laïc. C’est pourquoi, Monsieur le Directeur Général, il vous faut rejeter ces oppositions puériles entre les « bons » et les « méchants » pour donner à cette question du comportement peu catholique de certains religieux toute sa lisibilité dans l'opinion publique ivoirienne. Et vous ne devez pas laisser croire que la laïcité peut être à géométrie variable, qui épouserait le cours du temps, et évoluerait à (votre) loisir. Non. La laïcité est un principe intangible qui détermine toute République… Elle est à la fois éthique et une règle de vie sociale. Parce qu’elle affirme le respect des autres, en tant que personnes égales en dignité, en droits et en devoirs, dans l’acceptation positive de toutes les différences, qu’elles soient d’ordre sociologique, culturel, spirituel ou ethnique. Elle est le respect des croyances, à condition que celles-ci ne visent pas à porter atteinte aux opinions et aux convictions des individus qui « pensent » autrement.
Par ailleurs, dans la situation qui est la notre, il est indécent de diriger un bien public à la lumière exclusive de sa foi religieuse… Ce qui est une manipulation doublée d’une escroquerie intellectuelle. Car il faut écarter tout intégrisme sectaire de ce documentaire qui n’a pour seul objet que d’exposer des faits de notre société, enfin de laisser la place à la réflexion qui permet d'en débattre publiquement et d'en juger librement.
C’est vrai que ça peut paraître provocateur, dans une société où la télévision nationale ne s’est pas trouvé d’autre vocation que d'offrir « le tout ludique » et « le tout divertissant ». Il faut que vous arrêtiez d’infantiliser le peuple ivoirien et que vous le laissiez se nourrir de la confrontation des opinions pour améliorer la réflexion individuelle et collective. Pourquoi Monsieur le Directeur Général, voulez-vous susciter et développer dans l’esprit de la population, des allergies face à la recherche de la Vérité ? Qu’a donc dit Serge Bilé que vous voulez cacher aux Ivoiriens ? C’est bien à force de vouloir couvrir les choses ou de laisser les autres s’exprimer pour eux, que les ivoiriens vivent dans des confusions monstrueuses et mensongères qui faussent leurs choix et les empêchent, malheureusement, de se construire.
À mon avis, le danger qui guette la paix sociale dans notre pays réside dans ce genre d’amalgames scandaleux. Car, il est dommage, Monsieur le DG, que vous n’ayez pas encore compris que nous vivons, avec l’avènement des inforoutes et de l'unification du monde qui en résulte, sans doute un des plus grands bouleversements de l'humanité. Une période de rupture où les idées changent, où d'anciennes évidences et les réponses qu'elles donnaient se révèlent complètement inadaptées. C’est en cela que les médias, en l’occurrence la télévision, doivent jouer le rôle d’éclaireur des consciences. En amenant la population à développer son sens critique et à mieux comprendre les grands enjeux du monde actuel. C'est vraiment affligeant et lamentable que sous prétexte de « faiblesses », vous encouragiez des prêtres pédophiles à continuer tranquillement d’abuser de nos enfants… et que vous exhortiez tous ces prêtres, incapables de tenir la promesse de leur propre Foi et, qui passent donc le clair de leur temps entre les jupons des paroissiennes, à continuer leur honteuse besogne. Non, Monsieur Pierre Brou Amessan ! Il faut les dénoncer afin qu’ils sortent des rangs, parce qu’il est évident qu’ils n’en ont pas la vocation.
Et puis, Monsieur le DG, si on regarde de près ce qui se passe dans le média que vous dirigez, on constate avec révolte que, ce qui est traumatisant, c’est bien les programmes que vous diffusez. La télévision est devenue une arme de destruction massive... de cerveaux. N’y a-t-il rien d’autres à montrer dans cette télévision que danser ? J’ai mal à « Notre Télévision ». Et je crois que vous feriez mieux de prendre au sérieux ce rejet de la télévision nationale ivoirienne… Vous êtes peut-être le seul à ne pas remarquer que les programmes de « votre » Télévision sont aussi indigents les uns que les autres, stupides et abêtissants. En dehors des journaux télévisés et de quelques (très) rares documentaires, ils sont constituées d’émissions de variétés musicales, de séries brésiliennes machistes, idiotes et sans intérêt et de re-re-retransmission de films… qui montre combien vous êtes frappés d’un terrible deuil de l’imagination créative. Toute chose qui atteste d’un particularisme typiquement ivoirien, se traduisant par un désintérêt pour tout ce qui touche au domaine culturel et de la réflexion. Ainsi, entre le sexe, la violence et le culte de l’argent, la télévision ivoirienne n'a pas fini de choquer… Mais diantre ! Jusqu'où iriez-vous, Monsieur le Directeur Général, pour prendre ainsi nos enfants en otage ? La rentrée des classes a démarré depuis le 14 septembre 2009. Mais « votre » Télévision n’en a cure. Il ne faut surtout pas que les enfants aillent à l’École. Il faut suffisamment les détraquer... « C’est parce qu’ils ont été tard en vacances » a-t-on entendu dire piteusement. Monsieur le Ministre de l’Éducation Nationale, vous feriez mieux de consulter dorénavant le DG de la RTI avant de fixer la date de la rentrée des classes dans notre pays. S’il vous plaît ! N’en riez surtout pas. C’est tellement triste et désespérant !
Comment veut-on former des citoyens pour Demain dans un tel environnement de zombification des enfants de ce pays ? Et c’est là le point important et délicat, parce qu’on ne peut enseigner une certaine éthique aux enfants qu’en leur offrant des activités sains et en leur présentant des modèles édifiants. Et pourtant la télévision, dont l’impact sur la population est indéniable, pourrait être un formidable outil d’éducation et de formation. Oui, elle pourrait l’être, mais il est assez peu probable qu’elle le devienne, car en faire un instrument culturel bénéfique représente une tâche particulièrement ardue pour ses dirigeants. Car où faut-il aller chercher ces personnes capables de proposer un programme de qualité ? Voici donc la difficulté fondamentale, interne, qui est à l’origine de cette dégradation de « Notre Télévision ».
Comme vous le voyez, Monsieur le DG, la censure que vous infligez au film de Serge Bilé et l’argumentaire qui la soutient montrent à quel point vous voulez maintenir les Ivoiriens dans une situation permanente de non-réflexion… En les poussant à la consommation et à la reproduction de clichés et autres sous-cultures des autres, vous travaillez à les nourrir de l'espoir d’un changement miraculeux de vie, comme le révèle « la vie de Gaspard ».
Si chez nous, la télévision ne sert qu’à faire danser et à promouvoir la médiocrité, ailleurs, dans les pays qui veulent avancer vers le développement, elle joue un rôle culturel et éducatif fondamental. Elle transmet les valeurs éthiques, morales, sociales, culturelles et les bonnes mœurs. Parce que tout simplement, la télévision est devenue le lieu où se poursuit, après la famille et l’école, la socialisation des citoyens. La transmission des valeurs, Monsieur le DG, est nécessaire dans toute société civilisée, et que les citoyens d’une telle société, c’est-à-dire les citoyens civilisés, qui ont un comportement civique, un sens du discernement et de la responsabilité, ne sont pas le produit du hasard mais d’un processus éducatif rigoureux et cohérent. Soyons, s’il vous plaît, un tout petit peu ambitieux pour notre avenir et pour notre pays !
Dr Kobé Ziri Cécile
Ethno-sociologue
kobececile@yahoo.fr